Mitsotakis Kyriakos

  • France/Turquie : Le président français appelle l'UE à faire front commun face à la Turquie en Méditerranée orientale

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    Le président français a exhorté jeudi l'Europe à parler d'une seule voix et à se montrer "ferme" face à la Turquie en Méditerranée orientale, s'attirant aussitôt une riposte outrée d'Ankara.

    "L'Europe doit avoir une voix plus unie et plus claire" face à la Turquie, a déclaré le chef de l'Etat à quelques heures d'un sommet avec ses homologues du sud de l'Union européenne (UE) à Porticcio en Corse. "Nous, Européens, devons être clairs et fermes avec le gouvernement du président (Recep Tayyip) Erdogan qui, aujourd'hui, a des comportements inadmissibles", et doit "clarifier ses intentions", a-t-il martelé, alors qu'il n'y pas de position unie de l'Europe sur le sujet.

    La Turquie "n'est plus un partenaire dans cette région", a-t-il asséné tout en soulignant son "souhait profond" de "réengager un dialogue fécond".

    Le ministère turc des Affaires étrangères n'a pas tardé à réagir, dénonçant les "déclarations arrogantes, dans un vieux réflexe colonialiste" du président français et l'accusant de "mettre en péril" les intérêts de l'Europe.

    Le président français a ainsi planté le décor de la rencontre dite du Med7 prévue à 17H00 (15H00 GMT) avec ses six homologues du pourtour méditerranéen et destinée à faire front face aux ambitions d'Ankara en Méditerranée.

    "Pas d'autre choix"
    Très impliqué dans ce dossier, il en débattra avec les dirigeants italien Giuseppe Conte, espagnol Pedro Sanchez, grec Kyriakos Mitsotakis, portugais Antonio Costa, chypriote Nikos Anastasiades et maltais Robert Abela. La Grèce et Chypre sont en première ligne face à la Turquie, qui revendique le droit d'exploiter des gisements d'hydrocarbures dans une zone maritime qu'Athènes estime relever de sa souveraineté.

    Ces dernières semaines, ces pays ont montré leurs muscles à coups de déclarations martiales, de manoeuvres militaires et d'envois de navires sur zone.

    La France a clairement affiché son soutien à la Grèce en déployant des navires de guerre et des avions de combat dans la région, une initiative vivement dénoncée par le président turc. Paris et Athènes entendent porter ces tensions au coeur de l'agenda de l'Union, à commencer par le prochain sommet européen des 24 et 25 septembre, avec à la clé la menace de sanctions contre la Turquie.

    Les dirigeants européens n'auront "pas d'autre choix" que d'imposer des "sanctions significatives" à la Turquie si celle-ci "refuse d'entendre raison d'ici là", a insisté le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis jeudi dans une tribune au quotidien Le Monde. Tout comme la Grèce, la France agite la menace de "représailles", assurant bénéficier d'un soutien "croissant" au sein de l'UE face à la Turquie, après s'être retrouvée assez isolée sur ce dossier à l'Otan.

    Retour aux négociations
    D'ici le sommet, les Européens espèrent pousser la Turquie à discuter les termes d'un accord avec la Grèce sous médiation allemande. "Ces négociations n'ont pas pu reprendre fin août puisque les Turcs ne sont pas revenus à la table des négociations", a relevé l'Elysée.

    Il faut faire "en sorte que la médiation allemande engagée entre la Grèce et la Turquie puisse reprendre", ajoute la présidence française. Les discussions doivent notamment porter sur la délimitation des zones exclusives en Méditerranée orientale.

    La Turquie exhorte pour sa part l'UE à rester "impartiale", assurant que la menace de sanctions n'aidera "pas à résoudre le problème". Certains pays européens sont très réservés sur la riposte à opposer au président Erdogan, craignant qu'il ne brandisse une fois de plus la menace migratoire.

    C'est la septième fois que se réunit le Med7, un forum informel qui avait été lancé dans un contexte de fracture entre les pays du nord de l'Europe et ceux du sud sur fond de la crise économique grecque.

    Depuis, ces tensions nord-sud se sont apaisées au sein de l'UE mais les pays du Med7 ressentent la nécessité de mieux se coordonner face à des défis communs : les questions migratoires, la crise libyenne et les relations avec les pays de la rive sud de la Méditerranée.

