FRÈRES MUSULMANS

  • Tunisie : La situation s'aggrave, le siège d'al-Jazeera investi par la police

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    Après l'annonce par le président tunisien, Kais Saied, de limoger le premier ministre, Hichem Mechichi, et de suspendre les activités du Parlement, de violents affrontements ont éclaté dans la capitale, à proximité du siège parlementaire. Enfin, les bureaux d'al-Jazeera à Tunis ont été pris d'assaut par les forces de police locales.

    Tel que rapporté par le Réseau de télévision par satellite basé au Qatar, environ 20 agents de sécurité en civil sont entrés dans le bureau local d'al-Jazeera, invitant les journalistes et les employés à quitter le bâtiment. Comme l'a indiqué le directeur du bureau de Tunis, Lotfi Hajji, ils n'ont reçu aucun avertissement quant à une éventuelle expulsion, tandis que les forces de sécurité ont déclaré avoir agi sur les instructions de la justice tunisienne. Les journalistes ont alors déclaré que les agents de sécurité leur avaient ordonné d'éteindre leurs téléphones portables et qu'ils n'avaient pas été autorisés à revenir récupérer leurs affaires. Enfin, leur équipement aurait été confisqué. 

    Des affrontements et échanges de jets de pierres se sont produits près du bâtiment du Parlement entre partisans du parti islamiste Ennahda et partisan du président Kais Saied. La situation de chaos et de désordre fait suite à la décision de Saied, annoncée dans la soirée du 25 juillet, concernant le limogeage de Mechichi et l'interruption des activités parlementaires pendant 30 jours. Cette décision, à son tour, est la conséquence d'une journée de protestations qui, le 25 juillet , a vu des milliers de Tunisiens descendre dans les rues du pays pour protester contre un environnement économique, mais aussi politique, en détérioration continue, encore exacerbée par la pandémie de Covid-19. Ce dernier a ensuite souligné la fragilité d'un système de santé, qui, pour la population, est victime d'années de mauvaise gestion.  

    Après l'annonce de Saied, dans la matinée du 26 juillet, l'armée tunisienne a empêché le président du Parlement et les membres de la Chambre des représentants d'accéder au siège parlementaire, les informant qu'ils avaient reçu l'ordre de fermer le siège. Le président du corps législatif, Rachid Ghannouchi, a dénoncé le déploiement de troupes tunisiennes en exécution es décisions de Saied, considéré comme une violation de la constitution tunisienne et des principes de la révolution. "La Constitution n'autorise pas la dissolution du Parlement, mais autorise la suspension de ses travaux", a plutôt déclaré Saied, citant l'article 80 qui autorise une telle mesure en cas de "danger imminent".

    De son côté, Ghannouchi a exhorté les officiers de l'armée à rejoindre la population pour sauvegarder la liberté conquise avec la révolution, tandis que tous les blocs parlementaires ont été invités à défendre le corps législatif et la Constitution de la Tunisie. "Les institutions sont toujours en place, les partisans d'Ennahda et le peuple tunisien défendront la révolution", a déclaré plus tard Ghannouchi. Pour les tenants d'Ennahda, un parti tunisien d'orientation islamiste, qui détient actuellement la majorité des sièges au Parlement, ce qui s'est passé est "un coup contre la légitimité".

    Selon certains, les événements de ces dernières heures constituent la pire crise survenue dans le pays d'Afrique du Nord depuis l'été 2013, lorsque les tensions menaçaient de renverser la démocratie tunisienne. En même temps, c'est l'un des plus grands défis à la Constitution elle-même, adoptée en 2014, avec laquelle les pouvoirs du chef de l'État, du premier ministre et du président du Parlement ont été définis, tandis que le partage du pouvoir exécutif entre le Président de la République et le chef du gouvernement. À cet égard, Saied a indiqué le 25 juillet que, pour le moment, il occupera le poste de Premier ministre, en collaboration avec un nouveau gouvernement et un premier ministre qui sera nommé par le président lui-même.

