Frères Musulmans

  • Egypte : Condamnations à mort et emprisonnement pour des dizaines de personnes reconnues coupables d'incidents violents

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    Lundi 13 septembre 2021, un tribunal égyptien a prononcé des peines de mort et des peines de prison de durée variable contre 74 accusés, après qu'ils aient été reconnus coupables d'actes de violence remontant à la mi-2013.

    Selon les médias locaux, dont le journal spécial « Al-Youm Al-Sabaa », « Le tribunal pénal de Minya (centre a prononcé des condamnations à mort, à perpétuité (25 ans) et à 15 et 10 ans de prison, contre 74 accusés, dans l'affaire connue dans les médias comme la prise d'assaut et l'incendie du poste de police de Samalut.

    Le journal a souligné que "le tribunal a condamné à mort 4 accusés sur un total de 74 qui ont été condamnés à des peines de prison variables". Sans plus de détails à leur sujet.

    Le jugement est considéré comme préliminaire et susceptible d'appel devant la Cour de cassation (la plus haute cour d'appel du pays) dans les 60 jours suivant le prononcé du fond (motifs) du jugement, conformément à la loi égyptienne.

    En 2015, le ministère public égyptien avait inculpé les accusés de plusieurs chefs d'accusation, qu'ils ont niés. Ils ont été accusés d'"avoir commis les crimes de rassemblement, d'utilisation de la force, de destruction d'installations publiques, de meurtre de policiers et de prise d'assaut du poste de police de Samalut (au nord de Minya)".

    Les événements de l'affaire remontent à la mi-2013, dans le gouvernorat de Minya (centre de l'Égypte), impliquant des partisans de feu le président Mohamed Morsi, qui appartenait aux Frères musulmans.

     

  • Egypte : Treize jihadistes tués au Sinaï selon l'armée

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    Treize jihadistes présumés ont été tués lors d'affrontements avec l'armée dans le Sinaï,, a indiqué le porte-parole des forces armées.

    La péninsule du Sinaï est en proie depuis des années à une insurrection armée, et l'armée annonce régulièrement des morts dans les combats. "Dans le cadre des efforts des forces armées dans la lutte contre le terrorisme dans le nord et le centre du Sinaï, 13 éléments takfiristes (extrémistes) ont été éliminés", a indiqué le porte-parole des forces armées dans un communiqué diffusé jeudi soir 12 août 2021. Neuf soldats égyptiens ont par ailleurs été "tués ou blessés", a-t-il ajouté. Il n'a pas donné de précisions sur les circonstances ou la date de ces évènements.

    L'armée a également indiqué avoir confisqué 15 fusils d'assaut, des munitions, des motos, des téléphones portables, des jumelles et d'importantes sommes d'argent en différentes devises.

    Depuis des années, les forces égyptiennes s'efforcent de mettre fin à la présence des groupes islamistes dans la péninsule du Sinaï, principalement de la branche locale de l'Etat islamique (Wilayat Sina').

    Les attaques et violences jihadistes se sont multipliées après la destitution en 2013 par l'armée du président islamiste Mohamed Morsi, affilié aux Frères Musulmans. Et depuis février 2018, l'armée mène une opération d'envergure contre les jihadistes, principalement dans le nord du Sinaï et le désert occidental.

    Plus d'un millier de jihadistes et des dizaines de membres des forces de sécurité ont été tués dans le Sinaï, selon les chiffres officiels. Mais aucun bilan de source indépendante n'est disponible, et le Nord-Sinaï est interdit aux journalistes.

  • Egypte : Dernières mesures contre les Frères musulmans

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    Le parlement égyptien a approuvé, le 12 juillet, une loi qui autorise le licenciement d'employés de l'État affiliés aux Frères musulmans, ou ayant des liens présumés avec des groupes terroristes, sans recourir au préalable à une mesure disciplinaire. Cette décision est destinée à « purifier » les agences gouvernementales du mouvement islamiste, classé par l'Égypte comme terroriste.

