Relations Arménie-Russie

  • Arménie-Azerbaïdjan : les violations du cessez-le-feu se poursuivent

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    Malgré l'accord de paix du 9 novembre 2020, des violations du cessez-le-feu par les autorités arméniennes et azerbaïdjanaises continuent d'être enregistrées, comme cela a été le cas mardi 20 juillet. Les premières ont accusé Bakou d'avoir bombardé ses positions militaires le long de la frontière, causant de graves blessures à un soldat arménien. Ces dernières ont de leur côté annoncé qu'un soldat azerbaïdjanais avait été grièvement blessé à la suite des affrontements provoqués par l'Arménie le long de la ligne de contact. 

    Le ministère de la Défense de l'Arménie a déclaré que, dans la nuit du 19 au 20 juillet, les Forces armées azerbaïdjanaises avaient bombardé les postes arméniens situés dans le village d'Eraskh, à 70 kilomètres d'Erevan, la capitale de l'Arménie. C'est ce qu'a rapporté mardi 20 juillet l' agence de presse russe RIA Novosti . Selon certaines informations, Bakou a ouvert le feu avec des armes légères et n'a pas utilisé de mortier. Entre autres conséquences, les affrontements ont causé de graves blessures au représentant administratif d'Eraskh, Radik Ogikyan, qui tentait d'éteindre l'incendie causé par l'armée azerbaïdjanaise.

    Pendant ce temps, la même agence de presse russe a rapporté les déclarations faites par le département de la défense de l'Azerbaïdjan. Ce dernier a annoncé que, dans la nuit du 19 juillet, les Forces armées arméniennes avaient ouvert le feu sur des positions militaires azerbaïdjanaises dans la région de Sadarak, une région proche de la République autonome de Nakhitchevan, une enclave azerbaïdjanaise à la frontière avec l'Arménie et l'Iran. Le lieutenant Badalli Ramal Bahlul a été grièvement blessé au cours des échanges de tirs. La situation dans la région s'est depuis stabilisée.

    Alors que les autorités de Bakou et d'Erevan tentent de parvenir à un accord pour normaliser le conflit qui dure depuis une décennie, les combats le long des lignes de contact continuent de se multiplier. Il existe de nombreux acteurs internationaux qui jouent le rôle de médiateurs. Parmi eux, les États-Unis, la France, la Russie, la Turquie et l'Iran. Les tentatives de normalisation de la situation ont conduit  au rapatriement d'un total de 30 prisonniers arméniens les 5 juillet  et  12 juin . En retour, Erevan a remis aux autorités azerbaïdjanaises des cartes indiquant l'emplacement de près de 200 000 mines dans le sud-ouest de l'Azerbaïdjan. Dans les deux cas, la médiation des États-Unis et de la Géorgie a joué un rôle clé et permis aux belligérants de trouver un point de rencontre. 

    Le différend territorial historique découle du fait que les deux pays, utilisant des cartes soviétiques différentes, revendiquent la souveraineté des zones frontalières. Les tensions se sont intensifiées depuis le 12 mai, lorsque l'Arménie a accusé l'Azerbaïdjan d'avoir déployé ses troupes le long de la frontière, pénétrant le territoire d'Erevan sur 3,5 km de profondeur. Bakou affirme que l'avancée visait à délimiter les frontières tandis qu'Erevan a accusé l'Azerbaïdjan d'utiliser ce « prétexte » pour avancer. Suite à des violations répétées, l'Arménie a demandé l'intervention de l'Organisation du Traité de sécurité collective (OTSC), une alliance militaire pour la sécurité régionale dirigée par la Russie, pour engager des consultations axées sur les zones contestées.

    Par la suite, le 27 mai , l'Azerbaïdjan a emprisonné six soldats arméniens alors qu'ils effectuaient des travaux d'ingénierie dans la région de Gegharkunik, une zone contrôlée par l'armée d'Erevan. Selon l'Arménie, les soldats arrêtés n'avaient pas violé la frontière avec l'Azerbaïdjan. En revanche, le ministère de la Défense de Bakou affirme que les six soldats, membres d'un "groupe de reconnaissance et de sabotage", avaient été arrêtés parce qu'ils tentaient de franchir la frontière azerbaïdjano-arménienne en direction de la colonie de Yukhary Ayrim dans la région de Kelbajar.

