Moqtada Sadr

  • Irak : Violentes manifestations à Nasiriyah - un policier tué

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    Un policier a été tué dimanche 10 janvier 2021, a indiqué l'armée irakienne alors que les forces de l'ordre tiraient pour disperser des manifestants à Nasiriya, bastion de la contestation anti-pouvoir.
     
    Le policier tué a été "touché par balle à la tête", ont précisé des sources médicales dans la ville située à 300 km au sud de Bagdad et de nouveau en proie aux manifestations et aux heurts depuis trois jours.
     
    L'armée irakienne ajoute que "33 autres policiers ont été blessés dans les événements du jour", sans donner plus de détails.
     
    Les sources médicales font également état de manifestants blessés.
     
    Face à des manifestants dont certains jetaient des pierres, les forces de l'ordre avaient ouvert le feu plus tôt dans la journée pour disperser des protestataires qui avaient réoccupé la place Habboubi, épicentre de la "révolte d'octobre", mouvement social inédit lancé en octobre 2019 à travers l'Irak.
     
    Le camp de tentes installé à l'époque avait été levé dans le chaos fin novembre, lorsque huit personnes avaient été tuées dans des affrontements entre manifestants anti-pouvoir et partisans du leader chiite Moqtada Sadr.
     
    L'occupation de a place Habboubi a repris vendredi, des manifestants réclamant la libération de figures anti-pouvoir arrêtées ces dernières semaines. A plusieurs reprises, les forces de l'ordre ont tiré en l'air ou lancé des grenades sur les manifestants, dont le mouvement a pour la première fois gagné d'autres quartiers de la ville.
     
    Après la mort du policier dimanche, 13 manifestants arrêtés ont été libérés, a indiqué un porte-parole d'un comité de coordination de la contestation à l'AFP. Il a ajouté que d'autres libérations avaient été promises pour le lendemain.
     
    Depuis que la contestation s'est éteinte en 2020 avec la pandémie de Covid-19 et une répression qui a fait près de 600 morts et 30.000 blessés, des enlèvements, assassinats et arrestations de figures du mouvement continuent d'avoir lieu.
     
    Les manifestants réclament, outre la fin de la corruption de la classe politique, des emplois et des services publics, de plus rares alors que l'Irak s'enfonce dans sa pire crise économique.

    Vidéo de la manifestation

  • Irak: Des personnes non identifiées assassinent un dirigeant du mouvement sadriste

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    EqZXXVeXIAcbmyt.jpegUne source de sécurité irakienne a déclaré mardi 29 décembre que des hommes armés non identifiés avaient assassiné un chef d'une faction du mouvement sadriste dans la province de Diwaniyah, dans le sud du pays.
     
    Le capitaine de la police de Diwaniyah, Jamal Al-Din Al-Sudairy, a déclaré que des hommes armés non identifiés avaient tiré sur le chef des Brigades de la paix, Rami Al-Shabani (photo ci-contre).
     
    Il a ajouté: "La fusillade a eu lieu ce matin dans le district d'Al-Daghara à Al-Diwaniyah, ce qui a conduit au meurtre d'Al-Shabani sur place."
     
    Al-Sudairy a ajouté que les autorités compétentes "ont ouvert une enquête sur l'incident pour trouver les auteurs et leurs motivations derrière".
     
    Il n'y a encore eu aucun commentaire officiel de la part des «Brigades de la Paix» ou du mouvement sadriste (chiite) sur l'incident.
     
    Les Brigades de la Paix (Saraya al-Salam) sont une faction chiite influente au sein des Forces de mobilisation populaire (Hashed al-Chaabi) . Elles sont dirigées par l'imam chiite Moqtada al-Sadr.
     
    L'incident survient à la lumière de l'atmosphère tendue en Irak avec l'approche du premier anniversaire de l'assassinat du commandant de la Force iranienne al-Qods, Qassem Soleimani, et du chef adjoint du Hashed al-Chaabi, Abu Mahdi Al-Muhandis, lors d'un bombardement aérien américain près de l'aéroport international de Bagdad le 3 janvier.
     
