MALI

  • Russie : Un "Africom russe" pour rivaliser avec l'Africom américain

    Imprimer

    Alors que le paysage libyen reste caractérisé par l'instabilité, certaines sources suggèrent que la Russie vise à étendre sa sphère d'influence à l'ensemble du continent africain, en créant une force qui pourrait concurrencer le commandement africain de l'armée américaine (AFRICOM).
    La révélation a été faite par le journal al-Arab du 5 août, à un moment où les forces positionnées sur les fronts de bataille libyens semblent attendre de nouveaux renforts et des ordres pour lancer la bataille de la ville occidentale de Syrte et celle de la base de Joufra.
    Dans ce contexte, Moscou a été accusée à plusieurs reprises, principalement par les États-Unis, d'envoyer des armes et des munitions pour soutenir l'Armée nationale libyenne (ANL), dirigée par le général Khalifa Haftar, ainsi que des mercenaires appartenant à la société militaire privée Wagner.
    Déjà en 2015, selon les diplomates occidentaux, Moscou avait déjà établi une base en Egypte occidentale pour fournir un soutien technique et réparer plus facilement les équipements. En 2018, des conseillers militaires ont été envoyés pour soutenir les forces de l'armée du Haftar à Benghazi. Cependant, selon les informations d'al-Arab, se basant un rapport allemand, le rôle de la Russie dépasserait les frontières libyennes. L'objectif du pays serait notamment de créer des bases militaires dans le reste de l'Afrique et, selon les experts militaires, cela pourrait conduire à la formation d'un "Africom russe" capable de rivaliser avec les forces américaines déjà présentes sur le continent.
    À cet égard, le rapport allemand indique que la Russie a obtenu des permis pour établir des bases militaires dans six pays africains, dont l'Égypte et le Soudan, ce qui montre la volonté de Moscou de protéger son rôle en Libye. La Russie, en particulier, créerait ainsi une "ceinture de bases" qui la préserverait de toute offensive, car attaquer un pays avec une telle présence serait risqué pour quiconque. Une telle stratégie, souligne le journal, est la même que celle employée en Syrie et démontre la validité de l'idée de la Turquie, selon laquelle la présence russe en Libye vise, en réalité, à obtenir davantage de concessions de Damas.
    Selon un rapport secret du ministère allemand des affaires étrangères, la Russie a conclu des accords de coopération militaire avec 21 pays africains depuis 2015, dont l'Égypte, la République centrafricaine, l'Érythrée, Madagascar, le Mozambique et le Soudan. Avant cette année-là, Moscou entretenait des relations similaires avec seulement quatre États sur le continent africain. Dans ce cadre, la Russie a ensuite secrètement et parfois formellement formé les forces de ces pays, dont 180 soldats en République centrafricaine et une vingtaine de soldats par an au Mali. En parallèle, le Nigeria a signé un accord pour l'achat de 12 hélicoptères militaires, tandis que le Cameroun, l'Afrique du Sud et l'Erythrée font partie des pays qui ont exprimé le souhait d'acheter des avions, des chars et des armes lourdes à la Russie.
    En outre, la République centrafricaine, en proie à des années de guerre civile, a signé un accord de coopération militaire avec la Russie, en vertu duquel des conseillers militaires russes seront officiellement présents dans la capitale pour former leurs unités de sécurité à faire face aux menaces des groupes armés et des extrémistes. Cependant, selon certains analystes, l'objectif de Moscou est non seulement d'agir militairement de manière directe, mais aussi de renforcer sa présence économique, à un moment où l'Afrique est devenue un terrain de jeu vital pour plusieurs pays tels que la Chine, la Turquie, l'Iran, les États-Unis et la France.
    Pour sa part, Washington, par le biais du commandement de l'AFRICOM, n'a pas caché son inquiétude quant au rôle croissant de Moscou en Libye, ce qui laisse supposer que ce qui s'est passé en Syrie se reproduira également dans ce pays d'Afrique du Nord. C'est la raison pour laquelle les forces américaines ont étroitement surveillé les mouvements de la compagnie Wagner et ont signalé l'envoi d'avions russes à la base de Joufra, dont des MiG-29 et des Su-24. Enfin, le 25 juillet, Washington a déclaré que, grâce aux images satellites, il était possible de constater la présence d'équipements de défense aérienne russes en Libye, dont le SA-22, qui est exploité par le groupe Wagner ou des forces affiliées. Pour les États-Unis, le type et la taille de ces armements montrent l'intention de développer des "capacités de combat offensif". La Russie, cependant, a toujours nié les déclarations de l'armée américaine.
    Face à ce scénario, comme le souligne al-Arab, le conflit libyen mettra à l'épreuve l'efficacité des stratégies des grandes puissances, en particulier les États-Unis et la Russie, et l'issue du conflit entraînera un renforcement ou une limitation de l'expansion russe en Afrique.

