Relations Azerbaidjan-Turquie

  • La Russie et la Turquie ouvrent un centre militaire commun en Azerbaïdjan

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    La Turquie et la Russie ont ouvert une installation militaire conjointe en Azerbaïdjan pour aider à surveiller le cessez-le-feu avec l'Arménie, un indicateur clair de l'évolution de la géopolitique dans la région.

    Le centre a été officiellement inauguré le 30 janvier, près du village de Giyameddinli dans la région d'Aghdam. Composé d'un nombre égal de soldats russes et turcs - 60 soldats de chaque côté. Ce centre est nouveau à bien des égards. Il représente la première présence militaire turque officielle dans le Caucase en plus d'un siècle et la première présence militaire russe sur le territoire contrôlé par l'Azerbaïdjan depuis que Bakou a expulsé l'armée russe d'une installation radar à Gabala il y a huit ans. C'est aussi un cas rare de coopération militaire directe entre les deux ennemis historiques qui ont récemment commencé à essayer de collaborer dans des zones d'influence commune: la Syrie et le Caucase du Sud.

    Selon le journal russe Izvestia , la mission principale semble être celle d'une base de drones pour surveiller les nouvelles lignes de cessez-le-feu entre les forces arméniennes et azerbaïdjanaises. Les troupes russes utilisent les drones Orlan-10 et Forpost; les Turcs utilisent des Bayraktars. Le renseignement est utilisé pour soutenir le contingent russe de maintien de la paix de 2 000 hommes opérant sur le territoire du Haut-Karabakh, toujours sous le contrôle des forces arméniennes.

    Les deux contingents semblent travailler en parallèle et il n'y a pas de commandant unique: chaque camp a son propre général aux commandes. Même le nom formel du centre évite de privilégier une partie par rapport à l'autre. En turc, on l'appelle "Centre commun turco-russe", tandis qu'en russe les adjectifs sont inversés: "Centre commun russo-turc".

    "Les informations du drone parviennent au siège du contingent russe, où elles sont traitées et transmises au centre de surveillance", a déclaré la source d'Izvestia, le colonel Zavalkin, qui n'a pas rendu compte du fonctionnement des opérations avec les drones turcs.

    «Le centre de surveillance décide de la manière de réagir en cas de violation du cessez-le-feu», a poursuivi le colonel Zavalkin. «C'est là que l'autorité du centre est la plus large. Il peut transmettre l'information au commandement des casques bleus russes ou par ligne directe aux structures de défense de l'Arménie et de l'Azerbaïdjan ».

    Le rôle opérationnel du centre semble toutefois secondaire: Les drones russes surveillaient déjà le cessez-le-feu et il est peu probable que l'ajout de forces turques améliorera cette capacité. Le sens semble être davantage une reconnaissance des équilibres géopolitiques du Caucase.

    Le centre est né de la déclaration de cessez-le-feu du 10 novembre qui a mis fin à la guerre de 44 jours entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan, qui a conduit l'Azerbaïdjan à regagner les sept départements voisins du Haut-Karabakh perdus lors de la première guerre entre les deux pays dans les années 90.

    La déclaration originale de cessez-le-feu - signée par la Russie, l'Arménie et l'Azerbaïdjan - ne prévoyait pas la création de ce centre, tout comme elle n'attribuait aucun rôle à la Turquie. Dans cet accord, la force russe de maintien de la paix a la seule responsabilité de surveiller le respect des dispositions. Après la signature de cet accord, la Russie et la Turquie ont négocié bilatéralement la création de ce centre, signant un accord le 1er décembre. L'installation elle-même a été construite par l'Azerbaïdjan, qui a insisté pour que la Turquie joue un rôle dans la région. 

    La présence turque est considérée comme une menace par les Arméniens, car Ankara n'a jamais reconnu ni condamné le génocide de 1915, lorsque 1,5 million d'Arméniens de l'Empire ottoman ont été massacrés ou déportés dans le désert syrien et laissés à mort. En outre, Ankara a transporté des mercenaires jihadistes syriens pour combattre aux côtés de l'Azerbaïdjan lors du récent conflit.

