Khartoum

  • Soudan : La Russie veut établir une base militaire dans le pays

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    La Russie a l'intention de créer un centre logistique au Soudan dans le but d'assurer la sécurité des activités maritimes russes en mer Rouge, ce qui devrait permettre à Moscou de participer avec ses navires aux opérations militaires et humanitaires, en particulier au maintien de la paix menées par la communauté internationale.
     
    Le vice-ministre russe de la Défense a déclaré que le centre de logistique maritime ne sera dirigé contre aucun pays.
     
    Cette décision mettrait à rude épreuve les relations américano-soudanaises, qui viennent de s'améliorer après que l'Amérique ait retiré le Soudan de la liste des pays soutenant le terrorisme, ce qui lui permettrait de payer ses dettes à la Banque mondiale.
     
    Le président russe Vladimir Poutine a accepté à la mi-novembre de créer un centre logistique pour la marine russe au Soudan, qui pourrait accueillir des navires à propulsion nucléaire.
     
    Cette décision a été considérée par les observateurs comme la première étape ouvrant la voie à Moscou pour établir un pied militaire majeur en Afrique depuis la chute de l'Union soviétique.
     
    Andrei Antikov, écrivain et chercheur politique, a déclaré que la Russie recourrait au centre logistique du Soudan pour atteindre ses objectifs sur le continent africain et consolider les relations militaires, commerciales et économiques entre Moscou et les pays africains.
     
    L'écrivain et chercheur politique a ajouté que la période récente a été témoin d'un état d'approfondissement des relations russo-africaines.
     
    Il a expliqué que l'établissement d'une base militaire russe à Khartoum nécessitait des pourparlers avec la partie soudanaise.
     
    Antikov a confirmé que l'accord comprendra une clause indiquant que le centre logistique ne sera pas utilisé pour cibler certains pays.

  • Soudan : Affrontements entre la sécurité soudanaise et les manifestants devant le palais présidentiel

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    Frustrés par l'absence de changement dans leur vie quotidienne, des milliers de manifestants réclamant "Justice" ont défilé samedi 19 décembre dans plusieurs villes du pays, au deuxième anniversaire du début de la révolte contre l'autocrate Omar al-Bachir.

    Après après avoir brûlé des pneus provoquant des volutes de fumée noire à El Sahafa, un quartier du sud de la capitale Khartoum, des manifestants se sont dirigés vers le palais présidentiel en scandant "Justice, Justice", et "Taskout Bass" ("La chute, point final"), alors que d'autres arboraient le drapeau soudanais ou des photos de "martyrs" tués durant les manifestations de 2019. Ils reprenaient les mots d'ordre de la révolution et certains scandaient "le peuple veut la chute du régime", un cri présent dans toutes les manifestations durant le Printemps arabe. 

    Le 19 décembre 2018, des centaines de Soudanais avaient commencé à manifester dans plusieurs villes du pays après la décision gouvernementale de tripler le prix du pain en pleine crise économique. Ce mouvement s'est transformé en une révolte qui a abouti le 11 avril 2019 à la destitution par l'armée du président Omar el-Bachir, après 30 ans de pouvoir sans partage. 

    Depuis la conclusion en août dernier d'un accord entre les militaires qui avaient succédé à M. Bachir et les dirigeants de la contestation, le pays est dirigé par un gouvernement de transition, avec un Premier ministre civil et un Conseil souverain composé de civils et de militaires.

    Samedi près de l'aéroport, des manifestants tenaient une affiche du Premier ministre, Abdalah Hamdok, barrée d'une croix avec le mot "Erhal", (Dégage !). "Nous sommes descendus dans la rue aujourd'hui car le gouvernement transitoire ne satisfait pas nos demandes ni dans le domaine économique ni en matière de justice", a affirmé à l'AFP  un manifestant.

    "Message très clair" 
    En dépit de l'annonce récente par les Etats-Unis du retrait officiel du Soudan de la liste noire américaine des pays soutenant le terrorisme, la crise socio-économique persiste, accentuée par l'épidémie du coronavirus, une inflation galopante et une dette colossale, équivalente à 201% du Produit intérieur brut (PIB). Autre motif d'insatisfaction des manifestants, les responsables de la répression durant la révolution n'ont toujours pas été traduits en justice.

    Le procureur général a interdit aux forces de sécurité de tirer et d'utiliser des grenades lacrymogènes durant les manifestations. Après avoir défilé en ville, les manifestants se sont arrêtés à 10 mètres du Palais présidentiel en criant "Liberté, Liberté", "Retour des déplacés", mais aucun incident n'a été déploré jusqu'ici avec les forces de sécurité.

    Pour une manifestante, "c'est un message très clair adressé aujourd'hui au gouvernement civil et militaire. Nous possédons le pouvoir de la rue, c'est notre arme et nous l'utiliserons si nos demandes ne sont pas satisfaites", a-t-elle dit à l'AFP.

    Outre Khartoum, des manifestations ont également eu lieu à Madani, dans la province de Jazira, à Port Soudan, le principal port du pays, Atbara, dans le nord-est et à Kassala, dans l'est du pays, qui accueille des dizaines de milliers de réfugiés éthiopiens, selon des correspondants de l'AFP.

    Les relations entre militaires et civils dont des représentants forment un gouvernement de transition se sont dégradées au fil des mois, suscitant l'inquiétude de la communauté internationale et des experts. Le Premier ministre a renouvelé ses critiques acerbes envers l'armée et les services de sécurité, jugeant "inacceptable" leur poids dans l'économie - ils contrôlent environ 250 sociétés dans des secteurs vitaux.

    Pour l'ONU, "le Soudan est à un moment critique". "Il peut avancer de manière décisive dans sa transition, mais ces progrès peuvent encore dérailler face aux nombreux défis", a expliqué le 8 décembre Resemary DiCarlo, le secrétaire générale adjoint de l'ONU.