M5-RFP (Mouvement d'opposition à Keita)

  • Mali : Les militaires ont renversé le président et promettent des élections

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    Les militaires qui ont renversé mardi le président malien Ibrahim Boubacar Keïta ont promis mercredi une transition politique et des élections générales.

    "Nous, forces patriotiques regroupées au sein du Comité National pour le Salut du Peuple (CNSP), avons décidé de prendre nos responsabilités devant le peuple et devant l'histoire", a déclaré à la télévision publique ORTM le porte-parole des militaires mutinés, le colonel-major Ismaël Wagué, chef d'état-major adjoint de l'armée de l'air. "Notre pays le Mali sombre de jour en jour dans le chaos, l'anarchie et l'insécurité par la faute des hommes chargés de sa destinée", a accusé l'officier. Il a assuré que les militaires voulaient assurer "une transition politique civile" qui devrait conduire à des élections générales dans un "délai raisonnable" qu'il n'a pas précisé.

    Auparavant, dans une déclaration télévisée, le président Keïta, arrêté quelques heures plus tôt par des militaires, a annoncé sa démission, la dissolution du gouvernement et celle de l'Assemblée nationale. "Je voudrais à ce moment précis, tout en remerciant le peuple malien de son accompagnement au long de ces longues années et la chaleur de son affection, vous dire ma décision de quitter mes fonctions, toutes mes fonctions, à partir de ce moment", a dit le M. Keïta dans une allocution diffusée par la télévision nationale ORTM. "Et avec toutes les conséquences de droit : la dissolution de l'Assemblée nationale et celle du gouvernement", a-t-il ajouté.

    "Militaires putschistes"
    L'organisation régionale de l'Afrique de l'Ouest, la Cédéao, a condamné l'action de "militaires putschistes" et a pris une série de mesures d'effet immédiat pour isoler le Mali. L'action des mutins a aussi suscité des protestations de l'ONU, de l'Union européenne et de la France, dont 5.100 militaires sont déployés au Sahel, en particulier au Mali, dans le cadre de l'opération antijihadiste Barkhane.

    La mutinerie a éclaté mardi matin dans la garnison militaire de Kati, près de Bamako. Des soldats ont ensuite fraternisé avec des manifestants qui réclament depuis des mois la démission du président. Puis ils ont arrêté à Bamako le président Keïta et son Premier ministre Boubou Cissé. "Nous pouvons vous dire que le président et le Premier ministre sont sous notre contrôle. Nous les avons arrêtés", au domicile du président à Bamako, a déclaré à l'AFP un des chefs de la mutinerie, qui a requis l'anonymat.
    Le directeur de la communication du chef du gouvernement, Boubou Doucouré, l'a confirmé. Le président et le Premier ministre "ont été conduits par les militaires révoltés dans des véhicules blindés à Kati", où se trouve le camp Soundiata Keïta, à une quinzaine de kilomètres de Bamako.

    Mutins acclamés
    Dans Bamako, les mutins ont été acclamés par des manifestants rassemblés pour réclamer le départ du président aux abord de la place de l'Indépendance, épicentre de la contestation qui ébranle le Mali depuis plusieurs mois, avant de se diriger vers la résidence du président Keïta, selon la même source.

    Dans la soirée, la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cédéao) a condamné le putsch.
    L'organisation régionale "condamne avec la plus grande fermeté le renversement par des militaires putschistes du gouvernement démocratiquement élu du président Ibrahim Boubacar Keïta", selon un communiqué. La Cédéao "dénie catégoriquement toute forme de légitimité aux putschistes et exige le rétablissement immédiat de l'ordre constitutionnel", déclare le communiqué. Elle "exige la libération immédiate" du président malien et "de tous les officiels arrêtés". La Cédéao "suspend" le Mali de tous ses organes de décision "avec effet immédiat".Elle "décide de la fermeture de toutes les frontières terrestres et aériennes ainsi que l'arrêt de tous les flux et transactions économiques, commerciales et financières entre les (autres) pays membres de la Cédéao et le Mali".

    Calme à Bamako au lendemain du coup d'Etat
    Le calme régnait mercredi à Bamako qui portait encore les stigmates des troubles au lendemain du coup d'Etat contre le président Ibrahim Boubacar Keïta, un putsch condamné par la communauté internationale inquiète de l'aggravation de la crise au Mali, déjà en proie aux violences jihadistes.

    Des traces des incidents ayant ponctué ce renversement de pouvoir étaient encore visibles mercredi matin à Bamako, notamment au domicile de l'ex-ministre de la Justice Kassim Tapo, attaqué et incendié par des gens en colère, selon des journalistes de l'AFP.

    La présence des soldats n'était pas visible dans les rues qui étaient tranquilles dans le centre de Bamako où des gens vaquaient à leurs occupations. L'administration et les banques étaient fermées, selon des journalistes de l'AFP.

    On était sans nouvelles du chef de l'Etat Ibrahim Boubacar Keïta, de son Premier ministre Boubou Cissé et d'autres responsables civils et militaires arrêtés mardi lors du coup d'Etat.

    Sanctions
    Enfin, la Cédéao "demande la mise en oeuvre immédiate d'un ensemble de sanctions contre tous les putschistes et leurs partenaires et collaborateurs". Une visioconférence des chefs d'Etat de la Cédéao sur "la situation au Mali" se tiendra jeudi sous la présidence du chef de l'Etat nigérien Mahamadou Issoufou, a annoncé la présidence du Niger, qui préside actuellement la Cédéao.