    On craint que les factions irakiennes proches de l'Iran ne lancent des attaques contre les forces et les intérêts américains, au milieu d'un avertissement de Washington selon lequel il répondra fermement à toute attaque qui ferait des victimes américaine

  • Irak : Bras de fer entre le premier ministre Kazami et la milice chiite pro-iranienne Asaib Ahl al-Haq

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    Le mouvement chiite pro-iranien "Asaib Ahl al-Haq" a annoncé vendredi 25 décembre sa "préparation" à la "confrontation" après avoir menacé le Premier ministre Mustafa Al-Kazemi, tandis que ce dernier a répondu en disant: "Nous sommes prêts si nécessaire".
     
    Un document des services de renseignement irakiens, publié le 25 décembre, indique qu'Asaib Ahl al-Haq a l'intention d'attaquer le siège de l'Agence de renseignement à Bagdad, pour libérer un de ses membres  arrêté il y a deux jours pour son implication dans le bombardement de la Zone verte.

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    Un groupe appartenant à la milice Asa'ib est apparu dans des clips vidéo, portant des armes, menaçant Al-Kazemi. Il a lancé un ultimatum exigeant qu'il libère dans les 48 heures les membres du mouvement. Il menace de prendre le contrôle de la Zone verte en cas de refus du gouvernement.
     
    Suite à cette annonce, le premier ministre  Al-Kazemi a répondu sur son compte Twitter: "Nous ne nous soumettrons pas aux aventures ou à la menace. Nous avons travaillé silencieusement et calmement pour restaurer la confiance du peuple, des services de sécurité et de l'armée dans l'État après qu'il a été ébranlé par les aventures des hors-la-loi".
     
    Il a ajouté: "Nous avons appelé à une trêve pour éviter que notre pays ne soit jeté dans une autre aventure absurde, mais nous sommes prêts pour une confrontation décisive si nécessaire".
     
    Face à la montée des tensions, le leader chiite Muqtada al-Sadr a publié une déclaration, appelant les Etats-Unis et l'Iran à maintenir l'Irak en dehors de leur guerre. Les Kataeb Hezbollah et la Brigade Badr, deux milices chiites pro-iraniennes, négocient également avec Asaib Ahl Al-Haq pour calmer la situation.
    Asaib Ahl AlHaq a toujours été connu comme le groupe le plus virulent et le plus incontrôlable parmi les groupes liés à l'Iran. Le comportement d'Asaib Ahl Al-Haq pourrait signifier qu'il existe un conflit au sein de la mouvance pro-iranienne en Irak.
     
    En attendant, on a observé des colonnes de voitures de membres d'Asaib Ahl al-Haq parcourant certaines rues de Bagdad.
     
    De leur côté, les forces de sécurité irakiennes ont renforcé leur présence dans les rues et notamment aux alentours de la zone verte. Par crainte des attaques que pourraient mener les milices pro-iraniennes, les forces spéciales chargée de protéger la zone verte ont rendu à sens unique l'avenue menant à l'ambassade américaine et contrôlent tous les passants.
  • Irak : Attaque à la roquette visant l'ambassade américaine à Bagdad

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    Au moins trois roquettes Katyusha ont atterri dans la zone verte fortement fortifiée de Bagdad dans ce qui semble être une attaque contre l'ambassade américaine. L'ambassade U.S. a confirmé l'attaque, ajoutant que des dégâts mineurs avaient été occasionnés au bâtiment.  Le site de lancement des roquettes, qui a été découvert par les forcees de sécurité, semble très basique et de faible technicité. 

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    Des sirènes ont retenti depuis l'enceinte de l'ambassade à l'intérieur de la zone, qui comprend des bâtiments gouvernementaux et des missions étrangères.
     
    Un responsable de la sécurité dont le bureau est situé à l'intérieur de la zone verte a déclaré que le système anti-missile américain C-Ram, construit pour défendre l'ambassade des États-Unis, a pu abattre l'un des missiles.

    Vidéo des tirs de C-Ram
     
    L'armée irakienne a déclaré qu'un groupe "hors-la-loi" était à l'origine du tir des roquettes.
     
    L'armée a ajouté dans un communiqué que les missiles ont touché un complexe résidentiel à l'intérieur de la zone verte, causant des dommages aux bâtiments et aux voitures, mais n'ont fait aucune victime.
     