    Lien permanent Catégories : AFRICOM, AFRIQUE DU SUD, CAMEROUN, ÉGYPTE, ERYTHREE, Haftar Khalifa, Jufra, LIBYE, MADAGASCAR, MALI, MOZAMBIQUE, NIGERIA, Politique de la Russie en Libye, Relations Egypte-Russie, Relations Erythrée-Russie, Relations Madagascar-Russie, Relations Mali-Russie, Relations Mozambique-Russie, Relations Nigeria-russie, Relations République Centre Africaine - Russie, Relations Russie-Egypte, Relations Russie-Erythrée, Relations Russie-Libye, Relations Russie-Madagascar, Relations Russie-Mali, Relations Russie-Mozambique, Relations Russie-Nigeria, Relations Russie-République Centre Africaine, Relations Russie-Soudan, Relations Soudan-Russie, REPUBLIQUE CENTRE AFRICAINE, RUSSIE, SOUDAN, Syrte, Wagner (groupe de mercenaires russes), Wagner (groupe) en Libye 0 commentaire
  • Mali : Cinq soldats maliens tués dans deux attaques dans le centre du pays

    Imprimer

    Cinq soldats maliens ont été tués et cinq blessés dimanche en milieu de journée lors de deux attaques simultanées dans le centre du Mali, région théâtre depuis le début de l’année de plusieurs attaques attribuées aux jihadistes, ont indiqué les forces armées maliennes (FAMA).
    La double attaque s’est déroulée vers 12H30 (GMT et locales). «Entre Goma-Coura et Diabaly, une mission FAMa a été accrochée par des terroristes. Au même moment le camp de Gomacoura a été attaqué à l’arme lourde», a précisé l’armée sur Twitter.
    «Au cours de cette attaque, les FAMa ont enregistré un bilan provisoire de 5 morts, 5 blessés et des véhicules détruits. Côté ennemi, aucun bilan n’est encore disponible. Un renfort y a été dépêché. Les fouilles sont toujours en cours», selon la même source. «C’est un convoi militaire quittant Goma-Coura vers Diabaly» qui a été visé, a déclaré à l’AFP sous le couvert de l’anonymat un élu local de Diabaly, localité à environ 300 km au Nord-Ouest de Bamako.
    «Il est tombé aux environs de midi dans une embuscade. Il y a quatre pickups et un BRDM (véhicule blindé) portés disparus», a ajouté cet élu, expliquant que les habitants de cette zone du cercle de Niono, dans la région de Ségou, à une centaine de kilomètres de la frontière mauritanienne, vivent «la peur au ventre».
    Au moins 24 soldats maliens avaient été tués à la mi-juin dans une embuscade attribuée aux jihadistes dans la localité de Bouka Wéré, au Sud-Est de Diabaly. Le 26 janvier, le camp de Sokolo, également dans le centre du Mali, avait été l’objet d’une attaque qui avait coûté la vie à 20 soldats, revendiquée par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), principale alliance jihadiste du Sahel affiliée à Al-Qaïda.
    Le centre du Mali est pris dans une recrudescence de la violence depuis l’apparition en 2015 d’un groupe jihadiste dirigé par le prédicateur peul Amadou Koufa, qui a largement recruté au sein de sa communauté, et rejoint le GSIM dès sa création en 2017.
    Ces violences se sont étendues aux pays voisins, Niger et Burkina Faso. Aux attaques jihadistes se mêlent des affrontements entre les Peuls, majoritairement éleveurs, et les ethnies bambara et dogon, pratiquant essentiellement l’agriculture, qui ont créé leurs «groupes d’autodéfense», notamment en s’appuyant sur les chasseurs traditionnels «dozos». Les relations entre l’armée et certaines communautés du cercle de Niono sont en outre tendues depuis le début de l’année.
    Un rapport de la Minusma, la Mission de l’ONU au Mali, a accusé en avril l’armée malienne d’être impliquée dans la mort d’au moins une cinquantaine de personnes dans le cercle de Niono entre janvier et avril. Ce rapport note «avec inquiétude l’implication de plus en plus croissante des FDSM (forces de sécurité et de défense) dans des violations de droits de l’Homme» dans cette zone.