  • Grèce : Le camp de migrants de Lesbos incendié

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    Des milliers de migrants sur l'île grecque de Lesbos se sont retrouvés mercredi sans abri après un énorme incendie qui a ravagé au petit matin Moria, le plus grand camp de réfugiés de Grèce.

    Principale entrée des migrants en Grèce en face de la Turquie voisine, l'île de Lesbos en mer Egée, forte d'environ 85.000 habitants, a été plongée dans une crise sans précédent et la Protection civile grecque a déclaré l'île "en état d'urgence".

    Le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis a laissé entendre que l'origine du désastre pourrait être attribué à "des réactions violentes contre les contrôles sanitaires" effectués depuis la semaine dernière après la détection de 35 cas de Covid-19 dans le camp. "Je reconnais les conditions difficiles (à Moria) mais rien ne peut servir d'alibi pour des réactions violentes contre les contrôles sanitaires", et "surtout pour des troubles de cette envergure", a-t-il déclaré.

    D'après l'agence grecque ANA, qui cite des sources anonymes, de multiples incendies auraient été déclenchés par des migrants aux cris de "Brûle Moria ! brûle Moria !" en rébellion contre les mesures d'isolation destinées à empêcher la propagation du coronavirus. Le premier cas de coronavirus a été détecté à Moria la semaine dernière et le camp a été immédiatement placé à l'isolement pour quinze jours.

    Mardi soir, "vers 23H00 (20H00 GMT), de multiples feux se sont déclarés dans le camp et les flammes nous ont entouré très vite, c'était une opération très difficile", a indiqué Konstantinos Théofilopoulos, commandant des pompiers. "C'était prémédité. Les tentes étaient vides", a déclaré Michalis Fratzeskos, maire adjoint pour la protection civile, à la chaîne publique ERT.

    Des milliers d'hommes, femmes et enfants sont sortis paniqués dans la nuit de mardi à mercredi des tentes et des conteneurs, certains se réfugiant dans les champs d'oliviers environnants. "La partie principale du centre d'enregistrement d'identification a été complètement détruite et de nombreuses personnes sont sans abri", a indiqué le ministre adjoint des Migrations Georges Koumoutsakos lors d'une conférence de presse.

    Outre cette partie principale du camp abritant près de 4.000 personnes ainsi que les locaux administratifs et d'asile, le camp de Moria s'étend dans les oliveraies avoisinantes, où habitaient près de 8.000 personnes dans des tentes qui ont subi également de nombreux dégâts.

    "Où on peut aller?"
    La majorité des réfugiés et migrants étaient assis mercredi après-midi au bord de la route reliant le camp au port de Mytilène, formant de longues files d'attente de trois kilomètres, selon une journaliste de l'AFP sur place.


    L'Allemagne, qui assure la présidence tournante de l'Union européenne, a demandé aux pays de l'UE d'accueillir des migrants du camp. La Commission européenne a annoncé qu'elle prenait en charge le transfert immédiat vers la Grèce continentale de 400 enfants et adolescents. La Norvège a indiqué qu'elle allait accueillir 50 occupants du camp, prioritairement "des familles originaires de Syrie".

    "Il n'y a plus de Moria"
    Selon les pompiers, le sinistre n'a pas fait de victimes, "mais quelques blessés légers avec des problèmes respiratoires dus à la fumée".

    Plusieurs heures après l'incendie, une fumée noire continuait à s'élever du camp, qui hébergeait quelque 12.700 demandeurs d'asile, quatre fois sa capacité d'accueil. Des dizaines de personnes erraient parmi les conteneurs calcinés, certaines retirant des affaires, d'autres prenant des photos à l'aide de leurs téléphones portables. "Il n'y a plus de Moria, il a été détruit", a déclaré le vice-gouverneur régional Aris Hatzikomninos à ERT, ajoutant que des renforts de la force anti-émeutes ont été dépêchés sur place.

     

  • Grèce/Turquie : Quelle est la position de Donald Trump et Angela Merkel face à la crise entre la Grèce et la Turquie ?