  • Iran : "L'Azerbaïdjan est à nous": les Iraniens offensés par le rappel par Erdogan d'une "paix honteuse" avec la Russie

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    Le président turc Recep Tayyip Erdogan a suscité l'indignation en Iran après avoir lu un poème sur l'unité du peuple azerbaïdjanais lors de sa visite à Bakou. À Téhéran, la déclaration du dirigeant turc a été perçue comme une tentative de saper l'unité nationale et l'intégrité territoriale du pays.

    Erdogan est arrivé dans la capitale de l'Azerbaïdjan pour participer aux célébrations en l'honneur de sa victoire dans la guerre du Karabakh. Le poème qu'il a cité affirme que la rivière Araks ne pourra pas diviser les Azerbaïdjanais, qui ont été privés de force de leur patrie unie.

    La frontière de l'Azerbaïdjan et de l'Iran longe l'Araks. Selon diverses estimations, 12 à 18 millions d'Azerbaïdjanais vivent sur le territoire iranien. C'est une partie importante de la population de la République islamique. Les autorités iraniennes ont entendu dans les paroles d'Erdogan un appel à la restauration d'un Azerbaïdjan uni sous l'hégémonie turque.

    «Le président Erdogan n'a pas été informé que les territoires au nord des Araks ont été arrachés de force à la patrie iranienne. Ne comprend-il pas qu'il porte atteinte à la souveraineté de l'Azerbaïdjan ? PERSONNE n'a le droit de parler de NOTRE précieux Azerbaïdjan», a déclaré le ministre iranien des Affaires étrangères sur Twitter. Mohammad Javad Zarif.

    L'ambassadeur de Turquie à Téhéran a reçu une note de protestation. Le ministre a également appelé son homologue turc Mevlut Cavusoglu, qui a déclaré que le chef de l'Etat n'était pas au courant des sentiments que le poème évoque en Iran. Les responsables turcs disent qu'ils pensaient que les poèmes déploraient «l'occupation arménienne» des terres azerbaïdjanaises.

    La frontière le long de la rivière Araks a été établie conformément au traité de paix turkmène de 1828 signé par la Perse et l'Empire russe. L'accord est toujours perçu en Iran comme une honte nationale, une défaite stratégique, dont l'Iran ne s'est pas remis à ce jour.

  • Turquie : Le Parlement turc condamne les actions "inappropriées" de l'Iran envers Erdogan

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    Le président du parlement turc, Mustafa Sentop (photo), a condamné le "comportement inapproprié" des responsables iraniens envers le président Recep Tayyip Erdogan, après la poésie que ce dernier avait lue dans la capitale azerbaïdjanaise Bakou.

    C’est ce qui ressort du tweet de Sentop publié samedi sur son compte officiel, en exprimant son refus catégorique des actions iraniennes à l’égard du président Erdogan qui a courageusement défendu la loi contre l’embargo et l’isolation imposés à l’Iran.

    Et le président de la Grande Assemblée de signaler que l’Iran n’a pas réagi ainsi même à l’encontre des pays qui lui ont imposé l’embargo.

    Sentop a affirmé que "ceux qui se cachent derrière ces actions ne connaissent pas leur limite, tandis qu’ils ne comprennent pas la valeur des relations entre Ankara et Téhéran.

    Mustafa Sentop a également exprimé sa vive condamnation des déclarations et des publications abominables qui circulent en Iran, à la suite du poème lu par le président Erdogan à Bakou.

    Le ministère iranien des Affaires étrangères a convoqué, vendredi, le représentant de la Turquie en Iran, l'ambassadeur Derya Ors, en raison du poème panturkiste  lu par le président Erdogan.

    Derya Ors a été convoqué par le vice-ministre iranien des Affaires étrangères pour lui transmettre la "ferme condamnation de Téhéran" et que l'Iran s'attendait à des explications rapides sur la question, selon le communiqué du porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Saeed Khatibzadeh.

