Karukh (province de Herat)

  • Afghanistan : Trois nouvelles capitales provinciales du Nord aux mains des talibans

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    Les talibans ont renforcé dimanche 8 août 2021 leur contrôle sur le nord de l'Afghanistan, en s'emparant de trois capitales provinciales supplémentaires, dont la grande ville de Kunduz, dans une large offensive que l'armée semble incapable d'enrayer.

    A quelques heures d'intervalle, les insurgés ont, après de violents combats, pris possession de Kunduz, qu'ils encerclaient depuis quelques semaines. Ils ont ensuite pris Sar-e-Pul, puis Taleqan en fin de journée, les capitales des provinces situées au sud et à l'est de Kunduz. Ils contrôlent maintenant cinq des 34 capitales provinciales afghanes.

    Les affrontements ont débuté dans la matinée et les talibans ont fini par prendre la ville "sans beaucoup de combats" alors que les responsables et forces sécuritaires ont fui la ville. "Les talibans sont partout dans la ville avec leurs drapeaux blancs sur des pickups et Humvees. Certains tirent en l'air pour célébrer (leur victoire)" a raconté un habitant. "Nous avons peur et nous n'osons pas encore sortir de nos maisons".

    Un responsable sécuritaire a confirmé la fuite des forces afghanes et responsables locaux vers un district voisin. "Le gouvernement a échoué à nous envoyer de l'aide et nous nous sommes retirés de la ville cet après-midi", a-t-il indiqué.

    Zabihullah Mujahid, un porte-parole taliban, a confirmé la prise de Taleqan assurant que "la sécurité y a été restaurée" ainsi que celle de Kunduz et Sar-e-pul, tombées dans la matinée. "Les talibans ont pris le contrôle de tous les bâtiments clefs de la ville", a affirmé un correspondant de l'AFP à Kunduz.

    La ville d'environ 300.000 habitants, déjà tombée deux fois ces dernières années aux mains des insurgés, en 2015 et 2016, est un carrefour stratégique du nord de l'Afghanistan, entre Kaboul et le Tadjikistan. La prise de Kunduz constitue le principal succès militaire des talibans depuis le début de leur offensive en mai 2021, lancée à la faveur du retrait des forces internationales, qui doit être complètement achevé d'ici le 31 août.

    Après s'être emparés de vastes territoires ruraux, ils concentrent leurs efforts depuis le début août sur les centres urbains, encerclant plusieurs capitales provinciales. "C'est le chaos total", a affirmé Abdul Aziz, un résident du centre de Kunduz, joint au téléphone par l'AFP.

    Toujours des combats à Kunduz
    Fin juin, les talibans avaient conquis le poste-frontière de Shir Khan Bandar à Kunduz, frontalier du Tadjikistan, un axe névralgique pour les relations économiques avec l'Asie centrale.
    Des sources locales ont rapporté que la prison, les QG de la police et du renseignement (NDS) étaient tombés aux mains des talibans tandis que les forces pro-gouvernementales restantes se seraient retirées à l'aéroport de Kunduz. Vidéo des talibans à Kunduz.
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    Le ministère de la Défense a affirmé de son côté que les troupes gouvernementales tentaient de reprendre des zones clés de Kunduz. "Les forces commandos ont lancé une opération de nettoyage. Certains endroits, dont la radio nationale et les bâtiments de la télévision, ont été dégagés", a-t-il affirmé. "La capture de Kunduz est vraiment importante car elle va libérer un grand nombre de combattants talibans qui pourront ensuite être mobilisés en d'autres endroits du Nord", a souligné pour l'AFP Ibraheem Thurial Bahiss, consultant de l'International Crisis Group (ICG). Les affrontements sont également en cours entre les forces spéciales afghanes et les talibans dans des villages stratégiques autour de la ville de Kunduz. Vidéo.
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    Selon le Corps des opérations spéciales (CGRI), les commandos ont repris aux talibans le carrefour du général Abdul Raziq et le siège de la télévision nationale dans le centre de Kunduz.
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    Après Kunduz, Sar-e-Pul est aussi tombée aux mains des talibans. Ceux-ci s'étaient déjà emparés samedi de Sheberghan, plus au nord, fief du célèbre chef de guerre Abdul Rashid Dostum.

    Parwina Azimi, une activiste des droits humains, a affirmé à l'AFP par téléphone que les responsables administratifs et le reste des forces armées s'étaient retirés vers des baraquements à environ trois kilomètres de Sar-e-Pul. Mirwais Stanikzai, porte-parole du ministère de l'Intérieur, a quant à lui indiqué que des renforts, dont des forces spéciales, avaient été envoyés à Sar-e-Pul et Sheberghan. "Les villes que les talibans veulent prendre seront bientôt leurs cimetières", a-t-il ajouté.

