Qorengal (province de Kunar)

  • Afghanistan : Puissante Explosion à l'entrée de l'aéroport de Kaboul - 169 morts (dont 13 soldats US) et 158 blessés

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    L'explosion, déclenchée par un kamikaze, a eu lieu à l'extérieur d'Abbey Gate. Elle a été suivie de tirs d'armes automatiques, de la part des talibans présents sur place et des forces américaines qui ont également provoqué des victimes. On estime que le kamikaze portait 25 livres (12,5kg) d'explosifs sur sa veste suicide, ce qui est une quantité considérable et explique le grand nombre de victimes. les kamikazes portent généralement soit une ceinture contenant 5 kg ou moins d'explosifs, soit un gilet rempli de 5 à 10kg  livres d'explosifs.

    L'explosion à proximité de l'aéroport a eu lieu alors que des milliers d'Afghans y étaient massés pour tenter de fuir leur pays avant la fin prochaine des vols d'évacuation affrétés par les Occidentaux. Vidéo
    E9ugmGwWYAE7Jaz.jpegLe dernier bilan provisoire fait état de 169 morts, dont des enfants et des femmes, et 158 blessés. Le bilan est assez difficile à connaître avec précision car une panique totale a régné sur les lieux aussitôt après les attentats.

    Maxton Soviak.jpegLaredoan David Lee Espinoza .jpeg13 soldats américains tués
    Selon deux responsables américains : 12 Marines et un médecin de la marine américaine ont été tués au cours des attaques kamikazes. 22 autres Marines ont été blessés. 28 talibans ont également été tués au cours des attentats.
    Le médecin de la Navy a été identifié. Il s'agit de Maxton Soviak (photo de gauche).
    L'identité d'un des 12 Marines tués a également été révélée. Il s'agit du Marine David Lee Espinoza (photo de droite).

    E9379oJWQAACaON.jpegNicole Gee.jpegEgalement, Karim Nikouei (photo de gauche), un marine irano-américain, fait partie des 13 soldats américains décédés, ainsi que Nicole Gee (photo de droite), US Marine. Elle était apparue sur les réseaux sociaux en train d'aider les familles afghanes à franchir la porte de l'aéroport.

    Johanny Rosario (sergent).jpegHector Mopez.jpegUn autre soldat décédé est le sergent des Marines. Johanny Rosario (photo de gauche). Rosario était membre de l'équipe d'engagement féminin. 
    Un autre soldat est Hector Mopez 22 ans (photo de droite). On le voit sur cette photo, envoyée peu de temps avant l'explosion à ses amis, se raisant photographié avec un petit réfugié Afghan.


    Photos des soldats américains décédés

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    Les Américains voulaient fermer la porte Abbey Gate de l'aéroport en raison de la menace terroriste
    La veille, le DOD prévoyait de fermer la porte Abbey Gate, où ils savaient que la menace d'une attaque était la plus élevée. Mais ils l'ont gardé ouvert plus longtemps pour laisser aux Britanniques plus de temps pour évacuer. Le lendemain, un kamikaze se faisait exploser à cette même porte, tuant 169 personnes, dont 13 soldats américains.





    forward_2.gifPlusieurs explosions ont retenti dans la soirée à Kaboul, quelques heures après que deux explosions aient coûté la vie à des dizaines de ressortissants afghans et de soldats américains. Selon les premières informations, un engin explosif improvisé a frappé un véhicule taliban sur la place Sarai Shamali dans le centre de Kaboul.
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    Une quatrième explosion a eu lieu dans le district de Baba Mina, à l'extrême est de Kaboul. Une cinquième et une sixième explosion ont retenti dans le district de Sharenaw, dans le 10ème PD, au nord-ouest de Kaboul. Une septième énorme explosion s'est faite entendre du côté de l'aéroport mais il semble qu'il s'agissait d'une "explosion contrôlée" de  l'armée américaine. Soit il s'agit de la neutralisation d'un IED ou de la destruction de matériel militaire de l'armée en préparation de son départ d'Afghanistan.

    Plus tôt jeudi, l'agence de presse italienne ANSA a cité des sources militaires selon lesquelles un avion de transport militaire italien C-130 transportant des employés de l'OTAN avait essuyé des tirs alors qu'il décollait de l'aéroport de Kaboul, sans causer de dommages.