    Les épisodes des 25 et 26 juillet représentent l'aboutissement d'une crise qui dure depuis des mois et qui voit s'opposer les chefs des trois principaux piliers politiques, Saied, Mechichi et Ghannouchi. L'exécutif tunisien s'est retrouvé dans une impasse après que Kais Saied ait refusé d'accueillir onze des nouveaux ministres choisis par Mechichi dans le cadre d'un remaniement gouvernemental dans son palais présidentiel. Depuis le 26 janvier, ils attendaient de prêter serment après que Saied, en plus d'avoir qualifié le remaniement d'"inconstitutionnel" d'un point de vue procédural, se soit opposé à la nomination de quatre des ministres élus, accusés de corruption ou centre d'un conflit d'intérêts. Or, en vertu de la Constitution tunisienne, tant que les ministres ne prêteront pas serment, ils ne pourront accomplir les tâches qui leur sont confiées, il n'approuve pas non plus les mesures et les réformes dont le pays a besoin. Pour le moment, ce qui pourrait arriver n'est pas clair. Les litiges constitutionnels devraient être jugés par une Cour constitutionnelle qui, sept ans après la ratification de la Constitution, n'a pas encore été mise en place.

    Les pays proches des Frères musulmans condamnent
    Pendant ce temps, parmi les premiers pays à commenter les événements en Tunisie figuraient la Turquie du président Recep Tayyip Erdogan et le Qatar, considérés comme  partisans des Frères musulmans, au même titre que le parti Ennahda. "Nous rejetons la suspension du processus démocratique", a écrit le 26 juillet le conseiller d'Erdogan, Ibrahim Kalin, sur son compte Twitter, ajoutant : "Nous condamnons les initiatives qui manquent de légitimité constitutionnelle et de soutien populaire".

    De son côté, le Ministère des Affaires étrangères du Qatar a appelé les parties tunisiennes à faire prévaloir la voix de la sagesse, à éviter l'escalade et à adopter la voie du dialogue pour surmonter la crise.

    La réaction de la Turquie et du Qatar n'est pas une surprise car il est considéré proche du mouvement Ennahda. Il est clair que la décision du président tunisien porte un coup sévère au parti des Frères musulmans qui perdent un nouveau bastion, après l'Egypte et la Libye. Il ne fait d'ailleurs aucun doute que certains pays du Moyen-Orient (EAU, Arabie saoudite et Égypte) se réjouiront des difficultés auxquelles est confronté le parti Ennahda, représentant les Frères musulmans en Tunisie.

    Pour le libyen Haftar, ce qui se passe en Tunisie est un soulèvement populaire contre les Frères musulmans
    Lundi 26 juillet, le commandant en chef de l'armée nationale libyenne, le maréchal Khalifa Haftar, a qualifié les événements en Tunisie de soulèvement populaire contre les Frères musulmans.

    Lors de déclarations à "Libya Al-Hadath TV", Haftar a salué le président tunisien Qais Saied et les mesures et décisions qu'il a prises, et a déclaré : "Nous félicitons le soulèvement du peuple en Tunisie contre les Frères musulmans, qui ont épuisé la Tunisie et pillé ses capacités".

    "Nous attendons avec impatience le lancement de la Tunisie vers la réalisation des aspirations de son peuple à un avenir prospère, après avoir éliminé l'obstacle le plus important sur la voie de son développement", a-t-il déclaré. 

    La police ferme le bureau d'Al-Jazeera TV à Tunis
    Des agents de police ont fermé lundi le bureau de la chaîne de télévision qatarie Al-Jazeera à Tunis, après avoir expulsé tous les journalistes sur place, a indiqué à l'AFP son directeur Lotfi Hajji. 