    Par ailleurs, Zarif a présumé que le vers du poème lu par le président Erdogan visait l’intégrité territoriale iranienne.

    En réponse à la convocation de son ambassadeur, le ministère turc des Affaires étrangères a convoqué, vendredi, l'ambassadeur iranien à Ankara, Mohammad Ferazmend, exprimant son mécontentement face aux allégations sans fondement faites par Téhéran contre le président Erdogan.​​​​​​​

    Vendredi, le ministère iranien des Affaires étrangères a convoqué l'ambassadeur de Turquie à Téhéran, Derya Urs, dans le contexte de la poésie qu'Erdogan a lu.

    Selon un communiqué publié par le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Saeed Khatibzadeh, le vice-ministre des Affaires étrangères a convoqué l'ambassadeur de Turquie et lui a présenté la forte dénonciation du ministère, et que Téhéran attendait des éclaircissements sur la question.

    En réponse à la convocation de son ambassadeur, le ministère turc des Affaires étrangères a convoqué vendredi l'ambassadeur iranien à Ankara, Muhammad Farazmand, et lui a exprimé son mécontentement face aux allégations sans fondement faites par Téhéran contre Erdogan.

    Jeudi dernier, le président turc avait récité un poème lors de la «cérémonie de la victoire» à Bakou, dans lequel le nom de «rivière Araks», qui provient de Turquie et traverse l'Arménie, l'Azerbaïdjan et l'Iran, a suscité la colère de Téhéran, sur la base de certaines considérations de sa perspective.

  • Azerbaïdjan : Erdogan veut que la "lutte" contre l'Arménie continue

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    Le président turc Recep Tayyip Erdogan, en visite à Bakou pour célébrer la "glorieuse" victoire de l'Azerbaïdjan au Nagorny Karabakh, a clamé jeudi que la "lutte" de son allié contre l'Arménie devait se poursuivre. Son accueil en grande pompe dans ce pays du Caucase musulman et turcophone intervient un mois après la défaite militaire arménienne, qui a dû céder à l'Azerbaïdjan dans le cadre d'un accord de cessation des hostilités d'importants territoires du Nagorny Karabakh même et autour de cette enclave.

    L'armée azerbaïdjanaise a fait défiler des  missiles et des véhicules blindés, principalement de fabricants russes. Parmi les autres armes exposées lors du défilé figuraient des véhicules aériens sans pilote de production azerbaïdjanaise, turque et israélienne. 

    L'armée de l'air azerbaïdjanaise a pris part à la parade.

    La république autoproclamée du Nagorny Karabakh, peuplée aujourd'hui quasi exclusivement d'Arméniens, continue d'exister, affaiblie et amoindrie, sans que son statut soit réglé par l'accord négocié sous égide de Moscou. Des soldats russes de maintien de la paix ont été déployés au Nagorny Karabakh.

    S'adressant devant les soldats azerbaïdjanais rassemblés à Bakou, M. Erdogan a assuré que "le fait que l'Azerbaïdjan a sauvé ses terres de l'occupation ne signifie pas que la lutte est terminée". "La lutte dans les sphères politiques et militaires va se poursuivre désormais sur de nombreux autres fronts", a-t-il clamé. Appelant les dirigeants arméniens à "revenir à la raison" après leur défaite dans cette guerre de six semaines menée à l'automne, il a assuré que la reconquête de nombreux territoires par l'Azerbaïdjan "sera le début d'une nouvelle ère".

    L'Arménie "doit voir qu'elle n'obtiendra aucun résultat avec les encouragements des impérialistes occidentaux", a encore tonné M. Erdogan, dont le pays est membre de l'OTAN, accusant par ailleurs Erevan de s'être livré à des crimes de guerre au Nagorny Karabakh et de n'y avoir apporté que "massacres, destructions et larmes".

    L'ONG Amnesty International a, elle, appelé jeudi à des enquêtes indépendantes pour identifier les auteurs de crimes de guerre commis par les forces azerbaïdjanaises ou arméniennes afin de les "traduire en justice".

