Zones de désescalade

  • Syrie : Les différends russo-turcs vont exploser à Idlib

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    L'Agence officielle turque Anadolu a publié une longue analyse détaillant l'étendue du différend russo-turc dans la région syrienne d'Edleb. Elle dénonce la tentative de Moscou d'exploiter le différend entre Ankara et l'Union européenne en Méditerranée orientale pour faire pression sur la Turquie en Syrie.

    L'agence a déclaré : "Les informations en provenance du terrain à Edleb indiquent que l'accord de Moscou, conclu entre les Russes et les Turcs en mars dernier, et avant lui les accords d'Astana, sont en jeu et font face à une situation difficile, car il se passe à peine un jour sans que les accords soient violés par les forces du régime.

    Des sources locales ont rapporté que les avions de combat russes ont lancé des raids sur les montagnes et les environs des villes de Harbanoush et Sheikh Bahr dans l'ouest de la province d'Edleb.

    En outre, les forces du régime de Bashar al-Assad ont pilonné aux missiles la partie méridionale de la province d'Edleb, ciblant les zones d'al-Bara, Deir Sunbul, Bainin, Harashha, Kansafra, Sufuhn, al-Fatira, al-Halfa et Falifel, en violation des accords de cessez-le-feu.

    Selon "Anadolu", le principal point de désaccord entre la Turquie et la Russie tourne autour de la route internationale M4, dont Moscou veut accélérer son ouverture pour entamer un processus d'échange commercial. Moscou exige en plus le retrait des forces turques du sud de l'autoroute et demande qu'elles se confinent à une bande de 35 km de profondeur le long de la frontière turque.

    L’agence a ajouté : "Alors que la Turquie veut régler le sort des zones de sécurité prévues dans l'accord de" Sotchi", et dans lesquelles le régime syrien a pénétré à la fin de 2019 et au début de 2020, la Russie insiste sur la stabilisation du statu quo après la prise de contrôle d'une partie de ces zones par les forces du régime.

    Anadolu poursuit : "La Russie semble très insatisfaite des répercussions de la loi César (les États-Unis imposant des sanctions au régime syrien et à ses collaborateurs). En effet, la Russie explique qu'il est urgent d'ouvrir les routes principales qui forment les bouées de sauvetage des diverses régions, pour réduire les effets de la loi César sur les mouvements commerciaux, en particulier pour l'économie du régime de Bachar al-Assad.

    Selon l'article d’Anadolu, la Russie cherche à étendre son rôle dans la province d'Edleb, en particulier dans les zones adjacentes à l'autoroute M4, invoquant des menaces pour la sécurité des patrouilles conjointes.

    "La région orientale de l'Euphrate est l'un des dossiers les plus complexes entre les deux parties", a déclaré l'agence Anadolu. "Alors qu'Ankara attend de mettre en œuvre ce qui était stipulé dans le mémorandum de" Sotchi ", qui comprenait le retrait des organisations kurdes des zones frontalières, Moscou reste immobile comme d'habitude et ne tient pas ses promesses."

    Anadolu a ajouté: "En effet, Moscou recherche un consensus avec les Etats-Unis d'une part, et les organisations kurdes séparatistes d'autre part, sans prendre en compte les préoccupations sécuritaires turques dans le nord-est de la Syrie".

    Elle ajoute que le sort des régions de Tel Rifaat et de Manbij dans la province d'Alep est toujours suspendu aux négociations, la Turquie exigeant que la Russie s'acquitte de ses obligations dans les accords précédents exigeant le transfert des deux zones aux factions de l'opposition syrienne (pro-turque).

    Les 15 et 16 septembre, la capitale turque, Ankara, a été le théâtre de rencontres entre les parties turque et russe, au niveau des délégations techniques, militaires, politiques et de sécurité, sur les mécanismes de contrôle des conditions sur le terrain à Edleb, en plus du dossier libyen.

    Parallèlement à ces discussions, une réunion a eu lieu au ministère turc des Affaires étrangères entre les deux parties sur la Syrie et la Libye. Elle a réuni des responsables des ministères de la défense, des affaires étrangères et des services de renseignement des deux pays. Un premier round de rencontres avait déjà eu lieu à Moscou, il y a deux semaines.

    Des sources russes ont rapporté que Moscou avait tenté de persuader Ankara de réduire la présence militaire turque à Edleb, de retirer les armes lourdes de la région et de réorganiser la situation liée à l'activité des postes d'observation turcs.

    Les médias russes ont rapporté que la partie turque avait rejeté la demande de la Russie de réduire le nombre de postes d’observation, mais a exprimé sa volonté de discuter des mécanismes de retrait d’une partie des armes lourdes d’Edleb et de ses environs.

    Ces réunions ont coïncidé avec une escalade militaire sur le terrain dans la province d'Edleb, matérialisée par le retour des frappes aériennes, notamment russes, sur la zone de désescalade, l’organisation par le régime syrien de manifestations contre les postes d’observation de l’armée turque situés dans une zone géographique contrôlée par les forces du régime.