     

  • Mali : El-Qaëda revendique l'attaque qui a tué un hussard parachutiste français

    Imprimer

    Dans une déclaration publiée en ligne plus tôt dans la journée du jeudi 30 juillet, le Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (GSIM), affilié à al-Qaïda, a pris la responsabilité de l'attaque suicide contre les troupes françaises dans le nord du Mali la semaine dernière. Un soldat français avait été tué dans l'attaque.
    La déclaration du GSIM affirme que «les moudjahidines ont frappé la base française dans la région de Gossi [dans la région de Tombouctou au Mali] le 23 juillet». Le groupe djihadiste poursuit en ajoutant que «deux véhicules explosifs avaient été utilisés dans le raid».
    Le GSIM explique que deux voitures suicide ont explosé à l’entrée de la base, tandis qu'une troisième réussissait à exploser à l’intérieur du camp. Selon la branche d'al-Qaïda, des mortiers ont ensuite été tirés sur l'enceinte avant qu'une équipe d'assaut de deux autres djihadistes se lancent à l'assaut.
    Le raid du 23 juillet à Gossi a été confirmé par l'armée française à l'époque, bien que la déclaration officielle du ministère français de la Défense diffère grandement de la version des événements telle que l'explique le GSIM.
    L'armée française a confirmé qu'un soldat avait été tué dans l'attaque, mais cela est intervenu après qu'une patrouille de reconnaissance dans la région de Gossi ait essuyé des tirs et que son véhicule ait été touché par une voiture piégée . Deux autres soldats avaient également été blessés dans l'explosion .
    Des affrontements entre les forces françaises et les djihadistes ont alors éclaté. Des informations supplémentaires de France 24 ont également confirmé que les affrontements avaient eu lieu en dehors de la base militaire de Gossi.
    En ce qui concerne la présence de deux autres véhicules suicide, cette présence n'a été confirmée ni par les reportages locaux ni par la déclaration militaire française.
    La zone proche de Gossi a connu une importante activité militaire française ces derniers mois. En avril, un légionnaire étranger français a été tué par un engin piégé dans les régions frontalières entre le Mali et le Burkina Faso . En mai, un autre légionnaire a été tué dans la même région .
    L'attaque de la semaine dernière marque également le premier attentat suicide de GSIM cette année. Si le groupe djihadiste a mené plusieurs raids sur des bases militaires maliennes depuis janvier, il a néanmoins fait un usage modéré de cette tactique.
    Par exemple, le mois dernier, le GSIM a tué au moins 20 soldats maliens lors d'une attaque contre une base près de Sokolo dans la région centrale de Ségou au Mali. En mars, au moins 29 soldats maliens ont été tués à Tarkint dans la région de Gao. Et en avril, 25 autres soldats ont été tués à Bamba également dans la région de Gao.
    Aucun de ces cas n'a vu l'utilisation de voitures piégées.
    Le GSIM continue de constituer une menace sérieuse non seulement pour la sécurité malienne, mais aussi pour la situation sécuritaire globale au Sahel. Malgré une mission antiterroriste dirigée par la France, des troupes du G5 Sahel et une force de maintien de la paix des Nations Unies, Al-Qaïda conserve toujours la capacité d'opérer ouvertement à l'intérieur du Mali et de la région au sens large.
    GSIM
    Le GSIM est dirigé par Iyad Ag Ghaly, un membre de la tribu touareg des Ifoghas, originaire de Kidal (nord du Mali), incontournable depuis plusieurs décennies sur l'échiquier sahélien, d'abord à la tête d'une rébellion touareg dans les années 1990, puis en tant que chef de groupes islamistes armés. Il est aujourd'hui le représentant au Sahel du chef suprême d'el-Qaëda, Ayman Zawahiri. L'armée française avait annoncé la semaine dernière la mort d'un parachutiste, survenue lorsque "son engin blindé avait sauté au contact d'un véhicule suicide chargé d'explosifs", au cours d'une mission de reconnaissance.
    Barkhane
    L'opération française antijihadiste au Sahel, Barkhane, compte autour de 5.100 soldats. Ces derniers mois, l'armée française et celles des pays du G5 Sahel ont multiplié les offensives dans la région, en particulier dans la zone dite des "trois frontières" entre Mali, Niger et Burkina Faso. Paris a revendiqué la "neutralisation" de plusieurs dizaines de jihadistes au total, dont en juin l'émir d'el-Qaëda au Maghreb islamique (Aqmi), l'Algérien Abdelmalek Droukdal, figure du jihadisme dans la région depuis 20 ans.