    Le ministère afghan de la Défense a déclaré que des avions de chasse américains B-52 ont attaqué des positions talibanes à Sheberghan, la capitale de la province de Jawzhan (carte ci-dessous). Fouad Aman, porte-parole adjoint du ministère, a écrit sur Twitter que l'attaque a eu lieu à 18h30, samedi 7 août, et  fait de lourdes pertes parmi les talibans.
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    De leur côté, les talibans ont affirmé que le chef du conseil provincial de Jawzhan les avait rejoints.
    Zabihullah Mujahid, porte-parole des talibans, a écrit sur Twitter que Babar Ishchi et 20 de ses hommes avaient rejoint les talibans
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    Province de Herat
    Les talibans du district de Karkh, dans la province d'Herat, ont rassemblé aujourd'hui un certain nombre de veuves sous prétexte d'aide alimentaire, puis ont demandé un mollah du groupe et les ont mariées de force à leurs combattants

    Province de Samangan
    Au moins sept insurgés talibans ont été tués et cinq autres blessés lors d'une opération conjointe de la police nationale afghane, des forces de sécurité nationales afghanes et du soulèvement national afghan dans le district de Hazrat Sultan de la province de Samangan.
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    Rapidité de l'avancée des talibans
    L'incapacité de Kaboul à tenir le nord du pays pourrait s'avérer cruciale pour les chances de survie du gouvernement. Le nord de l'Afghanistan a toujours été considéré comme une place forte anti-talibans, où la résistance à leur encontre avait été la plus forte lors de leur accession au pouvoir dans les années 1990.

    Les talibans ont dirigé le pays entre 1996 et 2001, en imposant leur version ultra-rigoriste de la loi islamique, avant d'être chassés par une coalition internationale menée par les États-Unis. Vendredi, les insurgés s'étaient aussi emparés de la ville de Zaranj, capitale de la province de Nimruz (sud), à la frontière avec l'Iran.

    Kandahar (sud) et Hérat (ouest), deuxième et troisième villes du pays, sont aussi soumises à leurs assauts depuis plusieurs jours, tout comme Lashkar Gah (sud), capitale de la province du Helmand, un des bastions des insurgés. La rapidité de l'avancée talibane a pris par surprise les forces de sécurité afghanes, malgré l'aide reçue de l'armée de l'air américaine.

    Les États-Unis ont intensifié leurs frappes aériennes, a reconnu le commandant Nicole Ferrara, porte-parole du Commandement central de l'armée américaine, qui a déclaré samedi à l'AFP : "Les forces américaines ont procédé ces derniers jours à plusieurs frappes aériennes pour défendre nos partenaires afghans". Les combats et bombardements ont poussé des centaines de milliers d'Afghans à fuir leurs maisons.

    Samedi, douze passagers d'un bus ont été tués dans l'explosion d'une mine placée en bord de route alors qu'ils tentaient de fuir la ville de Gardez, dans la province de Paktia (sud-est). "J'ai perdu ma mère, mon père, mes deux frères, mes deux belles-soeurs et d'autres membres de la famille", a raconté Noor Jan.

  • Afghanistan : Une nouvelle milice pro-iranienne en Afghanistan

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    La presse iranienne a annoncé la formation d'une milice, appelée « Hashd Al-Shi'i », qui en arabe signifie « mobilisation chiite », en soutien au gouvernement afghan contre les talibans. 

    La nouvelle a commencé à se répandre à partir du 19 juillet, lorsque le journal iranien "République islamique" a révélé que le groupe avait annoncé sa présence en Afghanistan. L'article en question portait les mots de Saeed Hassan Al-Haidari, le commandant du groupe, qui a déclaré : « Je commanderai des groupes populaires qui combattront aux côtés des forces gouvernementales pour défendre notre patrie de la même manière que j'ai défendu le sanctuaire de mon ancêtre Imam Ali », en référence au premier des 12 imams chiites. Le même journal a rapporté que certains des membres du nouveau groupe sont d'anciens membres de la brigade Fatemiyoun. Cette organisation est principalement composée de citoyens afghans qui ont été recrutés par la force spéciale al-Qods du Corps des gardiens de la révolution Islamique d'Iran. La milice était à la pointe des opérations militaires de Téhéran en Syrie, en soutien au président Bachar al-Assad. 

    Déjà le 21 décembre 2020, le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, était apparu à la télévision afghane suggérant que le gouvernement de Kaboul pourrait utiliser la brigade Fatemiyoun pour "combattre le terrorisme et protéger la sécurité de l'Afghanistan". Zarif a ensuite ajouté que la milice était en Syrie "volontairement" et que celle-ci comptait un peu moins de 5 000 combattants. Seuls 2 000 d'entre eux se trouvaient encore en Syrie. Certains politiciens afghans et représentants de la société civile ont  réagi avec scepticisme et indignation  à la proposition iranienne de rapatrier les combattants afghans. D'après  certains témoignages, nombre de ces militants ne sont rien de plus que des réfugiés afghans en Iran qui ont été contraints de rejoindre la milice iranienne. C'est aussi la reconstruction du  département du Trésor américain , qui a placé la Brigade sur la liste noire des sanctions américaines le 24 janvier 2019. Cependant, l'Iran soutient qu'il s'agit de volontaires qui sont régulièrement payés pour leurs services. 

