Hariri Saad

  • Liban : Nagib Mikati, chargé une nouvelle fois de tenter de former un gouvernement

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    Le nouveau Premier ministre désigné, Nagib Mikati, chargé lundi de former le prochain gouvernement après avoir obtenu les voix de 72 députés sur 118 lors des consultations parlementaires contraignantes, a entamé mardi ses concertations avec les différents groupes parlementaires, en vue de mettre sur pied son équipe. Ces entretiens ont débuté place de l’Étoile par une réunion avec le président de la Chambre, Nabih Berry. Il devait ensuite s'entretenir avec les anciens Premiers ministres Saad Hariri et Tammam Salam et le vice-président du Parlement, Élie Ferzli, avant de se réunir avec les blocs parlementaires et les députés indépendants.

    Lors d'une brève allocution depuis le palais de Baabda lundi, Nagib Mikati, s’est engagé à former un  cabinet « en coopération avec le chef de l’État, Michel Aoun ». Un cabinet « qui mettra en œuvre l'initiative française » présentée le 1er septembre 2020 à Beyrouth par le président français Emmanuel Macron. M. Mikati, milliardaire, vétéran de la politique, et, en quelque sorte, roue de secours récurrente, a également expliqué que s’il n’avait pas eu des « garanties extérieures », il n'aurait « pas accepté cette mission ».

    Un soutien qu’il pourrait mettre à profit dans ses négociations avec le chef de l’État pour former un gouvernement attendu depuis près d’un an maintenant. L’information a été confirmée lundi soir dans les milieux du Hezbollah. Une source proche du parti chiite précisait que l’accord sur la candidature de M. Mikati « est le choix imposé par l’urgence de la situation pour éviter l’effondrement ». Pour cette source, cette désignation « est le fruit de la convergence entre plusieurs États concernés par la situation libanaise ».

    La France, pour sa part, a indiqué, par la voix de la porte-parole de la diplomatie française, avoir « pris note » de la désignation de M. Mikati. « L'urgence est désormais de former un gouvernement compétent et capable de mettre en œuvre les réformes indispensables au relèvement du pays, que tous les Libanais attendent », a ajouté Agnès von der Mühll. « La France appelle l'ensemble des dirigeants libanais à agir en ce sens le plus rapidement possible. Leur responsabilité est engagée », a-t-elle encore souligné.

    Il reste que les obstacles qui avaient empêché le chef du courant du Futur, Saad Hariri, de former un cabinet, restent plus ou moins identiques. Fort de l’appui de sa communauté sunnite et du club des anciens chefs de gouvernement dont il fait partie, M. Mikati ne saura dépasser certaines lignes rouges. S’il a déjà marqué sa différence avec M. Hariri en acceptant de rencontrer le chef du CPL, Gebran Bassil, qu’il a reçu à dîner samedi, le plus dur reste à faire pour le nouveau Premier ministre désigné.

  • Liban : Inquiétude sécuritaire

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    Le chef de l'armée met en garde, Washington s'inquiète, et l'ONU demande la nomination d'un nouveau Premier ministre
    Le commandant de l'armée libanaise a averti vendredi 16 juillet 2021 que la situation dans le pays était sur le point de dégénérer à la suite des excuses de Saad Hariri pour la formation du gouvernement.

    Jeudi 15 juillet, Saad Hariri avait fait ses excuses pour n'avoir pas été capable de former un nouveau gouvernement après près de 9 mois de tractations à la suite de désaccords avec le président Michel Aoun.

    Le commandant de l'armée, le général Aoun, a déclaré, selon un communiqué officiel : « Il semble que la situation s'aggrave et que les choses soient sur le point de dégénérer, car nous sommes confrontés à un destin politique et social difficile.

    Il a ajouté dans le communiqué publié par l'armée sur son site officiel : "Notre responsabilité est grande à ce stade, et nous sommes tenus de préserver la sécurité et la stabilité de la patrie et d'empêcher le chaos".

    Le général Aoun a exprimé son espoir que ce que le pays traverse ces jours-ci soit "une crise de transition qu'il surmontera grâce aux éléments de l'armée".

