Sadates (chiites)

  • Afghanistan : L'unique chef taliban chiite hazara tué par les talibans alors qu'il tentait de fuir en Iran

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    Maulvi Mahdi.jpegMaulvi Mahdi (photo) était le seul chef taliban d'ethnie hazara et de religion chiite originaire de la province de Bamyane. Il était justement présenté par les talibans comme un exemple de la tolérance des talibans envers les hazaras

    Mais alors qu'il avait combattu avec les talibans, il s'était soudain retourné contre eux et établi sa place forte dans la région voisine de Balkhab.

    La région de Balkhab est l'un des districts de la province de Sar-i-pul. Ce district est différent des autres districts de la province pour deux raisons; Des terres extrêmement complexes, montagneuses et infranchissables et un tissu social majoritairement homogène. Les habitants de cette région sont majoritairement chiites, ce qui comprend des Sadates et des Hazaras. Un petit nombre de Tadjiks vivent également dans ce district.

    Lors du premier tour du règne des talibans sur l'Afghanistan, ce district a été épargné par la domination talibane et est devenu l'un des noyaux de la première résistance aux talibans. A l'époque de la République, il était également considéré comme une place forte imprenable, et les talibans, malgré de nombreux efforts, n'avaient pas réussi à le contrôler.  Le territoire complexe et montagneux a constitué une forteresse solide et impénétrable pour ce district contre les forces d'invasion extérieures. Le tissu social majoritairement homogène de ce district n'a pas été sans influence à cet égard. Balkhab est le seul district Hazara de la province de Sar-i-pul. Il est donc très important pour les Hazaras d'Afghanistan. Les chiites Sadates sont également présents dans ce district mais la rivalité entre Sadates et Hazaras a constitué un problème chronique dans ce district. 

    Maulvi Mahdi avait rejoint les rangs des talibans et prêté allégeance à ce groupe. Alors que les talibans n'étaient pas présents à Balkhab, Maulvi Mahdi a voulu profiter de leur absence du district pour établir une forteresse contre les talibans pour la défense des droits légitimes des Hazaras. 

    En représailles, les talibans ont démis Mehdi Mujahid en début d'année 2022 du poste de chef des renseignements dans la province de Bamiyan (Centre), en majeure partie peuplée de Hazaras. Il avait été nommé en août 2021 quand les islamistes avaient pris le pouvoir à Kaboul. La nomination du chef trentenaire avait été perçue comme un geste des talibans - majoritairement pachtounes - envers les Hazaras chiites.

    Lorsque Maulvi Mahdi s'est retourné contre les talibans, ceux-di l'ont accusé de ne pas chercher à mener une guerre de libération, mais de poursuivre un objectif de profit personnel. Le confit, selon eux, aurait eu pour réelle motivation la mainmise sur les ressources naturelles et minérales de Balkhab, en particulier l'extraction du charbon dont les Pakistanais étaient très friands.
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    Les talibans ont dépêché des forces dans ce district où Maulvi Mahdi s'était replié avec plusieurs combattants restés fidèles. L'offensive des talibans contre les partisans de Maulvi Mahdi a débuté fin juin 2022. Il s'est soldé par la défaite de Maulvi Mahdi. Le conflit a fait fuir de nombreux habitants de la région dans les montages environnantes, dans des conditions difficiles, car selon leur habitude, les talibans n'ont pas fait grand cas de la population civile.

    On n'avait plus de nouvelles de Maulvi Mahdi et ses hommes depuis quelque temps, mais, mercredi 17 août 2022, le ministère de la Défense a affirmé que des forces frontalières avaient identifié Mehdi Mujahid dans la province de Herat (Nord-Ouest), près de l'Iran "où il voulait fuir", et l'avaient "puni pour ses actes".

    Il était seul et "voulait entrer illégalement en Iran", a précisé à l'AFP le responsable provincial de l'information, Naeemul Haq Haqqani, ajoutant qu'il avait été "tué après un accrochage". Toutefois, des photos circulaient sur les réseaux sociaux montrant Mehdi Mujahid, visiblement vivant, détenu et encadré par deux talibans, laissant entendre que le chef rebelle aurait été exécuté ensuite. Naeemul Haq Haqqani a rejeté ces informations. "Les rumeurs selon lesquelles cette personne a été capturée vivante sont des mensonges", a-t-il déclaré.

    Conséquences de la guerre pour la population de Balkhab :
    Maulvi Mahdi ayant été vaincu, l'armée talibane contrôle désormais le bastion hazara de Balkhab. Il faut s'attendre à ce que les habitants chiites de Balkhab soient exposés à des atrocités de la part des talibans. 

    C'est précisément pour éviter ces conséquences désastreuses pour les Hazaras que les dirigeants de cette communauté n'ont pas bougé le petit doigt pour soutenir, au moins par la parole, Maulvi Mahdi. Il faut dire que la plupart des dirigeants connus des Hazaras se sont installés à l'étranger depuis que les talibans ont pris le contrôle de l'Afghanistan. Ils ne parlent ni de guerre avec les talibans ni de paix avec eux. On peut ajouter qu'ils n'étaient pas favorables à ce conflit pour des raisons politiques car si Maulvi Mahdi était sorti vainqueur de la bataille, celui-ci aurait comblé le vide des dirigeants politiques au sein de la communauté Hazara.

    Conséquences du confit pour les talibans : 
    Maintenant que les talibans sont sortis vainqueurs, il n'y a plus de commandant Hazara pour faire croire à un mouvement incluant d'autres religions. Plus rien ne peut camoufle  le visage ethnique des talibans. Tout le monde comprendra que les talibans sont un groupe de personnes qui travaillent sous le couvert de la religion pour consolider et assurer la suprématie du peuple Pachtoun sur les autres peuples. La religion est un outil entre les mains des talibans pour consolider leur domination ethnique. Tout ce qui n'est pas pachtoun sera attaqué et massacré.

    L'attaque armée des forces talibanes sur Balkhab a une fois de plus révélé l'agressivité et la violence de ce groupe. L'attaque de Balkhab a montré que les talibans ne sont pas enclins à la négociation. S'ils s'assoient parfois autour de la table de négociation avec un adversaire, ils ne veulent rien d'autre que de la soumission et de l'obéissance de la part de cet adversaire. 

    Il faut avoir à l'esprit que les hazaras d'Afghanistan ont été persécutés pendant des décennies, en particulier par les talibans au moment de leur premier passage au pouvoir (1996-2001). Ils continuent aussi à être la cible d'attaques du groupe jihadiste État islamique, qui les qualifie d'hérétiques. 

    Bien entendu, les pays voisins, notamment l'Iran, ne vont pas rester silencieux si la répression talibane s'abat sur le peuple hazara. Cela va rendre plus difficile l'établissement de bonnes relations entre l'Iran et les talibans.