    Tel que rapporté par le Réseau de télévision par satellite basé au Qatar, environ 20 agents de sécurité en civil sont entrés dans le bureau local d'al-Jazeera, invitant les journalistes et les employés à quitter le bâtiment. Comme l'a indiqué le directeur du bureau de Tunis, Lotfi Hajji, ils n'ont reçu aucun avertissement quant à une éventuelle expulsion, tandis que les forces de sécurité ont déclaré avoir agi sur les instructions de la justice tunisienne. Les journalistes ont alors déclaré que les agents de sécurité leur avaient ordonné d'éteindre leurs téléphones portables et qu'ils n'avaient pas été autorisés à revenir récupérer leurs affaires. Enfin, leur équipement aurait été confisqué. 

    Depuis la chute en 2011 du régime de Zine el Abidine Ben Ali, la Tunisie jouissait d'une importante liberté de la presse, considérée comme une des réussites de la révolution.

    De leur côté, des membres du mouvement Annahda ont attaqué le journaliste et le staff de la chaîne al-Hadath alors qu'ils filmaient les tentatives des partisans du mouvement de prendre d'assaut le Parlement après que l'armée ait empêché leur chef, Ghannouchi, d'y entrer. Vidéo.

    Les décisions du président sont constitutionnelles, selon un puissant syndicat
    L'Union générale des travailleurs tunisiens (UGTT), influente centrale syndicale, a implicitement soutenu lundi la suspension du Parlement par le président tunisien Kais Saied, estimant que ses décisions étaient "conformes" à la Constitution, tout en appelant à la poursuite du processus démocratique.

    Ces "mesures exceptionnelles prises par le président de la République conformément à l'article 80 de la Constitution" visent à "prévenir un danger imminent et à rétablir le fonctionnement normal des rouages de l'Etat, au vu de l'épidémie de Covid-19", souligne le syndicat dans un communiqué. "Il est temps" que les parties responsables de la situation "dégradée" dans le pays "assument leurs responsabilités" et de "mettre fin à cette ère qui a mis le feu à la Tunisie", poursuit l'UGTT.

    L'UGTT a souligné "la nécessité d'assurer le respect de la légitimité constitutionnelle (...) dans cette étape délicate que traverse le pays". L'objectif est notamment de poursuivre le "processus démocratique et restaurer la stabilité du pays", selon le communiqué. Pour le syndicat "les mesures exceptionnelles prises par le président doivent s'accompagner d'un ensemble de garanties constitutionnelles".

    Par contre, les partis ouvriers, le pôle démocratique moderniste, le bloc démocratique et la volonté populaire expriment leur rejet des décisions du président de la République.

     

  • Egypte : Dernières mesures contre les Frères musulmans

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    Le parlement égyptien a approuvé, le 12 juillet, une loi qui autorise le licenciement d'employés de l'État affiliés aux Frères musulmans, ou ayant des liens présumés avec des groupes terroristes, sans recourir au préalable à une mesure disciplinaire. Cette décision est destinée à « purifier » les agences gouvernementales du mouvement islamiste, classé par l'Égypte comme terroriste.

    Le projet de loi a reçu l'approbation de la chambre basse du Parlement, dirigée par le président Hanafi El Gebali, après que le projet de loi, présenté à la Chambre des représentants par le député Ali Badr et dix autres parlementaires, ait été soumis au Conseil d'État. Avec l'approbation du 12 juillet, des modifications seront apportées à certaines dispositions de la loi 10 de 1973, qui prévoit le renvoi des membres des Frères musulmans et des terroristes. En particulier, avec les nouveaux amendements, le gouvernement pourra licencier immédiatement tout employé de l'État dont le nom figure sur la liste des terroristes. Cela s'applique à la fois à ceux qui ont déjà été condamnés pour des accusations de terrorisme et aux personnes suspectées encore sous enquête ou en jugement.

    Les nouvelles dispositions concernent les employés qui travaillent dans des unités spécifiques de l'appareil administratif de l'État, y compris les ministères, les administrations publiques et locales, les organismes publics, les entreprises du secteur public, ainsi que ceux qui sont soumis aux dispositions de la loi sur la fonction publique. Selon ce qui a été précisé par des sources parlementaires, la loi est divisée en trois articles, dont le premier prévoit la suspension du travail des suspects jusqu'à la fin de l'enquête, le second ordonne au procureur administratif de se saisir de la révocation immédiate, en cas d'appartenance avérée du salarié à la Confrérie, tandis que le troisième article vise à contrer les voix dissidentes sur les réseaux sociaux de la part des membres de groupes terroristes et la sanction de leurs promoteurs.