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    On connaît la position de la France qui s'est résolument rangée du côté de la Grèce. La position des Etats-Unis et de l'Allemagne est moins claire. Pourtant, le rôle du président américain Donald Trump et de la chancelière allemande Angela Merkel est crucial alors qu'Athènes se prépare à faire face à la poursuite des provocations turques, la semaine prochaine, en raison de la tenue par la Turquie de grandes manœuvres militaires. Il est clair que tout incident en Méditerranée orientale coûtera aux deux parties un coût élevé et alourdira le fardeau sur l'économie turque déjà épuisée. La Turquie a commencé à sentir le prix de son intervention en Libye. À la lumière de cela, Athènes compte sur l'intervention diplomatique de Washington et de Berlin pour tenter de désamorcer les tensions avec la Turquie.

    Ni Trump ni Merkel ne veulent d'un conflit armé en Méditerranée
    La Grèce ne sous-estime pas les liens étroits que le président américain Trump a développés avec le président turc Erdogan. Néanmoins, Athènes a été encouragée par la volonté dont Trump a fait preuve en réponse à la crise de la Méditerranée orientale, puisqu'il a appelé Mitsotakis, le premier ministre grec, à deux reprises, lorsque les tensions ont atteint leur apogée et a proposé d'aider à calmer la situation.

    Trump est confronté à des élections présidentielles difficiles dans les deux mois et le soutien de la diaspora grecque aux États-Unis est également important. Il est peu probable que Trump soit prêt à risquer sa réélection en raison d'un conflit militaire entre deux pays de l'OTAN.

    Il en va de même pour la chancelière allemande Merkel, qui ne veut pas d'un conflit gréco-turc à un moment où son pays détient la présidence tournante de l'Union européenne pour une période de 6 mois. Malheureusement, Heiko Maas, ministre allemand des Affaires étrangères, n'a obtenu aucun résultat tangible au cours de sa récente visite à Ankara; Et lors de sa visite à Athènes, Maas a clairement laissé entendre que des sanctions seraient inévitables à la fin du mois de septembre si la Turquie continue ses violations de l'espace maritime grec

    La Grèce manoeuvre bien jusqu'à maintenant
    Athènes estime avoir marqué deux points alors qu'Erdogan tente d'opérer un changement de statut des eaux territoriales en Méditerranée orientale et en mer Égée: l'acceptation d'un accord avec l'Égypte qui définit en partie des zones économiques exclusives, et l'annonce par la Grèce d'une extension de ses eaux territoriales dans la mer Ionienne de 6 milles à 12 milles marins.

    Quel est l'objectif du bellicisme d'Erdogan ?
    Quel est l'objectif d'Erdogan ? Essaye-t-il de préserver l'adhésion sans faille de ses partisans, de les détourner des problèmes les plus urgents, ou encore de se préparer à des élections anticipées ? Et s'il décide de prendre le risque d'une guerre, quel bénéfice espère-t-il obtenir ? Ecraser les Grecs, étendre le territoire turc et gagner en influence dans la région ?

    Même si la Turquie parvenait à réaliser des gains territoriaux au détriment des Grecs, ces gains resteraient illégaux et auraient un coût politique et économique énorme pour Ankara.

    Erdogan se trouve dans une impasse : exécuter ses menaces ou reculer piteusement
    Malheureusement, Erdogan se trouve maintenant dans une impasse. S'il recule, cela signifiera que les menaces de la Turquie ne sont qu'un canular. C'est peut être pour cela que le bureau d'information de la présidence turque a fait une déclaration affirmant que «La Turquie continue d'être (la Turquie pour la paix), aux quatre coins du monde, avec des solutions pacifiques et à long terme qu'elle propose aux problèmes internationaux.»

    Erdogan : le nouveau sultan islamiste
    Mais il y a un autre aspect du "problème Erdogan" et c'est une erreur que font beaucoup de critiques internationaux: Erdogan est obnubilé par son idéologie "frères musulmans" ainsi que par le mythe de la résurrection  de l'empire ottoman. Et on aurait tort de croire qu'Erdogan joue sur les nerfs de la communauté internationale et n'a pas vraiment l'intention de passer à l'acte, quelle qu'en soit la conséquence. Il ambitionne de devenir le leader incontesté des Frères musulmans et le sultan d'un nouvel empire ottoman dont l'influence s'étendrait du Moyen Orient, à l'Afrique du nord, à l'Asie centrale et même aux confins sud de l'Europe.

