Programme de missiles iraniens

  • Iran : "Leçon ukrainienne" pour l'Iran : l'arme nucléaire est nécessaire affirme un expert sur l'Iran

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    Le Dr Raz Zimt est un expert iranien d'Allianz Iran Research Center et Institute for National Security Studies, Université de Tel Aviv.
    Interviewé par Mikhail Borodkin, Oriental Express .

    Est-il vrai que le 24 février (jour de l'invasion des troupes russes en Ukraine) des bouteilles de champagne sans alcool ont été ouvertes à Téhéran ?

    Je ne dirais pas ça. Téhéran au niveau officiel, bien sûr, a soutenu la Russie. Ce n'est pas surprenant, car l'Iran, alors que l'isolement sur la scène internationale se resserre, en particulier après le retrait de (Donald) Trump de l'accord sur le programme nucléaire, estime qu'on ne doit pas se fier aux Etats-unis, et que les États européens n'ont pas fourni d'aide dans surmonter les sanctions américaines. Par conséquent, l'Iran s'est tourné vers la Chine et a commencé à renforcer la coopération économique avec Pékin, ainsi qu'à développer la coopération avec la Russie dans le domaine politique et dans le domaine de la sécurité. Ainsi, les dirigeants iraniens ont officiellement soutenu les actions de la Russie après l'invasion de l'Ukraine et ont blâmé les États-Unis et l'OTAN pour la crise.

    Mais, en même temps, l'Iran comprend que les intérêts russes ne coïncident pas toujours avec les intérêts iraniens, donc en général la position est prudente. D'une part, le gouvernement iranien a soutenu Moscou, d'autre part, il s'est abstenu lors du vote de l'ONU sur la résolution condamnant l'invasion. Autrement dit, ils disent que l'effusion de sang doit être arrêtée, mais en même temps, ils expriment leur compréhension de la raison pour laquelle la Russie a fait ce qu'elle a fait.

    Mais la guerre n'a-t-elle pas facilité la levée des sanctions contre l'Iran ? Le président américain Joe Biden semble s'être jeté à toute vitesse dans les bras iraniens et est prêt à lever toutes les sanctions dans les plus brefs délais, le gouvernement britannique a transféré un demi-milliard de dollars à Téhéran pour la libération d'un citoyen britannique...

    Si la guerre avait commencé il y a deux ou trois mois, vous auriez eu raison. Mais rappelez-vous que la guerre en Ukraine a commencé lorsqu'un accord sur le programme nucléaire a été presque conclu. Il n'y avait que des désaccords mineurs entre l'Iran et l'Occident, il n'est donc pas correct de penser que les combats ont amené l'Occident à devenir soudainement flexible, ou que l'Iran a soudainement resserré ses exigences. Au contraire, l'impact du conflit en Ukraine a été inversé, car la Russie, de manière inattendue pour l'Iran, a exigé des garanties de l'Occident que les futures relations commerciales russo-iraniennes seraient exemptes de sanctions.

    L'accord sera-t-il signé, malgré ces demandes russes inattendues ?

    Bonne question. D'une part, le ministre iranien des Affaires étrangères (Hossein Amir) Abdollahian s'est rendu à Moscou, a rencontré (Sergey) Lavrov et a affirmé que la Russie avait obtenu ce qu'elle voulait. Mais, autant que je sache, ce n'est pas du tout le cas. L'Occident, semble-t-il, a seulement accepté de ne pas imposer de sanctions contre la coopération russe avec l'Iran dans le domaine nucléaire, ce qui est logique, car la partie russe, en vertu de l'accord sur le programme nucléaire, devrait, par exemple, exporter l'excédent d'uranium enrichi d'Iran . Mais l'exigence que la Russie commerce librement avec l'Iran ou coopère de toute autre manière n'a pas été satisfaite. Attendons quelques jours et voyons comment les choses se déroulent.

    Dans le même temps, comme il ressort des déclarations iraniennes, la Russie n'empêche pas la conclusion d'un accord. Il y a deux petits problèmes qui doivent être résolus, après quoi l'accord entrera en vigueur. Mais je ne peux pas dire si cela prendra quelques jours ou plus.

    Que se passera-t-il le lendemain de la conclusion de l'accord ? 
    Verrons-nous l'empire perse entre la mer Caspienne et la mer Méditerranée ? La pression sur Israël et les pays arabes va-t-elle augmenter ? Ou les principaux efforts seront-ils concentrés sur la reprise économique ?