    L'approbation du projet de loi est intervenue au lendemain de la condamnation à perpétuité de Mohamed Badie, leader des Frères musulmans, et 9 autres membres du groupe islamiste. La peine a été prononcée, le 12 juillet, par la Cour de cassation, la plus autre juridiction civile égyptienne, après que les dix individus eurent été accusés, déjà en 2019, d'implication dans l'assassinat de policiers et dans l'organisation de l'agression contre la prison de Wadi El-Natroun. Il s'agit d'épisodes survenus en 2011, en lien avec le mouvement populaire qui a conduit à l'éviction de l'ancien président égyptien, Hosni Moubarak, qui a dirigé l'Egypte pendant trente ans. Les dix accusés, tels qu'établis par le tribunal, ont collaboré avec des milices étrangères, dont le Hamas et le Hezbollah, pour semer le chaos et renverser le gouvernement, participant aux assauts contre les frontières orientales de l'Égypte.

    La condamnation du 12 juillet est intervenue après que la Cour de cassation a confirmé la condamnation à mort par pendaison de 12 membres des Frères musulmans, dont deux hauts dirigeants du mouvement , le 14 juin. La condamnation représentait la fin d'un procès, qui dure depuis des années, lié à la violente répression commise par les forces de sécurité égyptiennes, en 2013, lors d'un sit-in islamiste. Le procès initial comptait plus de 600 accusés et est connu sous le nom d'« expulsion de Rabaa ». En 2018, un tribunal égyptien a condamné à mort 75 membres de la confrérie impliqués dans les événements de l'été 2013 et les autres à diverses peines de prison.

    Les Frères musulmans, fondés en Égypte en 1928, se sont imposés comme le principal mouvement d'opposition en Égypte, malgré des décennies de répression, et ont inspiré des organisations et des partis politiques à travers le monde musulman. Il reste interdit dans plusieurs pays, dont l'Égypte, en raison de ses liens présumés avec le terrorisme. C'est le président sortant, Abdel Fattah al-Sissi, qui a interdit les Frères musulmans fin 2013, à la suite de l'éviction du successeur de Moubarak, Mohamed Morsi, chef de l'aile politique des Frères musulmans. Depuis lors, les autorités du Caire ont interdit le groupe islamiste et mené une vaste répression, qui a conduit à l'arrestation de milliers de ses partisans.

  • Autriche : Premier pays européen à bannir les Frères Musulmans

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    Avec sa nouvelle loi antiterroriste adoptée le 8 juillet au Parlement, l’Autriche devient le premier pays européen à interdire la confrérie islamiste fondée il y a près d'un siècle par l'Égyptien Hassan al-Banna.

    La confrérie des Frères Musulmans était déjà dans le collimateur du gouvernement autrichien depuis l’attentat de Vienne qui a fait quatre morts et 23 blessés, le 2 novembre 2020. Elle vient désormais d’être inscrite en fin de semaine dernière, le 8 juillet dernier, sur la liste noire des organisations liées à la « criminalité à motivation religieuse ». Ses slogans et sa littérature sont frappés d’interdiction. Leur détention ou propagation est désormais passible de 4 000 euros d’amende et un mois de prison.

    Vienne a aussitôt été accusée sur les sites dédiés aux Frères musulmans et à l'organisation turque des Millî Görüs d’« alimenter l’islamophobie » et de « multiplier les attaques contre les musulmans ». Pourtant, l’Autriche reste le seul pays d’Europe à accorder un statut officiel à l’islam. En outre, le pays a longtemps été l’un des principaux fiefs des Frères musulmans et l’une des plaques tournantes financières de l’islamisme politique sur le Vieux Continent.

