Haïdar Abadi

  • Irak: Daech n’a pas disparu. Il mène avec succès une guerre de guérilla contre l’État irakien

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    PAR JEAN-RENÉ BELLIARDLE 

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    Officiellement, le nord et l’ouest de l’Irak ont été libérés de l’État islamique en octobre 2017. Mais la campagne militaire a été menée dans la précipitation. Dans la plupart des cas, les jihadistes ont simplement abandonné le terrain aux forces irakiennes sans opposition, pour trouver refuge dans des zones isolées comme les déserts et les montagnes.
    Aujourd’hui, les jihadistes sont de retour. Les unités d’élite irakiennes qui avaient combattu Daech sur le champ de bataille ont quitté la région, et les forces qui les ont remplacées sont mal entraînées et mal réparties sur ces vastes régions désertiques et vallonnées, traversées de rivières et de canaux d’irrigation qui offrent aux insurgés de nombreux endroits pour se cacher.
    De nos jours, presque personne n’ose s’aventurer dehors après le crépuscule. Tout le monde sait que la nuit appartient aux jihadistes.
    Les militants viennent la nuit dans les villages pour obliger les habitants à leur donner de la nourriture et de l’eau et inspirer la peur. Ils ont pris l’habitude d’appeler les téléphones cellulaires des habitants pour demander où se trouvent les forces de sécurité gouvernementales.
    Les incidents se multiplient et deviennent quotidiens dans les régions reculées du nord de l’Irak, une région qui s’étend sur des milliers de kilomètres carrés dans les provinces de Kirkuk, Salahuddin, Diyala et Sulaimaniyah. Sept mois seulement après la victoire proclamée par le Premier ministre Haider al-Abadi sur Daech en Irak, les jihadistes se sont regroupés et intensifient leurs attaques de type guérilla.