    Le président azerbaïdjanais Ilham Aliev a de son côté salué le soutien sans faille d'Ankara lors du conflit, qui a "donné confiance au peuple azerbaïdjanais". "L'Arménie n'a pas été en mesure de nous concurrencer tant sur le plan économique que sur le plan militaire", s'est-il félicité.

    Précieux soutien turc
    Les deux hommes ont assisté à un grand défilé militaire à Bakou, les soldats et M. Aliev s'affichant sans masques bien que la guerre ait aggravé l'épidémie de coronavirus en Azerbaïdjan.

    M. Erdogan devait encore s'entretenir en tête-à-tête avec Ilham Aliev pour évoquer le renforcement des liens entre les deux "pays frères" et sur le "droit légitime de l'Azerbaïdjan" de reprendre le Nagorny Karabakh.

    La récente victoire de son allié azerbaïdjanais, armé par la Turquie, permet à Ankara de renforcer son poids géopolitique dans le Caucase, pré-carré russe. Et "l'Azerbaïdjan n'aurait pas été capable d'obtenir un succès militaire au Karabakh sans le soutien politique ouvert de la Turquie", a souligné auprès de l'AFP l'analyste Elhan Shahinoglu du centre de réflexion Atlas basé à Bakou. Selon lui, sans le soutien d'Erdogan, la Russie, puissance régionale et alliée de l'Arménie, serait parvenue à mettre la pression sur Bakou et à faire cesser les combats, comme ce fut le cas lors d'autres affrontements ces dernières années.

    Pertes des deux côtés pendant le conflit 
    Il y a quelques jours, le ministère azerbaïdjanais de la Défense a annoncé que 2 783 militaires azerbaïdjanais avaient été tués pendant les hostilités au Haut-Karabakh (appelées à Bakou "guerre patriotique"). Plus d'une centaine de militaires sont portés disparus. Il y a 1 245 blessés dans les hôpitaux.

    En Arménie, le ministère de la Santé, le ministère de la Défense et l'opposition citent des chiffres différents sur le nombre de soldats tués. Le ministère de la Santé a donné le chiffre d'environ 2 300 décès, le ministère de la Défense parle de 1 300 décès et l'opposition affirme qu'environ 4 800 personnes sont décédées.

    "Une nation, deux Etats"
    Cette défaite humiliante pour une Arménie qui avait vaincu les forces de Bakou lors d'une première guerre dans les années 1990, a provoqué la fureur à Erevan, où l'opposition milite et manifeste quasiment chaque jour pour la démission du Premier ministre Nikol Pachinian.

    Durant la guerre des derniers mois, l'Arménie a accusé la Turquie d'être impliquée directement dans les combats, ce qu'Ankara dément. Plusieurs pays dont la France ont également dénoncé l'envoi sur le front aux côtés des forces azerbaïdjanaises de combattants pro-turcs venus de Syrie.

    Généralement symbolisée par le slogan "Une nation, deux Etats", l'alliance entre la Turquie et l'Azerbaïdjan a été forgée lorsque Bakou a obtenu son indépendance de l'URSS en 1991 et s'est encore renforcée sous la présidence de M. Erdogan.

    Cette coopération politique, économique et militaire a notamment vu la Turquie aider l'Azerbaïdjan à entraîner et équiper son armée et à faciliter ses exportations d'hydrocarbures vers l'Europe, en contournant la Russie.

  • Azerbaïdjan : La Turquie et la Russie en désaccord sur la présence militaire turque en Azerbaïdjan

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    La Turquie et la Russie sont en désaccord sur le souhait d'Ankara de mettre en place un poste d'observation militaire indépendant sur le territoire azéri, a déclaré une source turque, après que les deux se soient mis d'accord ce mois-ci pour surveiller un cessez-le-feu dans la région du Haut-Karabakh.

    La Turquie et la Russie ont déjà convenu de mettre en place un centre commun dans la région pour surveiller le cessez-le-feu du 10 novembre, qui a mis fin à des semaines de combats entre les troupes azerbaïdjanaises et les forces ethniques arméniennes dans l'enclave.

