OUÏGHOURS

  • Asie centrale : Progression du terrorisme

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    Le retrait des troupes américaines, suivi par la victoire totale des talibans en Afghanistan, semble avoir créé de nouveaux espoirs et une nouvelle dynamique pour les organisations terroristes qui visent directement à la Russie. L'objectif de Moscou de maintenir son influence sur le anciennes républiques soviétiques est de plus en plus menacé.

    Incapables de vaincre les talibans en Afghanistan, les  groupes islamiques radicaux rivaux ont été contraints de migrer vers les pays voisins d'Asie centrale. La tactique de ces groupes est simplement de gagner de l'espace, de former de plus en plus de bases et ainsi de permettre une expansion de leurs activités dans cette région. Le Turkménistan, le Tadjikistan, le Kirghizistan, l'Ouzbékistan et le Kazakhstan sont devenus les cibles de plusieurs organisations islamiques radicales qui ont fait leurs armes en Afghanistan mais qui doivent maintenant trouver des cieux plus cléments pour perpétrer leur idéologie sans passer sous le joug des talibans dont le crime, à leurs yeux, est d'avoir pactiser avec les Américains. Le résultat en est la propagation constante du chaos à travers le sous-continent d'Asie centrale, sapant les gouvernements locaux et les possibilités de coopération internationale entre ces pays et d'autres États.

    Parallèlement, des organisations islamiques radicales préexistantes dans ces pays ont commencé à intensifier leurs activités dès le moment où elles ont commencé à recevoir des jihadistes venus d'Afghanistan en renfort de leurs troupes. Le Mouvement islamique d'Ouzbékistan (MIO) et le Mouvement islamique du Turkestan oriental (ETIM) ont connu une croissance exponentielle ces derniers mois. Ces organisations ont des liens historiques avec les talibans, avec un soutien mutuel, une coopération militaire et financière. Cependant, contrairement à ces groupes, les talibans ont eu du mal à expliquer la position « plus douce » de leur régime à Kaboul ces derniers temps, ce qui a sapé les relations et généré des frictions. Les talibans ont récemment promis à Pékin qu'ils réprimeraient les actes contraires à la souveraineté chinoise et qu'ils ne soutiendraient pas les actions des terroristes ouïghours, comme c'est le cas avec l'ETIM.

    Dans le même ordre d'idées, le MIO est en mauvais termes avec les talibans depuis les années 1990, lorsqu'il a mené des raids sur le sol afghan sous le gouvernement taliban. En 2015, le groupe a conclu une alliance avec l'Etat islamique, provoquant la rupture totale de  leurs liens avec les talibans. Bien plus, il considère les talibans comme des "renégats", un groupe ennemi qu'il faut combattre. 

    D'autres milices locales affiliées à l'Etat islamique ont récemment intensifié les actes de violence, formant un vaste réseau international d'organisations islamiques radicales, travaillant ensemble contre tous les gouvernements d'Asie centrale, y compris les talibans, qui est le gouvernement de facto à Kaboul aujourd'hui.

    Rendant la crise sécuritaire dans la région encore plus tendue, les talibans eux-mêmes vont être contraints dans un proche avenir « d'internationaliser » leurs actions sécuritaires et effectuer des raids dans d'autres pays d'Asie centrale contre les bases des groupes islamiques radicaux afin de les empêcher de poursuivre leurs actions hostiles en Afghanistan même. 

    Il faut donc s'attendre à une grande crise sécuritaire où toutes les parties essaient de se protéger face à une situation en rapide évolution. La Russie essaie depuis des décennies de consolider une politique d'influence sur l'espace d'Asie centrale qui appartenait à l'Union soviétique, et cela a raisonnablement réussi. Mais maintenant, la menace à changer, et elle est frontale. Avec autant de conflits qui menacent dans la région, la Russie ne pourra maintenir son influence que si elle participe activement à assurer la sécurité des pays victimes des violences des groupes islamiques radicaux. Mais elle va se trouver en concurrence avec une autre super-puissance, les Etats-Unis, qui  – avec le soutien de la Turquie – cherchent à créer des bases militaires en Asie centrale pour combattre les terroristes.

    Sans oublier la Chine qui a également l'intention d'accroître son influence dans la région, tant pour des raisons sécuritaires qu'économiques. En plus des négociations avec les talibans, Pékin a mené des manœuvres militaires avec le Tadjikistan, dont on peut considérer qu'il est déjà passé sous influence chinoise. 