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    Aujourd’hui, la situation est telle que les jihadistes de Daech traversernt les villages en plein jour, entrant parfois dans des mosquées pour demander aux fidèles la zakat, une contribution caricative en vertu de la loi islamique.
    Les routes reliant les villes de Kirkouk et Hawija sont criblées de cratères et bordées de poteaux électriques abattus, résultat d’engins explosifs improvisés (IED) plantés la nuit pour entraver la circulation et l’approvisionnement en électricité. Les enlèvements contre rançon augmentent obligeant les parents à laisser leurs enfants à la maison. Les villageois racontent les meurtres effroyables de dirigeants locaux qui, avec les forces de sécurité locales, sont considérés comme les opposants les plus farouches du groupe islamiste.
    Lors d’un incident particulièrement horrible qui a déclenché l’indignation nationale en juin, les jihadistes de Daech ont enlevé huit personnes, dont des membres des forces de sécurité irakiennes, à un faux poste de contrôle installé le long de la route Kirkouk-Baghdad et les a toutes exécutées. En réponse, al-Abadi a ordonné l’exécution immédiate de 12 condamnés à mort de Daech et a lancé une nouvelle opération pour poursuivre les jihadistes dans les provinces de Salahuddin, Diyala et Kirkuk.
    La campagne, que le gouvernement a solennellement surnommée  » la vengeance des martyrs « , a duré deux semaines et a impliqué de nombreuses forces de sécurité, y compris la Division d’intervention d’urgence, ou ERD, une unité d’élite irakienne autrefois formée par les États-Unis et qui relève du ministère de l’intérieur, les Forces de mobilisation populaire (Hashd al-Chaabi), un groupe-cadre composé pour l’essentiel de miliciens chiites et la police fédérale. Mais ces unités ont employé des tactiques inefficaces basées sur des renseignements insuffisants ; la « Revanche des Martyrs » était plus, en fait, une tentative pour calmer la colère de la population qu’un véritable effort pour sécuriser la zone.
    Les forces de sécurité irakiennes ne sont pas préparées aux combats auquels elles sont actuellement confrontées. Bien que plus faible qu’à l’époque du califat, Daech est de aujourd’hui une formidable force insurrectionnelle qui se nourrit de la faiblesse persistante de l’État irakien, qui exaspère son peuple par la faiblesse de ses services et par les abus des forces de sécurité. Ces forces, quant à elles, n’ont pas la formation, les connaissances locales et la confiance des communautés pour l’emporter sur les jihadistes dont la brutalité à l’époque du Califat a terrifié les civils à un tel point qu’ils n’osent pas résister.
    Au cours de l’opération de nettoyage de juillet, deux brigades de la Division d’intervention d’urgence (ERD) ont quitté leur base dans la ville de Tuz Khurmatu. Des dizaines de Humvees et des pick-ups équipés de mitrailleuses ont traversé le paysage désolé. Par des températures de près de 50 degrés, les combattants du gouvernement ont pris position au sommet des collines surplombant l’Adhaim, un affluent du Tigre qui prend sa source dans les montagnes kurdes à l’est et traverse Salahuddin vers l’ouest.
    « Le général Thamer Mohammed, qui dirige l’ERD, a ordonné à ses troupes en position à l’un des avant-postes :  » Tout bateau que vous voyez, tout ce qui bouge, tirez dessus « .
    L’ERD a été formé par les forces américaines avant 2014, selon un porte-parole de l’ERD, et est devenue l’une des forces clés dans la récente guerre contre Daech. Mais en 2015, elle a été mise sur liste noire en vertu de la loi Leahy, qui interdit d’apporter un soutien militaire américain à des groupes armés étrangers impliqués dans des violations des droits de l’homme. Les États-Unis n’ont pluss entraîné ni équipé l’ERD pendant la guerre contre Daech. Is ont toutefois continué à fournir des conseils tactiques et un soutien aérien.
    Although American aid was invaluable in winning the more conventional war against Daech, the ERD’s experience on the battlefield did not prepare it to face an insurrection. In the case of the July operation, hundreds of government fighters were seen, followed by a column of Humvees, walking more than 5km in an area where intelligence officers expected to find between 60 and 120 militants. The scene was imposing, reminiscent of the great battles that Iraqi soldiers fought during the war. But in these arid lands, government forces were visible for miles around – and activists could not be found. After two days of searching, the ERD members, bored and exhausted by the scorching heat, had not stopped or killed a single insurgent.
    Despite the apparent ineffectiveness of the mission, the area has been declared cleared.
    The other problem is that there is no continuity in security operations. That same evening, Interior Minister Qasim Al Araji ordered the ERD to deploy immediately to southern Iraq, where violent anti-government demonstrations had broken out a few days earlier. The two ERD battalions withdrew from the areas around Tuz Khurmatu, once again abandoning the « cleared » area to the Daech jihadists.
    The July operation was in line with previous unsuccessful attempts to dislodge Daech’s jihadists, as government forces were unable to adapt to the new reality. « Daech’s] strategy is essentially to let the wave pass, to let the clean-up operation pass, and then resume its activities, » said Jennifer Cafarella, Director of Intelligence Planning at the Institute for the Study of War in Washington, DC.
    The Iraqi security forces, for their part, have not adapted to the new nature of the conflict. Despite the $5.6 billion allocated by the United States to train and equip them since 2015 – including an administrative budget request of $850 million for 2019 – analysts say that the skills acquired by Iraqi troops over the past four years will not be sufficient to defeat Daech in its current form.
    « The problem is that when we rebuilt the security forces from 2014 to 2018, we did it to get Daech out of the cities – you know, high-intensity fighting, urban cleaning operations, » said Michael Knights, a senior researcher at the Washington Institute for Near East Policy, who has been advising the Iraqi security forces since 2009. « What we have not equipped them with is a long and slow counterinsurgency. »
    Although Daech lost most of the 35,000 square kilometres of land it occupied at the height of its reign in Iraq, a recent US government report estimates that between 15,500 and 17,100 Daech fighters survived in Iraq alone. These combatants, considered by observers as having no leader since their defeat in Mosul, are now regrouping and gradually regaining a command and control structure.
    « The pattern of attacks is becoming more and more sophisticated, » said Cafarella. « We are witnessing the transformation of a small number of Daech cells into isolated pockets after the fall of Mosul into a campaign of attacks that confirms that the command and control structure has been restored. »

    Liste des articles publiés sur Frontlive-Chrono les samedi 15 et dimanche 16 septembre 