    Le projet de loi a reçu l'approbation de la chambre basse du Parlement, dirigée par le président Hanafi El Gebali, après que le projet de loi, présenté à la Chambre des représentants par le député Ali Badr et dix autres parlementaires, ait été soumis au Conseil d'État. Avec l'approbation du 12 juillet, des modifications seront apportées à certaines dispositions de la loi 10 de 1973, qui prévoit le renvoi des membres des Frères musulmans et des terroristes. En particulier, avec les nouveaux amendements, le gouvernement pourra licencier immédiatement tout employé de l'État dont le nom figure sur la liste des terroristes. Cela s'applique à la fois à ceux qui ont déjà été condamnés pour des accusations de terrorisme et aux personnes suspectées encore sous enquête ou en jugement.

    Les nouvelles dispositions concernent les employés qui travaillent dans des unités spécifiques de l'appareil administratif de l'État, y compris les ministères, les administrations publiques et locales, les organismes publics, les entreprises du secteur public, ainsi que ceux qui sont soumis aux dispositions de la loi sur la fonction publique. Selon ce qui a été précisé par des sources parlementaires, la loi est divisée en trois articles, dont le premier prévoit la suspension du travail des suspects jusqu'à la fin de l'enquête, le second ordonne au procureur administratif de se saisir de la révocation immédiate, en cas d'appartenance avérée du salarié à la Confrérie, tandis que le troisième article vise à contrer les voix dissidentes sur les réseaux sociaux de la part des membres de groupes terroristes et la sanction de leurs promoteurs.

    L'approbation du projet de loi est intervenue au lendemain de la condamnation à perpétuité de Mohamed Badie, leader des Frères musulmans, et 9 autres membres du groupe islamiste. La peine a été prononcée, le 12 juillet, par la Cour de cassation, la plus autre juridiction civile égyptienne, après que les dix individus eurent été accusés, déjà en 2019, d'implication dans l'assassinat de policiers et dans l'organisation de l'agression contre la prison de Wadi El-Natroun. Il s'agit d'épisodes survenus en 2011, en lien avec le mouvement populaire qui a conduit à l'éviction de l'ancien président égyptien, Hosni Moubarak, qui a dirigé l'Egypte pendant trente ans. Les dix accusés, tels qu'établis par le tribunal, ont collaboré avec des milices étrangères, dont le Hamas et le Hezbollah, pour semer le chaos et renverser le gouvernement, participant aux assauts contre les frontières orientales de l'Égypte.

    La condamnation du 12 juillet est intervenue après que la Cour de cassation a confirmé la condamnation à mort par pendaison de 12 membres des Frères musulmans, dont deux hauts dirigeants du mouvement , le 14 juin. La condamnation représentait la fin d'un procès, qui dure depuis des années, lié à la violente répression commise par les forces de sécurité égyptiennes, en 2013, lors d'un sit-in islamiste. Le procès initial comptait plus de 600 accusés et est connu sous le nom d'« expulsion de Rabaa ». En 2018, un tribunal égyptien a condamné à mort 75 membres de la confrérie impliqués dans les événements de l'été 2013 et les autres à diverses peines de prison.

    Les Frères musulmans, fondés en Égypte en 1928, se sont imposés comme le principal mouvement d'opposition en Égypte, malgré des décennies de répression, et ont inspiré des organisations et des partis politiques à travers le monde musulman. Il reste interdit dans plusieurs pays, dont l'Égypte, en raison de ses liens présumés avec le terrorisme. C'est le président sortant, Abdel Fattah al-Sissi, qui a interdit les Frères musulmans fin 2013, à la suite de l'éviction du successeur de Moubarak, Mohamed Morsi, chef de l'aile politique des Frères musulmans. Depuis lors, les autorités du Caire ont interdit le groupe islamiste et mené une vaste répression, qui a conduit à l'arrestation de milliers de ses partisans.

  • Egypte : Prison à vie confirmée pour dix membres des Frères musulmans

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    La Cour de cassation égyptienne a confirmé les peines de prison à vie pour dix membres du mouvement des Frères musulmans, condamnés pour des meurtres de policiers et pour avoir aidé des prisonniers à s'évader lors du soulèvement populaire de 2011.