    Le Haut-Karabakh est internationalement reconnu comme faisant partie de l'Azerbaïdjan mais il est peuplé d'Arméniens de souche.

    L'accord de cessez-le-feu, qui a verrouillé les gains territoriaux de l'Azerbaïdjan à la suite des combats, prévoit le déploiement de quelque 2 000 soldats russes au Haut-Karabakh.

    Les responsables russes et turcs doivent encore s'entendre sur les paramètres du mécanisme de surveillance, mais la Turquie, alliée de l'Azerbaïdjan, souhaite également que son propre poste d'observation indépendant renforce son influence dans une région qu'elle considère comme essentielle pour sa zone d'influence.

    "Le désaccord entre Moscou et Ankara concerne le poste d'observation que la Turquie veut établir sur les terres de l'Azerbaïdjan", a déclaré la source turque, sous couvert d'anonymat.

    "La Russie estime qu'il n'est pas nécessaire que la Turquie établisse un poste d'observation dans la région indépendamment du centre commun. Cependant, la Turquie juge cela nécessaire".

    La source a déclaré que les pourparlers se poursuivraient à Moscou et que la Turquie espérait finalement parvenir à un compromis avec la Russie.

    La Russie, l'Arménie et l'Azerbaïdjan n'ont fait aucun commentaire immédiat sur la question.

    La Turquie a soutenu l'Azerbaïdjan, avec lequel elle a des liens ethniques et culturels étroits, depuis le début du conflit du Haut-Karabakh il y a près de 30 ans et a exigé le retrait des forces arméniennes de tout le territoire azéri.

    La France a déclaré la semaine dernière qu'elle souhaitait une supervision internationale pour la mise en œuvre du cessez-le-feu, craignant que la Russie et la Turquie ne concluent un accord visant à écarter les puissances occidentales des futurs pourparlers de paix.

  • Nagorny-Karabakh : L'Arménie exclut toute solution diplomatique

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    L'Arménie a exclu mercredi 21 octobre toute "solution diplomatique" au conflit du Nagorny Karabakh avec l'Azerbaïdjan.

    Le Premier ministre Nikol Pachinian s'est adressé sur Facebook aux Arméniens, alors que les ministres des Affaires étrangères arménien et azerbaïdjanais étaient à Moscou pour des pourparlers séparés avec la puissance régionale russe. Les deux ministres sont également attendus à Washington cette semaine. "Nous devons admettre que la question du Karabakh, en ce moment et pour encore longtemps, ne peut avoir de solution diplomatique", a-t-il dit, après presque quatre semaines de combats qui ont fait près de mille morts selon des bilans partiels.

    "Tout ce avec quoi nous serions d'accord est inacceptable pour l'Azerbaïdjan. Cela montre que cela n'a aucun sens, au moins actuellement, de parler de solution diplomatique", a-t-il renchéri. Il a demandé en conséquence à tous "les dirigeants des villes, des districts, des villages, des partis politiques, des organisations civiles, des cercles des affaires, d'organiser des unités de volontaires" pour combattre au côté des Arméniens du Nagorny Karabakh.

    Les autorités azerbaïdjanaises ne se sont pas montrées plus enclines au dialogue depuis le début des hostilités le 27 septembre, le président Ilham Aliev, galvanisé par des victoires sur le terrain, qualifiant ses adversaires de "chiens" ou de "bêtes sauvages", et jugeant que toute négociation devait être précédée d'un retrait des indépendantistes.

    "La victoire ou la défaite"
    Les forces azerbaïdjanaises ont conquis ces dernières semaines des territoires échappant au contrôle de Bakou depuis les années 1990 et une guerre, dans la foulée de la chute de l'URSS, qui avait fait 30.000 morts et abouti à la sécession de cette région aujourd'hui peuplée quasi-exclusivement d'Arméniens.

    Un conseiller du président Aliev, Hikmet Hajiyev, a réagi aux propos de M. Pachinian en dénonçant un discours "qui provoque une fois encore une escalade". Concernant les efforts diplomatiques en cours, "nous n'attendons aucune percée, en particulier dans le contexte de l'appel du Premier ministre arménien", a-t-il dit lors d'une conférence téléphonique avec des journalistes.