    • Burkina: au moins 8 personnes tuées par des islamistes dans une double attaque à l’Est – Log in
    • Cisjordanie: un Israélien poignardé à mort, son agresseur « neutralisé » – Log in
    • Egypte : les deux fils Moubarak arrêtés pour manipulation boursière – Log in
    • Irak : le candidat soutenu par la liste pro-Iran élu président du Parlement – Log in
    • Irak: Daech n’a pas disparu. Il mène avec succès une guerre de guérilla contre l’État irakien – Log in
    • Syrie: Des missiles israéliens ont ciblé l’aéroport de Damas – Log in
    • Yémen: Les houthis disent avoir tiré un missile balistique dans le Sud saoudien – Log in
    • Yémen: 32 rebelles tués, l’émissaire de l’ONU à Sanaa – Log in
  • Irak: Chaos à Bassorah, les manifestants se sont dirigés vers le consulat d’Iran

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    Les émeutes se poursuivent à Bassorah. Les manifestants ont de nouveau incendié le bâtiment de l’administration provinciale. Plusieurs autres bâtiments administratifs ont été incendiés. Les autorités ont décidé d’instaurer un couvre-feu avant de revenir sur leur décision.
    Les manifestants ont également attaqué le quartier général de la milice pro-iranienne  » Asaib Ahl al-Haq « . Ils se sont également dirigés vers le consulat iranien, en chantant  » Nous sommes pacifiques « .
    L’influent théologien chiite Muqtada al-Sadr, dont les partisans ont remporté les élections législatives, a prononcé un discours télévisé devant le peuple irakien. Il a exigé une réunion d’urgence du parlement et a interpellé le Premier ministre Haidar al-Abadi.
    Depuis début septembre, neuf manifestants ont été tués à Bassorah. Plus de 100 personnes ont été blessées. 18 des victimes sont des policiers.
    Le Premier ministre irakien Haydar al-Abadi a critiqué la police pour avoir tiré à balles réelles sur les manifestants. Mais parallèlement, il a ordonné l’envoi de forces de police supplémentaires à Bassorah.
    Les habitants de la ville protestent contre le chômage, la corruption et l’inaction des autorités, les coupures de courant et la mauvaise qualité de l’eau potable. La pollution de l’eau a entraîné une intoxication massive et une hospitalisation de près de 20 000 personnes.


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  • Irak: 13 terroristes exécutés en représailles à l’assassinat de huit otages par Daech

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    Vendredi 29 juin 2018, dans le cadre d’une procédure judiciaire accélérée, 13 personnes ont été exécutées pour activités terroristes, rapporte Reuters.
    L’agence note que les exécutions ont eu lieu quelques heures après que le Premier ministre Haidar al-Abadi ait appelé à l’exécution rapide des condamnations à mort en réponse à l’enlèvement et au meurtre de huit membres des forces de sécurité irakiennes par les terroristes de Daech.
    La déclaration du service de presse du gouvernement irakien souligne que les condamnations à mort des 13 terroristes ont été exécutées ce vendredi 29 juin après qu’elles aient été approuvées par toutes les instances judiciaires.

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  • Irak : L'armée irakienne détruit un véhicule-kamikaze de Daech près de Mossoul

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    Ceci est un court extrait de la newsletter quotidienne publiée par le groupe Ptolémée animé par Jean René Belliard et envoyée aux abonnés uniquement.

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  • Nouveau conflit en Irak ? l'armée irakienne avance en direction de Kirkouk