    Les disciples de Hassan al-Banna, le fondateur égyptien de la confrérie, ont implanté leurs premiers réseaux européens, au milieu des années 1960, à Graz, capitale de la province de Styrie, au sud-ouest de Vienne. Youssef Nada, le financier occulte de l'organisation, y a créé en 1969, les premières usines de production de fromages et de produits laitiers de son empire industriel fondé avec le « trésor de guerre » de la confrérie. Avant de migrer vers la Suisse voisine pour y ouvrir la banque al-Taqwa.


    Avec sa nouvelle loi antiterroriste adoptée le 8 juillet au Parlement, l’Autriche devient le premier pays européen à interdire la confrérie islamiste fondée il y a près d'un siècle par l'Égyptien Hassan al-Banna.
    Rien ne va plus pour les réseaux islamistes en Autriche. La confrérie des Frères Musulmans était déjà dans le collimateur du gouvernement écolo-conservateur depuis l’attentat de Vienne qui a fait quatre morts et 23 blessés, le 2 novembre 2020. Elle vient désormais d’être inscrite en fin de semaine dernière, le 8 juillet dernier, sur la liste noire des organisations liées à la « criminalité à motivation religieuse ». Ses slogans et sa littérature sont frappés d’interdiction. Leur détention ou propagation est désormais passible de 4 000 euros d’amende et un mois de prison.

    Vienne a aussitôt été accusée sur les sites dédiés aux Frères musulmans et à l'organisation turque des Millî Görüs d’« alimenter l’islamophobie » et de « multiplier les attaques contre les musulmans ». Pourtant, l’Autriche reste le seul pays d’Europe à accorder un statut officiel à l’islam. En outre, le pays a longtemps été l’un des principaux fiefs des Frères musulmans et l’une des plaques tournantes financières de l’islamisme politique sur le Vieux Continent.

    Les disciples de Hassan al-Banna, le fondateur égyptien de la confrérie, ont implanté leurs premiers réseaux européens, au milieu des années 1960, à Graz, capitale de la province de Styrie, au sud-ouest de Vienne. Youssef Nada, le financier occulte de l'organisation, y a créé en 1969, les premières usines de production de fromages et de produits laitiers de son empire industriel fondé avec le « trésor de guerre » de la confrérie. Avant de migrer vers la Suisse voisine pour y ouvrir la banque al-Taqwa.

    Installée dans l’enclave italienne de Campione, en plein cœur du canton suisse du Tessin, cette banque islamique avait été épinglée par les enquêteurs américains au lendemain des attaques du 11 septembre 2001. Accusée de financer le terrorisme, elle s’était empressée de se mettre en faillite. Ce qui a permis au « trésor de guerre » des Frères musulmans de s’envoler vers de nouvelles places financières.

    Le Royaume-Uni, qui accueille alors le commandement de l’Organisation internationale [Tanzim al-dawli], l'instance occulte qui fédère tous les mouvements liés aux Frères musulmans à travers le monde, s’est-il imposé comme leur nouveau fief financier islamiste en Europe.

    Lorsqu'en février 2017, Donald Trump a menacé d’inscrire les Frères musulmans sur la liste des groupes terroristes, les branches européennes réunies à Istanbul, dont l’ex-UOIF [Union des organisations islamiques en France], la filiale tricolore des Frères, ont annoncé solennellement leur « retrait » de l’Organisation internationale, dont l’existence même était niée jusque-là par les Frères musulmans.

    Pour parer à d’éventuels gels américains et sauver au plus vite le « trésor de guerre » installé au Royaume-Uni, le choix s'était à nouveau porté sur l’Autriche et plus particulièrement Graz où les Frères disposaient de solides relais politiques et associatifs.