    Les deux incidents sont survenus à un moment où les États-Unis, l'Australie, la Grande-Bretagne et la Belgique avaient averti d'une attaque imminente contre l'aéroport de Kaboul, à un moment où des foules se rassemblaient aux portes de l'aéroport dans une tentative désespérée de partir à la suite des attaques des talibans. prise de contrôle de l'Afghanistan.

    Le commandement de l'OTAN a ordonné à ses soldats de quitter immédiatement les portes de l'aéroport de Kaboul. On craint en effet qu'une attaque à la roquette puisse également avoir lieu prochainement. Les portes de l'aéroport sont à présent fermées en raison des risques d'attaques terroristes. Or, Il y a environ 150 citoyens américains et 1 800 employés afghans de l'ambassade des États-Unis qui devaient encore se rendre à l'aéroport. 

    L'Etat islamique-Khorasan revendique l'attaque contre Kaboul et son aéroport
    L'attaque de l'aéroport de Kaboul et de la capitale afghane était finalement une opération visiblement très bien planifiée et visait aussi bien l'armée américaine que les talibans. L'Etat islamique - Khorasan, à couteaux tirés avec les talibans, a revendiqué, tard dans la soirée, l'attaque de l'aéroport. Selon le communiqué, un kamikaze a réussi à franchir la ceinture de sécurité à proximité de l'aéroport et à s'approcher à moins de cinq mètres d'un rassemblement de militaires américains et d'interprètes afghans. L'Etat islamique a publié une photo de l'attaquant, Abdul Rehman Al-Logari, donc originaire de la province du Logar.
    E9vcmVKXsAgAfwx.jpegQui est le kamikaze de l'aéroport de Kaboul ?
    Abdul Rehman, ancien étudiant en ingénierie originaire de la province afghane de Logar et fils d'un commerçant qui se rendait fréquemment à New Delhi pour affaires, avait été libéré de la prison de Bagram le 15 août.
    Des sources de renseignement indiennes proches du dossier ont déclaré qu'il avait été remis à la Central Intelligence Agency des États-Unis par la Research and Analysis Wing en septembre 2017 et incarcéré dan la prison de haute sécurité de Bagram. 
    Son arrestation avait permis de mettre un terme à un complot de l'État islamique de la province du Khurasan (IS-K) visant à commettre des attentats-suicides à New Delhi et dans d'autres villes de la région.
    Ce complot a été rendu public pour la première fois par The Indian Express en 2018 et a été détecté pour la première fois à la mi-2017 par la CIA, qui avait recueilli des renseignements à partir des communications des dirigeants de l'EI en Afghanistan et de leurs réseaux de soutien financier à Dubaï.
    Rehman a été choisi pour mener le complot en raison de sa familiarité avec New Delhi, que le djihadiste s'était rendue à plusieurs reprises en lien avec son entreprise familiale.
    Rehman, ont indiqué les sources, est arrivé en Inde sous couvert d'études dans un institut d'ingénierie à Noida. Après avoir séjourné dans l'auberge de l'institut pendant quelques semaines, il a emménagé dans un appartement du quartier de Lajpat Nagar à New Delhi. Des communications interceptées ont permis à RAW d'insérer un agent se faisant passer pour un djihadiste dans le cercle de Rehman, qui prétendait faire avancer le complot en se procurant des engins explosifs et en recrutant du personnel.
    Des sources ont déclaré que l'unité antiterroriste de la police de Delhi, dirigée par l'actuel commissaire de police adjoint Pramod Kushwaha, avait mené une surveillance sur le terrain contre Rehman pendant plusieurs semaines avant son arrestation.
    L'agent de RAW, selon les sources, a persuadé Rehman qu'il avait recruté plusieurs kamikazes et acheté suffisamment d'explosifs pour mener les attaques. Cela a généré beaucoup de bavardages dans le réseau des extrémistes et provoqué de multiples communications entre le djihadiste afghan et ses commandants, que la CIA a pu exploiter.
    Au lieu de poursuivre Rehman en Inde, ont indiqué les sources, une décision a été prise de l'extrader vers Kaboul sur un vol spécial, afin de faciliter l'enquête de la CIA. A Bagram, il a été interrogé par la CIA et le service de renseignement afghan, la Direction nationale de la sécurité. L'interrogatoire a conduit à l'élimination de plusieurs dirigeants de l'État islamique dans les frappes de drones aux États-Unis jusqu'en 2019.