    Face à la formation d'une nouvelle milice iranienne opérant sur le sol afghan, certains représentants de Kaboul ont prévenu l'Iran des risques à cet égard. Qasem Vafaizadah, chef du ministère afghan de l'Information et de la Culture, a déclaré : "Avec ce genre de complot, l'Iran complique la guerre en Afghanistan en provoquant la population et en créant des menaces pour la sécurité, mais cet incendie les brûlera aussi". Par ailleurs, Vafaizadah a souligné qu'il n'y a pas de place dans le pays "pour ces groupes de mercenaires qui agissent comme des marionnettes de puissances étrangères".L'Iran entretient de bonnes relations avec le gouvernement de Kaboul, malgré le fait qu'il soit le principal allié des États-Unis dans la région. Même en temps de crise économique, l'Iran a officiellement subventionné l'Afghanistan. Cependant, Téhéran a été accusé d'avoir maintenu des contacts avec certaines cellules du soulèvement taliban, malgré le fait qu'elles étaient responsables de graves discriminations et violences contre la minorité chiite afghane, les Hazaras. 

    Parallèlement, le 26 juillet, Mohammad Ebrahim Taherian, le représentant spécial du ministère iranien des Affaires étrangères pour l'Afghanistan a rencontré le ministre afghan des Affaires étrangères, Mohammad Hanif Atmar, à Kaboul et a réitéré le soutien de son pays. Selon des sources iraniennes, Atmar aurait apprécié "les positions raisonnables de l'Iran" en soutenant les efforts de paix visant à mettre fin à la violence continue et aux violations des droits humains perpétrées par les talibans. Le représentant de Kaboul a également déclaré que cette escalade conduirait à une propagation de l'extrémisme et à un renforcement des groupes terroristes internationaux, tels que l'État islamique. Dans ce contexte, selon Atmar, la coopération politique, économique, culturelle et commerciale entre Kaboul et Téhéran représenterait un besoin urgent, soulignant la nécessité pour l'Iran d'agir en tant que médiateur pour la paix afghane. 

    Le 22 juin, Deborah Lyons, la représentante spéciale du secrétaire général de l'ONU pour l'Afghanistan, a averti que les talibans ont pris le contrôle de plus de 50 des 370 districts afghans depuis mai, notant que les zones conquises entourent les capitales provinciales. La crainte est que les talibans préparent le terrain pour lancer les derniers assauts une fois que les forces étrangères se seront complètement retirées. Le 24 juillet, le gouvernement afghan a imposé un couvre-feu d'un mois dans la majeure partie du pays pour tenter d'empêcher les talibans d'envahir les villes. Tous les déplacements sont interdits, de 22 heures à 4 heures du matin, sur tout le territoire national, à l'exception de la capitale Kaboul et de deux autres provinces, celles du Panjshir et de Nangarhar. 

    Alors que le pays est en proie à la violence dans la province d'Herat, à la frontière avec l'Iran,  le gouvernement afghan a eu la satisfaction de voir que les forces armées avaient pu résister aux talibans. 

    Dans la soirée du 28 juillet, une attaque des talibans contre la ville d'Herat et le district de Karukh a été repoussée avec succès, éliminant au moins 40 talibans, selon les autorités afghanes locales. De leur côté, les talibans n'ont pas confirmé ces pertes et la situation dans la zone reste instable, avec des informations faisant état de nouveaux combats dans d'autres zones. "Nous avons des chars et du matériel militaire et nous nous battrons avec acharnement contre les talibans", a déclaré Akram Khan, un commandant à Herat. « Nous défendons notre sol. Nous n'avançons pas pour le moment pour éviter des pertes civiles », a ajouté Abdul Rahim, un membre du commando. Mohammad Ismail Khan, un ancien chef moudjahidine qui dirige également les forces d'insurrection publiques, composées de citoyens armés qui soutiennent l'armée contre les talibans.
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  • Afghanistan : Derniers évènements sécuritaires

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    Province de Herat 
    Les Forces nationales de sécurité et de défense ont mené une série d'opérations sécuritaires dans le district de Karukh, au cours desquelles un gouverneur de district et un juge désignés par les talibans pour la province d'Herat ont été tués ainsi que sept autres islamistes.

    Province de Kandahar
    Le porte-parole du ministère de l'Intérieur, Mirwais Stanekzai, a déclaré que les talibans avaient expulsé environ 400 personnes de leurs maisons à Spin Boldak, à la frontière avec le Pakistan. Les corps de cinq personnes ont été découverts par les forces de sécurité. "Certains ont été martyrisés dans leurs maisons.

    Province de Logar
    L'armée de l'air du pays a effectué une frappe dans la ville de Zarghon Shahr, du district de Mohammad Agha de la province de Logar. « 22 terroristes talibans et 6 terroristes pakistanais, dont le colonel Javed, ont été tués au cours de l'opération et une grande quantité de munitions a été détruite.
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    Un traducteur afghan de l'armée américaine décapité
    Les talibans ont décapité Soheil Pardis, qui travaillait comme traducteur pour les forces américaines, sur la route Kaboul-Khost. M. Pardis avait 32 ans et laisse une fille de 9 ans.