    Nous devons séparer ces sujets. La plus grande crainte d'Israël est le programme nucléaire iranien. Au cours des 2,5 années qui se sont écoulées depuis que l'Iran s'est déclaré libre de toute obligation en vertu de l'accord précédent en réponse au retrait américain de l'accord, leur programme a considérablement progressé. Ils sont à un ou deux mois du soi-disant saut vers les armes nucléaires, ce qui est très problématique pour Israël. Ils ont beaucoup d'uranium enrichi, dix fois la quantité autorisée, ils enrichissent l'uranium à hauteur de 60 %. Mais s'ils reviennent à un accord, alors c'est une étape positive. Certes, les progrès réalisés en recherche et développement au cours des deux dernières années sont irréversibles, mais l'enrichissement de l'uranium et sa quantité peuvent être maîtrisés.

    Le deuxième problème concerne l'accès de l'Iran aux ressources financières et économiques après la levée des sanctions. Cela leur permettra de fonctionner librement. Je voudrais espérer que Téhéran investira ces fonds dans les bons secteurs, par exemple dans la restauration d'infrastructures abandonnées par manque d'argent. Mais au moins une partie de ces fonds servira à renforcer les forces armées, à soutenir les organisations terroristes, à soutenir les mandataires iraniens. Il faut se rappeler que depuis deux ou trois ans, malgré les sanctions, l'Iran fait tout cela : développer l'armée, développer des missiles à longue portée, produire des drones et soutenir le Hezbollah. Tout cela continuera donc avec une vigueur renouvelée.

    L'Iran tirera-t-il la conclusion de la guerre russo-ukrainienne qu'il est nécessaire de se doter de l'arme nucléaire comme seule véritable garantie de l'inviolabilité du régime ?

    C'est une question intéressante. Les Iraniens ont déjà tiré cette conclusion, et maintenant ils ont simplement renforcé leur opinion. Je me souviens qu'en 2014, après l'annexion de la Crimée, les médias iraniens ont publié une interview de l'ambassadeur d'Ukraine à Téhéran, sous le titre que le refus de l'Ukraine des armes nucléaires à Budapest était une erreur stratégique. Ils ont appris cette leçon.

    Je crois que les autorités nucléaires iraniennes ont toujours voulu et veulent toujours devenir un pays capable de créer des armes nucléaires à tout moment. Ils peuvent attendre un peu pour lever les sanctions, mais en 2030, après l'expiration de l'accord, l'Iran veut être à cet endroit. Cela ne signifie pas qu'ils créeront immédiatement des armes nucléaires, mais le régime iranien veut qu'elles ne soient séparées des ogives que par une décision politique et une période minimale pour sa mise en œuvre, si elle est prise.

    La conclusion tirée de la guerre actuelle est que l'Iran n'abandonnera jamais les capacités stratégiques dont il dispose déjà, comme les missiles à longue portée. En Iran, au cours des dernières semaines, il y a eu des déclarations constantes selon lesquelles la crise en Ukraine prouve l'impossibilité de compter sur l'Occident et ses garanties, donc l'Iran ne peut pas répondre à la demande occidentale et fermer le programme de missiles.

    Une autre conclusion que l'Iran adresse principalement aux États arabes du Golfe est qu'on ne peut pas compter sur l'Occident, et ils comparent la façon dont le Corps des gardiens de la révolution islamique aide les alliés iraniens avec la façon dont les États-Unis, disent-ils, ont trahi l'Ukraine, et avant cela, l'Afghanistan. 

    Est-il possible de dire que le récent bombardement d'Erbil et les informations faisant état d'une frappe sur une base américaine en Syrie visent à montrer que les États-Unis sont une nullité, incapable de se défendre même, sans parler de ses alliés ?

    Ce sont des événements sans rapport. L'Iran combat constamment la présence américaine dans la région, qu'il considère comme illégitime. Mais le bombardement d'Erbil, selon Téhéran et Washington, n'était pas dirigé contre les États-Unis. Les Iraniens ont déclaré avoir tiré sur des bases israéliennes, cela fait donc partie du conflit entre l'Iran et Israël, qui s'est intensifié ces derniers mois, les deux parties progressant.

    Nous sommes donc sur la voie de la collision ?

    Nous sommes constamment dans un état de conflit, mais cela ne signifie pas qu'il y aura une guerre à grande échelle, puisque ni Israël ni l'Iran ne s'y intéressent. Mais les deux parties vérifient les frontières, et nous voyons que l'Iran perd patience et refuse de ne pas répondre aux opérations israéliennes. Si Israël, par exemple, a attaqué la base de drones de Kermanshah, alors l'Iran a répondu en bombardant Erbil. Si Israël a mené une cyberattaque contre des centrales électriques au gaz et des stations-service il y a quelques mois, l'Iran a mené des cyberattaques contre des sites Web gouvernementaux et a publié les coordonnées personnelles du directeur du Mossad. Les deux actions n'ont pas été couronnées de succès grandioses, mais elles témoignent de l'activité croissante des Iraniens dans ce domaine.

    En conclusion, vous écriviez récemment qu'il y avait une initiative en Iran pour abolir l'institution du président ?