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    Irak
    Kirkouk
    Nouveau conflit en Irak ? l'armée irakienne avance en direction de Kirkouk
    Les forces gouvernementales irakiennes, notamment la 9ème division, se sont mises en mouvement, vendredi 13 octobre, dans le sud de la province de Kirkouk, reprenant des positions occupées depuis trois ans par les combattants kurdes. Cette province pétrolière du nord de l'Irak est revendiquée par le Kurdistan autonome.
    Face à elles, des milliers de combattants kurdes (peshmergas) étaient prêts à "défendre" leurs positions, selon les autorités kurdes, en crise ouverte avec le gouvernement central depuis la tenue le 25 septembre de leur référendum d'indépendance contre l'avis de Bagdad.
    "Les forces armées irakiennes avancent pour reprendre (aux peshmergas) les postes militaires dont ils se sont emparés lors des événements de juin 2014", dans le chaos créé par la percée jihadiste, a indiqué à l'AFP un général des forces armées irakiennes qui s'exprimait sous le couvert de l'anonymat depuis une position au sud de la ville de Kirkouk.
    Il a indiqué que les forces gouvernementales faisaient mouvement vers le sud de la province. Elles ont repris "vendredi matin la Base-102, à l'ouest de la ville de Kirkouk, près de l'autoroute menant à Tikrit, désertée sans combat par les peshmergas" dans la nuit, a-t-il poursuivi.
    Cheikh Jaafar Moustafa, commandant peshmerga dans la province de Kirkouk, a indiqué lors d'une conférence de presse à la mi-journée que les combattants kurdes s'étaient retirés de zones où ils s'étaient avancés pour combattre les jihadistes de l'Etat islamique (EI).
    "Nous sommes revenus sur nos lignes dans les environs de Kirkouk et nous défendrons la ville de Kirkouk en cas d'attaque", a-t-il ajouté. "Si l'armée irakienne s'y avance, nous nous battrons".
    Des médias kurdes ont évoqué un retrait des peshmergas sur 72 km².
    Le premier ministre dit être prêt à négocier mais l'armée a reçu un ordre de marche
    Cheikh Moustafa a en outre affirmé avoir tenté une médiation. "Nous avons informé les commandants militaires présents sur place que nous étions en contact" avec le Premier ministre Haider al-Abadi et "qu'il nous avait dit que nos problèmes seraient réglés par le dialogue sous 48 heures", a-t-il rapporté.
    "Mais les commandants militaires nous ont répondu qu'ils avaient des ordres leur intimant d'avancer vers ces régions et qu'ils ne se préoccupaient pas des déclarations de M. Abadi", a ajouté le commandant peshmerga.
    Les unités d'élite de la police et du contre-terrorisme, ainsi que les Unités paramilitaires de mobilisation populaire (Hached al-Chaabi, une coalition de milices majoritairement chiites et soutenue par l'Iran) participent à ces opérations, a affirmé à l'AFP le général des forces armées irakiennes.
    Le Hached  al-Chaabi a  publié des photos montrant un de ses membres en tenue kaki faisant le V de la victoire devant un drapeau kurde. Sur d'autres images, on peut voir des affiches de cette force paramilitaire collées sur un panneau routier.
    L'armée se défend de mener une offensive et parle seulement d'opération de sécurisation
    Le Commandement des opérations conjointes nie qu'une opération militaire ait démarré au sud de Kirkouk. "Nous confirmons que nos forces sont toujours en train de mener des opérations de déminage, d'inspection et de sécurisation dans les zones libérées et avertissons les médias qui tentent de tromper l'opinion publique que nous intenterons des poursuites contre eux."
    Les Peshmergas ont reçu l'ordre de défendre le Kurdistan coûte que coûte
    Des véhicules Peshmergas positionnés le long de la route menant à Kirkouk
    En face, Hemin Hawrami, conseiller du président du Kurdistan autonome Massoud Barzani, a assuré sur Twitter que "des milliers de peshmergas lourdement armés" étaient dans la province de Kirkouk avec "pour ordre de se défendre quel qu'en soit le prix". "L'escalade ne viendra pas de notre part, nous nous défendrons seulement et nous les repousserons s'ils attaquent", a-t-il ajouté.
    Un conflit dévastateur
    Pour Qubad Talabani, vice-premier ministre du Kurdistan, "les mouvements militaires irakiens sur Kirkouk mèneront à un conflit dévastateur. La sagesse doit prévaloir, la progression (des troupes irakiennes) doit cesser et le dialogue doit commencer."
    Pétrole et base militaire
    Les autorités du Kurdistan autonome disent redouter que les forces gouvernementales disséminées à travers le pays à l'issue des différentes batailles contre l'EI ne retournent désormais leurs armes contre les peshmergas.
    Dans la ville même de Kirkouk, les habitants se ruaient sur les stations-service. Dans les quartiers à majorité kurde, dans le nord de la ville, des civils étaient sortis avec des armes, ont rapporté des témoins.
    Le gouvernement kurde affirme citant ses services de renseignement que les forces de Bagdad ont l'"intention de s'emparer des champs pétroliers, d'un aéroport et d'une base militaire".
    Les autorités centrales, par le biais de la société d'Etat, la North Oil Company (NOC), étaient en charge de l'ensemble des champs pétroliers de la riche province de Kirkouk.
    Mais en 2008, les Kurdes avaient pris le contrôle du champ de Khormala. Et en 2014, dans le chaos créé par l'offensive des jihadistes, ils se sont également emparés de Havana et Bay Hassan.
    Quant à la base, il s'agit de celle de la 12e division de l'armée irakienne, dont les peshmergas s'étaient emparés en juin 2014 en chassant les soldats peu après la chute de Mossoul aux mains des jihadistes. L'aéroport est mitoyen.
    Les trois champs pétroliers de la province de Kirkouk fournissent 250.000 barils par jour sur les 600.000 b/j de pétrole qu'exporte la région du Kurdistan irakien en dépit du refus de Bagdad. Si les Kurdes perdaient ces champs, cela constituerait une perte considérable pour la région autonome qui traverse sa pire crise économique.
    Une  opportunité pour l'Etat islamique
    L'affrontement prévisible entre Kurdes et l'autorité centrale irakienne est non seulement un conflit entre Kurdes et Arabes, éventuellement Turkmènes, mais également entre Sunnites et Chiites, les Kurdes étant majoritairement de confession sunnite alors que le gouvernement de Bagdad est plutôt contrôlé par la majorité chiite. On peut prévoir que l'Etat islamique, comme il l'a fait à d'autres occasions et dans d'autres pays, va s'activer pour exploiter à fond cette soudaine  opportunité, profitant de l'éclatement du front anti-jihadistes en morceaux.
     