    Mais les mouvements de fonds qui ont déferlé sur la ville n'ont pas tardé à éveiller les soupçons des enquêteurs autrichiens, point de départ d'un long bras de fer juridique qui a abouti à l’interdiction pure et simple de la confrérie. Sur ordre du procureur général de Graz et du Bureau de protection de la Constitution de la Styrie, une vaste enquête a été lancée. Nom de code : « opération Luxor ». Elle durera près de deux ans et s’étendra à quatre provinces autrichiennes : la Styrie, Vienne, la Carinthie et la Basse-Autriche. Une soixantaine d’entités telles que des associations, des mosquées, des clubs socio-culturels ou des commerces étaient visées.

    Au bout de 21 000 heures d’écoutes et à l'aide de 1,2 million d’images de filature, le procureur décidait de clore l'enquête et dressait une liste de 70 personnalités soupçonnées de « liens avec une organisation terroriste, financement du terrorisme et blanchiment d’argent ». Une grande rafle était alors décidée. Elle devait avoir lieu au matin du 3 novembre 2020. La veille, Vienne était frappée par un attentat djihadiste.

    L’information sur cette rafle avait fuité dans la presse. L’opinion voit aussitôt dans cette corrélation un lien de cause à effet. D’autant plus que le procureur général de Graz a révélé que son enquête avait permis de geler plus de 20 millions d’euros d’argent sale. Et qu’une liste noire de personnalités opposées à l’islam politique circulait chez les Frères.

    Tant et si bien qu’au lendemain de l’attentat, le ministre de l’Intérieur, Karl Nehammer, promettait de s’attaquer « aux racines de l’islam politique ». Dans la foulée, la ministre de l’Intégration, l’écologiste Susanne Raab, annonçait la création d’un « Centre de documentation sur l’islam politique » chargé de surveiller de près la mouvance des Frères. Une nouvelle loi antiterroriste était déposée devant le Parlement fédéral, le 16 décembre 2020. Objectif du chancelier Sebastian Kurz : « affirmer la volonté d’en découdre avec l’islam politique ».

    La nouvelle loi antiterroriste a été adoptée le 8 juillet dernier. Elle offre aux autorités de plus larges prérogatives dans le domaine de la surveillance et du contrôle des milieux extrémistes. Mais sa mesure la plus importante est l’inscription des Frères musulmans sur la liste des « groupes extrémistes liés à la criminalité à motivation religieuse ». Le nom de la confrérie s’ajoute ainsi à ceux de Daech, d' Al-Qaida, du Hamas, du Hezbollah, du PKK kurde, des Loups Gris turcs également interdits en France et en Allemagne, et du mouvement fasciste croate des Oustachis.

    Selon les dispositions de cette nouvelle loi antiterroriste, toute détention ou propagation de slogans ou de documents faisant l’apologie des groupes inscrits sur la liste noire sera puni d’une amende de 4 000 euros et/ou d’une peine d’emprisonnement d’un mois. En cas de récidive, les condamnations pourront aller jusqu’à 10 000 euros d’amende et six mois de prison.

    Plus judicieuse que la simple interdiction de groupes ou d’associations, lesquels se reconstituent aussitôt sous de nouveaux intitulés, cette stratégie autrichienne dite de « l’interdiction des symboles » s’avère très efficace. Selon le ministre de l’Intérieur, Karl Nehammer, plus de 27 000 infractions ont été constatées depuis sa mise en place au lendemain des attentats de novembre 2020. Le fait de l’étendre aux Frères musulmans est le coup le plus dur jamais porté à la confrérie en Europe.

     

     

  • Turquie : Erdogan demande aux chaînes de télévision affiliées aux Frères Musulmans de la mettre en sourdine vis-à-vis de l'Egypte

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    Les autorités turques ont ordonné aux chaînes de télévision basées à Istanbul et affiliées aux Frères musulmans de cesser immédiatement de diffuser des critiques à l'égard de l'Égypte et des pays du Golfe, ont déclaré jeudi des sources proches du dossier.

    L'annonce intervient alors qu'Istanbul cherche à apaiser les tensions avec l'Egypte, qui sont apparues en 2013 après que l'armée égyptienne ait évincé le président égyptien, Mohammed Mursi, affilié aux Frères musulmans et allié du président turc Recep Tayyip Erdogan.