    Plusieurs régions libanaises connaissent de temps à autre des manifestations populaires de colère, entrecoupées de blocages de routes, pour protester contre la réalité vivante et l'escalade de la crise économique.

    Pendant environ 9 mois, des différends entre Aoun et Hariri ont empêché la formation d'un gouvernement, pour succéder à l'actuel gouvernement par intérim dirigé par Hassan Diab, qui a démissionné le 10 août 2020, 6 jours après une explosion catastrophique dans le port de la capitale, Beyrouth.

    Les différends ont porté sur le droit de nommer des ministres chrétiens, Hariri accusant Aoun d'insister pour que son équipe, dont le Hezbollah, obtienne le « tiers de blocage », qui est le nombre de ministres qui permet de contrôler les décisions du gouvernement.

    Les observateurs disent que la situation au Liban va empirer politiquement et économiquement, après que Hariri ait adressé jeudi ses excuses pour l'impossibilité de former un gouvernement.

    Depuis fin 2019, le Liban souffre d'une grave crise économique qui a entraîné une détérioration financière et vitale, une pénurie de carburant, de médicaments et d'autres produits de base, ainsi qu'une augmentation sans précédent des taux de pauvreté.

    Protestations violentes 
    Vendredi, 15 militaires et 4 manifestants ont été blessés dans des affrontements qui ont éclaté dans le quartier de Jabal Mohsen  au nord du Liban sur fond de dégradation des conditions de vie.

    L'armée libanaise a déclaré dans un communiqué que 5 soldats ont été blessés lorsque des jeunes leur ont lancé une grenade dans le quartier de Jabal Mohsen, et 10 autres soldats ont été blessés par des jets de pierres lancées par un certain nombre de manifestants dans le même quartier.

    Les affrontements ont éclaté alors que l'armée libanaise tentait d'ouvrir une route coupée par les manifestants.

    Les manifestants ont jeté des pierres sur l'armée, qui a utilisé des gaz lacrymogènes et des balles en caoutchouc pour disperser les manifestants, selon des témoins.

    L'agence de presse officielle libanaise a expliqué que les manifestants de Jabal Mohsen protestaient contre la détérioration des conditions de vie et les pénuries de diesel et d'essence, ainsi que de médicaments et de lait.

    L'agence a indiqué que 4 manifestants ont été blessés, dont un dans un état critique, tandis que l'armée renforçait son déploiement dans la zone de tension.

    Dans le même contexte, des dizaines de manifestants ont bloqué une route principale reliant la capitale, Beyrouth, au sud du pays pendant plus de deux heures avant de la rouvrir, ce qui a provoqué un embouteillage monstre.

    Dana Stroul.jpegDétérioration de la sécurité
    Le sous-secrétaire américain adjoint à la Défense pour les affaires du Moyen-Orient, Dana Stroul (photo ci-contre), a averti que la situation économique au Liban pourrait entraîner une détérioration de la sécurité.

    Dans une interview avec Al-Hurra TV, Stroul a exprimé son inquiétude face à la confrontation de l'armée libanaise avec les manifestants dans la rue, soulignant que l'establishment militaire bénéficie toujours du soutien de la majorité des Libanais.

    Elle a souligné que les États-Unis se concentraient sur le soutien à l'armée libanaise, qui effectue une mission très importante, en raison de l'échec du gouvernement libanais à fournir une aide humanitaire, en particulier après l'explosion du port.

    Elle a souligné que le Pentagone surveille de près la situation et encourage les dirigeants libanais à "prendre des mesures dès maintenant pour empêcher le déclenchement de ce type de violence".

    D'autre part, elle a évoqué les conditions économiques vécues par les membres de l'armée libanaise, soulignant que les États-Unis examinent de près les mesures qui peuvent être prises pour soutenir l'armée libanaise.

    Joanna Wronecka.jpegDans un contexte connexe, la coordonnatrice spéciale des Nations unies au Liban, Joanna Wronecka (Photo ci-contre), a appelé vendredi à la formation d'un gouvernement "capable de mener les réformes nécessaires".