    Cette attaque intervient quelques heures après qu'un engin explosif a explosé, dimanche, dans une colonne de camions transportant du matériel logistique pour les forces de la coalition internationale dans le sud de l'Irak, blessant une personne et endommageant deux camions.
     
    Aucune partie n'a immédiatement revendiqué la responsabilité de l'incident et il n'a pas été possible d'obtenir des commentaires immédiats des autorités irakiennes et de l'ambassade américaine à ce sujet. Mais le timing de l'attaque à la roquette sur l'ambassade américaine en Irak est particulièrement provocateur car elle survient juste après que le commandant du CENTCOM Kenneth McKenzie se soit rendu en Irak pour des réunions. 
     
    Depuis la fin de l'année dernière, la zone verte (qui comprend le siège du gouvernement et les missions des ambassades étrangères) à Bagdad, ainsi que les bases militaires hébergeant les forces de la coalition internationale et les convois transportant du matériel logistique, ont été victimes de frappes de missiles et d'attaques.
     
    Les attaques avaient fortement diminué et étaient devenues rares depuis octobre dernier, lorsque les factions de la «Résistance irakienne» ont annoncé la cessation de leurs opérations contre les forces et intérêts étrangers, notamment américains, en Irak, pour leur permettre de se retirer du pays.
     
    Washington accuse les factions irakiennes proches de l'Iran, dirigées par «Kataeb Hezbollah», d'être derrière les attaques. Mais le Kataeb Hezbollah a publié une déclaration, quelques minutes après l'attaque, dans laquelle il affirme : "Le bombardement de l'Ambassade du Mal en ce moment est considéré comme un comportement incontrôlé. Les autorités compétentes doivent poursuivre les auteurs et les arrêter". Le fait qu'une milice autre que le Kataïb Hezbollah puisse être derrière les attaques à la roquette de ce soir, malgré les directives de l'Iran d'éviter les provocations avant l'entrée en fonction de Joe Biden, montre les limites d'Ismail Qaani, le successeur de Soleimani à la tête des forces al-Qods, dans le contrôle des milices. La condamnation du Kataeb Hezbollah peut également signifier qu'il y a actuellement des fissures parmi les milices soutenues par l'Iran. Le Kataeb Hezbollah avait déjà  nié toute responsabilité dans une attaque à la roquette le mois dernier.
     
    De son côté, le leader d'Asaib Ahl Al-Haq, a rappelé que  la "Résistance irakienne" ne visait pas l'ambassade américaine. Pourtant, en avril dernier, huit factions, qui se sont identifiées comme la «résistance irakienne», avaient annoncé dans un communiqué qu'elles viseraient les forces américaines sur le sol irakien après les avoir considérées comme des «forces d'occupation». Les huit factions proches de l'Iran sont: le Mouvement Asaib Ahl al-Haq, le Mouvement Al-Wafa, le Mouvement Jund Al-Imam, le Mouvement Al-Nujaba, les Brigades Sayyid Al-Shuhada, les Brigades Imam Ali, les Brigades Ashura et les Brigades Khorasan.

    A noter que l'ambassade américaine vient d'obtenir de nouveaux protecteurs ... Après le récent tweet du flamboyant leader chiite, Muqtada al-Sadr, dans lequel il a annoncé qu'il était prêt à aider le gouvernement à protéger l'ambassade américaine, apparemment certains de ses partisans de la brigade Saraya as-Salam se sont désormais à l'entrée de la Zone verte de Bagdad, prétendument pour protéger l'ambassade américaine.
    Vidéo des membres de Saraya as-Salam
  • Irak : Renouvellement des manifestations après une semaine d'affrontements sanglants entre manifestants et partisans de l'imam Sadr

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    puis son accession au pouvoir, le Premier ministre Mustafa Al-Kazemi a tenté de tendre la main aux manifestants en annonçant des élections anticipées en juin prochain et a promis de rendre responsables les responsables de la mort de manifestants.

    Des milliers de personnes ont manifesté vendredi 4 décembre dans plusieurs villes, une semaine après des affrontements sanglants entre les partisans du mouvement de protestation anti-gouvernemental et les partisans du religieux chiite Moqtada al-Sadr.