    Une coalition de forces entre Moscou, Pékin et les talibans peut empêcher la formation d'un scénario encore pire dans la région, mais il n'est dans l'intérêt des deux parties que les talibans s'étendent au-delà de l'Afghanistan, donc dans un éventuel accord, les talibans devraient accepter de ne pas effectuer d'incursions à l'étranger.

  • Pakistan : Un Chinois blessé par des tirs

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    Un ressortissant chinois a été blessé lors d'un incident de tir à Karachi au Pakistan mercredi 28 juillet 2021, selon des sources chinoises à Islamabad. Deux hommes armés à moto ont fait feu sur une voiture transportant deux Chinois travaillant dans une usine locale, dont l'un a été blessé à un bras par plusieurs balles. 

    «Il est dans un état stable et par chance n'a pas été touché à un organe vital», a déclaré à l'AFP Javed Akbar Riaz, chef de la police du district sud de Karachi.

    «La Chine suit attentivement ce dossier, qui fait encore l'objet d'investigations», a réagi Zhao Lijian, un porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères. «Cet incident est un cas isolé», a-t-il ajouté. «Nous sommes absolument confiants que les autorités pakistanaises assureront la sécurité des ressortissants et des actifs chinois au Pakistan.»

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    Cette attaque survient exactement deux semaines après la mort de neuf Chinois dans un attentat contre un car qui transportait des ingénieurs, géomètres et personnels de maintenance mécanique travaillant à la construction du barrage de Dasu, dans la province du Khyber Pakhtunkhwa (nord-ouest).

    Après avoir évoqué un accident, les autorités pakistanaises ont admis que des traces d'explosifs avaient été retrouvées sur place, mais sans pour l'instant fournir plus de détails.

    Pékin a été plus explicite, de récentes informations relayées par les médias d’État chinois accusant des militants ouïghours ou les talibans pakistanais d'être derrière cette attaque.

    La sécurité des employés chinois travaillant sur les différents projets d'infrastructure au Pakistan est depuis longtemps une préoccupation pour Pékin, qui a investi des milliards de dollars ces dernières années dans ce pays.

    Les projets financés par la Chine ont souvent créé un fort ressentiment au Pakistan, en particulier auprès des groupes séparatistes, qui estiment que la population locale n'en tire aucun bénéfice, la plupart des emplois revenant à de la main d’œuvre chinoise.

    En avril, le Tehreek-e-Taliban Pakistan (TTP), les talibans pakistanais, avait revendiqué un attentat suicide contre un hôtel de luxe de Quetta (ouest), capitale de la province du Baloutchistan, dans lequel séjournait l'ambassadeur de Chine, qui n'avait pas été blessé.

  • Syrie : Le ministre chinois des Affaires Etrangères arrive à Damas dans le cadre d'informations sur un soutien militaire chinois à l'armée syrienne

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    Samedi 17 juillet, le ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi est arrivé à Damas, la capitale syrienne, pour une visite planifiée. Yi est le plus haut responsable chinois à se rendre en Syrie depuis le déclenchement de la guerre dans le pays en 2011.

    Le ministre chinois a été accueilli à l'aéroport international de Damas par son homologue syrien Faisal Mekdad et une délégation de hauts responsables.

    Au cours de la visite, Yi rencontrera de hauts responsables syriens, dont le président Bachar al-Assad qui vient de prêter serment pour un quatrième mandat.

    Le ministre chinois devrait discuter de plusieurs questions économiques et diplomatiques avec la partie syrienne. La visite de Yi est censée lancer une « nouvelle étape de coopération » entre la Chine et la Syrie.

    Six projets stratégiques, préalablement convenus, seront lancés lors de la visite. Les projets font partie de l'initiative chinoise "la Ceinture et la Route".

    Cette visite historique  intervient alors que des informations font état d' un soutien militaire chinois à l'armée arabe syrienne. Selon certaines sources, Pékin souhaiterait coopérer avec Damas contre les terroristes ouïghours basés dans la région syrienne du nord-ouest du Grand Edleb.

    La Chine semble se préparer à renforcer son soutien à Damas pour répondre aux problèmes de sécurité et protéger ses intérêts au Moyen-Orient.

  • Turquie : Le gouvernement assure qu'il ne renverra pas les Ouïghours en Chine

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    Le chef de la diplomatie turque a affirmé mercredi qu'Ankara n'allait pas renvoyer des Ouïghours musulmans en Chine, malgré la ratification par Pékin d'un traité d'extradition qui inquiète les membres de cette communauté réfugiés en Turquie.
     