    Il est à noter que les discussions sur la réduction de la présence turque sont intervenues peu de temps après que Moscou et Ankara aient organisé des exercices militaires conjoints à Edleb.

    Yevgeny Polyakov, chef adjoint du centre de coordination dans la zone de désescalade d'Edleb, a déclaré que les soldats russes et turcs avaient mené des manœuvres conjointes pour s’entraîner à lutter contre le terrorisme, notamment pour repousser les attaques des groupes armés sur les convois militaires.

    Les exercices comprenaient des moyens de renforcer la coopération et la coordination lors de la conduite des patrouilles et de mobiliser un soutien en cas d'attaque d'une patrouille, y compris les actions à entreprendre en cas de bombardement et d'évacuation du personnel et du matériel.

    L'Institut américain d'études sur la guerre "ISW" s'attendait à ce que la Russie et ses alliés lancent une nouvelle offensive contre les régions du sud d'Edleb.

    L'institut a déclaré, dans un rapport, que Moscou et Ankara avaient négocié un accord prévoyant un retrait partiel de la Turquie de la région d'Edleb, ce qui aurait conduit la Turquie à retirer des centaines de ses forces des villes du sud d'Edleb dans la région de Jabal Al-Zawiya, au début du mois.

    Il a ajouté que le retrait aurait été fait sous le prétexte d'un redéploiement lié aux conflits entre la Turquie et la Grèce en Méditerranée. Pour l’institut, c’était une indication qu'une attaque des forces d'Assad dans la région était imminente.

    L'institut a poursuivi en affirmant que la Turquie aurait réduit la fréquence de ses convois logistiques militaires à trois convois seulement en 13 jours. Pour l’institut, c’était une autre indication qu'une reprise du conflit était imminente.

    Mais contrairement à ce qu’a indiqué l’institut américain, l'armée turque a continué d'envoyer des renforts militaires. Deux convois militaires sont ainsi entrés en Syrie, à l'aube du samedi 19 septembre, par le passage militaire de Kafrlossin. Le convoi comprenait un grand nombre de chars et de véhicules militaires, des camions chargés de blocs de ciment et du matériel logistique. Il a gagné la quatrième zone de désescalade située au nord-ouest. Il s’agissait de renforts que la Turquie envoie continuellement en Syrie pour soutenir ses avant-postes et ses bases militaires.

    L'armée turque a établi plusieurs nouveaux postes militaires dans la région, dont le plus récent est la base militaire de Tal Al-Raqim dans le nord de la province de Lattaquié. Ce dernier poste a été établi le 9 août, portant le nombre de points d’observation et de bases militaires turcs dans la région d’Edleb à 68.

    112 convois militaires turcs sont entrés dans la région d’Edleb au cours des cinq derniers mois.

    Ces renforts comprenaient des chars, des véhicules blindés, des canons de campagne lourds, des systèmes anti-aériens ATILGAN et des systèmes anti-aériens de moyenne portée MIM23-HAWK. Ils ont gagné le camp d'Al-Mastouma, l'aéroport de Taftanaz et Tal Nabi Ayyub.

    Anadolu a déclaré que la présence militaire turque dans le nord-ouest de la Syrie est devenue une source de préoccupation pour les Russes, qui aspirent à monopoliser la carte syrienne et à la garder exclusivement pour eux.

    Il a également précisé que Moscou souhaitait utiliser l'état de tension extrême dans la région de la Méditerranée orientale pour faire pression sur la Turquie afin qu'elle réduise sa présence militaire en Syrie.

    "Moscou veut créer une atmosphère pour les élections désespérées pour la survie du régime d'Assad, à la mi-2021, en imposant de nouvelles conditions à la Turquie", a déclaré l'agence turque. "Les Russes n'ont aucune objection à ce que la Syrie devienne un État voyou isolé internationalement, comme l'Iran et la Corée du Nord. "

    Mais, ajoute-t-elle : "Contre les intérêts impérialistes expansifs des Russes, la situation en Syrie constitue un problème de sécurité stratégique affectant la stabilité de la Turquie et la sécurité de ses citoyens. Il est déraisonnable pour la Turquie d'accepter les exigences russes, d'autant plus que les terroristes armés l'entourent de toutes parts, donc le problème pour la Turquie est une question d'existence et de survie.

    L'agence turque a conclu en disant : « Si Moscou est intéressée par un partenariat stratégique bénéfique à long terme avec Ankara, alors les Russes doivent cesser d'exploiter les circonstances exceptionnelles actuelles en Méditerranée orientale, et ne pas répéter et ne pas mettre le couteau sous la gorge de ses partenaires.

  • Damas refuse que l'ONU surveille l'application de l'accord de "désescalade"

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    Newsletter N° 635 publié par Jean René Belliard et envoyé aux abonnés uniquement. Ci-dessous, un court extrait de la newsletter concernant un refus de la Syrie de voir l'ONU surveiller l'application de l'accord instituant quatre "zones de désescalade" et signé par la Russie, l'Iran et la Turquie.

    Pour plus d'informations, écrire à mailto:ptolemee@belliard74.com

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