    La région autonome du Haut-Karabakh est contestée par l'Arménie et l'Azerbaïdjan depuis des décennies. Les affrontements, qui ont éclaté le 27 septembre 2020, ont atteint leur paroxysme en octobre de la même année. Sur la base du traité de paix du 9 novembre 2020, l'Arménie a cédé le contrôle de la région du Haut-Karabakh et des sept districts frontaliers de l'Azerbaïdjan, qui étaient occupés par les forces arméniennes depuis les années 1990 . En outre, l'accord prévoyait la libération immédiate de tous les prisonniers de guerre des deux côtés. L'Azerbaïdjan n'a pourtant pas libéré les Arméniens du Haut Karabakh capturés après la signature de l'armistice, affirmant que l'obligation de libération prévue par l'armistice ne peut s'appliquer à ces derniers. Cet aspect reste l'un des points critiques encore non résolus entre Bakou et Erevan.

    La République d'Artsakh, ou territoire du Haut-Karabakh, revêt une importance considérable de par sa position stratégique, notamment pour le  contrôle des gazoducs et des oléoducs  qui la traversent et approvisionnent en hydrocarbures le marché russe et turc. Il est également important de se rappeler que la Turquie soutient militairement l'Azerbaïdjan, tandis que la Russie est officiellement un allié de l'Arménie.

  • Nagorny-Karabakh : Couloirs de circulation et situation militaire dans la région

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    La carte ci-dessous est partagée par des sources arméniennes en tant que visualisation des couloirs de circulation qui devraient être rouverts dans la région de Nagorny-Karabkah. L'Arménie obtiendra un couloir de liaison avec la Russie tandis que l'Azerbaïdjan sera relié à la République autonome d'Azerbaïdjan (et donc à la Turquie) via un couloir dans le sud de l'Arménie.
     
    La mise en œuvre des projets de corridors de communication vise à contribuer à la stabilisation de la situation dans la région et à l’instauration de la paix malgré les contradictions existantes entre Bakou et Erevan. Néanmoins, la pleine mise en œuvre de ce concept, même sous la supervision de la Russie, exigera beaucoup d'efforts et de bonne volonté de la part des parties.

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    Bref aperçu de la situation militaire au Haut-Karabakh:
    2 841 militaires azerbaïdjanais sont morts dans la guerre du Karabakh, selon de nouvelles données du ministère de la Défense de l'Azerbaïdjan;
    Un 11 janvier, le président azerbaïdjanais, Ilham Aliyev et le Premier ministre arménien ont rencontré le président russe Vladmir Poutine à Moscou pour s'accorder sur l'ouverture des couloirs de communication dans la région et la restauration de Karabkah;
    Le 13 janvier, 146 personnes déplacées sont rentrées d'Erevan à Stepanakert en bus avec l'aide des soldats de la paix russes;
    Au 13 janvier, 48 840 personnes au total étaient rentrées au Karabakh avec l'aide des soldats de la paix russes;
    Au 13 janvier, des médecins militaires russes ont fourni une assistance à 1 200 habitants du Haut-Karabakh, dont 157 enfants;
    Au 13 janvier, 1229 corps ont été récupérés dans la zone de combat, selon le Service d'État des situations d'urgence de l'Artsakh.
     
  • Azerbaïdjan : Erdogan veut que la "lutte" contre l'Arménie continue

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    Le président turc Recep Tayyip Erdogan, en visite à Bakou pour célébrer la "glorieuse" victoire de l'Azerbaïdjan au Nagorny Karabakh, a clamé jeudi que la "lutte" de son allié contre l'Arménie devait se poursuivre. Son accueil en grande pompe dans ce pays du Caucase musulman et turcophone intervient un mois après la défaite militaire arménienne, qui a dû céder à l'Azerbaïdjan dans le cadre d'un accord de cessation des hostilités d'importants territoires du Nagorny Karabakh même et autour de cette enclave.