    "Il est incorrect de dire que (la ratification par Pékin) signifie que la Turquie va renvoyer les Ouïghours en Chine", a déclaré Mevlüt Cavusoglu lors d'un point presse avec des journalistes à Ankara. "Cela ne s'applique qu'à des personnes coupables (de crimes). Dans le passé, il y a eu des demandes pour le renvoi en Chine d'Ouïghours se trouvant en Turquie. La Turquie n'a pas appliqué ces mesures", a ajouté le ministre des Affaires étrangères.
     
    Le Parlement chinois avait ratifié samedi un traité d'extradition signé en 2017 avec Ankara, un texte que Pékin veut notamment utiliser pour accélérer le retour de certains Ouïghours musulmans soupçonnés de "terrorisme" et réfugiés en Turquie. Le Parlement turc n'a pas ratifié ce texte, mais la mesure annoncée par Pékin a provoqué l'inquiétude parmi les dizaines de milliers d'Ouïghours réfugiés en Turquie, notamment à Istanbul.
     
    La Turquie a des liens linguistiques et culturels avec les Ouïghours, des musulmans parlant une langue turcique. Ankara a ainsi longtemps été l'un des principaux défenseurs de leur cause sur la scène internationale, avant de mettre ses critiques en sourdine afin de ménager ses intérêts économiques. Des articles de presse ont même accusé la Turquie de discrètement expulser déjà des Ouïghours vers la Chine, notamment via des pays tiers.
     
    La Chine a engagé dans sa région du Xinjiang (nord-ouest) une politique de surveillance maximale des Ouïghours après de nombreux attentats meurtriers commis contre des civils. Pékin accuse la mouvance séparatiste et islamiste ouïghoure. Selon des experts étrangers, les autorités chinoises ont interné au moins un million de personnes, notamment ouïghoures, dans des "camps". Pékin parle de "centres de formation professionnelle".
     
    Nombre d'Ouïghours réfugiés en Turquie sont sans nouvelles de leurs proches internés dans ces structures. Mercredi, une vingtaine d'Ouïghours s'étaient rassemblés pour le neuvième jour consécutif devant le consulat chinois d'Istanbul pour demander des nouvelles de leurs parents. Inquiets, ils ont aussi appelé Ankara à ne pas ratifier le traité avec la Chine. "Nous sommes très préoccupés. Nous espérons que l'Etat (turc) n'approuvera pas cela", a ainsi déclaré à l'AFP Omer Faruh, un Ouïghour dont la mère et les enfants sont détenus en Chine.

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  • Ouïghours : La Chine ratifie un traité d'extradition avec la Turquie

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    La Chine a annoncé la ratification d'un traité d'extradition avec la Turquie, un texte que Pékin veut notamment utiliser pour accélérer le retour de certains Ouïghours musulmans soupçonnés de "terrorisme" et réfugiés en Turquie. Même si le parlement turc n'a pas encore ratifié cet accord bilatéral signé en 2017, l'initiative devrait susciter l'inquiétude au sein de l'importante diaspora ouïghoure (estimée à 50.000 personnes) présente en Turquie. S'estimant victimes de persécution, des Ouïghours ont fui en Turquie. 
     
    La Turquie a des liens linguistiques et culturels avec les Ouïghours, des musulmans parlant une langue turcique. Ankara a ainsi longtemps été l'un des principaux défenseurs de leur cause sur la scène internationale, avant d'être plus discret.
     
    La Chine a engagé dans sa région du Xinjiang (nord-ouest) une politique de surveillance maximale des Ouïghours après de nombreux attentats meurtriers commis contre des civils. Pékin accuse la mouvance séparatiste et islamiste ouïghoure.
     
    Selon des experts étrangers, les autorités chinoises ont interné au moins un million de personnes, notamment ouïghoures, dans des "camps". Pékin parle de "centres de formation professionnelle" destinés à aider la population à trouver un emploi et ainsi l'éloigner de l'extrémisme. 
     
    "Le comité permanent de l'Assemblée nationale populaire a ratifié" le "traité d'extradition" sino-turc, a indiqué samedi soir dans un court communiqué le parlement chinois sur son site internet.
     
    Le texte prévoit toutefois plusieurs motifs de refus. C'est notamment le cas si l'Etat auquel est soumis la demande d'extradition l'estime liée à un "crime politique", si la personne visée est l'un de ses citoyens, ou encore si cette dernière bénéficie du droit d'asile.
     
