Région du Tigray

  • Ethiopie : Des soldats érythréens tirent à l'aveugle sur des civils au Tigray - 19 blessés

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    Des soldats érythréens ont ouvert le feu sur des civils  dans la région éthiopienne du Tigray, blessant 19 personnes, selon plusieurs sources.

    Des médecins et des témoins oculaires ont déclaré que l'incident s'est produit tôt lundi 12 avril 2021 dans la ville d'Adwa. "Nous avons entendu des coups de feu et avons été immédiatement appelés à l'hôpital", a déclaré un médecin à l'AFP.

    "A notre arrivée, il y avait 19 patients. Dix d'entre eux ont été grièvement blessés, quatre moyennement et cinq légèrement", a ajouté le médecin, qui a demandé à ne pas être identifié par crainte de représailles.

    Un témoin oculaire a déclaré que les balles visaient des civils alignés devant une banque et d'autres qui se rendaient au travail.

    Le même témoin, qui a également demandé l'anonymat, a ajouté: "Lors des massacres précédents, les soldats érythréens descendaient de véhicules et attaquaient des civils. Mais cette fois, ils ont ouvert le feu avec leurs mitrailleuses depuis leurs voitures en traversant la route principale à Adwa."

    En réponse aux questions de France Press, les habitants d'Adwa ont déclaré que les Érythréens pouvaient facilement être identifiés par leurs uniformes et leur dialecte.

    L'organisation humanitaire Médecins sans frontières a écrit mardi sur son compte Twitter que 18 blessés sont arrivés à l'hôpital d'Adwa et que 11 «plus grièvement blessés» ont été emmenés dans la ville d'Axoum, à l'ouest.

    L'organisation, qui n'a pas précisé la nationalité des soldats impliqués, a déclaré que "les blessés disent que les soldats ont ouvert le feu sur eux près de la gare routière d'Adwa". Elle  a exprimé sa "préoccupation face aux violences en cours au Tigray".

    En réponse à une question de France Press, le ministre érythréen de l'Information a refusé mardi soir une demande de commentaire sur l'incident. Asmara a précédemment nié des informations sur des Érythréens commettant des violations contre des civils, notamment des massacres et des viols.

    Le dernier incident survient plus de deux semaines après que le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed a annoncé le début du départ des Érythréens de la région.

    Début novembre 2020, Abiy a annoncé l'envoi de l'armée fédérale au Tigray pour arrêter les dirigeants du Front populaire de libération du Tigray, que les forces d'Addis-Abeba accusent d'avoir mené des attaques contre les camps militaires des forces fédérales.

    Le Front de libération du peuple du Tigray, qui dirigeait cette région à l'époque, a dominé la politique nationale en Éthiopie pendant près de trois décennies.

    L'armée éthiopienne a reçu le soutien des forces de l'Érythrée, le pays qui borde le Tigray au nord et avec la région éthiopienne d'Amhara qui borde la région au sud.

    Abiy a déclaré la victoire le 28 novembre après avoir capturé la capitale provinciale, Mekele.

    Addis-Abeba et Asmara ont constamment nié toute participation réelle des forces érythréennes à la guerre, ce qui contredit les témoignages de résidents locaux, d'organisations de défense des droits de l'homme, de travailleurs humanitaires, de diplomates et même de certains responsables civils et militaires éthiopiens.

    Abiy a finalement reconnu la présence de ces forces en mars 2021.

    Le nombre de soldats érythréens dans la région est inconnu. On ne sait pas non plus si certains ont effectivement quitté la région ces dernières semaines.

  • Ethiopie : L'Erythrée va retirer ses troupes du Tigray selon le premier ministre éthiopien Abiy Ahmed

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    L'armée érythréenne va se retirer du Tigray, où elle a pénétré après le début du conflit en novembre dans cette région du nord de l'Ethiopie, a assuré vendredi le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed à l'issue d'une rencontre avec le président érythréen.