    L'armée azerbaïdjanaise a fait défiler des  missiles et des véhicules blindés, principalement de fabricants russes. Parmi les autres armes exposées lors du défilé figuraient des véhicules aériens sans pilote de production azerbaïdjanaise, turque et israélienne. 

    L'armée de l'air azerbaïdjanaise a pris part à la parade.

    La république autoproclamée du Nagorny Karabakh, peuplée aujourd'hui quasi exclusivement d'Arméniens, continue d'exister, affaiblie et amoindrie, sans que son statut soit réglé par l'accord négocié sous égide de Moscou. Des soldats russes de maintien de la paix ont été déployés au Nagorny Karabakh.

    S'adressant devant les soldats azerbaïdjanais rassemblés à Bakou, M. Erdogan a assuré que "le fait que l'Azerbaïdjan a sauvé ses terres de l'occupation ne signifie pas que la lutte est terminée". "La lutte dans les sphères politiques et militaires va se poursuivre désormais sur de nombreux autres fronts", a-t-il clamé. Appelant les dirigeants arméniens à "revenir à la raison" après leur défaite dans cette guerre de six semaines menée à l'automne, il a assuré que la reconquête de nombreux territoires par l'Azerbaïdjan "sera le début d'une nouvelle ère".

    L'Arménie "doit voir qu'elle n'obtiendra aucun résultat avec les encouragements des impérialistes occidentaux", a encore tonné M. Erdogan, dont le pays est membre de l'OTAN, accusant par ailleurs Erevan de s'être livré à des crimes de guerre au Nagorny Karabakh et de n'y avoir apporté que "massacres, destructions et larmes".

    L'ONG Amnesty International a, elle, appelé jeudi à des enquêtes indépendantes pour identifier les auteurs de crimes de guerre commis par les forces azerbaïdjanaises ou arméniennes afin de les "traduire en justice".

    Le président azerbaïdjanais Ilham Aliev a de son côté salué le soutien sans faille d'Ankara lors du conflit, qui a "donné confiance au peuple azerbaïdjanais". "L'Arménie n'a pas été en mesure de nous concurrencer tant sur le plan économique que sur le plan militaire", s'est-il félicité.

    Précieux soutien turc
    Les deux hommes ont assisté à un grand défilé militaire à Bakou, les soldats et M. Aliev s'affichant sans masques bien que la guerre ait aggravé l'épidémie de coronavirus en Azerbaïdjan.

    M. Erdogan devait encore s'entretenir en tête-à-tête avec Ilham Aliev pour évoquer le renforcement des liens entre les deux "pays frères" et sur le "droit légitime de l'Azerbaïdjan" de reprendre le Nagorny Karabakh.

    La récente victoire de son allié azerbaïdjanais, armé par la Turquie, permet à Ankara de renforcer son poids géopolitique dans le Caucase, pré-carré russe. Et "l'Azerbaïdjan n'aurait pas été capable d'obtenir un succès militaire au Karabakh sans le soutien politique ouvert de la Turquie", a souligné auprès de l'AFP l'analyste Elhan Shahinoglu du centre de réflexion Atlas basé à Bakou. Selon lui, sans le soutien d'Erdogan, la Russie, puissance régionale et alliée de l'Arménie, serait parvenue à mettre la pression sur Bakou et à faire cesser les combats, comme ce fut le cas lors d'autres affrontements ces dernières années.

    Pertes des deux côtés pendant le conflit 
    Il y a quelques jours, le ministère azerbaïdjanais de la Défense a annoncé que 2 783 militaires azerbaïdjanais avaient été tués pendant les hostilités au Haut-Karabakh (appelées à Bakou "guerre patriotique"). Plus d'une centaine de militaires sont portés disparus. Il y a 1 245 blessés dans les hôpitaux.

    En Arménie, le ministère de la Santé, le ministère de la Défense et l'opposition citent des chiffres différents sur le nombre de soldats tués. Le ministère de la Santé a donné le chiffre d'environ 2 300 décès, le ministère de la Défense parle de 1 300 décès et l'opposition affirme qu'environ 4 800 personnes sont décédées.