    Parmi ces dix personnes, condamnées en 2019 à la prison à perpétuité -- qui équivaut en Egypte à 25 ans de détention --, figure le guide suprême de la confrérie Mohamed Badie. Ces dix personnes avaient été jugées et condamnées pour s'être introduites dans des prisons égyptiennes avec l'aide de membres du mouvement palestinien Hamas, afin de libérer des détenus islamistes, et pour avoir tué des policiers au cours de cette opération.

    Parallèlement, le tribunal a acquitté huit autres personnes d'un rang moins élevé dans l'organisation islamiste, qui avaient été condamnées à des peines de 15 ans de prison pour des violences, également en 2011. Les peines confirmées dimanche sont définitives. La confrérie des Frères musulmans a été déclarée "organisation terroriste" par la justice en 2013, après le bref mandat d'un an de l'un des leurs, Mohamed Morsi.

    Premier président élu démocratiquement après la révolte populaire de 2011, M. Morsi avait été destitué par l'armée, alors dirigée par le maréchal Abdel Fattah al-Sissi --devenu depuis président--, à la faveur de manifestations de masse. Depuis 2013, M. Sissi a mené une répression sans merci contre l'opposition, particulièrement les Frères musulmans.

    Le mois dernier, la Cour de cassation a confirmé 12 peines de mort prononcées contre des membres des Frères musulmans, dont deux leaders de la confrérie. Les condamnés étaient accusés d'avoir "armé des gangs criminels qui ont attaqué des résidents, résisté à la police et d'avoir été en possession d'armes à feu et de munitions ainsi que de matériel pour la fabrication de bombes", selon le jugement de la Cour.

  • L'Egypte prête à inaugurer la plus grande base militaire à la frontière avec la Libye

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    L'Egypte s'apprête à inaugurer une nouvelle base navale à la frontière avec la Libye. L'ouverture de cette base est un message à Ankara, l'avertissant de son opposition à toute implantation des Frères musulmans en Libye.

    La nouvelle base, intitulée "Trois juillet", sera inaugurée samedi 3 juillet par le président égyptien, Abdel Fattah al-Sisi. Le chef du Conseil présidentiel intérimaire libyen, Mohamed al-Menfi, le président des représentants de la Libye, Aguila Saleh, et le chef de l'Armée nationale libyenne (ALN), Khalifa Haftar ont été invités à l'inauguration. Cependant, jusqu'à présent, leur présence n'a pas été confirmée par les canaux officiels.

    La base, à la fois aérienne et navale, sera la plus grande base militaire égyptienne sur la côte méditerranéenne. Elle est située dans la région de Gargoub, au nord-ouest de l'Egypte, à environ 250 kilomètres de la frontière avec la Libye, et jouera le rôle de "base de lancement". Le but ultime est de sauvegarder les territoires égyptiens et la souveraineté de la nation sur les « directions stratégiques nord et ouest ». Par ailleurs, cette base accueillera les exercices Qader 2021. Comme l'a précisé un porte-parole de l'armée égyptienne, la construction de la base du « Trois juillet » s'inscrit dans un plan de développement plus large, mené par la marine égyptienne. L'objectif est de fournir un soutien logistique aux forces opérant dans la région de la Méditerranée et de la mer Rouge, engagées face à divers défis et menaces. 

    Selon des experts militaires, cités le journal al-Monitor, la base fera partie de la flotte égyptienne du Nord, qui protège la côte méditerranéenne du pays. Comme l'a précisé un amiral de la marine égyptienne à la retraite Mohamed Mitwali, c'est une région pleine de menaces, surtout à la lumière des développements en Libye voisine, mais la flotte égyptienne est bien équipée pour y faire face. La nouvelle base, en plus d'être composée de structures qui permettront aux troupes égyptiennes de se déployer stratégiquement, devrait être équipée d'une large gamme d'équipements navals, dont l'un des deux porte-hélicoptères que l'Egypte a acheté à la France en 2016. comme un sous-marin, des frégates, des corvettes et des vedettes rapides.