    Selon M. Pachinian, la situation sur le front est "assez grave" pour les séparatistes, confrontés en particulier à l'avancée des troupes adverses dans le sud, en direction de l'Arménie et le long de la frontière avec l'Iran. "Il y a la victoire ou la défaite, rien d'autre. Pour gagner, nous devons tous former des unités de volontaires", a-t-il proclamé.

    Il a néanmoins estimé que son adversaire était en train de jeter ses "dernières ressources" dans la bataille, affirmant même que Bakou avait perdu 10.000 hommes, une affirmation invérifiable d'autant que l'Azerbaïdjan ne communique pas ses pertes militaires.

    L'appel de M. Pachinian intervient après l'échec consécutif de deux trêves humanitaires en octobre.

    Morts civils
    Russie, Etats-Unis et France sont les médiateurs historiques dans le conflit au Nagorny Karabakh et sont à la manoeuvre aussi cette fois-ci. Mais depuis le milieu des années 1990, tous les efforts diplomatiques ont échoué.

    Pour l'Azerbaïdjan, la solution passe par la réintégration du Karabakh, aujourd'hui de facto indépendant, à son territoire avec un haut degré d'autonomie. M. Pachinian revendique lui l'indépendance pour cette province, et a menacé de la reconnaître de manière unilatérale.

    La communauté internationale a appelé à maintes reprises à la cessation des hostilités depuis le 27 septembre, dénonçant aussi les bombardements des populations civiles des deux côtés du front, à l'instar de celui samedi de Ganja, en Azerbaïdjan, qui a fait 13 morts.

    Outre une potentielle crise humanitaire, la communauté internationale craint une internationalisation du conflit, Ankara soutenant Bakou. L'Arménie, qui soutient financièrement et militairement les séparatistes, fait elle partie d'une alliance militaire avec la Russie.

    L'Azerbaïdjan, fort de ses revenus pétroliers, s'est armé sans compter ces dernières années, notamment auprès de la Russie, de la Turquie et d'Israël. Ankara est par ailleurs accusé d'avoir déployé des combattants pro-turcs de Syrie dans le conflit en cours.

  • Nagorny-Karabakh : Arménie et Azerbaïdjan s'accusent d'avoir violé une nouvelle trêve

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    Samedi soir 17 octobre, les ministères arménien et azerbaïdjanais des Affaires étrangères ont annoncé, dans deux déclarations identiques, un accord pour "une trêve humanitaire à partir du 18 octobre à 00H00 heure locale" (20H00 GMT).

    Cette nouvelle trêve est intervenu après que le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov se soit entretenu au téléphone dans la soirée avec ses homologues arménien et azerbaïdjanais et insisté avec force sur "la nécessité d'un respect strict" du cessez-le-feu conclu samedi dernier à Moscou, selon la diplomatie russe.

    A Stepanakert, la capitale séparatiste, la nuit a été très calme, selon un correspondant de l'AFP sur place. Dans la matinée, tout y était silencieux, alors que la plupart des habitants ont fui les bombardements depuis la reprise des combats le 27 septembre. "Notre pays veut respecter la trêve mais les autres (Azerbaïdjanais) ne la respecteront pas. Nous ne pouvons pas les croire, même s'il y a un accord, ils peuvent facilement ne pas le respecter", soutient Sveta Petrosian, 65 ans, interrogée dans les rues désertes. Ses deux fils sont au front.

    Et de fait, la trêve n'aura pas duré plus de quatre minutes. L'Azerbaïdjan et l'Arménie se sont accusés dimanche d'avoir violé la nouvelle "trêve humanitaire" entrée en vigueur à minuit heure locale dans le Nagorny Karabakh, une semaine après un premier cessez-le-feu conclu mais jamais respecté.

    Dans un communiqué, le ministère de la Défense azerbaïdjanais a affirmé que les forces arméniennes avaient rompu de "manière flagrante le nouvel accord", dénonçant des tirs d'artillerie ennemis et des attaques matinales le long du front.