    "Ce traité d'extradition va provoquer la panique parmi les Ouïghours ayant fui la Chine et n'ayant pas encore la citoyenneté turque", déclare à l'AFP Dilxat Raxit, porte-parole du Congrès mondial ouïghour, organisation d'exilés basée en Allemagne.
     
    "Nous appelons le gouvernement turc (...) à empêcher que ce traité devienne un instrument de persécution", indique-t-il, assurant que Pékin exerce une pression économique sur la Turquie afin qu'elle ratifie le traité.
     
    La question est délicate pour Ankara, car les Turcs sont globalement sensibles à la cause ouïghoure. Des articles de presse accusant la Turquie de déjà discrètement expulser des Ouïghours vers la Chine ont ainsi provoqué un tollé dans l'opinion.
     
    La Turquie est le seul pays à majorité musulmane à avoir jusqu'ici dénoncé publiquement le traitement des Ouïghours. Le ministre turc des Affaires étrangères l'avait ainsi qualifié début 2019 de "honte pour l'humanité". Le président turc Recep Tayyip Erdogan avait cependant vanté l'an passé en Chine la politique menée au Xinjiang, y jugeant les gens "heureux", selon des propos rapportés par l'agence officielle Chine nouvelle.

  • Afghanistan : Arrestation d'espions chinois

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    Le journal Hindustan Times a révélé que l'agence d'espionnage de l' Afghanistan, la Direction nationale de la sécurité (NDS), avait démantelé le 25 décembre à Kaboul une cellule de dix membres des services de renseignement chinois.
     
    La découverte de la cellule est  un énorme embarras pour Pékin, qui a demandé au gouvernement afghan de garder l'affaire secrète.
     
    «Les 10 citoyens chinois, détenus par le NDS afghan pour espionnage et organisation d'une cellule terroriste, seraient liés à l'agence d'espionnage chinoise, le ministère de la Sécurité d'État», a rapporté le Hindustan Times.
     
    L'opération sécuritaire menée  par le NDS a commencé le 10 décembre par l'arrestation de Li Yangyang. Il travaillait pour les services de renseignement chinois depuis juillet-août.
     
    Dans la maison de Yangyang, dans le quartier de Kart-e-Char, à l'ouest de Kaboul, des agents du NDS ont saisi des armes, des munitions et de la poudre de kétamine, une drogue récréative.
     
    L'agent était chargé de recueillir des informations sur Al-Qaïda, les talibans et les Ouïghours dans les provinces de Kunar et de Badakhshan. Le Hindustan Times affirme que les membres de la cellule chinoise étaient liés au réseau Haqqani affilié aux talibans.
     
    Le président afghan Ashraf Ghani aurait été informé de l'existence des cellules du renseignement chinois. Le président a autorisé le premier vice-président Amrullah Saleh à superviser l'enquête et à engager des pourparlers avec la partie chinoise sur la question.  
     
    Saleh a tenu une réunion avec l'envoyé chinois en Afghanistan, Wang Yu, et l'a informé de la détention de ses agents. Saleh aurait dit à l'envoyé que le gouvernement afghan pourrait envisager de gracier les membres si Pékin soumettait des excuses officielles.
     
    Des responsables afghans ont déclaré au Hindustan Times que la NDS s'emploie actuellement à déterminer les activités précises de la cellule de renseignement chinoise. Des liens possibles avec le Pakistan sont également à l'étude.
     
    Jusqu'à présent, la Chine et le NDS n'ont fait aucun commentaire officiel sur le rapport de l'Hindustan Times. Le problème sera probablement résolu à huis clos.

  • L'Etat islamique en Asie du sud

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    (Center for Global Policy - Op.Eds - Shweta Desai and Amarnath Amarasingam)

