Kassala

  • Soudan: Quatre manifestants tués par les balles des forces de sécurité

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    Quatre manifestants ont été tués, jeudi 30 décembre 2021, par les tirs des forces de sécurité à Omdourman, banlieue nord-ouest de Khartoum, rapporte un syndicat de médecins pro-démocratie.

    Des milliers de personnes ont manifesté jeudi à Khartoum et dans plusieurs villes soudanaises, pour exiger un "règlement civil" et exprimer leur rejet de l'accord politique entre le commandant de l'armée Abdel Fattah Al-Burhan et le Premier ministre Abdullah Hamdok.

    Des manifestations ont eu lieu à Khartoum, Bahri (au nord de la capitale), Omdurman (à l'ouest de la capitale), Kassala, Port Soudan (à l'est) et Atbara (au nord), à l'invitation de l'« Association des professionnels » et "comités de résistance" (populaires).

    Les manifestants brandissaient les drapeaux nationaux, ainsi que des banderoles disant "liberté, paix et justice", "pas de négociation, pas de partenariat", "pas de marchandage", "le peuple est plus fort et l'apostasie est impossible" et "oui à un régime civil démocratique".

    Les autorités de sécurité ont fermé certains ponts et rues du centre de Khartoum, avec des conteneurs, des barbelés et des barrières en béton pour empêcher l'arrivée de manifestants à proximité du palais présidentiel.

    Internet et les communications téléphoniques sont bloquées au Soudan. Dans des appels relayés par des pages Facebook ou Twitter tenues par des Soudanais résidant à l'étranger, les médecins appellent leurs confrères "à venir (en renfort) à l'hôpital Arbaïn d'Omdourman car les putschistes utilisent des balles réelles contre les manifestants".

    Depuis le 25 octobre 2021, le Soudan est le théâtre de protestations contre les mesures prises par Al-Burhan, notamment la déclaration de l'état d'urgence, la dissolution des conseils de souveraineté et des ministres de transition, la destitution de Hamdok et l'arrestation de dirigeants et de responsables du parti. Les forces politiques et civiles ont considéré ces mesures comme un "coup d'Etat militaire", ce que l'armée a démenti, les a qualifiant de mesures "correctives".

    Le 21 novembre, Al-Burhan et Hamdok ont ​​signé un accord politique qui prévoyait le retour de ce dernier à ses fonctions, la formation d'un gouvernement (non partisan) des compétences, la libération des détenus politiques, et les deux parties se sont engagées à travailler ensemble pour compléter le chemin de la démocratie.

    Cependant, les forces politiques et civiles soudanaises considèrent l'accord comme une "tentative de légitimer le coup d'État" et s'engagent à poursuivre les protestations jusqu'à ce que le plein régime civil soit mis en place pendant la période de transition.

    Depuis le 21 août 2019, le pays vit une période de transition qui doit se terminer par des élections en juillet 2023. Pendant la période de transition le pouvoir est partagé par l'armée, les forces civiles et les mouvements armés qui ont signé un accord avec le gouvernement pour ramener la paix en 2020.

     

  • Soudan : Affrontements entre la sécurité soudanaise et les manifestants devant le palais présidentiel

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    Frustrés par l'absence de changement dans leur vie quotidienne, des milliers de manifestants réclamant "Justice" ont défilé samedi 19 décembre dans plusieurs villes du pays, au deuxième anniversaire du début de la révolte contre l'autocrate Omar al-Bachir.

    Après après avoir brûlé des pneus provoquant des volutes de fumée noire à El Sahafa, un quartier du sud de la capitale Khartoum, des manifestants se sont dirigés vers le palais présidentiel en scandant "Justice, Justice", et "Taskout Bass" ("La chute, point final"), alors que d'autres arboraient le drapeau soudanais ou des photos de "martyrs" tués durant les manifestations de 2019. Ils reprenaient les mots d'ordre de la révolution et certains scandaient "le peuple veut la chute du régime", un cri présent dans toutes les manifestations durant le Printemps arabe. 

    Le 19 décembre 2018, des centaines de Soudanais avaient commencé à manifester dans plusieurs villes du pays après la décision gouvernementale de tripler le prix du pain en pleine crise économique. Ce mouvement s'est transformé en une révolte qui a abouti le 11 avril 2019 à la destitution par l'armée du président Omar el-Bachir, après 30 ans de pouvoir sans partage. 

    Depuis la conclusion en août dernier d'un accord entre les militaires qui avaient succédé à M. Bachir et les dirigeants de la contestation, le pays est dirigé par un gouvernement de transition, avec un Premier ministre civil et un Conseil souverain composé de civils et de militaires.

    Samedi près de l'aéroport, des manifestants tenaient une affiche du Premier ministre, Abdalah Hamdok, barrée d'une croix avec le mot "Erhal", (Dégage !). "Nous sommes descendus dans la rue aujourd'hui car le gouvernement transitoire ne satisfait pas nos demandes ni dans le domaine économique ni en matière de justice", a affirmé à l'AFP  un manifestant.

    "Message très clair" 
    En dépit de l'annonce récente par les Etats-Unis du retrait officiel du Soudan de la liste noire américaine des pays soutenant le terrorisme, la crise socio-économique persiste, accentuée par l'épidémie du coronavirus, une inflation galopante et une dette colossale, équivalente à 201% du Produit intérieur brut (PIB). Autre motif d'insatisfaction des manifestants, les responsables de la répression durant la révolution n'ont toujours pas été traduits en justice.

    Le procureur général a interdit aux forces de sécurité de tirer et d'utiliser des grenades lacrymogènes durant les manifestations. Après avoir défilé en ville, les manifestants se sont arrêtés à 10 mètres du Palais présidentiel en criant "Liberté, Liberté", "Retour des déplacés", mais aucun incident n'a été déploré jusqu'ici avec les forces de sécurité.

    Pour une manifestante, "c'est un message très clair adressé aujourd'hui au gouvernement civil et militaire. Nous possédons le pouvoir de la rue, c'est notre arme et nous l'utiliserons si nos demandes ne sont pas satisfaites", a-t-elle dit à l'AFP.

    Outre Khartoum, des manifestations ont également eu lieu à Madani, dans la province de Jazira, à Port Soudan, le principal port du pays, Atbara, dans le nord-est et à Kassala, dans l'est du pays, qui accueille des dizaines de milliers de réfugiés éthiopiens, selon des correspondants de l'AFP.

    Les relations entre militaires et civils dont des représentants forment un gouvernement de transition se sont dégradées au fil des mois, suscitant l'inquiétude de la communauté internationale et des experts. Le Premier ministre a renouvelé ses critiques acerbes envers l'armée et les services de sécurité, jugeant "inacceptable" leur poids dans l'économie - ils contrôlent environ 250 sociétés dans des secteurs vitaux.

    Pour l'ONU, "le Soudan est à un moment critique". "Il peut avancer de manière décisive dans sa transition, mais ces progrès peuvent encore dérailler face aux nombreux défis", a expliqué le 8 décembre Resemary DiCarlo, le secrétaire générale adjoint de l'ONU.