    Cependant, il a été libéré le 15 août avec des milliers d'autres terroristes dangereux, profitant du chaos qui a suivi la sortie précipitée des États-Unis et la prise de contrôle rapide de l'ensemble du pays par les talibans.
    "Le retrait désorganisé de l'Amérique d'Afghanistan a conduit à la libération de centaines de terroristes hautement compétents et hautement engagés pour rejoindre l'État islamique, al-Qaïda et d'autres groupes terroristes", a déclaré un officier qui a travaillé sur l'affaire Abdul Rehman.
    « Littéralement, le travail d'une décennie sur la lutte contre le terrorisme a été annulé par l'échec des États-Unis à sécuriser les prisonniers clés à Bagram », a-t-il déclaré, ajoutant que les conséquences de cet échec seraient « de très grande envergure ».
    "Il n'y a aucune clarté sur ce qui est arrivé à Abdul Rehman entre son évasion de Bagram et l'attentat suicide", a déclaré un responsable du renseignement. "Il est possible qu'il veuille se venger, ou qu'il ait été persuadé par ses anciens amis djihadistes d'expier son rôle dans les meurtres de ses associés de cette manière."

    Il faut s'attendre à d'autres attaques sanglantes de l'Etat islamique
    Le fait que l'Etat islamique n'a revendiqué la responsabilité que d'une seule opération suicide, alors que plusieurs attentats à la bombe ont été signalés à Kaboul, est plutôt
    inhabituel, voire, sans précédent. On peut supposer que cela signifie que d'autres opérations pourraient être imminentes, voire en cours.

    La guerre a visiblement atteint un nouveau niveau de violence entre les jihadistes de l'Etat islamique et les talibans. Depuis quelques jours, de violents affrontements ont lieu dans la province de Kunar entre les talibans (aidés par des combattants pakistanais de Lashkar-e-Taiba) et l'État islamique (ISKP). Les talibans ont capturé Qorengal et Qalay Gal, chassant l'Etat islamique de la plupart de ses avant-postes. Vidéo. L'Etat islamique a cependant affirmé  avoir repoussé l'offensive des talibans à Kunar.

    Live TV - en direct de l'aéroport de Kaboul juste après l'explosion
    :

    Dans la nuit du 25 u 26 août, les États-Unis, l'Australie et le Royaume-Uni avaient émis simultanément des mises en garde très précises et presque identiques sur des menaces d'"attentat terroriste" dans la zone de l'aéroport, à l'approche de la date butoir prévue pour le retrait des forces américaines d'Afghanistan, le 31 août.

    Les personnes "se trouvant actuellement aux entrées Abbey, Est et Nord devraient partir immédiatement", avait indiqué Washington en invoquant des "menaces sécuritaires", après que le président Joe Biden eut déjà évoqué mardi la possibilité d'un attentat de l'État Islamique, rival des talibans en Afghanistan ces dernières années.

    La diplomatie australienne a parlé d'une "menace très élevée d'attentat terroriste". Et Londres a appelé ses ressortissants se trouvant près de l'aéroport à le quitter "pour un endroit sûr" en attendant "d'autres instructions, ou pour ceux qui peuvent partir d'Afghanistan par d'autres moyens, à le faire "immédiatement".

    Aucune précision sur la nature de la menace n'a été apportée dans ces avis, mais le Premier ministre belge, Alexander De Croo, a expliqué que la situation s'était "fortement dégradée" mercredi à l'aéroport et que plusieurs pays avaient évoqué la possibilité d'un attentat suicide.

    Le secrétaire d'État britannique chargé des forces armées, James Heappey, a pour sa part évoqué une menace "très sérieuse" et "imminente".

    Ces avertissements sont intervenus après que le chef de la diplomatie américaine, Antony Blinken, a assuré que les talibans s'étaient engagés à laisser partir les Américains et les Afghans à risque se trouvant encore dans le pays après le 31 août. L'Allemagne a précisé avoir eu l'assurance qu'ils pourraient prendre des vols commerciaux.

    Malgré une situation chaotique, plus de 95.000 personnes ont été évacuées depuis la mise en place du pont aérien le 14 août, à la veille de l'entrée des talibans dans Kaboul et de leur prise du pouvoir, selon Washington. Quelque 13.400 l'ont été entre mercredi et jeudi, un chiffre en baisse par rapport aux derniers jours.