    Les partisans de Sadr ont manifesté le 27 novembre pour afficher leur pouvoir politique à Bagdad, Nasariyah et dans d’autres villes.

    Alors que la grande manifestation à Bagdad s'est terminée pacifiquement, les "sadristes" se sont affrontés avec des partisans du mouvement de protestation contre le gouvernement sur la place Al-Haboubi, qu'ils ont prise comme site de leurs manifestations dans la ville de Nasariyah depuis son lancement en octobre 2019.

    Le bilan des violences est passé à neuf morts la semaine dernière. Un manifestant a été assassiné dans la ville d'Amara.

    Les militants du mouvement de protestation ont accusé les partisans de l'Imam Moqtadah al-Sadr d'être responsables des scènes de violence sur la place Al-Haboubi.

    Des milliers de personnes ont manifesté à Nasariyah vendredi, après une semaine d'affrontements, pour montrer leur détermination à poursuivre la manifestation et leur refus de retirer leurs tentes de la place Al-Haboubi.

    "Les violences qui ont eu lieu la semaine dernière ne nous empêcheront pas de continuer à manifester", a déclaré à l'AFPi un manifestant à Nasiriyah, dans le sud du pays. "Notre seule option est d'atteindre les objectifs de ce soulèvement".

    De leur côté, vendredi, les forces de sécurité ont fermé les rues menant à la place pour empêcher les «sadristes» de les atteindre.

    Cependant, des milliers d'entre eux ont participé à la prière du vendredi dans la ville pour la deuxième semaine consécutive.

    D'autres villes ont été témoins de manifestations de solidarité avec les manifestants de la place Haboubi, dont Bagdad, où un petit rassemblement a eu lieu place Tahrir.

    Des centaines de personnes ont manifesté dans la ville méridionale de Diwaniyah sous le slogan «Vendredi de Nasariyah».

    Un manifestant a déclaré que "les attaques des groupes armés se déroulent sous les yeux des forces gouvernementales", considérant que "le gouvernement est passé sous l'autorité des milices".

    Environ 600 personnes ont été tuées dans les violences liées aux manifestations antigouvernementales depuis leur début en octobre 2019.

    Nasariyah a été témoin de l'un des drames les plus sanglants de ces événements le 28 novembre 2019, qui a coûté la vie à plus de trente personnes.

    Depuis son accession au poste, le Premier ministre Mustafa al-Kazemi a tenté de tendre la main aux manifestants en annonçant des élections anticipées en juin prochain, et a également promis de tenir pour responsables les responsables du meurtre de manifestants.

    Mais justice n’a pas encore été rendue et les partisans du mouvement de protestation affirment qu’ils sont toujours soumis à des intimidations.

    Mercredi, des hommes armés non identifiés à moto ont tué l'activiste Mustafa al-Jabri dans la ville méridionale d'Amara, selon une source sécuritaire.

    L'avocat Mustafa Jabir a ajouté que "les chefs religieux et politiques ne doivent pas imaginer que les manifestations sont terminées".

    "Nous continuerons jusqu'à ce que toutes nos demandes soient satisfaites pour tenir les assassins des manifestants et les dirigeants les plus corrompus pour responsables, et des élections anticipées sous la supervision des Nations Unies", a-t-il di

  • Irak : Quatre morts le jour d'une démonstration de force des partisans de l'imam Moqtada Sadr

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    Quatre personnes ont été tuées et des dizaines blessées vendredi dans des affrontements entre manifestants rivaux dans le sud de l'Irak, où le leader chiite Moqtada Sadr avait appelé ses partisans à une démonstration de force, à sept mois des législatives. Il y a un an, en octobre 2019, manifestants anti-pouvoir et sadristes descendaient ensemble dans les rues de Bagdad et de toutes les villes du Sud pour la première révolte spontanée du pays, à l'ampleur inégalée.

    Depuis, les deux camps se sont divisés, un nouveau gouvernement a été nommé et le Premier ministre, Moustafa al-Kazimi, a promis des législatives anticipées en juin, attisant les appétits de tous les politiciens dans l'un des pays les plus corrompus au monde. A l'approche de ce scrutin à l'issue duquel Moqtada Sadr, qui tient déjà le premier bloc au Parlement, a prévenu que sa formation entendait prendre les rênes du gouvernement, les tensions montent de nouveau.