    Pendant des mois, les autorités d'Asmara et d'Addis Abeba ont démenti la présence de forces érythréennes au Tigray, qui était pourtant largement rapportée par des habitants, des humanitaires, des diplomates et même certains responsables civils et militaires éthiopiens. Ces troupes, ainsi que l'armée éthiopienne, y ont été notamment accusées de pillages, de massacres et de viols.

    Abiy Ahmed a lancé le 4 novembre 2020 une intervention militaire visant à renverser le Front de libération du peuple du Tigray (TPLF), parti au pouvoir dans cette région. Il a proclamé la victoire le 28 novembre mais les combats s'y sont poursuivis.

    Mardi 23 mars 2021, le Premier ministre éthiopien a admis pour la première fois, devant le Parlement, que des troupes érythréennes étaient présentes au Tigray. Il s'est ensuite rendu dans la capitale érythréenne, Asmara, jeudi.

    "Dans mes discussions du 26 mars avec le président (érythréen) Issaias Afeworki (...), le gouvernement érythréen a accepté de retirer ses forces en dehors des frontières de l'Ethiopie", a-t-il annoncé vendredi matin dans un communiqué posté sur Twitter. Le ministère érythréen de l'Information a publié en début d'après-midi un communiqué relatant la visite de M. Abiy, sans mentionner un retrait de troupes. Mais l'ambassadeur au Japon, Estifanos Afeworki, a confirmé sur Twitter qu'"à partir d'aujourd'hui" les forces érythréennes "restitueront toutes les positions quittées par les troupes éthiopiennes" lorsque le conflit a éclaté.

    Les Etats-Unis ont salué cette annonce, qualifiée de "pas important" vers une "désescalade du conflit" dans la région.
    "Nous devons voir un retrait immédiat et inconditionnel des troupes, la fin des hostilités et une solution politique", a réagi de son côté le ministre britannique des Affaires étrangères, Dominic Raab, sur Twitter.

    Massacres 
    L'Éthiopie et l'Érythrée se sont opposées entre 1998 et 2000 durant une sanglante guerre frontalière, alors que le TPLF dominait le pouvoir en Ethiopie. Les deux pays se sont rapprochés après l'arrivée au pouvoir en 2018 d'Abiy Ahmed. Mais l'Érythrée et le TPLF sont restés de féroces ennemis.

    Selon M. Abiy, des tirs de roquettes du TPLF sur la capitale Asmara ont poussé "le gouvernement érythréen à traverser la frontière avec l'Ethiopie, à prévenir d'autres attaques et à sauvegarder sa sécurité nationale". Selon lui, les troupes érythréennes ont pris le contrôle de zones proches de la frontière, mais des groupes de défense des droits humains et des habitants du Tigray ont, eux, décrit une présence érythréenne beaucoup plus loin dans la région.

    Amnesty International et Human Rights Watch accusent l'armée d'Asmara d'avoir tué des centaines de Tigréens lors d'un massacre fin novembre dans la ville d'Aksoum. La Commission éthiopienne des droits de l'Homme, organe indépendant mais rattaché eu gouvernement, a affirmé mercredi avoir "réuni des preuves concernant la mort de plus d'une centaine de victimes" dans cette ville sainte du Tigray. L'AFP a documenté un autre massacre qui aurait été perpétré en novembre par les troupes érythréennes dans la ville de Dengolat. Lors d'une visite ce mois-ci dans la ville de Wukro, des habitants ont également déclaré à l'AFP que des soldats érythréens étaient toujours présents, parfois vêtus d'uniformes éthiopiens. Ces troupes sont également soupçonnées d'avoir attaqué deux camps abritant des dizaines de milliers de réfugiés érythréens. L'ONU a annoncé vendredi qu'elle a pu se rendre dans ces camps, Shimelba et Hitsats, qui ont été "totalement détruits".