    Lors d'un cercle télévisé avec des journalistes au siège de l'Organisation internationale à New York, Farhan Haq, porte-parole adjoint du Secrétaire général, a cité le Coordonnateur de l'ONU disant que « des mesures rapides doivent être prises pour assurer la nomination d'un nouveau Premier ministre, conformément aux exigences constitutionnelles, et la formation d'un gouvernement capable de mener les réformes nécessaires pour mettre le Liban sur la voie de la reprise avant de tenir des élections libres et équitables l'année prochaine.

    Il a ajouté que Wronecka a exprimé son "profond regret sur l'incapacité des dirigeants libanais à parvenir à un accord sur la formation d'un nouveau gouvernement qui est absolument nécessaire pour faire face aux nombreux défis auxquels le pays est confronté".

    Perquisition de l'armée et affrontements à la roquette dans la région de Baalbeck
    Des incidents sécuritaires ont éclaté vendredi dans la région de Baalbeck, au soir d'une tournée du commandant en chef de l'armée libanaise dans la Békaa au cours laquelle il avait évoqué une "amélioration de la situation sécuritaire" dans cette région. 

    Dans le quartier de Charaouné, une dispute entre deux personnes du clan Jaafar a dégénéré en "combats violents" à l'arme automatique et à la roquette, rapporte notre correspondante dans la Békaa Sarah Abdallah. Une quinzaine de missiles de grade militaire ont été échangés lors de ces affrontements. 

    Et à Hour Taala, l'armée a mené des perquisitions, à la recherche de repris de justice. Certaines des personnes recherchées ayant pris la fuite, un hélicoptère de la troupe a été amené en renforts et a longuement survolé la zone. 
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  • Le Liban proche de "l'explosion sociale"

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    Diyab Hassan.jpgLe Premier ministre libanais, Hassan Diyab (photo), a déclaré que son pays était au bord d'une "catastrophe" et qu'une "explosion sociale" pourrait bientôt se produire. Raison pour laquelle, le soutien de la communauté internationale a été sollicité.

    LE premier ministre, à la tête d'un gouvernement provisoire, a fait cette déclaration mardi 6 juillet 2021, lors d'une rencontre avec des ambassadeurs et des représentants des missions diplomatiques à Beyrouth, au cours de laquelle il souligné combien le peuple libanais fait face à un « sombre destin seul ». 

    Pour Diab, il faut un nouvel exécutif, capable de reprendre les négociations avec le Fonds monétaire international (FMI), qui sont également au point mort, étant donné que l'équipe du gouvernement intérimaire, actuellement au pouvoir, n'en a pas le droit. De plus, pour le Premier ministre, lier l'aide internationale au Liban à la formation d'un nouvel exécutif représente une « menace » pour la survie des Libanais, qui sont les seuls à payer le prix fort d'un « siège » qui, en réalité , n'affecte pas "le corrompu". 

    La population libanaise se plaint de conditions de vie de plus en plus précaires et d'une dévaluation persistante de la livre libanaise, après avoir atteint un niveau record, atteignant un taux de change d'environ 18 000 livres contre un dollar américain sur le marché noir, bien que le taux officiel reste inchangé, soit 1 507 lires par dollar. La monnaie libanaise a perdu environ 90 % de sa valeur depuis le début de la crise économique et financière. En plus d'être la plus grave enregistrée dans le pays du Moyen-Orient depuis la guerre civile de 1975-1990, elle pourrait être pour la Banque mondiale l'une des trois pires crises enregistrées au niveau international au cours des 150 dernières années.

    Pour aggraver la situation libanaise, l'impasse politique persiste. Le 22 octobre 2020 le Premier ministre désigné, Saad Hariri, s'est engagé à remédier à une situation politique de plus en plus précaire. Des consultations ont été lancées depuis, mais le pays n'a pas réussi à trouver une issue à la crise, encore aggravée par la pandémie de Coronavirus et l'explosion qui a frappé le port de Beyrouth le 4 août 2020. Dans ce contexte, plusieurs acteurs internationaux se sont intéressés au dossier libanais, dont la France, exprimant leur volonté d'aider Beyrouth, à condition qu'elle trouve un accord pour former un nouvel exécutif indépendant et non partisan.