    Quatre morts, neuf blessés par balles
    Pour bien montrer que les temps ont changé, des dizaines de milliers de sadristes ont prié --côte-à-côte malgré la Covid-19-- place Tahrir de Bagdad, là même où il y a quelques semaines encore, les tentes des anti-pouvoir se dressaient. Elles ont depuis été démantelées, et l'unique campement du mouvement de contestation est désormais celui installé sur la place Habboubi, au coeur de Nassiriya (sud), bastion historique des révoltes en Irak depuis l'époque du mandat britannique il y a un siècle. Vendredi, "des sadristes armés de fusils et de pistolets sont venus pour essayer de brûler le campement (photo ci-dessous), nous redoutons plus de violences", a affirmé à l'AFP Mohammed al-Khayyat, l'une des figures de la révolte à Nassiriya.

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    En soirée, les heurts se poursuivaient tandis qu'un journaliste de l'AFPTV a constaté que de nombreuses tentes de manifestants avaient été incendiées et que la cohue régnait à Habboubi. "Les forces de l'ordre n'ont clairement pas fait leur travail, en laissant faire des gangs armés qui voulaient attaquer Habboubi", a de son côté dénoncé sur Twitter Assaad al-Nasseri, ancien leader sadriste qui a fait défection. Ces violences ont fait, selon des sources médicales, quatre morts et 51 blessés, dont neuf par balles. Nassiriya s'était particulièrement illustrée lors de la révolte lancée en octobre 2019, qui réclamait un renouvellement total de la classe politique et a maintenu des dizaines de milliers de manifestants dans les rues pendant des mois.

    Anniversaire d'un massacre
    Il y a un an, la ville avait été le théâtre le 28 novembre 2019 d'une journée sanglante avec plusieurs dizaines de manifestants tués par les forces de l'ordre. Le gouvernement de l'époque, qui a depuis démissionné, avait même dû rappeler dans la journée un haut-gradé dépêché pour mettre fin aux manifestations tant le bain de sang avait suscité l'indignation dans le pays.

    Le gouvernement de M. Kazimi, lui, doit faire face au scepticisme de la classe politique. Experts et responsables assurent unanimes que les législatives n'auront pas lieu en juin car le pays n'aura pas eu le temps de se préparer pour la nouvelle loi électorale, votée dans la foulée de la révolte d'octobre 2019.

    Déjà grand vainqueur des législatives de mai 2018 avec 54 députés sur 329, Moqtada Sadr pourrait profiter de cette réforme. Les nouvelles circonscriptions, plus petites, font la part belle aux notables, dignitaires tribaux et religieux et aux candidats appuyés par de riches partis dans un pays où le clientélisme est roi et la fraude fréquente.

    Sur Twitter cette semaine, Moqtada Sadr a dit s'attendre à une victoire importante et donc à placer un Premier ministre de son parti, une première depuis la chute de Saddam Hussein en 2003.

    Vendredi, des milliers de ses partisans ont manifesté à Bagdad et dans d'autres villes comme Hilla et Bassora dans le Sud, en réponse à son appel à des rassemblements ce jour. Et le prêcheur dépêché par son mouvement à Tahrir a appelé dans son sermon à "une majorité sadriste au Parlement".

    "Nous manifestons contre les corrompus (...) qui ont mené l'Irak à la faillite", a assuré à l'AFP l'un des manifestants, Talal al-Saadi. "Nous répondons à l'appel de Sadr, nous disons au monde que nous ne voulons pas des criminels et des corrompus", abonde Ahmed Rahim. "C'est nous qui décidons".