    Le Caire a depuis désigné les Frères musulmans comme une organisation terroriste, tandis que le parti AKP d'Erdogan, un parti islamiste, a soutenu le gouvernement égyptien éphémère de Morsi. De nombreux membres des Frères musulmans et leurs partisans ont fui en Turquie depuis que leurs activités ont été interdites en Égypte.

    Ces derniers jours, des responsables égyptiens et turcs ont révélé qu'il y avait un dialogue permanent entre les deux pays, bien que limité.

    Dans le cadre des ses efforts de calmer les tensions avec l'Egypte, la Turquie aordonné à trois chaînes des Frères musulmans (El Sharq TV, Watan TV, Mekameleen) de cesser immédiatement de diffuser des émissions politiques critiquant l'Égypte et de ne diffuser que des émissions et des séries non politiques.

    Des sanctions seront imposées à ceux qui défient l'ordre; cela inclut la fermeture définitive des chaînes de télévision.

    El Sharq TV a publié un tweet sur son compte officiiel disant: «À nos chers adeptes, nous nous excusons [de ne pas avoir diffusé] l'épisode de ce soir de« Les rues d'Égypte ». Aucune précision supplémentaire n'a été donnée.

  • Egypte : Le président égyptien Al-Sissi discute avec le chef des services de renseignement français de la coopération sécuritaire

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    Le président égyptien Abdel Fattah Al-Sissi, a discuté mercredi 10 mars 2021 avec le directeur général de la sécurité extérieure française (DGSE), Bernard Émié, du renforcement de la coopération sécuritaire et militaire entre les deux pays.

    Les deux parties se sont entretenues lors d’une réunion au Caire en présence du chef des renseignements généraux égyptiens, Abbas Kamel, rapporte un communiqué de la présidence égyptienne.

    Al-Sissi et Émié, ont discuté « de la coopération bilatérale aux niveaux sécuritaire et militaire, et ont échangé les points de vue sur diverses questions régionales et internationales, dans le cadre de la coopération en matière de sécurité et de renseignement, particulièrement dans le domaine de la lutte contre le terrorisme et les organisations extrémistes ».

    Le président égyptien a souligné « l'importance de la coordination régulière avec la France pour développer les efforts de lutte contre la violence et le terrorisme, et pour accroître et maintenir la pression sur les organisations et groupes armés ».

    Il pourrait cependant y avoir des divergences entre les deux pays pour ce qui concerne le traitement à accorder à l'organisation des Frères Musulmans qui ont pignon sur rue en France alors qu'elle est considérée comme une organisation terroriste en Egypte. 

    Il a également informé le responsable français des « derniers développements relatifs aux questions régionales en Méditerranée orientale, de la situation en Libye et du soutien au processus de négociation politique sur la question palestinienne ».

    De son côté, le patron de la DGSE a fait valoir « la coopération de l'Egypte avec la France et la poursuite de la coordination sur toutes les questions d'intérêt commun dans la région », souligne ledit communiqué.

    Au cours des dernières années, l'Égypte a intensifié sa coordination avec la France sur de nombreuses questions régionales, tandis que les accords et les contrats d’armement militaire étaient le «fer de lance» des relations entre les deux pays.

    La France est devenue l'une des sources les plus importantes de l'armement égyptien, avec les États-Unis et la Russie, après la prise de pouvoir de Abdel Fattah Al-Sissi en juin 2014.

  • France : montée de l’islamisme politique à l’université

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    Représentations dans les instances universitaires, mises en place d’action sociales et solidaires, organisation de séminaires, universités d’été, galas, accompagnement des étudiants étrangers… Les actions portées par le syndicat des Etudiants Musulmans de France (EMF) ressemblent à s’y méprendre à celles d’autres organisations étudiantes.