    Dans ce contexte, le pays risque de se retrouver sans médicaments . L'alarme a été donnée le 4 juillet par l'Union des importateurs de médicaments et les propriétaires des entrepôts libanais. Ils ont tiré la sonnette d'alarme signalant que les stocks de centaines de médicaments essentiels, y compris pour les maladies chroniques et incurables, étaient épuisés et que des centaines d'autres pourraient bientôt être également indisponibles  si la banque centrale ne libère pas les fonds dans les plus brefs délais. Les activités d'importation, a-t-il été précisé, sont au point mort depuis près d'un mois et bientôt Beyrouth pourrait ne plus être en mesure de fournir des soins de santé à la population. Raison pour laquelle, une action immédiate est nécessaire, sinon la situation pourrait devenir « catastrophique » d'ici la fin juillet.

    C'est la Banque centrale libanaise, également connue sous le nom de Banque du Liban, qui fournit des devises fortes, qui sont utilisées pour importer des médicaments. Or, selon le Syndicat, l'entité n'a pas fourni les dollars promis, accumulant, depuis décembre 2020, une dette d'environ 600 millions de dollars auprès de fournisseurs étrangers, à un moment où les importateurs ne peuvent plus obtenir de nouvelles lignes de crédit. Pour l'Union, la seule solution à court terme consiste à respecter l'accord entre le ministère de la Santé publique et la Banque du Liban, conclu sous l'égide du président Aoun, qui prévoit des subventions pour certains médicaments et équipements de santé, sélectionnés par le ministère lui-même. De plus, selon le syndicat, il est nécessaire de créer un mécanisme de distribution qui garantisse l'approvisionnement des médicaments aux patients dans le besoin.

  • Liban : La France passe à l’acte, sans les Européens

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    Au moment où le chef du Courant patriotique libre Gebran Bassil plaidait sa cause à Moscou, la France est passée, jeudi 29 avril 2021,  subitement à la vitesse supérieure, en annonçant qu’elle a commencé à mettre en œuvre des mesures restrictives en matière d’accès au territoire français à l’encontre de personnalités impliquées dans le blocage politique au Liban ou dans la corruption. « Nous avons à titre national commencé à mettre en œuvre des mesures restrictives en matière d’accès au territoire français à l’encontre de personnalités impliquées dans le blocage politique en cours, ou impliquées dans la corruption », a déclaré le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, selon le texte d’une déclaration qu’il a faite lors d’une visite à Malte, et transmis à la presse.

    « Les responsables du blocage doivent comprendre que nous ne resterons pas inactifs », a-t-il prévenu lors d’un point de presse aux côtés de son homologue maltais, Evarist Bartolo, en précisant qu’il n’était pas exclu que la France adopte « des mesures supplémentaires à l’encontre de tous ceux qui entravent la sortie de crise (...) en coordination avec (ses) partenaires internationaux ».

    Aucune précision n’a été fournie par M. Le Drian sur la nature des restrictions qui ont commencé à être adoptées, ni surtout sur l’identité des responsables touchés par ces mesures. À Beyrouth, l’ambassade de France a distribué le texte de la déclaration du chef de la diplomatie, sans plus de précisions non plus. La France s’efforçait depuis quelques semaines d’entraîner ses partenaires de l’Union européenne dans une politique de sanctions à l’égard des responsables libanais jugés coupables de « non-assistance à pays en danger », selon les termes utilisés récemment par M. Le Drian lui-même. Mais le mécanisme de prise de décisions diplomatiques au sein de l’UE, où l’unanimité des 27 membres est nécessaire, rendait l’exercice vain, dans la mesure où certains pays membres traînaient les pieds. En visite au Liban le week-end dernier, le ministre hongrois des Affaires étrangères, Peter Szijjarto, qui a rencontré M. Bassil, a ainsi déclaré sans ambages que Budapest s’opposerait à tout projet de sanctions européennes visant « le plus grand parti chrétien libanais », en référence au CPL.