  • Sahel/Bassin du lac Tchad : près de 300 civils tués par les mines et les engins explosifs

    Imprimer

    L’Agence de l’ONU pour les réfugiés (HCR) a alerté mardi sur le nombre croissant d’incidents mortels causés par les mines et impliquant des populations déracinées au Sahel et dans la région du lac Tchad.
    Une tendance constatée depuis le début de l'année 2020, a précisé l'ONU sur son site.
    « Bien que les cibles visées par de nombreux groupes armés antigouvernementaux et non étatiques semblent être les forces de sécurité, de plus en plus de civils sont aveuglément tués et mutilés », a déclaré mardi le porte-parole du HCR Babar Baloch, lors d’un point de presse virtuel depuis Genève.
    Au Sahel et dans la région du lac Tchad, ce sont au moins 286 civils dont 9 réfugiés qui ont été tués par les mines et les engins explosifs depuis 2019, précise l'ONU, soulignant que le Nigéria et le Tchad sont les pays les plus touchés dans le bassin du lac Tchad.
    Le Haut-Commissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR) constate également une tendance à la hausse dans le Sahel, rapporte encore l'ONU.
    Au Mali, la population civile représente près de la moitié des victimes des mines terrestres et des explosions d’engins improvisés dans tout le pays, indique la même source. Au moins 42 civils ont, ainsi, été tués dans 82 incidents entre janvier et mai de cette année principalement dans les régions de Mopti, Gao et Kidal.
    Le Sahel est confronté à l’une des crises de déplacement les plus importantes au monde. Des millions de personnes ont fui les attaques des groupes armés contre les civils, avec notamment des exécutions sommaires, le recours généralisé au viol des femmes et des attaques contre les institutions de l’État, y compris les écoles et les établissements de santé, rappelle l'ONU.
    Les mines représentent également un danger supplémentaire pour les réfugiés et les personnes déplacées qui fuient la violence et la persécution et constituent une entrave à leur droit de rentrer chez eux. Le HCR considère d’ailleurs les mines et les munitions non explosées comme des obstacles majeurs au retour dans la sécurité et la dignité. Elles représentent pour les réfugiés et les personnes déplacées qui rentrent chez eux un danger mortel pendant de nombreuses années après la fin du conflit.
    Le HCR appelle, à cet effet, à renforcer les efforts visant à atténuer les risques que les mines terrestres et les engins explosifs improvisés font peser sur les réfugiés et les personnes déplacées dans les régions du Sahel et du bassin du lac Tchad.
    Outre le nombre élevé de morts, de blessés et les séquelles infligées, y compris les dommages psychologiques, la présence d’engins explosifs entrave également l’accès aux moyens d’existence des populations locales tels que les pâturages, les champs, les fermes, le bois de chauffage ainsi que les infrastructures communautaires. Ils affectent également l’acheminement de l’aide humanitaire et les activités de développement, souligne l'ONU.

