Relations Tunisie-Turquie

  • Tunisie : La situation s'aggrave, le siège d'al-Jazeera investi par la police

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    Après l'annonce par le président tunisien, Kais Saied, de limoger le premier ministre, Hichem Mechichi, et de suspendre les activités du Parlement, de violents affrontements ont éclaté dans la capitale, à proximité du siège parlementaire. Enfin, les bureaux d'al-Jazeera à Tunis ont été pris d'assaut par les forces de police locales.

    Tel que rapporté par le Réseau de télévision par satellite basé au Qatar, environ 20 agents de sécurité en civil sont entrés dans le bureau local d'al-Jazeera, invitant les journalistes et les employés à quitter le bâtiment. Comme l'a indiqué le directeur du bureau de Tunis, Lotfi Hajji, ils n'ont reçu aucun avertissement quant à une éventuelle expulsion, tandis que les forces de sécurité ont déclaré avoir agi sur les instructions de la justice tunisienne. Les journalistes ont alors déclaré que les agents de sécurité leur avaient ordonné d'éteindre leurs téléphones portables et qu'ils n'avaient pas été autorisés à revenir récupérer leurs affaires. Enfin, leur équipement aurait été confisqué. 

    Des affrontements et échanges de jets de pierres se sont produits près du bâtiment du Parlement entre partisans du parti islamiste Ennahda et partisan du président Kais Saied. La situation de chaos et de désordre fait suite à la décision de Saied, annoncée dans la soirée du 25 juillet, concernant le limogeage de Mechichi et l'interruption des activités parlementaires pendant 30 jours. Cette décision, à son tour, est la conséquence d'une journée de protestations qui, le 25 juillet , a vu des milliers de Tunisiens descendre dans les rues du pays pour protester contre un environnement économique, mais aussi politique, en détérioration continue, encore exacerbée par la pandémie de Covid-19. Ce dernier a ensuite souligné la fragilité d'un système de santé, qui, pour la population, est victime d'années de mauvaise gestion.  

    Après l'annonce de Saied, dans la matinée du 26 juillet, l'armée tunisienne a empêché le président du Parlement et les membres de la Chambre des représentants d'accéder au siège parlementaire, les informant qu'ils avaient reçu l'ordre de fermer le siège. Le président du corps législatif, Rachid Ghannouchi, a dénoncé le déploiement de troupes tunisiennes en exécution es décisions de Saied, considéré comme une violation de la constitution tunisienne et des principes de la révolution. "La Constitution n'autorise pas la dissolution du Parlement, mais autorise la suspension de ses travaux", a plutôt déclaré Saied, citant l'article 80 qui autorise une telle mesure en cas de "danger imminent".

    De son côté, Ghannouchi a exhorté les officiers de l'armée à rejoindre la population pour sauvegarder la liberté conquise avec la révolution, tandis que tous les blocs parlementaires ont été invités à défendre le corps législatif et la Constitution de la Tunisie. "Les institutions sont toujours en place, les partisans d'Ennahda et le peuple tunisien défendront la révolution", a déclaré plus tard Ghannouchi. Pour les tenants d'Ennahda, un parti tunisien d'orientation islamiste, qui détient actuellement la majorité des sièges au Parlement, ce qui s'est passé est "un coup contre la légitimité".

    Selon certains, les événements de ces dernières heures constituent la pire crise survenue dans le pays d'Afrique du Nord depuis l'été 2013, lorsque les tensions menaçaient de renverser la démocratie tunisienne. En même temps, c'est l'un des plus grands défis à la Constitution elle-même, adoptée en 2014, avec laquelle les pouvoirs du chef de l'État, du premier ministre et du président du Parlement ont été définis, tandis que le partage du pouvoir exécutif entre le Président de la République et le chef du gouvernement. À cet égard, Saied a indiqué le 25 juillet que, pour le moment, il occupera le poste de Premier ministre, en collaboration avec un nouveau gouvernement et un premier ministre qui sera nommé par le président lui-même.

    Les épisodes des 25 et 26 juillet représentent l'aboutissement d'une crise qui dure depuis des mois et qui voit s'opposer les chefs des trois principaux piliers politiques, Saied, Mechichi et Ghannouchi. L'exécutif tunisien s'est retrouvé dans une impasse après que Kais Saied ait refusé d'accueillir onze des nouveaux ministres choisis par Mechichi dans le cadre d'un remaniement gouvernemental dans son palais présidentiel. Depuis le 26 janvier, ils attendaient de prêter serment après que Saied, en plus d'avoir qualifié le remaniement d'"inconstitutionnel" d'un point de vue procédural, se soit opposé à la nomination de quatre des ministres élus, accusés de corruption ou centre d'un conflit d'intérêts. Or, en vertu de la Constitution tunisienne, tant que les ministres ne prêteront pas serment, ils ne pourront accomplir les tâches qui leur sont confiées, il n'approuve pas non plus les mesures et les réformes dont le pays a besoin. Pour le moment, ce qui pourrait arriver n'est pas clair. Les litiges constitutionnels devraient être jugés par une Cour constitutionnelle qui, sept ans après la ratification de la Constitution, n'a pas encore été mise en place.