    L'Asie du Sud, où vivent plus de musulmans qu'au Moyen-Orient et Afrique du Nord réunis, a longtemps été un foyer important de recrutement, d'organisation et de violence de l'État islamique (Daech). Au début de cette année, le groupe a réalisé la prophétie de son leader Abu Bakr al-Baghdadi, tué depuis, qui a identifié l'Inde, le Pakistan et l'Afghanistan, entre autres, comme pays cibles dans son premier discours public en juillet 2014, en étendant sa présence et en organisant des attaques dans tous les pays d'Asie du Sud à forte population musulmane.
    L'Etat islamique continue d'opérer avec succès à partir d'une base active dans sa province de Khorasan en Afghanistan avec pas moins de 5000 combattants, dont près de la moitié sont des ressortissants étrangers. L'Etat islamique a même surpassé Al-Qaïda en tant que menace, bien que ce dernier groupe soit actif dans la région depuis la fin des années 1980, en affirmant sa présence par la violence, en s'alignant sur les groupes radicaux locaux et en étendant ses opérations vers le sud, du Cachemire, aux nations insulaires de l'océan Indien. Sur le plan politique, cependant, Daech est encore loin de s'enraciner sérieusement dans la région, et la plupart des musulmans de ces pays d'Asie du Sud trouvent l'idéologie salafiste-jihadiste austère, voire détestable. À l'exception de l'État islamique du Khorasan (ISK), l'Etat islamique n'a pas d'émir ou de dirigeant en Asie du Sud nommé par le noyau dur de la hiérarchie en Syrie et en Irak, et n'a pas non plus de présence soutenue sur le terrain en dehors du Khorasan.
    20200728-South-Asia_ISIS-Provinces-1536x1343.pngUne analyse des conditions locales, des ressources disponibles et des capacités gouvernementales dans les six pays d'Asie du Sud à forte population musulmane montre que l'Etat islamique représente la plus grande menace en Afghanistan et au Pakistan, suivis des Maldives et du Bangladesh, et enfin de l'Inde et du Sri Lanka. En Asie du Sud, l'Etat islamique s'occupe principalement du recrutement pour la branche de Khorasan et cherche donc à tirer parti des réseaux en ligne et de la politique locale pour former des cellules et mener des attaques sporadiques. Bien qu'actuellement, les branches du groupe en Asie du Sud ne représentent pas une menace significative pour la sécurité régionale, l'exploitation idéologique à long terme des conflits locaux par Daech pourrait représenter une future menace déstabilisatrice pour la région.

    Une menace commune, des risques différents
    Les dangers des actions de l'Etat islamique ne sont pas uniformément répartis sur le sous-continent sud-asiatique. Ils sont plutôt principalement associés à la branche du Khorasan. Ce groupe représente la plus grande menace en Afghanistan et au Pakistan, pays qui souffrent de décennies de guerres, d'insurrections, d'une faible gouvernance et d'une instabilité politique compliquée par une topographie difficile.
    Les Maldives et le Bangladesh se situent dans la moyenne de ces pays à haut risque en raison du nombre croissant de résidents radicalisés, de la menace que représentent les combattants de retour de Syrie et d'Irak, et des réseaux de militants islamistes et de bandes criminelles (ces derniers étant essentiels pour que l'Etat islamique puisse promouvoir ses intérêts au niveau local). Si les Maldives n'ont pas connu d'effusion de sang, elles manquent de ressources gouvernementales et de capacités institutionnelles pour répondre efficacement à la menace terroriste par leurs propres moyens.
    L'Inde et le Sri Lanka, où les musulmans représentent une minorité démographique et sont de plus en plus confrontés au nationalisme religieux, à la violence, aux attaques communautaires et à la destruction des lieux de culte par les groupes hindous et cinghalais dominants, connaissent le niveau de menace le plus bas de l'Etat islamique parmi ces six pays. Néanmoins, les attaques communautaires en Inde et au Sri Lanka ont alimenté la colère et marginalisé la communauté musulmane, poussant un petit nombre d'entre eux à se tourner vers l'idéologie de l'Etat islamique pour se venger de la violence de la majorité. Les attaques de Pâques au Sri Lanka par des musulmans locaux radicalisés sont en partie dues à cette marginalisation et à ce ressentiment. L'Inde, d'autre part, a jusqu'à présent évité tout complot dirigé par Daech, mais l'annonce de l'État islamique de la province de Hind (ISHP) en mai 2019 indique que le groupe pourrait viser à lancer une campagne violente lorsque les conditions seront mûres.