    Pour autant, « L’EMF est une antenne satellite des Frères musulmans français. Cette organisation a été créée par les Frères musulmans pour occuper le terrain estudiantin. Ils veulent investir tous les champs de la société, et la jeunesse est le nerf de la guerre »  affirme dans une enquête du Figaro Naëm Bestandji, qui se décrit lui-même comme un militant féministe et laïque. Ce Français d’origine tunisienne a toujours vécu dans des quartiers populaires et a longtemps travaillé dans le domaine socio-culturel auprès d’enfants et d’adolescents. Il connait bien la question de la radicalisation qu’il a constatée « personnellement et professionnellement ». Il décrit sur son site « le flicage grandissant pour surveiller ceux qui font le ramadan ou pas », « l’évolution vestimentaire », « la difficulté de plus en plus grande de proposer des activités mixtes aux adolescents » et « la menace de cet intégrisme religieux qui devenait une norme à ne pas remettre en question ».

    Mohamed Louizi, quant à lui, est ancien cadre de l’Union des organisations islamiques de France (UOIF). Il explique au Figaro que le syndicat des Etudiants Musulmans de France est « en réalité le bras des Frères musulmans à l’université. Ces établissements sont des laboratoires d’idées : tous les débats que l’on voit aujourd’hui au sujet de la laïcité, du voile, toutes les revendications communautaristes prônées par les Frères musulmans ont déjà été abordés dans des congrès étudiants dans les années 1991-1992 » et sont un moyen de « faire du prosélytisme dans les facs ».

    Et le quotidien de révéler dans cette enquête, l’influence grandissante des EMF implantés dans 26 villes universitaires. Pour remporter des élections de représentants dans les instances et peser, la Fédération des associations générales étudiantes (Fage) et l’Unef n’hésitent pas à s’allier avec le syndicat musulman. Le résultat ne se fait pas attendre : « En quelques années, il y a eu un effondrement de la pensée critique. Notre organisation a arrêté de défendre les étudiants et s’est mise à épouser des thèses inter-sectionnelles en voulant porter secours à d’hypothétiques minorités. Quand je voulais débattre de méritocratie, d’égalité des chances, de culture, on me disait: “Parlons plutôt d’un vrai sujet: le voile”. On me mettait la pression pour que j’organise des réunions non mixtes » témoigne Paul Melun, ancien président de l’Unef à Sciences Po Bordeaux.

    Déjà confrontés aux thèses progressistes (décolonialisme, théories du genre, écriture inclusive…) les présidents d’université craignant d’être taxés d’antiracistes ou d’anti-musulmans préfèrent laisser passer pour ne pas « avoir de problème ». 

  • Tunisie : Fin des exercices militaires conjoints avec la Turquie

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    La Tunisie a annoncé, mercredi 27 janvier, la fin des exercices militaires conjoints de ses forces spéciales en Turquie.

    C’est ce qui ressort d’un bref communiqué du ministère tunisien de la Défense :

    « Dans le cadre de la coopération tuniso-turque, des exercices militaires conjoints ont été menés en Turquie entre le 17 et le 25 janvier courant, auxquels un détachement militaire du corps des forces spéciales des deux pays, a participé », indique le département tunisien de la Défense dans son communiqué, sans plus de détails.

    Et d’ajouter, « cette activité représente une opportunité d'échanger les expertises et de renforcer les capacités militaires opérationnelles des deux pays ».

    En décembre dernier, le ministre tunisien de la Défense, Brahim Bartagi, avait salué lors d'une rencontre avec l'ambassadeur de Turquie en Tunisie, Ali Onaner, « le soutien permanent de la Turquie à la Tunisie dans le domaine militaire ».

    Selon ce qui a été rapporté par la radio officielle à l'époque, Bartagi avait fait part de « son espoir de développer davantage la coopération militaire dans les domaines de la formation et des industries militaires, du transfert de technologie et de la santé militaire, et d'explorer de nouvelles voies pour cette coopération à même de répondre aux besoins des institutions militaires tunisienne et truque ».

    A noter que M. Mechichi, nommé en août par le président Saied, s'est progressivement éloigné de M. Saied, pour se rapprocher du parti Ennahdha, proche des Frères Musulmans, qui mène un bras de fer avec le président.