    "Une nation, deux Etats"
    Cette défaite humiliante pour une Arménie qui avait vaincu les forces de Bakou lors d'une première guerre dans les années 1990, a provoqué la fureur à Erevan, où l'opposition milite et manifeste quasiment chaque jour pour la démission du Premier ministre Nikol Pachinian.

    Durant la guerre des derniers mois, l'Arménie a accusé la Turquie d'être impliquée directement dans les combats, ce qu'Ankara dément. Plusieurs pays dont la France ont également dénoncé l'envoi sur le front aux côtés des forces azerbaïdjanaises de combattants pro-turcs venus de Syrie.

    Généralement symbolisée par le slogan "Une nation, deux Etats", l'alliance entre la Turquie et l'Azerbaïdjan a été forgée lorsque Bakou a obtenu son indépendance de l'URSS en 1991 et s'est encore renforcée sous la présidence de M. Erdogan.

    Cette coopération politique, économique et militaire a notamment vu la Turquie aider l'Azerbaïdjan à entraîner et équiper son armée et à faciliter ses exportations d'hydrocarbures vers l'Europe, en contournant la Russie.

  • Russie : La Douma d'État exclut pas une intervention de la Fédération de Russie au Karabakh

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    La Douma d'État n'a pas exclu l'option selon laquelle la Russie pourrait intervenir pour protéger le territoire arménien, rapporte RIA Novosti. C'est ce qu'a déclaré le premier vice-président de la commission de la Douma d'Etat sur les affaires de la CEI , l'intégration eurasienne et les relations avec les compatriotes, le député Konstantin Zatulin .

    Il a cité plusieurs options supposées pour la position de Moscou dans les conditions actuelles au Karabakh.

    Sous la forme d'un renforcement du potentiel militaire de l'Arménie. Sous la forme d'un appel à l'OTSC en raison de la nécessité de prendre des mesures pour protéger les Arméniens - non pas le Haut-Karabakh, mais le territoire arménien au moyen d'une intervention. En ouvrant le blocus aérien. Si nécessaire, nous devons expliquer clairement à la Géorgie: que si nécessaire, elle doit accepter sereinement que les forces et les moyens nécessaires soient envoyés en Arménie par son espace aérien.C'est une décision forcée, car nous parlons de la propagation des militants (islamistes) à travers le Caucase, dont souffriront la Russie, la Géorgie et tous les autres. ", - a déclaré Zatulin.

    Il a ajouté qu'à l'heure actuelle, il existait une menace pour la population arménienne, qui «se souvient du génocide dans cette région».

    «Nous devons agir», a déclaré le parlementaire.
    En outre, le député a souscrit à l'avis du Premier ministre arménien Nikol Pashinyan , qui avait précédemment déclaré que le conflit au Karabakh ne pouvait pas encore être résolu diplomatiquement en raison des actions de l' Azerbaïdjan .
    "Nous voyons maintenant que la partie azerbaïdjanaise est en train de changer de position et de préconiser des négociations. Dans le même temps, elle continue son offensive et présentent en coulisses des demandes inacceptables", a déclaré le député.

  • Nagorny-Karabakh : L'Arménie exclut toute solution diplomatique

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    L'Arménie a exclu mercredi 21 octobre toute "solution diplomatique" au conflit du Nagorny Karabakh avec l'Azerbaïdjan.

    Le Premier ministre Nikol Pachinian s'est adressé sur Facebook aux Arméniens, alors que les ministres des Affaires étrangères arménien et azerbaïdjanais étaient à Moscou pour des pourparlers séparés avec la puissance régionale russe. Les deux ministres sont également attendus à Washington cette semaine. "Nous devons admettre que la question du Karabakh, en ce moment et pour encore longtemps, ne peut avoir de solution diplomatique", a-t-il dit, après presque quatre semaines de combats qui ont fait près de mille morts selon des bilans partiels.