    "Tromperie" 
    Le parti d'opposition tigréen, Salsay Weyane Tigray, a estimé que tout accord sur le retrait de l'Érythrée était "inutile" sans "un organisme de réglementation international pour vérifier". "C'est un autre niveau de tromperie, un jeu auquel ils jouent depuis longtemps", a déclaré sur Twitter Hailu Kebede, en charge des affaires étrangères au sein du parti. "Retirez toutes les forces et mettez en place une équipe d'observation internationale. Le monde ne doit pas être dupé une nouvelle fois", a-t-il lancé.

    Le conflit a fait près d'un million de déplacés. Les autorités locales estiment qu'environ 950.000 personnes ont fui les combats et les persécutions, essentiellement en provenance du Tigray occidental mais aussi du nord-ouest et du centre de la région.

  • Ethiopie : Une équipe de MSF témoin d'exécutions de civils au Tigray, selon l'ONG

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    Une équipe de Médecins sans frontières (MSF) circulant dans la région éthiopienne du Tigré, théâtre d'un conflit armé, a vu des soldats éthiopiens exécuter des civils et s'en prendre violemment à leur chauffeur et le menacer de mort, a annoncé mercredi l'ONG.

    Selon un communiqué de MSF, trois de ses membres circulaient mardi dans un véhicule clairement identifié aux couleurs de l'ONG sur la route reliant la capitale du Tigré, Mekele, à la localité d'Adigrat.

    "Durant le trajet, ils sont tombés sur ce qui semblait être le résultat d'une embuscade tendue à un convoi militaire éthiopien par un groupe armé, au cours de laquelle des soldats ont été tués et blessés", explique Karline Kleijer, chef des programmes d'urgence de MSF dans ce texte.

    Les soldats éthiopiens sur place ont arrêté le véhicule de MSF et deux minibus de transport public qui le suivaient, ajoute-t-elle: "Les soldats ont contraint les passagers à descendre des minibus. Les hommes ont été séparées des femmes, lesquelles ont été autorisées à partir. Peu après, les hommes ont été abattus".

    L'équipe de MSF a été autorisée à quitter les lieux mais leur véhicule a été peu après à nouveau arrêté par des soldats éthiopiens.

    "Ils ont extrait de force le chauffeur de MSF du véhicule, l'ont frappé à coups de crosse et ont menacé de le tuer. Finalement, le chauffeur a été autorisé à remonter dans le véhicule et l'équipe a pu revenir à Mekele", selon Mme Kleijer.

    Le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed a lancé le 4 novembre une offensive militaire au Tigré pour renverser les dirigeants du parti au pouvoir dans la région, le TPLF (Front de libération du peuple du Tigré), qui défiaient son pouvoir depuis plusieurs mois et dont il a accusé les forces d'avoir attaqué des bases locales de l'armée fédérale.

    Lauréat du prix Nobel de la paix 2019, M. Abiy a proclamé la fin du conflit après la prise de Mekele par l'armée fédérale fin novembre, mais les dirigeants en fuite du TPLF ont promis de poursuivre les hostilités et des combats persistent.

    M. Abiy a admis mardi que des atrocités avaient été commises au Tigré. "Il y a eu des dégâts dans la région de Tigré (...) des informations indiquent qu'il y a eu des viols et des pillages de propriétés".

    Des témoignages d'habitants font état de violences sexuelles à grande échelle et de meurtres de civils de la part des forces combattant le TPLF.

    M. Abiy a également admis la présence au Tigré de soldats de l'Erythrée voisine, après des mois de démentis tant par Asmara que par Addis Abeba.

    La Commission éthiopienne des droits humains (EHRC) a affirmé mercredi dans un rapport accablant que plus de 100 civils avaient été tués fin novembre à Aksoum, au Tigré par des soldats érythréens.