    Jean René Belliard

     

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  • Course aux armements à Kirkouk - une poudrière au nord de l'Irak

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    Irak
    TribunalIrakien
    Un tribunal irakien ordonne l'arrestation des organisateurs du référendum kurde
    Abdel Sattar al-Bireqdar
    Un tribunal à Bagdad a ordonné, mercredi 11 octobre, l'arrestation du président et des deux membres de la Commission ayant organisé le référendum d'indépendance au Kurdistan irakien, a indiqué à l'AFP Abdel Sattar al-Bireqdar, porte-parole du Conseil suprême de la magistrature.
    Cette décision a été rendue après que la justice a été saisie par le Conseil de la sécurité nationale, présidé par le Premier ministre irakien Haider al-Abadi et où siègent plusieurs ministres, a-t-il précisé.
    Hendren Saleh, le président de la commission, ainsi que Yari Hadji Omar et Wahida Yofo Hermez "ont organisé le référendum en contrevenant à la décision de la Cour suprême" irakienne, a-t-il fait valoir.
    La Cour suprême, plus haute instance judiciaire centrale, avait décidé le 18 septembre de suspendre cette consultation dans la région autonome du Kurdistan, la jugeant contraire à la Constitution.
    L'ordre d'arrêter les responsables de l'organisation du référendum a été rendu par le tribunal de Rasafah, la rive est du fleuve Tigre, qui englobe la moitié de la capitale irakienne.
    Elle empêche de fait les trois responsables kurdes, qui avaient effectué de nombreuses navettes pour rencontrer des responsables à Bagdad à l'approche du référendum, de circuler dans les provinces irakiennes, hors des trois gouvernorats de la région autonome.
    Exactement deux semaines après une victoire massive du "oui" lors de cette consultation controversée, la crise continue de s'envenimer entre Erbil et Bagdad.
    Lundi 9 octobre, le gouvernement central avait annoncé de nouvelles mesures de rétorsion économiques et judiciaires contre le Kurdistan irakien, multipliant les menaces sans toutefois détailler ses décisions.
    Plus tôt dans la journée du mercredi 11 octobre, la Cour suprême irakienne s'était déclarée incompétente pour statuer sur le sort des députés du Parlement central à Bagdad ayant promu le référendum d'indépendance au Kurdistan irakien ou voté lors de cette consultation.