    "Tout ce avec quoi nous serions d'accord est inacceptable pour l'Azerbaïdjan. Cela montre que cela n'a aucun sens, au moins actuellement, de parler de solution diplomatique", a-t-il renchéri. Il a demandé en conséquence à tous "les dirigeants des villes, des districts, des villages, des partis politiques, des organisations civiles, des cercles des affaires, d'organiser des unités de volontaires" pour combattre au côté des Arméniens du Nagorny Karabakh.

    Les autorités azerbaïdjanaises ne se sont pas montrées plus enclines au dialogue depuis le début des hostilités le 27 septembre, le président Ilham Aliev, galvanisé par des victoires sur le terrain, qualifiant ses adversaires de "chiens" ou de "bêtes sauvages", et jugeant que toute négociation devait être précédée d'un retrait des indépendantistes.

    "La victoire ou la défaite"
    Les forces azerbaïdjanaises ont conquis ces dernières semaines des territoires échappant au contrôle de Bakou depuis les années 1990 et une guerre, dans la foulée de la chute de l'URSS, qui avait fait 30.000 morts et abouti à la sécession de cette région aujourd'hui peuplée quasi-exclusivement d'Arméniens.

    Un conseiller du président Aliev, Hikmet Hajiyev, a réagi aux propos de M. Pachinian en dénonçant un discours "qui provoque une fois encore une escalade". Concernant les efforts diplomatiques en cours, "nous n'attendons aucune percée, en particulier dans le contexte de l'appel du Premier ministre arménien", a-t-il dit lors d'une conférence téléphonique avec des journalistes.

    Selon M. Pachinian, la situation sur le front est "assez grave" pour les séparatistes, confrontés en particulier à l'avancée des troupes adverses dans le sud, en direction de l'Arménie et le long de la frontière avec l'Iran. "Il y a la victoire ou la défaite, rien d'autre. Pour gagner, nous devons tous former des unités de volontaires", a-t-il proclamé.

    Il a néanmoins estimé que son adversaire était en train de jeter ses "dernières ressources" dans la bataille, affirmant même que Bakou avait perdu 10.000 hommes, une affirmation invérifiable d'autant que l'Azerbaïdjan ne communique pas ses pertes militaires.

    L'appel de M. Pachinian intervient après l'échec consécutif de deux trêves humanitaires en octobre.

    Morts civils
    Russie, Etats-Unis et France sont les médiateurs historiques dans le conflit au Nagorny Karabakh et sont à la manoeuvre aussi cette fois-ci. Mais depuis le milieu des années 1990, tous les efforts diplomatiques ont échoué.

    Pour l'Azerbaïdjan, la solution passe par la réintégration du Karabakh, aujourd'hui de facto indépendant, à son territoire avec un haut degré d'autonomie. M. Pachinian revendique lui l'indépendance pour cette province, et a menacé de la reconnaître de manière unilatérale.

    La communauté internationale a appelé à maintes reprises à la cessation des hostilités depuis le 27 septembre, dénonçant aussi les bombardements des populations civiles des deux côtés du front, à l'instar de celui samedi de Ganja, en Azerbaïdjan, qui a fait 13 morts.

    Outre une potentielle crise humanitaire, la communauté internationale craint une internationalisation du conflit, Ankara soutenant Bakou. L'Arménie, qui soutient financièrement et militairement les séparatistes, fait elle partie d'une alliance militaire avec la Russie.

    L'Azerbaïdjan, fort de ses revenus pétroliers, s'est armé sans compter ces dernières années, notamment auprès de la Russie, de la Turquie et d'Israël. Ankara est par ailleurs accusé d'avoir déployé des combattants pro-turcs de Syrie dans le conflit en cours.

  • Nagorny-Karabakh : Arménie et Azerbaïdjan s'accusent d'avoir violé une nouvelle trêve

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    Samedi soir 17 octobre, les ministères arménien et azerbaïdjanais des Affaires étrangères ont annoncé, dans deux déclarations identiques, un accord pour "une trêve humanitaire à partir du 18 octobre à 00H00 heure locale" (20H00 GMT).