    Au cours des dernières années, il y a eu des propositions occasionnelles pour abolir la fonction de président et restaurer la fonction de Premier ministre, qui a été abolie en 1989. L'expérience d'Ali Khamenei avec les présidents a été très négative, tant avec Rafsandjani qu'avec Khatami, avec Ahmadinejad et avec Rohani. Il avait des conflits avec tout le monde, il y avait donc des propositions pour remplacer le président par un Premier ministre, qui serait élu non pas par le peuple, mais par le parlement.
    Récemment, cette initiative a refait surface, et la différence avec les cas passés est qu'elle est soutenue à la fois par les conservateurs, qui contrôlent désormais toutes les autorités du pays, et par certains réformistes. Ils estiment que seul un changement dans l'ordre constitutionnel peut leur redonner un peu d'influence, puisque la dernière élection présidentielle a montré que les conservateurs n'abandonneront jamais le contrôle des institutions élues par les citoyens.

    Khamenei, c'est un euphémisme, n'est pas un homme jeune, et est proche de la fin de son mandat, alors, peut-être, les conservateurs, se préparant à sa mort, veulent assurer le contrôle de toutes les autorités élues, y compris par une telle réforme. Peut-être qu'après la mise en œuvre de l'accord sur le programme nucléaire, les autorités iraniennes traiteront de cette question.

  • Syrie : Les forces iraniennes se retirent du point de passage de Boukamal, fuyant Daech et les raids israéliens

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    Des sources syriennes ont affirmé que les forces iraniennes et leurs milices affiliées soutenant les forces du président Bashar Al-Assad se sont retirées de Boukamal, à la frontière irako-syrienne.

    Selon ces sources,  les frappes américaines presque quotidiennes sur les forces iraniennes qui se trouvent à cet endroit sont à l'origine du retrait. Les avions américains et israéliens ont lancé des raids et des frappes quotidiennement sur les positions iraniennes. Par ailleurs,  il semble que le danger ait augmenté avec l'accélération du rythme des attaques menées  par les membres de l'Etat islamique dans le désert syrien. Les forces iraniennes ont donc décidé d'évacuer la zone. 

    Téhéran s'attend à ce que la fréquence des raids américains augmente encore après la victoire de Joe Biden, tout le monde s'attendant à ce que le nouveau président américain adopte un nouveau style et de nouvelles méthodes différents de la politique menée par Donald Trump dans le traitement du dossier syrien. On peut ajouter que Téhéran souhaite également présenter une image de «bonne volonté» vis)-à-vis du nouveau président américain.

    De son côté, le président américain Joe Biden aurait l'intention de revenir à l'accord nucléaire avec l'Iran, mais avec de nouvelles conditions concernant le dossier des missiles iraniens et la présence iranienne dans certains pays, dont la Syrie et l'Irak.

    L'Iran a eu du mal à faire pression sur Damas et Bagdad pour qu'ils ouvrent le poste frontière de Boukamal et c'est la raison pour laquelle il s'était empressé de prendre le contrôle de cette région frontalière pour faire passer son personnel et ses armes. 

    Comme on l'a déjà indiqué précédemment, les forces russes ont remplacé les forces iraniennes, tandis que le cinquième corps, soutenu par la Russie, a commencé à se déployer en plusieurs endroits sur la frontière syro-irakienne près de la ville de Boukamal.

    Les forces du Cinquième Corps ont pris le contrôle de plusieurs positions occupées jusqu'ici par les milices pro-iraniennes, telles que «Harakat Hezbollah al-Nujaba, le Hezbollah irakien et al-Abd», suite à  un accord russo-iranien dont les caractéristiques n'ont pas été clairement annoncées et dont la mise en oeuvre a commencé il y a une semaine avec l'ouverture d'un QG des forces russes dans la ville de Boukamal. Les forces russes occupent le bâtiment de l'hôtel touristique au centre de la ville de Boukamal, après plusieurs tentatives qui avaient été repoussées par les milices iraniennes qui contrôlent la ville.

  • Iran : Le programme de missiles de l'Iran n'est pas négociable, redit Rohani

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    Le programme de missiles balistiques de l'Iran n'est pas négociable et le président élu des Etats-Unis, Joe Biden, "en a bien conscience", a déclaré lundi le président iranien Hassan Rohani. Joe Biden semblerait enclin à réintégrer les Etats-Unis au sein de l'accord de 2015 sur les activités nucléaires iraniennes (JCPoA) en prélude à de nouvelles discussions plus larges sur le programme nucléaire de la République islamique, mais aussi son programme de missiles et sa politique régionale. Donald Trump a retiré les Etats-Unis de l'accord de Vienne et imposé en mai 2018 de lourdes sanctions contre Téhéran dans l'espoir de contraindre l'Iran à renégocier sur ces trois points. Cette politique de "pression maximale" est restée sans effet.