    Kirkouk
    Course aux armements à Kirkouk - une poudrière au nord de l'Irak
    La crise au Kurdistan irakien et notamment dans la ville de Kirkouk, disputée entre les autorités centrales de Bagdad et celles du Kurdistan, a provoqué une course aux armements, ce qui ne présage rien de bon pour l'avenir. Rappelons que la ville est ethniquement mélangée entre Kurdes,  Turkmènes et Arabes. Chacune des communautés et particulièrement les Turkmènes et les Arabes s'activent pour se protéger d'une prise de contrôle imminente de leur ville par les kurdes. Les ventes d'armes légères sur le marché noir a grimpé en flèche et avec elles les prix.
    Au cours des deux dernières semaines seulement, le prix d'un fusil d'assaut de type AK-47 (Kalachnikov) a atteint un million de dinars (800 $) et un pistolet Beretta est vendu pour un prix d'environ 1000$.
    D'autres armes vendues incluent des armes de poing et des grenades. Ces armes sont offertes par des marchands d'armes - y compris sur Facebook. Il s'agit très souvent de membres des services de sécurité ou de milices qui ont participé aux combats. Ils se sont servis sur les équipements laissés par les jihadistes de l'EI dans des zones reprises comme Hawija.  
    La dernière fois qu'il y a eu une telle frénésie d'achat d'armes, c'était en 2014, lorsque l'État islamique était aux portes de la ville. Ils ne sont jamais entrés à Kirkouk, mais les forces peshmergas kurdes ont profité du retrait de l'armée pour prendre le contrôle de la ville.
    La province de Kirkouk 
    Kirkouk est une province multiethnique riche en pétrole avec des Kurdes, des Arabes et des Turkmènes à 280 kilomètres au nord de Bagdad. La province est contestée depuis 2003, les Kurdes affirmant que la province fait partie intégrante du Kurdistan.  
    La ville de Kirkouk est actuellement contrôlée par les Peshmergas
    Aujourd'hui, lla ville est entièrement contrôlée par les Peshmergas et les Asayish (la police kurde), ce qui provoque de fortes tensions dans les quartiers turkmènes et arabes.   
    Pas de confiance à Bagdad
    Turkmènes et Arabes ont décidé de s'armer parce qu'ils n'ont aucune confiance dans le gouvernement irakien, malgré les menaces des dirigeants de reprendre Kirkouk par la force si le gouvernement régional du Kurdistan maintient son contrôle de la ville.
    "Les Turkmènes cherchent à se protéger parce qu'ils n'ont aucune confiance dans les autorités irakiennes, qui pourraient abandonner Kirkouk en échange de champs de pétrole ou d'accords politiques avec l'Iran ou les Etats-Unis", a déclaré un habitant turkmène de Kirkouk.
    Les bureaux du Front  Turkmène Irakien a subi six attaques ces deux dernières semaines  
    Selon Jassem Mohammed Jaafar, député turkmène, les bureaux du Front Turkmène Irakien dans la ville de Kirkouk ont subi six attaques ces deux dernières semaines, au fusil d'assaut et à la grenade.
    Il dit que les mesures de sécurité autour des maisons des dirigeants turkmènes dans la ville ont été renforcées. 
    "Les Turkmènes sont sérieusement menacés par une expansion systématique des Kurdes dans leurs districts de Kirkouk", a déclaré Fawzi Akram, un autre député turkmène. Akram affirme qu'il y a une pression sur la communauté turkmène pour qu'elle quitte la ville et il exhorte Bagdad à intervenir.
    Les civils kurdes achètent aussi des armes 
    Les civils kurdes de la ville achètent également des armes, dans le cas où les factions armées kurdes se retireraient de la ville.  
    Kirkouk - une véritable poudrière 
    Kirkouk pourrait devenir l'étincelle qui allume un nouveau conflit dans le nord de l'Irak 
    Dans cette situation, et en raison des menaces proférées sur Kirkouk par les unités de mobilisation populaire pro-Bagdad (Hashed al-Shaabi - une coalition de milices majoritairement chiites), le vice-président irakien, Iyad Allaoui, a averti cette semaine qu'une «guerre civile» pourrait éclater à Kirkouk, si aucun compromis n'est trouvé. Allaoui a appelé toutes les parties à faire preuve de retenue et à résoudre rapidement les différends.