    Cette nouvelle trêve est intervenu après que le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov se soit entretenu au téléphone dans la soirée avec ses homologues arménien et azerbaïdjanais et insisté avec force sur "la nécessité d'un respect strict" du cessez-le-feu conclu samedi dernier à Moscou, selon la diplomatie russe.

    A Stepanakert, la capitale séparatiste, la nuit a été très calme, selon un correspondant de l'AFP sur place. Dans la matinée, tout y était silencieux, alors que la plupart des habitants ont fui les bombardements depuis la reprise des combats le 27 septembre. "Notre pays veut respecter la trêve mais les autres (Azerbaïdjanais) ne la respecteront pas. Nous ne pouvons pas les croire, même s'il y a un accord, ils peuvent facilement ne pas le respecter", soutient Sveta Petrosian, 65 ans, interrogée dans les rues désertes. Ses deux fils sont au front.

    Et de fait, la trêve n'aura pas duré plus de quatre minutes. L'Azerbaïdjan et l'Arménie se sont accusés dimanche d'avoir violé la nouvelle "trêve humanitaire" entrée en vigueur à minuit heure locale dans le Nagorny Karabakh, une semaine après un premier cessez-le-feu conclu mais jamais respecté.

    Dans un communiqué, le ministère de la Défense azerbaïdjanais a affirmé que les forces arméniennes avaient rompu de "manière flagrante le nouvel accord", dénonçant des tirs d'artillerie ennemis et des attaques matinales le long du front.

    Plus tôt dans la nuit, la porte-parole du ministère arménien de la Défense, Shushan Stepanyan, avait elle rapporté des tirs d'artillerie et de roquettes azerbaïdjanais, au nord et au sud du front, durant les trois heures suivant le début de la trêve.

    Dans un communiqué, l'armée du Karabakh a également fait été d'une attaque ennemie le matin dans le sud, faisant part "de pertes et blessés des deux côtés". "Mais les infrastructures civiles et les habitations n'ont pas été visées par des tirs", ont précisé les services de secours du Karabakh.

    Le président azerbaïdjanais a appelé à la vengeance après le bombardement de Ganja, deuxième ville du pays
    La reprise des combats il y a trois semaines a fait des centaines de morts. Après une première tentative ratée de cessez-le-feu sous l'égide de Moscou, le conflit a connu une nouvelle escalade samedi.

    L'Azerbaïdjan a juré de "venger" la mort de treize civils, dont des enfants, ayant péri la nuit précédente dans le bombardement nocturne de Ganja, deuxième ville du pays. De nombreuses maisons ont été détruites par un pilonnage qui a aussi fait plus de 45 blessés, selon le procureur général.

    Samedi, à Ganja, des dizaines de secouristes ont cherché des survivants à mains nues et rassemblé des restes humains déchiquetés dans des housses mortuaires noires, rendant leur identification très difficile.

    Dans un discours, le président azerbaïdjanais Ilham Aliev a promis une vengeance "sur le champ de bataille", qualifiant son ennemi séparatiste et l'Arménie, tour à tour, de "chiens" et de "fascistes". La Turquie a de son côté accusé Erevan de "crimes de guerre".

    Ganja, ville d'environ 300.000 habitants, a été frappée à plusieurs reprises depuis le début du conflit. Les Arméniens ont affirmé samedi que Ganja abritait "des cibles légitimes", évoquant une base aérienne et des sites militaires. Quelques heures avant les frappes sur Ganja, des tirs avaient visé les villes de Stepanakert et Choucha dans le Karabakh.

    L'Azerbaïdjan a obtenu des gains territoriaux ces trois dernières semaines sans pour autant remporter de bataille décisive. Bakou n'a pas jusqu'ici révélé le coût du conflit, ne publiant aucun bilan militaire, matériel ou humain.

    Les Arméniens affirment avoir tué des milliers d'hommes. Ils reconnaissent avoir dû reculer mais assurent "contrôler la situation". Officiellement, ils ont perdu environ 700 hommes, et la moitié des 140.000 habitants ont fui.