    Les pays proches des Frères musulmans condamnent
    Pendant ce temps, parmi les premiers pays à commenter les événements en Tunisie figuraient la Turquie du président Recep Tayyip Erdogan et le Qatar, considérés comme  partisans des Frères musulmans, au même titre que le parti Ennahda. "Nous rejetons la suspension du processus démocratique", a écrit le 26 juillet le conseiller d'Erdogan, Ibrahim Kalin, sur son compte Twitter, ajoutant : "Nous condamnons les initiatives qui manquent de légitimité constitutionnelle et de soutien populaire".

    De son côté, le Ministère des Affaires étrangères du Qatar a appelé les parties tunisiennes à faire prévaloir la voix de la sagesse, à éviter l'escalade et à adopter la voie du dialogue pour surmonter la crise.

    La réaction de la Turquie et du Qatar n'est pas une surprise car il est considéré proche du mouvement Ennahda. Il est clair que la décision du président tunisien porte un coup sévère au parti des Frères musulmans qui perdent un nouveau bastion, après l'Egypte et la Libye. Il ne fait d'ailleurs aucun doute que certains pays du Moyen-Orient (EAU, Arabie saoudite et Égypte) se réjouiront des difficultés auxquelles est confronté le parti Ennahda, représentant les Frères musulmans en Tunisie.

    Pour le libyen Haftar, ce qui se passe en Tunisie est un soulèvement populaire contre les Frères musulmans
    Lundi 26 juillet, le commandant en chef de l'armée nationale libyenne, le maréchal Khalifa Haftar, a qualifié les événements en Tunisie de soulèvement populaire contre les Frères musulmans.

    Lors de déclarations à "Libya Al-Hadath TV", Haftar a salué le président tunisien Qais Saied et les mesures et décisions qu'il a prises, et a déclaré : "Nous félicitons le soulèvement du peuple en Tunisie contre les Frères musulmans, qui ont épuisé la Tunisie et pillé ses capacités".

    "Nous attendons avec impatience le lancement de la Tunisie vers la réalisation des aspirations de son peuple à un avenir prospère, après avoir éliminé l'obstacle le plus important sur la voie de son développement", a-t-il déclaré. 

    La police ferme le bureau d'Al-Jazeera TV à Tunis
    Des agents de police ont fermé lundi le bureau de la chaîne de télévision qatarie Al-Jazeera à Tunis, après avoir expulsé tous les journalistes sur place, a indiqué à l'AFP son directeur Lotfi Hajji. 

    Tel que rapporté par le Réseau de télévision par satellite basé au Qatar, environ 20 agents de sécurité en civil sont entrés dans le bureau local d'al-Jazeera, invitant les journalistes et les employés à quitter le bâtiment. Comme l'a indiqué le directeur du bureau de Tunis, Lotfi Hajji, ils n'ont reçu aucun avertissement quant à une éventuelle expulsion, tandis que les forces de sécurité ont déclaré avoir agi sur les instructions de la justice tunisienne. Les journalistes ont alors déclaré que les agents de sécurité leur avaient ordonné d'éteindre leurs téléphones portables et qu'ils n'avaient pas été autorisés à revenir récupérer leurs affaires. Enfin, leur équipement aurait été confisqué. 

    Depuis la chute en 2011 du régime de Zine el Abidine Ben Ali, la Tunisie jouissait d'une importante liberté de la presse, considérée comme une des réussites de la révolution.

    De leur côté, des membres du mouvement Annahda ont attaqué le journaliste et le staff de la chaîne al-Hadath alors qu'ils filmaient les tentatives des partisans du mouvement de prendre d'assaut le Parlement après que l'armée ait empêché leur chef, Ghannouchi, d'y entrer. Vidéo.

    Les décisions du président sont constitutionnelles, selon un puissant syndicat
    L'Union générale des travailleurs tunisiens (UGTT), influente centrale syndicale, a implicitement soutenu lundi la suspension du Parlement par le président tunisien Kais Saied, estimant que ses décisions étaient "conformes" à la Constitution, tout en appelant à la poursuite du processus démocratique.