    L’action russe
    À Moscou, M. Bassil s’est entretenu d’abord avec Mikhaïl Bogdanov, représentant personnel de Vladimir Poutine pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, puis avec le ministre des Affaires étrangères, Serguei Lavrov. Des échanges qui ont porté sur un ensemble de sujets qui intéressent les deux parties, principalement sur la question du blocage de la formation du gouvernement. Appuyant la position française, Moscou est en faveur d’un cabinet d’experts où les équilibres politiques sont respectés, aucune partie ne pouvant détenir un veto quelconque. C’est dans ce sens, mais de manière plus nuancée que s’est d’ailleurs prononcé M. Bassil, à l’issue de sa rencontre avec M. Lavrov. Il s’est prononcé en faveur d’un « cabinet de spécialistes soutenu par les principales forces politiques et parlementaires, sans que personne ne puisse contrôler et empêcher ces réformes ».

    Il a aussi indiqué avoir demandé au ministre russe des Affaires étrangères de jouer le rôle nécessaire pour « inciter le Premier ministre désigné à boucler le dossier de la formation du gouvernement », avant de rejeter la balle de la responsabilité du blocage dans le camp haririen.

    « Nous attendons tous que le Premier ministre désigné décide de procéder à la formation du gouvernement et, plus important encore, décide d’engager des réformes », a-t-il dit.

    De source proche de M. Bassil, on apprenait que ce dernier a « clarifié » respectivement à MM. Bogdanov et Lavrov sa position au sujet du blocage et rectifié certaines « perceptions erronées ».

    N’ayant aucune initiative à la clé pour pouvoir dénouer la crise, Moscou a cependant favorablement accueilli ces derniers mois le défilé des personnalités libanaises venues solliciter son aide dans l’espoir de rapprocher les points de vue et créer un climat de confiance entre les protagonistes. Soucieux de ne pas afficher de parti pris et ayant réussi au plan diplomatique à entretenir des relations avec plusieurs parties souvent adverses, les dirigeants russes semblent ne pas vouloir déroger à cette règle avec les protagonistes libanais.

    Après avoir reçu le 15 mars dernier une délégation du Hezbollah, Moscou a accueilli le 14 avril Saad Hariri qui cherchait à obtenir un appui dans le bras de fer qui l’oppose au camp aouniste. De même, la visite de M. Bassil en Russie, qu’il a lui-même sollicitée, est surtout destinée à briser son isolement. Moscou s’apprête à accueillir prochainement le chef des Marada, Sleiman Frangié, le chef du PSP, Walid Joumblatt, ainsi que son adversaire politique, Talal Arslane.

    Échanges parisiens
    Les entretiens de M. Bassil à Moscou avaient été précédés d’une visite de M. Bogdanov à Paris lundi et mardi derniers. Lors de ses échanges avec notamment son homologue français, Patrick Durel, le sujet libanais a figuré en première ligne. De source diplomatique proche de ces entretiens, on apprenait que MM. Bogdanov et Durel sont convenus du fait que la mouture de 24, sans possibilité de blocage, était la plus appropriée pour une sortie de crise.

    La partie française aurait fait part de son étonnement de voir M. Hariri persister dans sa rigidité. D’un autre côté, le responsable russe aurait insisté, devant son interlocuteur, sur la nécessité, pour M. Bassil, de ne pas s’obstiner sur la question de la nomination des deux ministres chrétiens comptés dans la quote-part de Saad Hariri et qu’il devait par conséquent lui laisser cette marge de manœuvre. C’est probablement cette recommandation qu’a dû entendre hier M. Bassil lors de ses entretiens à Moscou.

    La bataille entre le camp aouniste et le Premier ministre désigné s’est poursuivie autour de la question de la nomination des ministres chrétiens que le camp du chef de l’État souhaite monopoliser au nom du droit supposé des chrétiens à placer leurs propres ministres.