    Outre une potentielle crise humanitaire, la communauté internationale craint une internationalisation du conflit, la Turquie soutenant l'Azerbaïdjan. L'Arménie, qui soutient financièrement et militairement les séparatistes, est elle dans une alliance militaire avec la Russie.

    Le Nagorny Karabakh, majoritairement peuplé d'Arméniens chrétiens, a fait sécession de l'Azerbaïdjan, musulman chiite turcophone, peu avant la dislocation de l'URSS en 1991, entraînant une guerre ayant fait 30.000 morts. Un cessez-le-feu, émaillé de heurts, était en vigueur depuis 1994.

    Les forces azerbaïdjanaises progressent au Nagorny Karabakh
    Dimanche 18 octobre, le ministère de la défense de l'Azerbaïdjan a publié une vidéo montrant une importante base qui a récemment été prise aux forces arméniennes. La base, qui se trouve dans le district de Fizuli, a été abandonnée à la hâte.

    Les troupes arméniennes ont laissé derrière elles des quantités d'armes et d'équipements, notamment des chars de combat, des véhicules blindés, des obusiers et des dizaines de missiles guidés antichars.

    Le ministère de la défense azerbaïdjanais a également diffusé une vidéo montrant les forces arméniennes fuyant leurs postes de combat dans une partie non spécifiée du Haut-Karabakh. Les postes ont été occupés par les troupes azerbaïdjanaises.


     

  • Nagorny-Karabakh : Intenses combats - la Turquie appelle à des "pourparlers à quatre"

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    D'intenses combats ont opposé, mardi 13 octobre, forces séparatistes arméniennes du Nagorny Karabakh et armée azerbaïdjanaise, ignorant toujours une trêve humanitaire, tandis que la Turquie, grand soutien de Bakou, proposait des "pourparlers à quatre" avec la Russie.

    La Turquie, qui a pris fait et cause pour l'Azerbaïdjan depuis le début des derniers affrontements le 27 septembre, et la Russie, qui est engagée dans une alliance militaire avec l'Arménie, sont de facto les arbitres du conflit. Ankara a ainsi estimé qu'"il était temps de trouver un nouveau mécanisme" pour résoudre la question du Nagorny Karabakh, une région disputée depuis des décennies.

    De tels pourparlers mettraient en évidence l'impuissance du Groupe de Minsk, médiateur historique du conflit co-présidé par la Russie, la France et les Etats-Unis, qui a parallèlement exhorté l'Arménie et l'Azerbaïdjan à respecter la trêve pour "éviter des conséquences catastrophiques" pour la région. Le Secrétaire d'Etat américain Mike Pompeo a lui aussi appelé les belligérants à "respecter leur engagement d'un cessez-le-feu" et à "cesser de cibler des zones peuplées de civils".

    Bakou et Erevan se rejettent la responsabilité des hostilités qui ont fait plus de 600 morts, dont 73 civils, selon des bilans partiels, l'Azerbaïdjan ne communiquant pas les décès parmi ses troupes. Et pour le quatrième jour consécutif, le cessez-le-feu censé être en vigueur depuis samedi est resté lettre morte. "Après deux semaines de combats intenses, et s'intensifiant malheureusement (...) nous voyons que des centaines de milliers de personnes sont déjà affectées dans la région", a regretté le directeur Eurasie du Comité International de la Croix-Rouge, Martin Schuepp. Selon lui, des "discussions continues" sont néanmoins en cours pour des échanges de corps et de prisonniers, un objectif de la trêve négociée à Moscou.

    Situation mercredi matin 14 octobre
    L'attaché de presse du ministère arménien de la Défense, Shushan Stepanyan, a déclaré que les forces armées azerbaïdjanaises avaient repris les tirs de roquettes et d'artillerie sur la ligne de contact au Karabakh mercredi matin.

    "La nuit, la tension relativement stable est restée sur la ligne de contact Artsakh-Azerbaïdjan. Dans certaines régions, les duels d'artillerie se sont poursuivis avec une intensité variable. Le matin, l'ennemi, violant le cessez-le-feu humanitaire, a repris les tirs de roquettes et d'artillerie dans les directions sud, sud-est, nord et nord-est". - a écrit Stepanyan sur Facebook, faisant référence aux données de l'armée de défense du Karabakh.