  • Irak : Libération à Bagdad d'une Allemande après trois jours de captivité

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    La directrice allemande de l'institut Goethe à Bagdad, Hella Mewis (photo), a été libérée et remise vendredi à son ambassade en Irak, après trois jours de captivité, ont indiqué les autorités des deux pays.
    Mme Mewis, qui travaille à Bagdad depuis 2013, avait pris fait et cause pour les manifestations anti-pouvoir déclenchées en Irak en octobre 2019. Des dizaines de militants ont disparu, plus ou moins brièvement, l'ONU accusant des "milices" de ces disparitions forcées. On ignore toujours l'identité des ravisseurs et les raisons de l'enlèvement de l'Allemande, qui fait partie des rares Occidentaux vivant hors de la Zone Verte ultra sécurisée de Bagdad, où siègent plusieurs missions diplomatiques. Mais une source de sécurité irakienne a précisé à l'AFP que sa libération dans la nuit avait été obtenue au terme d'un échange.
    L'unité d'élite du renseignement irakien, les Faucons, est parvenue à remonter la piste d'un des ravisseurs, qui a été interpellé. Ce dernier a "dit appartenir à une faction se réclamant du Hachd al-Chaabi", une coalition de paramilitaires pro-iraniens intégrée aux forces de sécurité, selon la même source. Un accord a ensuite été trouvé: "l'homme a été libéré en échange de l'otage allemande". Mme Mewis se trouvait à Sadr City, un quartier chiite de Bagdad où les forces de l'ordre tentent depuis des années d'imposer la loi mais en vain, a-t-on ajouté. Elle a ensuite "été remise au chargé d'affaires allemand à Bagdad", selon le ministère de l'Intérieur.
    Sur caméra
    Après sa libération, Mme Mewis, dont le centre d'art, Tarkib, est connu pour soutenir de jeunes artistes, a contacté son amie Dhikra Sarsam. "Elle m'a dit qu'elle allait bien et qu'elle n'avait pas été maltraitée", a affirmé Mme Sarsam à l'AFP. "Elle va partir au plus vite en Allemagne."
    Des médias locaux ont diffusé des images de vidéosurveillance présentées comme celles de l'enlèvement de Mme Mewis, sur la corniche du Tigre. Prise en étau entre une berline noire et un pick-up blanc, un modèle utilisé par certaines forces de sécurité, la femme a été forcée de descendre de son vélo par des hommes qui la poussent violemment à l'intérieur du pick-up. Les policiers du commissariat à quelques mètres de là ne sont pas intervenus, a affirmé un responsable de la sécurité.
    Les autorités n'ont jamais arrêté ni accusé une quelconque partie dans les enlèvements de militants irakiens ces derniers mois dans un pays où les factions armées pro-iraniennes gagnent en influence. Le porte-parole du Hachd s'est félicité sur Twitter de la libération de Mme Mewis, tout en appelant à "enquêter sur la présence clandestine de cette étrangère depuis huit ans à Bagdad sans autorisation de la sécurité". Mme Mewis assiste pourtant régulièrement à des événements publics, souvent avec des officiels. Le juge Abdelsattar Bayraqdar, porte-parole du Conseil suprême de la magistrature, a indiqué que "l'enquête sur ce crime se poursuit".
    "Soulagé"
    Après sa libération, le ministre allemand des Affaires étrangères, Heiko Maas, s'est dit "très soulagé". Selon Mme Sarsam, Mme Mewis était inquiète depuis l'assassinat début juillet à Bagdad du chercheur Hicham al-Hachémi, connu lui aussi pour son soutien à la révolte anti-pouvoir.
    Cette mort violente a relancé les craintes de nouveaux assassinats politiques, coutumiers durant les années de guerre dans le pays (2006-2009), mais devenus ensuite très rares. Depuis le début de l'année, deux journalistes français ont été retenus en otage plusieurs jours, ainsi que trois humanitaires, libérés après deux mois de captivité et enlevés avec un Irakien dans le même quartier de Karrada que Mme Mewis. Le turbulent leader chiite Moqtada Sadr, silencieux depuis que les manifestations anti-pouvoir se sont essoufflées en début d'année après s'être longtemps posé en protecteur des contestataires, a dit sur Twitter "espérer que ce genre d'incident n'arrive plus à l'avenir".
    Le gouvernement de Moustafa al-Kazimi – dans la ligne de mire des parties pro-Iran car il a longtemps tenté de leur tailler les ailes à la tête du renseignement – ne cesse d'appeler les factions armées à rendre les armes et à cesser le rançonnement aux check-points et postes-frontières. Cela pourrait avoir suscité les dernières violences à Bagdad, disent les observateurs.