    Lien permanent Catégories : CAMEROUN, Lac Tchad, MALI, NIGERIA, TCHAD 0 commentaire
  • Mali: Un soldat du 1er régiment de hussards parachutistes (RHP) tué au combat

    Imprimer

    Des éléments du 1er régiment de hussards parachutistes (RHP) de Tarbes ont été accrochés par des membres d’un groupe armé terroriste. Leur VBL (un blindé léger) a été frappé par un véhicule suicide comportant des explosifs, lors d’une mission de reconnaissance sur une route qui relie Gao à Gossi (deux bases françaises au Mali).
    Lors de l’explosion, deux autres soldats constituant l’équipage du véhicule blindé léger, qui était en mission de reconnaissance, ont également été blessés et évacués dans un état grave vers l’hôpital militaire de Gao avant d’être rapatriés dans la soirée, a indiqué l’état-major.
    Les forces françaises ont, selon l’état-major des armées, engagé le combat avec d’autres assaillants. Elles étaient appuyées par deux hélicoptères Tigre et un drone Reaper.
    Le soldat dédédé est Tojohasina Razafintsalama (photo), 1ère clase francais de 25 ans.
    Tojohasina Razafintsalama était né le 20 octobre 1994 à Mahazarivo, à Madagascar. Ce célibataire sans enfant s’était engagé avec le 1er régiment de hussards parachutistes de Tarbes en 2018 et avait été déployé au Mali le 14 juillet dernier.
    Son décès porte à 43 le nombre de soldats français morts au combat dans les opérations Serval (2013) et Barkhane (depuis 2014), selon l’état-major. Il intervient après celui, début mai, de deux légionnaires de la force française Barkhane au Sahel, qui compte quelque 5 000 soldats. En novembre 2019, la France avait perdu 13 soldats dans un accident entre deux hélicoptères en opération au Mali.
    Les hussards parachutistes tarbais ont été déployés au Sahel à la fin juin et pour quatre mois, au sein du groupement tactique désert Bercheny basé à Gao