    Jean René Belliard

    Pour lire la note complète sur les évènements de la journée au Moyen Orient, l'Afrique du nord, le Sahel et les évènements liés au jihadisme, écrire à :ptolemee@belliard74.com

  • Irak : Fortes tensions à la veille du référendum kurde

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    Irak 
    Kurdistan
    Kurdistan: le partenariat avec Bagdad a "échoué" (président kurde)
    Massoud Barzani 
    Le président du Kurdistan irakien, Massoud Barzani, a affirmé dimanche 24 septembre, à la veille d'un référendum d'indépendance dans cette région autonome, que le partenariat avec Bagdad avait "échoué", appelant les habitants à se rendre aux urnes.
    "Le partenariat a échoué avec Bagdad et nous ne le reprendrons pas. Nous sommes arrivés à la conviction que l'indépendance permettra de ne pas répéter les tragédies du passé", a-t-il dit lors d'une conférence de presse à Erbil.
    "Le référendum est la première étape pour que le Kurdistan exprime son opinion, Ensuite, un long processus commencera", a-t-il ajouté.
    Le référendum, prévu le 25 septembre, n'a pas de caractère contraignant. Il porte sur un sondage d'opinion auprès des habitants des trois provinces du District qui sont : Erbil, Souleimaniya et Dohuk ainsi que d'autres régions disputées, sur leur volonté de se détacher de l'Irak.
    Les autorités du Kurdistan tiennent à insister sur le fait qu'une victoire du "oui" n'entraînerait pas immédiatement l'annonce de l'indépendance mais plutôt le début de "discussions sérieuses avec Bagdad". 
    Un référendum qui divise, même au sein du Kurdistan
    Alors que la riche province pétrolière de Kirkouk ainsi que des zones des provinces de Ninive et Diyala sont disputées entre la région autonome et Bagdad, M. Barzani a assuré que l'enjeu du scrutin n'était "pas de définir les frontières ou d'imposer un fait accompli".
    "Nous voulons un dialogue avec Bagdad pour résoudre les problèmes et le dialogue peut durer un an ou deux", a-t-il jugé.
    "Je demande à tous les Kurdes de voter en paix demain" (lundi), a dit le président kurde, initiateur du scrutin.
    Malgré la stricte opposition des autorités de Bagdad, les pressions internationales et les menaces de rétorsion, Massoud Barzani a maintenu la tenue de ce référendum.
    Le Premier ministre irakien promet de prendre "les mesures nécessaires pour protéger l'unité du pays"
    Le Premier ministre irakien Haider al-Abadi a affirmé dimanche 24 septembre qu'il prendrait "les mesures nécessaires" pour préserver l'unité du pays après la décision de la région autonome du Kurdistan de tenir un référendum d'indépendance lundi.
    "Prendre une décision unilatérale affectant l'unité de l'Irak et sa sécurité ainsi que la sécurité de la région avec un référendum de séparation est contre la Constitution et la paix civile", a-t-il déclaré lors d'un "discours à la Nation" retransmis sur les télévisions.
    "Nous allons prendre les mesures nécessaires pour préserver l'unité du pays", a ajouté le Premier ministre sans donner davantage de détails.
    Promettant de ne "pas abandonner les citoyens kurdes", M. Abadi a souligné que son gouvernement avait rejeté "l'Etat confessionnel", en faisant référence aux tentatives du groupe jihadiste Etat islamique (EI) d'établir un califat en Irak.
    "Nous rejetons l'Etat raciste", a-t-il ajouté dans une allusion aux tentatives de séparation du Kurdistan.
    "L'Irak restera pour tous les Irakiens. Nous ne permettrons pas que l'Irak devienne la possession de l'un ou de l'autre, et nous ne permettrons pas à quiconque de jouer avec l'Irak sans en payer les conséquences", a-t-il poursuivi.
    L'Irak est peuplé majoritairement de chiites mais compte de nombreuses minorités dont des sunnites, des Turkmènes et des Kurdes.
    Les Turkmènes dénoncent le référendum