    Auparavant, le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres avait appelé à la "libération immédiate et sans conditions" du président malien et au "rétablissement immédiat de l'ordre constitutionnel". Le Conseil de sécurité de l'ONU se réunira mercredi en urgence au sujet de la crise au Mali, à la demande de la France et du Niger.

    Le président français Emmanuel Macron a exprimé mardi "son plein soutien aux efforts de médiation en cours des Etats d'Afrique de l'Ouest.

    Des mois de crise
    Le Mali est confronté depuis des mois à une grave crise socio-politique qui préoccupe la communauté internationale.
    Une coalition hétéroclite d'opposants politiques, de guides religieux et de membres de la société civile a multiplié les manifestations pour réclamer le départ du président Keïta, accusé de mauvaise gestion. Le Mouvement du 5 juin-Rassemblement des Forces patriotiques du Mali (M5-RFP), qui mène la contestation, avait refusé jeudi dernier une rencontre avec le président Keïta, fixant notamment comme préalable la fin de la "répression" contre ses militants.
    Le week-end du 10 juillet, une manifestation à l'appel du Mouvement du 5 juin avait dégénéré en trois jours de troubles meurtriers.


  • Mali : chaos dans le pays entre protestations et attaques armées

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    Un groupe d'hommes armés a tué au moins 12 habitants lors d'une série de raids contre sept villages Dogons situés dans la région de Mopti, au centre du Mali, le jeudi 16 juillet.
    "Parmi les morts, 10 sont des hommes qui travaillaient la terre", a déclaré un responsable local, Ali Dodo, à l'agence de presse Reuters. "Cela signifie que les attaques ont pour but d'empêcher les habitants de cultiver leurs champs", a-t-il ajouté.
    A Bamako, la capitale, les médiateurs de certains pays d'Afrique de l'Ouest discutent avec le gouvernement de la manière de mettre fin aux protestations contre le président, Ibrahim Boubacar Keita.
    L'ancien président du Nigeria, Goodluck Jonathan, est arrivé à Bamako à la tête d'une délégation du bloc régional d'Afrique de l'Ouest, la CEDEAO. Les représentants ont rencontré le président Keita et devraient discuter avec les dirigeants de l'opposition et la commission électorale. Les discussions doivent porter sur les stratégies à adopter pour mettre fin aux violents affrontements entre manifestants et les forces de sécurité, qui ont provoqué la mort d'au moins 11 personnes jusqu'à présent. "Avec votre coopération et celle des personnes de bonne volonté qui veulent résoudre le problème, j'espère que la crise prendra fin", a déclaré Jonathan le jeudi 16 juillet.
    La semaine dernière, M. Keita a promis de s'engager à mettre en œuvre les recommandations formulées par une précédente délégation de la CEDEAO arrivée dans le pays en juin. Parmi les demandes figurait une invitation adressée au gouvernement malien à "reconsidérer" les résultats des dernières élections législatives.
    Les protestations témoignent de la frustration générale face aux attaques croissantes des groupes armés et aux nombreuses violences interethniques. Keita, qui est au pouvoir depuis 2013, a promis de rencontrer des représentants de différents partis dans le but d'"apaiser la situation politique". Cependant, la coalition d'opposition, composée de chefs religieux, de politiciens et de personnalités de la société civile, a déclaré que le président semblait "ignorer les demandes" du mouvement. Il s'agit notamment de la dissolution du parlement et de la formation d'un gouvernement de transition capable de répondre aux besoins de la population. "Le mouvement réitère sa détermination à obtenir par des moyens légaux et légitimes la démission définitive du chef de l'Etat", souligne la déclaration du M5-RFP.
    La lenteur des réformes politiques, la crise économique, le manque de financement des services publics et la perception largement partagée d'une corruption rampante dans les sphères du pouvoir alimentent le sentiment anti-Keita. Le président a d'abord cherché à adopter une position conciliante, en favorisant la formation d'un gouvernement d'union nationale, lors d'un discours à la nation le 14 juin. Les manifestants ont cependant rejeté l'offre, appelant au remplacement de toute la classe dirigeante actuelle.
    Les protestations ont éclaté début juin, après que les résultats des élections législatives aient donné la victoire au parti lié au président, le Groupement pour le Mali (RPM). Le deuxième tour des élections s'était déroulé le 19 avril, en pleine pandémie de coronavirus, et enregistré l'un des taux de participation les plus faibles de l'histoire du Mali, avec environ 35 %. Le premier tour de scrutin, reporté pendant un certain temps, avait eu lieu le 29 mars. Les deux tours de scrutin ont été marqués par l'insécurité et entachés par des enlèvements, des pillages et des attaques aveugles contre les citoyens qui sont allés voter. Les incidents se sont produits principalement dans les régions du nord et du centre. De nombreux enlèvements et assassinats ont eu lieu, malgré le déploiement de quelque 1 600 observateurs indépendantsLes élections ont également été entachées par des pillages de bureaux de vote. C'est la première fois depuis 2013 que les citoyens du Mali ont pu voter pour élire de nouveaux députés à l'Assemblée nationale après plusieurs reports.