  • Ethiopie : La crise au Tigray "hors de contrôle"

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    La crise dans la région éthiopienne du Tigray, théâtre d'un conflit entre ses autorités dissidentes et le pouvoir fédéral, semble "hors de contrôle", a averti mardi le ministre finlandais des Affaires étrangères, Pekka Haavisto, de retour d'une mission pour l'Union européenne (UE).

    "La situation est militairement, humainement et sur le plan humanitaire, incontrôlable", a-t-il déclaré lors d'une rencontre avec la presse à Bruxelles. Le Tigray est le théâtre de combats depuis début novembre 2020, après la décision du Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed d'envoyer l'armée éthiopienne en déloger le Front de libération du Peuple du Tigray (TPLF), parti qui dirigeait alors la région et contestait depuis plusieurs mois l'autorité du gouvernement fédéral. M. Abiy avait justifié l'opération militaire en accusant les forces régionales du TPLF d'avoir d'attaqué des bases de l'armée fédérale.

    Les troupes éthiopiennes ont pris la capitale régionale Mekele fin novembre, mais le TPLF a assuré continuer la lutte et des affrontements continuent d'être signalés, entravant l'acheminement de l'aide humanitaire. "Cette opération a duré plus de trois mois et nous n'en voyons pas la fin", a commenté M. Haavisto, qui s'est rendu en février à Addis-Abeba, où il a rencontré M. Abiy. Pekka Haavisto a rendu compte de sa mission lundi aux ministres des Affaires étrangères des 27 pays de l'UE à Bruxelles.

    Il a déploré que les dirigeants éthiopiens n'aient pas réussi à fournir une "image claire" de la situation au Tigray, notamment concernant l'implication largement documentée des forces de l'Erythrée voisine. "La question des troupes érythréennes est extrêmement sensible. Nous n'obtenons donc pas de réponse claire sur l'emplacement ou l'ampleur de leur présence", a-t-il déclaré.

    Addis Abeba et Asmara nient l'implication des forces érythréennes dans le conflit, malgré les témoignages de civils, de travailleurs humanitaires et de certains responsables militaires et gouvernementaux. L'UE s'est jointe aux Etats-Unis pour exiger le retrait des troupes érythréennes.

    Pekka Haavisto a réitéré les appels urgents de la communauté internationale pour que le gouvernement éthiopien autorise un accès humanitaire total au Tigray, y compris dans les zones échappant à son contrôle. "Nous avons besoin du feu vert du gouvernement éthiopien pour négocier l'accès aux zones contrôlées par l'Erythrée et aux zones contrôlées par l'opposition", a-t-il déclaré.

    M. Haavisto a averti que le Soudan voisin avait du mal à faire face à l'afflux de dizaines de milliers de Tigréens qui y ont fui et que ces réfugiés risquent de vouloir gagner l'Europe, évoquant "le début d'une autre crise de réfugiés potentiellement importante dans le monde".

    "Si rien n'est fait, les conditions de vie vont s'aggraver et de plus en plus de réfugiés vont arriver", a-t-il mis en garde. La Commission européenne a en décembre suspendu le versement de quelque 90 millions d'euros d'aide bugétaire à l'Ethiopie, faute pour Addis Abeba de garantir un accès humanitaire total au Tigray.
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  • Ethiopie : Confirmation de viols à grande échelle au Tigray

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    Les autorités éthiopiennes ont confirmé que des dizaines de femmes avaient été violées dans la région du Tigray pendant le chaos qui a suivi un affrontement armé  qui a renversé le parti au pouvoir dans la région.

    "Nous avons reçu le rapport de notre équipe sur le terrain dans la région du Tigray, et l'équipe a malheureusement confirmé que des viols avaient eu lieu de manière catégorique et sans aucun doute", a déclaré la ministre éthiopienne des femmes Filsan Abdullah sur Twitter jeudi soir.