    Selon elle, les directions sud-est, nord et nord-est sont attaquées de manière particulièrement intense. "Les unités de l'Armée de Défense dans toutes les directions de la ligne de contact prennent les mesures nécessaires pour réprimer l'activité agressive de l'ennemi, en poursuivant avec confiance la mission sacrée de protéger les frontières de la patrie", a déclaré Stepanyan.

    Impasse diplomatique et militaire
    Du côté du front, les séparatistes du Nagorny Karabakh accusent l'armée adverse d'avoir lancé une triple offensive au sud, au nord et au nord-est de la république autoproclamée. Bakou de son côté affirme "respecter le cessez-le-feu", mais que l'adversaire arménien tirait sur les districts azerbaïdjanais de Goranboy, Terter et Agdam.

    L'Azerbaïdjan semble avoir conquis quelques territoires, sans avoir gagné un avantage significatif sur les séparatistes qui tiennent les montagnes. "L'Azerbaïdjan a enregistré certains succès militaires, mais rien de spectaculaire. Bakou est loin d'être prêt à prendre le contrôle du Karabakh", relève Guela Vassadze, expert au Centre géorgien d'analyse stratégique, évoquant une "impasse diplomatique et militaire".

    Dans le district de Terter (front nord), une équipe de l'AFP a vu au loin les forces azerbaïdjanaises pilonner les montagnes où se trouvent les positions arméniennes tirant sur la zone. Dans une cave sombre, une vingtaine d'Azerbaïdjanais avaient trouvé refuge. "On est là depuis seize jours. Tous les jours ils nous bombardent, malgré le cessez-le-feu. Hier et aujourd'hui, c'est sans arrêt", raconte Akiif Aslamiv, 62 ans.

    Une scène similaire à celles dont les journalistes de l'AFP ont été témoins les deux semaines précédentes du côté arménien du front, où les civils se terrent aussi dans les abris. Depuis Stepanakert, la capitale de la région séparatiste, on pouvait aussi entendre les tirs d'artillerie provenant du front sud.

    Dernière nouvelle : Arrivée d'un avion militaire français à Erevan (Arménie)
    Un avion de l'Armée de l'air française transportant une délégation militaire de haut niveau a atterri à Erevan, la capitale d'Arménie.

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    Oeillets rouges et peluches
    Le Nagorny Karabakh, territoire majoritairement peuplé d'Arméniens, a fait sécession de l'Azerbaïdjan, entraînant une guerre ayant fait 30.000 morts dans les années 1990. Les hostilités en cours sont les plus graves depuis 1994. Après près de trente ans d'impasse diplomatique, le président azerbaïdjanais Ilham Alïev a juré de reprendre le contrôle de la région.

    Les belligérants s'accusent par ailleurs de viser délibérément des zones civiles peuplées, de crimes de guerre et d'user de bombes à sous-munitions, une arme interdite. A Ganja, deuxième ville d'Azerbaïdjan où un immeuble a été détruit faisant dix morts dimanche, des habitants déposaient des oeillets rouges et des peluches aux abords des ruines.

    Outre une potentielle crise humanitaire, la crainte de la communauté internationale est de voir ce conflit s'internationaliser, la Turquie étant en outre accusée d'avoir envoyé des combattants pro-turcs de Syrie se battre aux côtés des Azerbaïdjanais, ce que Bakou dément. Selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), 119 d'entre eux ont déjà été tués depuis le début des combats.

    Coronavirus
    Enfin, l'évolution dans la région de l'épidémie de nouveau coronavirus inquiète l'Organisation mondiale de la santé (OMS) qui a constaté des cas en forte augmentation.

    Vidéo - Côté arménien
    Sur le front nord du Nagorny-Karabakh

    Sur le front nord (suite):
    Sur le front de Hadrut :

    Vidéo - Côté azéri
    Sur le front avec l'armée d'Azerbaïdjan - l'intérieur de positions arméniennes