    EdoJDp8XoAImFr7.png

  • Mali : chaos dans le pays entre protestations et attaques armées

    Imprimer

    Un groupe d'hommes armés a tué au moins 12 habitants lors d'une série de raids contre sept villages Dogons situés dans la région de Mopti, au centre du Mali, le jeudi 16 juillet.
    "Parmi les morts, 10 sont des hommes qui travaillaient la terre", a déclaré un responsable local, Ali Dodo, à l'agence de presse Reuters. "Cela signifie que les attaques ont pour but d'empêcher les habitants de cultiver leurs champs", a-t-il ajouté.
    A Bamako, la capitale, les médiateurs de certains pays d'Afrique de l'Ouest discutent avec le gouvernement de la manière de mettre fin aux protestations contre le président, Ibrahim Boubacar Keita.
    L'ancien président du Nigeria, Goodluck Jonathan, est arrivé à Bamako à la tête d'une délégation du bloc régional d'Afrique de l'Ouest, la CEDEAO. Les représentants ont rencontré le président Keita et devraient discuter avec les dirigeants de l'opposition et la commission électorale. Les discussions doivent porter sur les stratégies à adopter pour mettre fin aux violents affrontements entre manifestants et les forces de sécurité, qui ont provoqué la mort d'au moins 11 personnes jusqu'à présent. "Avec votre coopération et celle des personnes de bonne volonté qui veulent résoudre le problème, j'espère que la crise prendra fin", a déclaré Jonathan le jeudi 16 juillet.
    La semaine dernière, M. Keita a promis de s'engager à mettre en œuvre les recommandations formulées par une précédente délégation de la CEDEAO arrivée dans le pays en juin. Parmi les demandes figurait une invitation adressée au gouvernement malien à "reconsidérer" les résultats des dernières élections législatives.
    Les protestations témoignent de la frustration générale face aux attaques croissantes des groupes armés et aux nombreuses violences interethniques. Keita, qui est au pouvoir depuis 2013, a promis de rencontrer des représentants de différents partis dans le but d'"apaiser la situation politique". Cependant, la coalition d'opposition, composée de chefs religieux, de politiciens et de personnalités de la société civile, a déclaré que le président semblait "ignorer les demandes" du mouvement. Il s'agit notamment de la dissolution du parlement et de la formation d'un gouvernement de transition capable de répondre aux besoins de la population. "Le mouvement réitère sa détermination à obtenir par des moyens légaux et légitimes la démission définitive du chef de l'Etat", souligne la déclaration du M5-RFP.
    La lenteur des réformes politiques, la crise économique, le manque de financement des services publics et la perception largement partagée d'une corruption rampante dans les sphères du pouvoir alimentent le sentiment anti-Keita. Le président a d'abord cherché à adopter une position conciliante, en favorisant la formation d'un gouvernement d'union nationale, lors d'un discours à la nation le 14 juin. Les manifestants ont cependant rejeté l'offre, appelant au remplacement de toute la classe dirigeante actuelle.
    Les protestations ont éclaté début juin, après que les résultats des élections législatives aient donné la victoire au parti lié au président, le Groupement pour le Mali (RPM). Le deuxième tour des élections s'était déroulé le 19 avril, en pleine pandémie de coronavirus, et enregistré l'un des taux de participation les plus faibles de l'histoire du Mali, avec environ 35 %. Le premier tour de scrutin, reporté pendant un certain temps, avait eu lieu le 29 mars. Les deux tours de scrutin ont été marqués par l'insécurité et entachés par des enlèvements, des pillages et des attaques aveugles contre les citoyens qui sont allés voter. Les incidents se sont produits principalement dans les régions du nord et du centre. De nombreux enlèvements et assassinats ont eu lieu, malgré le déploiement de quelque 1 600 observateurs indépendantsLes élections ont également été entachées par des pillages de bureaux de vote. C'est la première fois depuis 2013 que les citoyens du Mali ont pu voter pour élire de nouveaux députés à l'Assemblée nationale après plusieurs reports.

  • Mali : Le chef de la police djihadiste de Tombouctou jugé pour des "crimes inimaginables