    Bien que des témoins, des médecins et des travailleurs humanitaires aient signalé des agressions sexuelles généralisées depuis le début des combats en novembre, le message sur Twitter de Filsan Abdullah est la première confirmation de la part du gouvernement du Premier ministre Abiy Ahmed.

    La Commission éthiopienne des droits de l'homme nommée par l'État a déclaré que 108 crimes de viol avaient été signalés au Tigray au cours des deux derniers mois, dont près de la moitié ont eu lieu à Mekele, la capitale de la province.

    Bien que les forces fédérales aient repris le contrôle de Mekele au Front de libération du peuple du Tigray à la fin du mois de novembre, les combats se sont poursuivis sporadiquement avec des restrictions de communication et d'accès à la région montagneuse de cinq millions de personnes.

  • Ethiopie : L'ONU "extrêmement inquiète" du sort des Erythréens en Ethiopie

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    Le Haut-Commissaire de l'ONU pour les réfugiés s'est dit "extrêmement inquiet" jeudi du sort des Érythréens réfugiés en Ethiopie, victimes collatérales du conflit qui oppose le gouvernement fédéral à la région dissidente du Tigray.
     
    "Je suis extrêmement inquiet pour la sécurité et le bien-être des réfugiés érythréens", écrit Filippo Grandi dans un communiqué, soulignant que, malgré des demandes répétées, ni l'ONU ni d'autres organisations d'aide n'ont eu accès à deux camps de réfugiés depuis le déclenchement de l'opération militaire contre la région du Tigray début novembre 2020.
     
    Selon les chiffres de l'ONU, il y avait quelque 96.000 réfugiés érythréens en Ethiopie quand le conflit a éclaté. M. Grandi s'est dit particulièrement inquiet pour le sort des réfugiés des camps de Shimelba et Hitsats. "Ils se retrouvent sans aucune aide depuis de nombreuses semaines et qui plus est - et c'est extrêmement inquiétant - je continue de recevoir de nombreux comptes rendus fiables et des témoignages de première main de l'insécurité latente et des accusations d'abus graves et douloureux des droits de l'Homme", a-t-il martelé, dans ce communiqué au ton très grave.
     
    Il évoque notamment des assassinats, des enlèvements et le renvoi forcé de réfugiés en Erythrée. Il dénonce aussi des incursions militaires dans les camps, confirmées aussi bien par des comptes rendus que des images satellitaires montrant des foyers d'incendie et d'autres traces de destruction dans les deux camps. "Ce sont des indications concrètes de violations majeures des lois internationales", a-t-il souligné.
     
    M. Grandi a néanmoins indiqué que quelques avancées ont été atteintes récemment avec les autorités, y compris le transport et la distribution de nourriture pour les 25.000 réfugiés érythréens dans les camps de Mai Aini et Adi Harush, au Tigray. Une équipe a réussi a rétablir l'alimentation en eau et des soins médicaux de base, a précisé M. Filippo, qui se dit près à travailler avec les autorités éthiopiennes "pour trouver des solutions".
     
    Le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed a envoyé le 4 novembre l'armée fédérale contre les autorités de la région du Tigray, qui défiaient son autorité depuis plusieurs mois. Il a annoncé le 28 novembre la fin des hostilités avec la prise de la capitale régionale, Mekele, mais l'ONU a encore récemment fait état de "combats localisés et de la poursuite de l'insécurité" dans plusieurs zones de la région.

  • Ethiopie : Une nouvelle attaque dans l'ouest fait au moins 80 morts

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    La série meurtrière continue dans l'ouest de l'Ethiopie: théâtre de plusieurs massacres ces derniers mois, la région du Benishangul-Gumuz a subi une nouvelle attaque mardi qui a fait au moins 80 morts, de quoi accroître les tensions déjà vives dans ce pays d'Afrique de l'Est. Il n'existe aucun lien connu entre ces violences et le conflit actuellement en cours au Tigray, une région septentrionale de l'Ethiopie où les troupes gouvernementales ont été envoyées en novembre pour déloger les autorités locales dissidentes.
     