    Ces "mesures exceptionnelles prises par le président de la République conformément à l'article 80 de la Constitution" visent à "prévenir un danger imminent et à rétablir le fonctionnement normal des rouages de l'Etat, au vu de l'épidémie de Covid-19", souligne le syndicat dans un communiqué. "Il est temps" que les parties responsables de la situation "dégradée" dans le pays "assument leurs responsabilités" et de "mettre fin à cette ère qui a mis le feu à la Tunisie", poursuit l'UGTT.

    L'UGTT a souligné "la nécessité d'assurer le respect de la légitimité constitutionnelle (...) dans cette étape délicate que traverse le pays". L'objectif est notamment de poursuivre le "processus démocratique et restaurer la stabilité du pays", selon le communiqué. Pour le syndicat "les mesures exceptionnelles prises par le président doivent s'accompagner d'un ensemble de garanties constitutionnelles".

    Par contre, les partis ouvriers, le pôle démocratique moderniste, le bloc démocratique et la volonté populaire expriment leur rejet des décisions du président de la République.

     

  • Tunisie : Fin des exercices militaires conjoints avec la Turquie

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    La Tunisie a annoncé, mercredi 27 janvier, la fin des exercices militaires conjoints de ses forces spéciales en Turquie.

    C’est ce qui ressort d’un bref communiqué du ministère tunisien de la Défense :

    « Dans le cadre de la coopération tuniso-turque, des exercices militaires conjoints ont été menés en Turquie entre le 17 et le 25 janvier courant, auxquels un détachement militaire du corps des forces spéciales des deux pays, a participé », indique le département tunisien de la Défense dans son communiqué, sans plus de détails.

    Et d’ajouter, « cette activité représente une opportunité d'échanger les expertises et de renforcer les capacités militaires opérationnelles des deux pays ».

    En décembre dernier, le ministre tunisien de la Défense, Brahim Bartagi, avait salué lors d'une rencontre avec l'ambassadeur de Turquie en Tunisie, Ali Onaner, « le soutien permanent de la Turquie à la Tunisie dans le domaine militaire ».

    Selon ce qui a été rapporté par la radio officielle à l'époque, Bartagi avait fait part de « son espoir de développer davantage la coopération militaire dans les domaines de la formation et des industries militaires, du transfert de technologie et de la santé militaire, et d'explorer de nouvelles voies pour cette coopération à même de répondre aux besoins des institutions militaires tunisienne et truque ».

    A noter que M. Mechichi, nommé en août par le président Saied, s'est progressivement éloigné de M. Saied, pour se rapprocher du parti Ennahdha, proche des Frères Musulmans, qui mène un bras de fer avec le président.

  • Turquie : Ankara pénètre en Afrique du Nord ... nouvel accord sur les armes avec la Tunisie

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    La Turquie poursuit sa recherche incessante de pénétration militaire en Afrique du Nord et d’expansion de son influence dans plus d’un pays arabe, grâce à des accords militaires et des accords conclus par les fabricants d’armes turcs avec ces pays.

    Les médias turcs ont révélé que le ministère tunisien de la Défense avait signé un contrat de 80 millions de dollars avec le fabricant turc de drones, pour l'achat de 3 drones "Phoenix".

    Dimanche 13 décembre,  le journal "Haber Turk" a rapporté que l'accord comprend la livraison de 3 drones ANKA-S de fabrication turque, 3 postes de contrôle au sol et la formation de 52 membres de l'armée de l'air tunisienne.

    Le journal a déclaré que les deux parties étaient parvenues à un accord sur toutes les questions à la fin de la semaine dernière, après deux ans de discussions sur le drone turc, "le Phoenix".

    Le drone Bayraktar TB2 est l'épine dorsale de l'industrie turque de la défense aérienne et l'un de ses produits les plus vendus. Les drones Bayraktar produits par une société appartenant à Selcuk Bayraktar, gendre du président Recep Tayyip Erdogan, sont du type fourni au Qatar, à l'Ukraine, ainsi qu'à l'armée turque elle-même, et sont également déployés à Chypre et en Libye. 

    Les États-Unis et l'Europe restent des partenaires actifs de la Tunisie dans le domaine de la coopération militaire, et de l'avis des experts, Ankara tente d'exploiter la situation économique difficile que traverse la Tunisie, pour l'attirer dans sa sphère d'influence axée sur l'idéologie des frères musulmans dont Erdogan se veut le champion . 

    Les politiciens et les militants des droits de l'homme ont déjà mis en garde contre l'implication de la Tunisie dans des alliances internationales dans le contexte du conflit libyen. Ils attirent l'attention sur les dangers d'entraîner le pays dans la politique des axes et des alliances en ouvrant la voie aux ambitions turques dans le pays.

    Il est de notoriété publique que le pouvoir turc cherche à renforcer son influence militaire dans cette région de l’Afrique du Nord traditionnellement proche de la France..