    20200728-South-Asia_MAJOR-ATTACKS.png
    En dehors de l'Afghanistan et du Pakistan, où des écosystèmes militants bien développés offrent une abondance d'armes, de recrues et de groupes militants anti-étatiques qui peuvent être utilisés comme proxies, l'Etat islamique pourrait ne pas être en mesure d'occuper et de tenir un territoire en Asie du Sud. L'Inde, le Sri Lanka et le Bangladesh sont des démocraties qui fonctionnent avec des gouvernements relativement stables, des armées territoriales et des mécanismes de sécurité interne efficaces, avec une expérience dans la lutte contre les insurrections et les groupes extrémistes radicaux, ce qui rend une présence de l'Etat islamique non viable à long terme. Les Maldives pourraient être une exception, car la possibilité que des partisans de la ligne dure prennent le contrôle de certaines parties de leurs îles éloignées ou s'organisent pour renverser le gouvernement ne peut être niée. Parmi les combattants maldiviens en Syrie et en Irak se trouvaient des membres de bandes criminelles liées à la criminalité violente et au trafic de stupéfiants. Le vaste océan Indien, non protégé, pourrait également se développer comme une alternative de transit pour les extrémistes qui voudraient s'infiltrer sur les côtes d'autres pays.
    Dans ces conditions, l'objectif de l'Etat islamique est d'utiliser l'Asie du Sud comme base de recrutement pour la branche de Khorasan, de profiter des turbulences socio-politiques régionales pour mener des attaques périodiques, et d'attirer l'attention du monde entier sur sa lutte. Jusqu'à présent, sa stratégie s'est concentrée sur une approche ascendante pour éduquer et familiariser les populations musulmanes régionales avec sa marque d'idéologie djihadiste par le biais de la propagande en ligne ; recruter des jeunes radicalisés et tirer parti des réseaux existants de groupes salafistes pour former des cellules terroristes locales ; faire appel à des combattants étrangers de ces régions pour maintenir les relations entre leurs pays d'origine et l'Etat islamique ; et orchestrer des attaques de guerrilla (hit and run) en utilisant une combinaison des stratégies ci-dessus.
    Jouer la sécurité au Pakistan
    Ensemble, l'Afghanistan et le Pakistan sont connus comme la source du djihadisme en Asie du Sud, et ils restent un havre de sécurité pour les groupes terroristes régionaux. La province de l'État islamique du Pakistan (ISPP) a été créée en mai 2019 dans le but apparent d'assurer une autonomie opérationnelle par rapport à la branche du Khorasan et de rassembler diverses factions de groupes militants basés au Pakistan, tels que le Tehrik-i-Taliban Pakistan (et sa ramification le Jamaat-ul-Ahrar), le Lashkar-e-Jhangvi, le Jaish-ul-Adl, le Jundullah et le Jaish-ul Islam, attirant ainsi des recrues en canalisant les intérêts locaux. L'ISPP n'a pas de combattants étrangers et serait dirigée par un ancien policier de Karachi et commandant du Tehrik-i-Taliban, Daud Mehsud, qui a été transféré d'Afghanistan dans la province pakistanaise du Baloutchistan, d'où opèrent principalement des groupes alliés à l'Etat islamique. Entité relativement nouvelle, l'ISPP est considérée par les experts en sécurité et les autorités pakistanaises comme étant autonome par rapport au commandement central de l'Etat islamique et a revendiqué une demi-douzaine de petites attaques, dont des tirs sur le personnel de sécurité et des violences contre les chiites Hazara.
    Les branches du Khorasan et du Pakistan sont généralement restées concentrées sur les questions locales, évitant de s'immiscer dans d'autres conflits régionaux. Par exemple, bien que les combattants ouïgours affiliés à l'Etat islamique aient menacé la Chine de "rivières de sang" en 2017, l'ISK et l'ISPP, au cours de leurs cinq années d'existence, ont évité de cibler les intérêts régionaux de la Chine, y compris la présence envahissante de la Chine au Pakistan par le biais de ses projets d'infrastructures stratégiques (Route de la Soie). Les attaques les plus importantes contre les biens et les ressortissants chinois ont été le fait de l'Armée de libération du Baloutchistan et de ses différentes factions. En outre, le choix de leurs cibles, en particulier les cibles vulnérables telles que les groupes minoritaires, indique un manque de capacité à mener des attaques contre des cibles de haut niveau, en se concentrant plutôt sur des cibles qui correspondent au cadre d'un ennemi idéologique et qui sont peu susceptibles de susciter la colère de l'armée.
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    Après la vague d'attentats de 2016 qui a placé le Bangladesh sur la liste des pays ayant subi les attaques terroristes les plus meurtrières de l'Etat islamique, les autorités ont fortement réprimé l'extrémisme radical, en détenant plus de 14 000 personnes pour tenter d'identifier des militants présumés. Le gouvernement bangladais a également condamné à mort les personnes reconnues coupables de l'attentat du Holey Café. Ainsi, le réseau du groupe au Bangladesh a été partiellement démantelé. L'Etat islamique au Bangladesh, dans un changement apparent de tactique, s'est donc tourné vers des attaques sporadiques de loups solitaires sous la forme de petits attentats à la bombe contre les forces de police. Le groupe maintient un front actif de ses membres qui présentent la possibilité de se regrouper dans le pays. Alors que les autorités continuent de soutenir que l'Etat islamique n'a aucune présence dans le pays, les idéologies promulguées par l'équipe Ansarul Bangla d'Al-Qaïda et l'ISIS ont été largement acceptées par le réseau militant islamiste existant au Bangladesh. Sur le plan intérieur, l'Ansarul Bangla Team est considérée comme la plus efficace et la plus dangereuse en raison de sa longue présence dans le pays et de ses antécédents d'attaques contre des écrivains, des blogueurs et des militants LGBT de premier plan.
    Cibler le Cachemire, l'Inde et le Sri Lanka