    Dans les régions majoritairement habitées par les Turkmènes, le processus menant vers le référendum est observé avec inquiétude, d'après Aydin Beyatli, président de la Fédération des Associations de Turkmeneli, pour qui «le référendum sera un suicide politique».
    Le processus mènera vers de nouveaux conflits, selon le chef de la Fédération qui affirme: «La pression psychologique qu'exerce Barzani sur Kirkouk s'est intensifiée la semaine dernière. Ils disent que 'tous les fonctionnaires doivent participer aux manifestations pour soutenir le référendum et ceux qui s'abstiennent seront sanctionnés'. Auparavant, lorsqu'il allait promulguer une loi, Saddam obligeait le peuple entier, les Turkmènes, les Arabes et les Kurdes. Il les menaçait. C'est pareil maintenant. Les fonctionnaires turkmènes subissent les politiques de Saddam puisqu'ils s'opposent au référendum
    Beyatli a précisé que certains notables turkmènes sont mis en garde à vue après des perquisitions, et que leurs affaires sont confisquées.
    «Les bureaux du Front turkmène irakien ont été ciblés par des tirs d'armes, a-t-il poursuivi. Cela veut dire, ''quittez les lieux!''. Si Kirkouk tombe, l'Irak tombera. Le Moyen-Orient connaîtra de problèmes importants.»
    Beyatli a aussi appelé le gouvernement central irakien à ne pas se taire face aux actes ciblant les Turkmènes avant même la tenue du référendum.
    «Les forces de l'ordre doivent être déployées à Kirkouk pour protéger les Turkmènes et les Arabes, et assurer leur sécurité, selon le chef de la Fédération. Si cela n'est pas possible, il faut appeler les Nations Unies (ONU) à l'action, pour que des forces internationales, dont des forces turques, assurent l'ordre dans la ville.»
    Les USA, l'Iran, la Turquie et l'ONU contre le référendum
    La Turquie, les États-Unis, l'Iran et l'ONU ont exprimé leur refus du référendum, soutenant qu'il est susceptible de déstabiliser davantage la région, et de détourner les efforts déployés dans la lutte contre Daech.
    A la veille du référendum, l'Iran interdit tous les vols avec le Kurdistan irakien
    L'Iran a interdit, dimanche 24 septembre, tous les vols aériens avec le Kurdistan irakien à la demande du gouvernement de Bagdad, à la veille de le tenue d'un référendum d'autodétermination dans cette région, a annoncé l'agence iranienne Irna.
    "A la demande du gouvernement central irakien, tous les vols iraniens vers les aéroports d'Erbil et de Souleymanieh ainsi que tous les vols au départ du Kurdistan irakien transitant par l'Iran ont été interrompus", a déclaré Keyvan Khosravi, porte-parole du Conseil suprême de la sécurité nationale, cité par l'agence officielle.
    L'Iran mène des manœuvres militaire à la frontière avec l'Irak
    Dimanche 24 septembre, le Corps des Gardiens de la Révolution Islamique d'Iran (CGRI) a entamé des manœuvres militaires à la frontière avec le Kurdistan irakien, à la veille du référendum sur l'indépendance. 
    Les médias iraniens ont indiqué que ces manœuvres militaires étaient organisées dans le cadre des manifestations annuelles en l'honneur du début de la guerre Iran-Irak.  
    Vidéo : manoeuvres militaires iraniennes :
    Poursuite des manœuvres militaires turques près de la frontière irakienne
    L'armée turque poursuit ses exercices militaires dans le district Silopi de la province de Sirnak (sud-est), près de la frontière avec l'Irak, pour le septième jour consécutif.
    Les soldats turcs se sont entraînés, lors des manœuvres du dimanche 24 septembre, à la détection des mines, et à la sécurisation des voies pour les véhicules militaires.
    L'Etat-major turc avait annoncé, samedi 23 septembre dans un communiqué, que des nouvelles unités militaires se s'étaient jointes aux manœuvres.
    Le 18 septembre, l'Etat-major turc avait annoncé le lancement d'un exercice militaire à Sirnak, soulignant que les opérations antiterroristes se poursuivent dans la zone frontalière.
    Vidéo : Manœuvres militaries turques :  

    Jean René Belliard

    Pour plus d'informations, écrire à ptolemee@belliard74.com