    Un argument de façade qui cache en réalité un jeu d’équilibre du pouvoir au sein du futur cabinet. Si le chef de l’État devait nommer tous les ministres chrétiens en plus du ministre druze relevant de la part du député Talal Arslane, le camp du président obtiendrait ainsi dix ministres sur les 24. On reviendrait ainsi à la case de départ et au tiers de blocage auquel les aounistes s’étaient pourtant engagés à renoncer.

  • Liban : Formation du nouveau gouvernement de Saad Hariri - Walid Joumblatt pessimiste

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    Le chef druze libanais Walid Joumblatt (photo) a estimé jeudi que la "fumée blanche" annonciatrice d'un nouveau gouvernement "ne s'élèvera pas de sitôt", malgré une nouvelle réunion hier entre le chef de l'État Michel Aoun et le Premier ministre désigné Saad Hariri, chargés de mettre sur pied le cabinet. 

    "Apparemment, la fumée blanche pour le gouvernement ne s'élèvera pas de sitôt, en raison d'une augmentation des tests nécessaires pour choisir le meilleur +vaccin+ à la crise actuelle", a écrit M. Joumblatt sur son compte Twitter. La veille, après la réunion entre MM. Aoun et Hariri, il avait exprimé son optimisme sur le réseau social, affirmant "attendre" cette fumée blanche, avant de supprimer ce message. 

    Mercredi, pour la première fois depuis sa désignation le 22 octobre pour former un gouvernement, Saad Hariri a présenté une mouture de cabinet au chef de l'État. Ce dernier a promis d'étudier le document et lui remis une proposition de répartition des portefeuilles. Plusieurs obstacles continuent à se dresser devant la formation du cabinet, notamment l'attribution du tiers de blocage réclamé par le Courant patriotique libre (aouniste). Après plus de trois semaines de surplace, le processus semble toutefois être relancé, à une dizaine de jours d'une nouvelle visite du président français Emmanuel Macron à Beyrouth.

  • Liban : Saad Hariri présente son cabinet au président Aoun

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    Le Premier ministre en charge de la formation d'un nouveau gouvernement libanais, Saad Hariri, a déclaré mercredi 9 décembre qu'il avait présenté au président Michel Aoun au palais Baabda un cabinet composé de 18 ministres. Les ministres ont été choisis pour leurs compétences techniques, quelle que soit leur appartenance politique.

    Hariri a déclaré sur Twitter que "le président Aoun étudiera l'équipe avant d'organiser une nouvelle réunion dans une atmosphère positive".

    Il a ajouté: "Il y a un grand espoir dans la formation du gouvernement pour reconstruire Beyrouth et la confiance des Libanais à travers des réformes.

    Vidéo (langue arabe):

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  • Liban: Hariri à nouveau convié à former un gouvernement

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    La tâche de former un nouveau gouvernement pour le Liban a été confiée à Saad Hariri, l'ancien Premier ministre qui a démissionné à la suite de la vague de manifestations qui a débuté le 17 octobre 2019. Pour Hariri, ce sera son quatrième mandat.

    Les consultations entre le chef de l'Etat libanais, Michel Aoun, et les blocs parlementaires avaient débuté dans la matinée du jeudi 22 octobre, au palais présidentiel de Baabda. Bien que ce soit une hypothèse envisagée pendant des semaines, il y a eu plusieurs voix hostiles à la nomination de Hariri, principalement de la part des partis chrétiens maronites, tels que le Mouvement patriotique libre et les Forces libanaises. Malgré cela, Hariri a réussi à obtenir 65 voix, sur un total de 120, et à être nommé Premier ministre pour la quatrième fois depuis le 14 février 2005, jour de l'assassinat de son père, Rafiq Hariri. Une fois le nouvel exécutif formé, le président Aoun fera usage de son droit constitutionnel et ce sera lui qui acceptera ou refusera la formation ministérielle proposée ou demandera la modification de certaines personnalités désignées.

