Sherkhan Bandar

  • Tadjikistan : Les talibans menacent déjà  les frontières entre l'Afghanistan, le Tadjikistan et l'Ouzbékistan

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    Des dizaines de localités et de bases militaires occupées, des centaines de morts et de blessés - les talibans accélèrent le rythme de leur offensive en Afghanistan. Des régions entières du pays sont déjà passées sous leur contrôle. Les talibans n'ont pas mis longtemps à profiter de la décision des États-Unis de laisser l'armée afghane seule face aux islamistes radicaux. 

    Selon les dernières données, les talibans se sont emparés d'environ 60 comtés en peu de temps, et dans la plupart des cas, même sans affrontements sérieux, les troupes gouvernementales démoralisées ont simplement fui devant les islamistes s qui progressent vers les centres administratifs.

    L'administration américaine avait averti les talibans que toute tentative de profiter du retrait des troupes américaines pour lancer une offensive serait sévèrement punie. Cependant, tout s'est passé comme de nombreux experts l'avaient prévu : l'Afghanistan s'est instantanément « embrasée ». Les combats se sont déroulés dans presque tout le pays. Les forces gouvernementales ne cachent plus qu'elles sont incapables de faire face à la pression des radicaux.

    Moscou doute que Washington ait imaginé une évolution différente et soupçonne que derrière le retrait hâtif des troupes américaines se cache un plan américain, de susciter des tensions aux frontières de la Russie. 

    Déjà, les échos des combats acharnés de l'armée afghane avec les unités du mouvement radical taliban ont atteint le Tadjikistan. À en juger par les derniers rapports de la frontière tadjiko-afghane, la situation est extrêmement tendue.

    Le service frontalier du pays a récemment rapporté : à la suite de l'attaque des talibans contre le poste frontière d'Ukchuk dans le district de Kaldar de la province afghane de Balkh, une vingtaine de militaires se sont repliés sur le territoire tadjik. Et le 22 juin, des militants ont attaqué le commissariat de Sherkhan-Bandar dans la province de Kunduz, à la frontière même. Plus de 130 soldats afghans n'ont pu résister, ont abandonné leurs positions et ont demandé refuge au Tadjikistan. Pour des raisons humanitaires et de bon voisinage, les gardes-frontières les ont laissé passer. Au total, l'armée afghane a perdu, au cours des combats à Sherkhan Bandar, une centaine de soldats blessés, tués et faits prisonniers.

    La situation est similaire à la frontière ouzbek-afghane. L'administration du Président de l'Ouzbékistan a fait état de plusieurs tentatives de la part des militaires et des civils de se réfugier à l'intérieur du pays. Le premier incident de ce type s'est produit le 23 juin - 53 personnes voulaient traverser la frontière. Tous ont finalement été renvoyés en Afghanistan. Mais il est déjà évident que le flux de réfugiés ne s'arrêtera pas.

    Il est à noter que les combats dans les provinces du nord du pays en proie à la guerre civile ne se déroulent qu'à 70 kilomètres de l'emplacement de la plus grande installation militaire russe à l'étranger - la 201e base de Kurgan-Tyube.

    Les autorités tadjikes se sont tournées vers l'Organisation du traité de sécurité collective (OTSC) pour demander un soutien pour faire face à la situation à la frontière avec l'Afghanistan.

    Jeudi 1er juillet, une réunion du Conseil de l'Assemblée parlementaire de l'OTSC s'est tenue à Douchanbé. Ses participants ont noté la détérioration de la situation à proximité immédiate des frontières sud des États membres de l'organisation, et ont également noté le niveau élevé d'activité militaire en Afghanistan, en particulier dans les provinces du nord.

    Selon le docteur en sciences militaires Konstantin Sokolov, l'OTSC prendra dans tous les cas des mesures de mobilisation et renforcera la présence militaire le long des frontières avec l'Afghanistan. Sokolov a même comparé la situation en Afghanistan à la situation qui prévalait en Syrie. Si la Russie n'était pas intervenue en Syrie, les forces gouvernementales auraient été défaites et le gros des rebelles islamisés se seraient déplacés vers vers les frontières russes. "Ici, c'est la même chose - une menace presque directe pour notre sécurité et celle de nos plus proches alliés", a souligné l'expert.

    Moscou se montre pourtant confiant. Le ministère des Affaires étrangères russes pense qu'après la saison des combats, la situation militaire pourrait se stabiliser, ouvrant ainsi la vois à de nouvelles négociations de paix. L'optimisme russe signifie-t-il que Moscou pourrait plus s'impliquer en soutien du gouvernement de Kaboul après le départ des forces de la coalition internationale dirigée par les Etats-Unis ? C'est ce que la comparaison faite par Sokolov entre l'Afghanistan et la Syrie pourrait laisser supposer. 

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