    Sous la bannière des Frères Musulmans, il a le soutien du Qatar, le financier de la cause, du gouvernement libyen de Tripoli, seul reconnu par l'ONU et des sympathies en Tunisie. Il compte également des "proxies" au Yémen au sein du parti al-Islah, représentant local des Frères, et en Somalie.

    Sous la bannière ottomane, on trouve l'Azerbaïdjan (qui parle une langue turque), les Turkmènes syriens, la Bulgarie, et des sympathies dans un certain nombre de pays d'Asie centrale et dans les Balkans.

    Un axe anti-Ottoman ?
    Les manoeuvres d'Erdogan sont en train de redéfinir la carte géopolitique de toute la région et c'est sans doute pour cela que la Serbie, ennemie héréditaire de la Turquie, a décidé de transférer son ambassade à Jérusalem, un nouvel allié de la coalition déjà formée par la Grèce, Israël, l'Egypte et la France, l'Arabie saoudite et les Emirats Arabes Unis, sans compter la Libye du maréchal Khalifa Haftar. On pourrait rajouter l'Autriche, qui se souvient sans doute de la menace ottomane, et qui semble soutenir la Grèce dans son conflit avec la Turquie.

  • Turquie : Sainte-Sophie transformée en mosquée : l'Eglise orthodoxe grecque "en deuil"

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    Les églises orthodoxes à travers la Grèce étaient "en deuil" vendredi au moment où des milliers de musulmans participaient à la première prière en l'ex-basilique Sainte-Sophie, haut-lieu de l'orthodoxie transformée en mosquée.
    A travers toute la Grèce, les cloches des églises ont sonné en début d'après-midi, leurs drapeaux en berne pour protester contre ce que l'archevêque Iéronymos, chef de l'Eglise de Grèce, a qualifié d'"acte impie souillant" l'ancienne basilique de l'empire byzantin. Aujourd'hui "est un jour de deuil pour toute la chrétienté", a déclaré le patriarche, qui dira une messe spéciale dans la soirée à la cathédrale d'Athènes et chantera l'hymne acathiste en l'honneur de la vierge Marie.
    Hymne acathiste
    Cet hymne acathiste fut chanté la première fois pour célébrer la protection que la vierge offrit à la ville de Constantinople, lors de son siège en 626. La bataille fut remportée par les forces grecques contre les armées ottomanes, pendant que le patriarche Serge implorait la protection de la vierge et que le peuple défilait en procession. Selon la tradition grecque, la même messe a été dite à Sainte-Sophie, à la veille de la chute de l'empire byzantin aux Ottomans en 1453. Sainte-Sophie est "un symbole de notre foi et un monument universel de la culture", a ajouté Mgr Iéronymos.
    "Pour nous, Grecs orthodoxes, Sainte-Sophie est aujourd'hui plus que jamais dans nos esprits. Là-bas bat notre coeur", a aussi déclaré vendredi devant la presse le Premier ministre Kyriakos Mitsotakis. "Ce qui se passe à Constantinople aujourd'hui n'est pas une manifestation de puissance mais au contraire le signe d'une faiblesse", a-t-il ajouté, accusant la Turquie d'"insulter le patrimoine du 21e siècle".
    Après avoir reçu le patriarche d'Alexandrie Theodore II, le Premier ministre a appelé à "transformer notre tristesse en force, sang-froid et en unité. Parce que Sainte-Sophie existe justement pour nous unir tous, nous invitant à regarder plus haut". Des organisations religieuses et nationalistes ont appelé à manifester à Athènes et Thessalonique.
    Convertie en mosquée après la prise de Constantinople, Sainte-Sophie avait été transformée en musée en 1934 par le premier président de la République turque, Mustafa Kemal Atatürk, soucieux de "l'offrir à l'humanité". La maison natale d'Atatürk à Thessalonique, la 2e ville de Grèce, a été fermée vendredi par le consulat turc, officiellement pour entretien jusqu'à lundi.
    Le 10 juillet, M. Erdogan a décidé de révoquer le statut de musée et de transformer Sainte-Sophie en mosquée. Œuvre architecturale majeure, construite au VIe siècle par les Byzantins qui y couronnaient leurs empereurs, Sainte-Sophie est classée au patrimoine mondial par l'Unesco. Pour la Grèce, l'ex-basilique est identifiée à Constantinople, comme les Grecs continuent toujours d'appeler Istanbul.