    Plus tôt dans la nuit, la porte-parole du ministère arménien de la Défense, Shushan Stepanyan, avait elle rapporté des tirs d'artillerie et de roquettes azerbaïdjanais, au nord et au sud du front, durant les trois heures suivant le début de la trêve.

    Dans un communiqué, l'armée du Karabakh a également fait été d'une attaque ennemie le matin dans le sud, faisant part "de pertes et blessés des deux côtés". "Mais les infrastructures civiles et les habitations n'ont pas été visées par des tirs", ont précisé les services de secours du Karabakh.

    Le président azerbaïdjanais a appelé à la vengeance après le bombardement de Ganja, deuxième ville du pays
    La reprise des combats il y a trois semaines a fait des centaines de morts. Après une première tentative ratée de cessez-le-feu sous l'égide de Moscou, le conflit a connu une nouvelle escalade samedi.

    L'Azerbaïdjan a juré de "venger" la mort de treize civils, dont des enfants, ayant péri la nuit précédente dans le bombardement nocturne de Ganja, deuxième ville du pays. De nombreuses maisons ont été détruites par un pilonnage qui a aussi fait plus de 45 blessés, selon le procureur général.

    Samedi, à Ganja, des dizaines de secouristes ont cherché des survivants à mains nues et rassemblé des restes humains déchiquetés dans des housses mortuaires noires, rendant leur identification très difficile.

    Dans un discours, le président azerbaïdjanais Ilham Aliev a promis une vengeance "sur le champ de bataille", qualifiant son ennemi séparatiste et l'Arménie, tour à tour, de "chiens" et de "fascistes". La Turquie a de son côté accusé Erevan de "crimes de guerre".

    Ganja, ville d'environ 300.000 habitants, a été frappée à plusieurs reprises depuis le début du conflit. Les Arméniens ont affirmé samedi que Ganja abritait "des cibles légitimes", évoquant une base aérienne et des sites militaires. Quelques heures avant les frappes sur Ganja, des tirs avaient visé les villes de Stepanakert et Choucha dans le Karabakh.

    L'Azerbaïdjan a obtenu des gains territoriaux ces trois dernières semaines sans pour autant remporter de bataille décisive. Bakou n'a pas jusqu'ici révélé le coût du conflit, ne publiant aucun bilan militaire, matériel ou humain.

    Les Arméniens affirment avoir tué des milliers d'hommes. Ils reconnaissent avoir dû reculer mais assurent "contrôler la situation". Officiellement, ils ont perdu environ 700 hommes, et la moitié des 140.000 habitants ont fui.

    Outre une potentielle crise humanitaire, la communauté internationale craint une internationalisation du conflit, la Turquie soutenant l'Azerbaïdjan. L'Arménie, qui soutient financièrement et militairement les séparatistes, est elle dans une alliance militaire avec la Russie.

    Le Nagorny Karabakh, majoritairement peuplé d'Arméniens chrétiens, a fait sécession de l'Azerbaïdjan, musulman chiite turcophone, peu avant la dislocation de l'URSS en 1991, entraînant une guerre ayant fait 30.000 morts. Un cessez-le-feu, émaillé de heurts, était en vigueur depuis 1994.

    Les forces azerbaïdjanaises progressent au Nagorny Karabakh
    Dimanche 18 octobre, le ministère de la défense de l'Azerbaïdjan a publié une vidéo montrant une importante base qui a récemment été prise aux forces arméniennes. La base, qui se trouve dans le district de Fizuli, a été abandonnée à la hâte.

    Les troupes arméniennes ont laissé derrière elles des quantités d'armes et d'équipements, notamment des chars de combat, des véhicules blindés, des obusiers et des dizaines de missiles guidés antichars.

    Le ministère de la défense azerbaïdjanais a également diffusé une vidéo montrant les forces arméniennes fuyant leurs postes de combat dans une partie non spécifiée du Haut-Karabakh. Les postes ont été occupés par les troupes azerbaïdjanaises.