    Cette nouvelle tuerie devrait accentuer la pression sur le Premier ministre Abiy Ahmed, pour intervenir de manière plus importante au Benishangul-Gumuz, région située le long de la frontière avec le Soudan et le Soudan du Sud, et où doit être construit la plus grande installation hydroélectrique d'Afrique sur le Nil Bleu.
     
    "Nous avons reçu des informations prouvant que plus de 80 civils ont été tués le 12 janvier près de Daletti" dans le Benishangul-Gumuz, a expliqué mercredi à l'AFP un porte-parole de la Commission éthiopienne des droits de l'Homme (EHRC), Aaron Maasho.
     
    Le village de Daletti est situé dans la zone de Metekel, où des centaines de personnes ont péri lors d'attaques armées ces derniers mois. En décembre, l'une d'elles avait fait 207 morts.
     
    Si certains dirigeants locaux parlent de violences ethniques, M. Abiy peine à expliquer les motivations derrière ces attaques. Le Premier ministre n'arrive pas à sécuriser la zone, malgré sa visite dans la région en décembre et l'installation sur place d'un poste de commandement fédéral. L'attaque de mardi a eu lieu entre cinq et sept heures du matin, selon M. Aaron. Les victimes étaient âgées de deux à 45 ans. La Commission "essaie d'obtenir de plus amples informations sur les assaillants" et sur la manière dont les victimes ont été tuées, a ajouté le porte-parole.
     
    Violences intercommunautaires
    Un survivant, Ahmed Yimam, a expliqué à l'AFP avoir recensé 82 cadavres et 22 personnes blessées. "L'attaque a été menée principalement avec des couteaux, des armes à feu ont aussi été utilisées", a-t-il raconté. "J'ai peur que ça recommence car les assaillants ne sont pas sanctionnés et les autorités locales et régionales ne fonctionnent pas".
     
    En octobre, le Premier ministre avait attribué les violences dans la zone à des combattants venus de l'Etat voisin soudanais du Nil-Bleu, où ils sont "armés et entraînés". M. Abiy avait alors appelé Khartoum à régler le problème. A contrario, plusieurs leaders locaux de l'opposition assurent depuis des semaines que ces attaques sont menées par des membres de l'ethnie éthiopienne gumuz et motivées par des facteurs ethniques. Selon eux, les milices gumuz ciblent notamment les membres de la communauté Amhara, seconde ethnie du pays.
     
    Membre du Mouvement national amhara, un parti d'opposition, Dessalegn Chanie a expliqué à l'AFP soupçonner certains membres des autorités locales de la zone de coopérer avec les assaillants. "Le problème est très compliqué, car de nombreux responsables gumuz soutiennent ces milices. Ils leur fournissent des informations et une aide logistique", a-t-il assuré, sans fournir d'éléments pour étayer ses accusations.
     
    Plusieurs dirigeants du Benishangul-Gumuz ont été arrêtés en décembre. Ils sont soupçonnés d'avoir joué un rôle dans les violences commises dans la région le mois dernier. D'après M. Dessalegn, le bilan de l'attaque de mardi pourrait s'alourdir. Plusieurs sources, dont des travailleurs hospitaliers, lui ont rapporté qu'au moins 131 personnes auraient été tuées, a-t-il expliqué. 
     
    Lundi, la radio-télévision Fana BC, affiliée au pouvoir, assurait qu'une "paix relative a été restaurée à Metekel" grâce aux mesures prises par le gouvernement fédéral. Mais la Commission éthiopienne des droits de l'homme a appelé les autorités mercredi à intervenir davantage. Ces violences montrent que l'ouverture prônée par le Premier ministre Abiy Ahmed a libéré des ambitions territoriales locales et d'anciens différends intercommunautaires, qui ont débouché sur des violences meurtrières dans de nombreuses régions du pays.