    Plusieurs pays ont plaidé en vain pour une extension du délai au-delà du 31 août, estimant qu'il ne serait pas possible d'évacuer tout le monde d'ici là. Jeudi, le ministère américain de la Défense a confirmé que les évacuations allaient continuer "jusqu'à la fin de la mission" américaine le 31 août.

    La menace État islamique
    Mais plusieurs pays occidentaux, ayant moins de marge de manoeuvre que les Américains qui contrôlent l'aéroport, ont déjà annoncé la fin effective ou prochaine de leurs évacuations. Le Canada a ainsi annoncé avoir interrompu ses vols jeudi, comme la Belgique dès mercredi soir. Les Pays-Bas devaient en faire de même dans la journée, à la demande des États-Unis.

    La France a indiqué qu'elle y mettrait fin vendredi soir, une date là aussi "imposée par les Américains" selon une source gouvernementale.

    Ces annonces font craindre que de nombreux Afghans qui ont travaillé ces dernières années avec les étrangers ou le gouvernement pro occidental déchu, et se sentent menacés par les talibans, ne pourront tous quitter le pays à temps. "Il s'agit d'un moment douloureux parce que cela signifie que, malgré les efforts importants dans la période récente, des gens éligibles à l'évacuation vers les Pays-Bas seront abandonnés", ont estimé les ministres néerlandaises des Affaires étrangères, Sigrid Kaag, et de la Défense, Ank Bijleveld.

    Lors d'un sommet virtuel mardi avec les autres dirigeants du G7, le président américain Joe Biden avait évoqué déjà un "risque grave et croissant d'attaque" de l'EI à l'aéroport.

    Sous le nom d'ISKP (État islamique Province du Khorasan), l'Etat islamique a revendiqué certaines des attaques les plus sanglantes commises ces dernières années en Afghanistan, faisant des centaines de morts.

    Il a surtout ciblé les musulmans qu'il considère comme hérétiques, en particulier les chiites. L'attentat qu'il a revendiqué contre un mariage chiite à Kaboul en août 2019 avait ainsi par exemple coûté la vie à 91 personnes.

    Même s'il s'agit de deux groupes sunnites radicaux, l'Etat islamique et les talibans sont en concurrence et sont animés par une haine tenace et réciproque.

    Jeudi, des analystes en sécurité relevaient que l'activité de l'ISKP s'était brutalement arrêtée depuis 12 jours, signe possible qu'il prépare une opération d'ampleur, via des tirs de mortier ou des attentats-suicide, véhiculés ou individuels. "Il y a beaucoup de cibles idéales en ce moment" à l'aéroport, a tweeté ExTrac, un groupe privé spécialisé dans le traitement de données sur les groupes jihadistes.

    'Le business de la peur'
    Ces mises en garde n'avaient pas dissuadé, avant l'explosion, nombre d'Afghans de continuer d'assiéger l'aéroport dans l'espoir de prendre place sur un avion vers l'occident.

    "J'attendrai jusqu'à ce que l'aéroport soit fermé", a déclaré à l'AFP un homme qui s'est présenté sous le nom d'Hamid et qui affirme avoir travaillé dans un ministère avant l'arrivée au pouvoir des talibans. "Ils donneront notre emploi à des parents à eux. Comment prendrai-je soin de ma famille?", a-t-il demandé, accompagné de son épouse, son beau-père et deux jeunes enfants. Il a affirmé n'être pas rassuré par les promesses des talibans que la population n'avait rien à craindre d'eux. Mais il a aussi admis ne pas appartenir à la catégorie la plus à risque de représailles, ceux qui ont travaillé pour les forces étrangères en 20 ans de guerre.

    Beaucoup d'Afghans, souvent urbains et éduqués, craignent que les islamistes n'instaurent le même type de régime fondamentaliste et brutal que lorsqu'ils étaient au pouvoir entre 1996 et 2001.

    Les femmes et les minorités ethniques en particulier s'inquiètent pour leur sort. "Nous sommes la génération des femmes éduquées, ils (les talibans) ne le supportent pas, ils ne peuvent pas gouverner avec nous, ils vont nous exterminer", a déploré une jeune femme bloquée à Mazar-e-Sharif (Nord), en quête de contacts à l'étranger pour l'aider à fuir.

    Les talibans s'efforcent de se présenter sous un jour plus modéré, souvent sans convaincre, en tout cas à Kaboul. "C'est le business de la peur. Ils n'ont pas d'armée pour contrôler les gens. Mais la peur contrôle tout le monde", a observé un jeune banquier de la capitale.