    Poussé par la forte mobilisation populaire d'octobre 2019, Saad Hariri avait été contraint de démissionner le 19 décembre de la même année, laissant le Liban dans une impasse politique croissante et persistante, qui a ajouté à une grave crise économique et financière, la pire depuis la guerre civile de 1975-1990. La situation a été encore exacerbée par l'explosion du port de Beyrouth le 4 août, considérée comme «l'étincelle qui a brisé le dos du chameau». La mission de Hariri sera de regagner la confiance non seulement de la population libanaise, qui n'a jamais cessé de se plaindre de conditions de vie et sociales de plus en plus précaires et de la corruption endémique parmi les classes politiques au pouvoir, mais aussi des donateurs internationaux, y compris la France et le Fonds monétaire international (FMI),

    Ces dernières semaines, Hariri s'est montré en faveur de la « feuille de route» française , présentée par le président Emmanuel Macron au lendemain de l'explosion de Beyrouth. Comme l'a également rappelé son discours à l'issue de la nomination, le 22 octobre, la tâche du Premier ministre sera de mettre en œuvre les réformes économiques, financières et administratives contenues dans le document esquissé par Paris. Pour le Premier ministre réélu, «l'initiative française» est le seul moyen viable de reconstruire Beyrouth de la manière la plus rapide et la plus sûre, ainsi que la «seule et dernière» carte qui puisse être jouée pour éviter l'effondrement. "Je vais me concentrer sur la formation rapide d'un gouvernement", a déclaré Hariri.

    Cela signifie former une équipe indépendante et non partisane composée de spécialistes. Selon certains, l'hypothèse d'un compromis avec certaines forces politiques, dont le duo chiite Amal-Hezbollah, soupçonné d'être responsable de l'échec de l'ancien Premier ministre, Mustapha Adib, démissionnaire le 26 septembre, ne peut être exclue. Lors des consultations du 22 octobre, les parties susmentionnées n’ont pas voté en faveur de Hariri. Pour cette raison, certains soutiennent qu'Hariri ne pourra obtenir le plein soutien du Hezbollah que s'il répond aux demandes déjà formulées précédemment auprès de Mustapha Adib, à savoir l'attribution de portefeuilles ministériels à des personnalités chiites, dont le ministère des Finances.

    Même après les manifestations de 2019 et sa démission, Hariri, selon certains, a continué à représenter le candidat le plus fort, qui, plus que d'autres, était destiné à occuper un poste qui, selon le système sectaire libanais, doit être pourvu par un représentant sunnite. Cependant, le retour de Hariri sur la scène libanaise représente également un défi pour les groupes militants toujours engagés dans la révolte nationale contre la classe politique du pays. "Le retour de Hariri est le point culminant de la contre-révolution", a déclaré Nizar Hasan, militant politique du groupe indépendant Li Haqqi. "Un pilier de l'establishment politique, un multimillionnaire représentant les banques et les intérêts étrangers, et un symbole de gouvernance inefficace et corrompue", a poursuivi l'activiste.

    Le Hezbollah opposé à la formation d'un gouvernement "restreint"
    Le groupe parlementaire du Hezbollah s'est dit vendredi opposé à la formation d'un gouvernement "restreint", estimant que chaque ministre ne devrait être en charge que d'un seul portefeuille, appelant le Premier ministre désigné Saad Hariri à "s'entendre avec tous les groupes" pour la mise sur pied de son cabinet.

    "Nous avons conseillé que chaque ministre ne soit chargé que d'un seul portefeuille, afin qu'il puisse être plus productif et qu'il puisse résoudre efficacement les différentes crises" qui le concernent, a souligné le député Mohammad Raad à l'issue d'une réunion avec Saad Hariri, lors des concertations non-contraignantes sur la formation du futur cabinet, au Parlement. Selon le Hezbollah, le cabinet ne devrait donc pas être "réduit" et devrait être composé de 22 à 24 ministres. M. Raad a encore indiqué avoir "recommandé" au leader sunnite de "s'entendre avec tous les blocs et toutes les forces politiques" lors des tractations gouvernementales, afin "de renforcer" sa future équipe et de garantir la mise en œuvre des différentes décisions qu'elle prendra. 

    Interrogé par une journaliste sur les appels à des ministres "experts" ou "technocrates", M. Raad s'est contenté de lancer : "Cette question est désormais derrière nous".