    Même avant l'annonce de l'ISHP, l'Etat islamique n'avait pas réussi à coordonner un seul attentat en Inde en raison de ses frontières bien protégées, de sa structure de sécurité interne et de ses agences de renseignement d'alerte. La vaste population musulmane de l'Inde, qui compte 182 millions de personnes - la troisième plus grande au monde - a également joué un rôle en rejetant catégoriquement l'idéologie de l'Etat islamique. Un petit nombre de sympathisants présumés ont été arrêtés et de petites cellules ont été démantelées par les forces de sécurité avant que des opérations ne puissent être menées. Le groupe a donc cherché à se concentrer sur le militantisme au Cachemire, où sa marque est mieux acceptée, depuis 2017. Mais là aussi, l'Etat islamique est plus présent dans la sphère en ligne que sur le terrain.
    Actuellement, le militantisme au Cachemire est dominé par des groupes soutenus par le Pakistan comme Lashkar-e-Taiba, Jaish-e-Mohammed et Hizbul Mujahideen. Malgré l'attrait des groupes djihadistes transnationaux et les ressources financières qu'ils peuvent commander, tant Al-Qaïda que les groupes affiliés à l'Etat islamiue n'ont pas réussi à s'emparer d'un quelconque territoire au Cachemire. L'Etat islamique a cherché à discréditer les groupes séparatistes pakistanais et l'Ansar Ghazwat-ul Hind, allié d'Al-Qaïda, pour avoir détourné le conflit au Cachemire de la voie du djihad afin d'établir un État fondé sur la charia en se concentrant sur les objectifs nationalistes du séparatisme.
    Néanmoins, l'influence de l'Etat islamique dans la région reste limitée. Il y a moins de 15 militants liés à Al-Qaïda et à l'Etat islamique, et ils souffrent généralement de divers problèmes logistiques tels que l'insuffisance des ressources, le manque d'armes et le soutien d'un réseau de clandestins qui s'occupent des tâches de base comme la recherche de cachettes, le financement, le transport et la nourriture. L'ISHP a donc adopté des tactiques de guerrilla avec des armes légères et des explosifs de faible puissance contre les forces de sécurité, limitées à la capitale Srinagar et ses environs à Anantnag. Lors de sa première attaque dans cette ville, un membre du personnel paramilitaire a été tué et l'ISHP a perdu deux de ses propres militants. Lors de sa deuxième attaque, l'ISHP a affirmé que ses combattants se sont battus avec des mitrailleuses et des grenades à main, ce qui a fait deux morts. Les responsables ont cependant déclaré qu'un soldat avait été tué et un autre blessé après que les militants aient lancé une grenade et se soient enfuis. Le groupe continue d'exagérer les récits de son carnage sur ses attaques à faibles pertes pour attirer l'attention en ligne.
    Jusqu'à présent, l'ISHP a été improductif dans ses tentatives de rallier ses partisans à sa cause plus transnationale de construction d'un califat. Au contraire, de nombreux groupes militants actifs dans la région sont restés attachés à des revendications plus localisées et ont maintenu leur objectif de résistance armée contre l'État indien. Bien qu'actuellement, l'ISHP soit un mouvement sans chef et sans nom pour attirer des recrues, sa dynamique pourrait changer s'il peut recruter un dirigeant cachemiri, basé en Afghanistan ou au Pakistan, pour le guider et le diriger.
    Actuellement, le paysage militant au Cachemire est dominé par des groupes islamistes basés au Pakistan qui ont émergé après le soulèvement séparatiste de 1989. Les plus grandes attaques contre des établissements de sécurité dans la région, comme celle de Pulwama en 2019 qui a fait 45 morts, ou celle d'Uri en 2016 qui a tué 20 personnes, ont été menées par ces groupes séparatistes, auxquels l'Inde a répondu par des frappes aériennes transfrontalières. Les groupes anti-pakistanais ont donc du mal à s'enraciner dans la région, et il semble qu'ils soient peu acceptés au-delà des espaces des médias sociaux. Par conséquent, si l'ISHP devait introduire sa forme de jihadisme sectaire dans la région, il serait probablement confronté à des critiques massives de la part des habitants - les Cachemiris sous l'égide de l'ISHP ne cibleraient pas volontairement les chiites, les chrétiens, les hindous et les sikhs.
    En d'autres termes, les Cachemiriens qui se battent pour le séparatisme ne sont pas intéressés à déplacer leurs objectifs idéologiques vers l'établissement d'un califat et l'identification de ses ennemis. Dans les années 1990, des groupes islamistes pakistanais ont brièvement détourné le mouvement pour imposer une idéologie extrémiste, ce qui a entraîné l'exode des pandits hindous du Cachemire, la fermeture de salles de cinéma, l'enlèvement de touristes étrangers et un code vestimentaire islamique. Cependant, le mouvement n'est plus accepté par la majorité des gens et les Cachemiris ont jusqu'à présent indiqué que leur combat visait des objectifs locaux et non mondiaux.
    Quant au Sri Lanka, depuis les attentats du dimanche de Pâques, aucun développement ou complot majeur lié à l'Etat islamique n'a vu le jour. Actuellement, la nature exacte de l'implication du groupe dans l'attentat, qui a été perpétré par le National Tawheed Jamaat formé par le prédicateur radical Zahran Hasmi (qui était également l'un des kamikazes), reste floue.
    Conclusion
    Outre les opérations terroristes sporadiques, la véritable préoccupation des branches de l'Etat islamique en Asie du Sud est l'impact à long terme de l'idéologie du groupe sur la politique locale, qui a incité d'innombrables ressortissants de la région à se rendre sur les fronts djihadistes en Syrie, en Irak et en Afghanistan. S'inspirant d'Al-Qaïda, l'Etat islamique a adapté ses messages mondiaux aux contextes locaux. Par exemple, les vidéos de combattants fréquemment diffusées, ainsi que les publications officielles de Dabiq, Rumiyah et al Naba, les organes de propagande de l'Etat islamique, font régulièrement référence aux pays d'Asie du Sud. En outre, en février 2020, Daech a lancé un magazine mensuel, la Voix du Hind, consacré aux affaires de l'Asie du Sud et publié dans des langues telles que l'hindi, l'ourdou, le dhivehi, le bengali, le tamoul et le malayalam.