    Imprimer

    Un chef de la police djihadiste malien a commis des "crimes inimaginables" pendant le règne de terreur et d'esclavage sexuel imposé par les djihadistes dans la ville de Tombouctou, ont déclaré les procureurs à la Cour pénale internationale au début de son procès mardi.
    Al Hassan Ag Abdoul Aziz Ag Mohamed Ag Mahmoud (photo), 42 ans, a personnellement supervisé les châtiments corporels, y compris les amputations et les flagellations, alors que la ville de Tombouctou était sous le contrôle des islamistes pendant près d'un an à partir de début 2012, ont déclaré les procureurs.
    Al Hassan a également fait en sorte que des femmes et des filles soient forcées d'épouser des militants dans le cadre d'un système de "persécution fondée sur le sexe", a déclaré le procureur général de la CPI, Fatou Bensouda, à la cour.
    Al Hassan est accusé par le tribunal de La Haye de crimes de guerre, de crimes contre l'humanité, de viol et d'esclavage sexuel.
    "Aujourd'hui marque le début du procès tant attendu des crimes inimaginables qui ont été commis au Mali", a déclaré Mme Bensouda.
    "Al Hassan a été directement impliqué dans les violences et les tortures infligées aux hommes, aux femmes et aux enfants de Tombouctou. Il a travaillé au cœur d'un système répressif et persécuteur".
    Al Hassan - qui a comparu au tribunal de La Haye en portant un turban traditionnel et un masque facial pour se protéger du Covid 19 - a déclaré qu'il "comprenait" les accusations mais a refusé de plaider coupable.
    Inspirer la peur
    Le procureur a déclaré qu'Al Hassan était une figure clé du système policier et judiciaire islamique mis en place par les djihadistes après qu'ils aient profité d'un soulèvement touareg en 2012 pour s'emparer de villes du nord du Mali.
    Les djihadistes des groupes Al-Qaida au Maghreb islamique et Ansar Eddine ont également détruit les sanctuaires séculaires de Tombouctou.
    "Tombouctou, la perle du désert, dont la population vivait en paix depuis des années, a été soumise à leurs diktats", a déclaré M. Bensouda, ajoutant que l'objectif des militants était de "semer la peur chez les gens, de répandre la terreur".
    Al Hassan a arrêté des gens, mené des enquêtes au cours desquelles les suspects ont été torturés, a renvoyé des affaires devant le tribunal islamique et "a participé personnellement à l'exécution de châtiments corporels par la police", a déclaré Bensouda.
    Elle a déclaré que le tribunal visionnerait une vidéo dans laquelle la main d'un homme est amputée sur une place publique devant toute la population de Tombouctou "de la manière la plus brutale possible, avec une sorte de long couteau".
    Le procureur a déclaré qu'Al Hassan avait admis aux enquêteurs que les habitants de Tombouctou "avaient une peur bleue".
    Les femmes "ont le plus souffert" 
    Les islamistes sont également accusés d'avoir contraint les femmes et les jeunes filles à épouser des militants dans le cadre d'un système de "persécution fondée sur le sexe".
    "Ce sont les femmes et les filles de Tombouctou qui ont été visées et ont le plus souffert", a déclaré M. Bensouda, certaines ayant été violées à plusieurs reprises par "un ou plusieurs membres" du groupe djihadiste. Une victime a déclaré aux enquêteurs que "tout ce qui restait de moi était un cadavre".
    Al Hassan a également été montré sur une vidéo étant "personnellement impliqué" dans la flagellation de femmes accusées d'adultère, a déclaré le procureur.
    D'autres femmes ont été battues et emprisonnées pour avoir enfreint les règles, notamment pour ne pas avoir porté les vêtements prescrits, avoir donné de l'eau à un homme ou ne pas avoir eu de gants.
    Al Hassan est le deuxième extrémiste islamiste à être jugé par la CPI pour la destruction des sanctuaires de Tombouctou, suite à une décision historique rendue en 2016 par la seule cour permanente au monde pour les crimes de guerre.
    Dans la première affaire de la Cour portant sur la destruction culturelle, les juges de la CPI ont déclaré Ahmad al-Faqi al-Mahdi coupable d'avoir dirigé des attaques contre un site du patrimoine mondial de l'UNESCO en 2012.
    Il a été condamné à neuf ans de prison.
    Les tombes de Tombouctou ont été reconstruites après l'expulsion des djihadistes, mais la ville reste en proie à l'insécurité, et les touristes qui y affluaient autrefois se font rares.