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    Il a utilisé la prophétie jihadiste favorite de Ghazwa-e-Hind pour encourager les partisans à se battre dans d'autres régions du sous-continent ; il a présenté des attaques aux Maldives, au Sri Lanka, au Bangladesh ; il a critiqué le séparatisme du Cachemire ; et il a présenté des profils de combattants tués dans la région. Evinçant son adaptation régionale d'une idéologie jihadiste mondiale, le premier numéro de Voice of Hind s'est concentré sur les nouveaux changements constitutionnels en Inde, la loi controversée sur la citoyenneté et l'imminence du registre national des citoyens qui pourrait fondamentalement modifier le statut de citoyenneté de près de 7 millions de musulmans indiens.
    L'Etat islamique s'est appuyé sur cette évolution politique pour construire un récit admonestant les musulmans indiens "malavisés" qui suivent "les lois civiles et la démocratie", les exhortant au contraire à embrasser le jihad, car "seule la charia, appliquée dans sa pureté à l'ombre du Khilafah [califat], peut maintenant vous sauver". Avec l'aide des combattants et des groupes locaux de la région, l'Etat islamique a réussi à attirer dans son réseau des groupes djihadistes, salafistes ou criminels existants, à s'aligner sur les conflits locaux et à redéfinir les griefs locaux comme une guerre mondiale. Bien qu'il soit trop tôt pour estimer si l'État islamique sera en mesure de maintenir ses multiples fronts dans la région à long terme, il a certainement renouvelé, chez certains, la vigueur du djihad mondial à un moment où le sous-continent indien connaît des transitions socio-politiques historiques. Il est essentiel de suivre cet élan de propagande en ligne, afin d'évaluer dans quelle mesure il se traduira par des violences dans l'espace physique. Pour l'instant, la menace est périphérique, mais elle s'avère persistante.

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