    L'inauguration de la base du « Trois juillet » intervient à un moment où la Libye, malgré le cessez-le-feu signé le 23 octobre et les progrès politiques ultérieurs, continue d'être une source de préoccupation pour l'Égypte. Pendant le conflit libyen, le Caire a apporté son soutien au chef de l'Armée Nationale Libyenne, Khalifa Haftar, qui contrôle l'est de la Libye. Comme le rappelle al-Monitor, le président al-Sissi a déclaré, le 20 juin 2020, que son armée était prête à intervenir au cas où les troupes de Tripoli, soutenues par la Turquie, auraient franchi la "ligne rouge" et s'approcheraient des frontières égyptiennes. Après le cessez-le-feu et le début de la voie libyenne vers la transition démocratique, l'Égypte a pourtant effectué un rapprochement progressif de Tripoli. 

    Ces derniers mois, l'Egypte et la Turquie ont également effectués quelques pas vers un rapprochement, après une interruption des contacts pendant environ huit ans. Il reste que l'ouverture de la nouvelle base de Gargoub représente un moyen pour l'Egypte de contrer l'influence croissante de la Turquie  en Libye et au refus d'Ankara de retirer ses forces et ses mercenaires de Tripoli. L'ouverture de la nouvelle base intervient à l'occasion de l'anniversaire de la destitution officielle des Frères musulmans en Egypte, ce qui, en soi, est un autre message. Il signifie que l'Egypte s'opposera à toute tentative d'enraciner la présence des Frères musulmans en Libye. Il est clair que Le Caire reste concernée par tout ce qui se passe à sa frontière occidentale.

    Parmi les bases militaires égyptiennes les plus récentes figure celle de Bérénice, une ville située sur la mer Rouge, à l'est de la ville méridionale d'Assouan, à la frontière avec le Soudan, inaugurée le 15 janvier 2020. Cette base comprend à la fois des zones navales et aériennes, une série d'unités de combat et administratives, un aéroport, ainsi que des bunkers et hangars pour les avions militaires et leur maintenance, et un hôpital militaire. La section navale est capable d'accueillir des navires de grande capacité, notamment des frégates, des porte-avions et des sous-marins. Avec la construction de la base de Bérénice, l'objectif fondamental du Caire est de protéger les côtes sud égyptiennes et d'assurer la navigation dans la mer Rouge, face au détroit de Bab el-Mandeb.

  • Egypte : L'Etat islamique se déplace où et quand il veut dans le Sinaï et frappe les tribus qui coopèrent avec l'armée

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    Le jeudi 25 mars 2021, des dizaines de membres masculins de la tribu Dawaghra étaient réunis pour un dîner lorsque quatre camionnettes transportant au moins 23 jihadistes de l'État islamique ont pris d'assaut Awamrya, un village du secteur de Bir al-Abd, dans le nord du Sinaï. . 

    "Les takfiris [jihadistes] sont descendus des voitures, ont tiré des coups de semonce et ont battu deux jeunes hommes qui avaient échangé des insultes avec eux", a déclaré à MEE Maghnam, un membre de la tribu. "Ils ont ordonné à tous les hommes de déposer leurs armes et ont pris au hasard 14 hommes de la tribu et sont partis."

    Les jihadsites avaient des armes légères, des couteaux et une mitrailleuse fixés sur l'une des camionnettes, a-t-il déclaré. 

    «Ils nous ont traités d'apostats parce que nous aidons les militaires en tant que guides et agents», a-t-il ajouté, expliquant que les membres enlevés étaient des pères, des fils et des cousins, principalement liés par le sang et le mariage. 

    Maghnam s'est plaint que les jihadistes s'étaient déplacés librement Bir al-Abd avant d'atteindre leur village.

    "Ils savent qu'ils peuvent faire ce qu'ils veulent et se déplacer à bord de leurs voitures sachant qu'il n'y aura pas de forces armées ou de police pour les arrêter."

    Collaboration dangereuse 
    Les Dawaghra sont l'une des nombreuses tribus du nord du Sinaï qui aident les forces militaires et de police dans la péninsule e proie à une insurrection islamiste depuis 2014 et la montée en puissance de groupes militants, principalement le groupe affilié à l'Etat islamique, "Wilayat Sina'".

    Depuis les enlèvements du 25 mars, le village est en deuil et attend d'être contacté par des militaires ou par une demande de rançon des jihadsites. Mais beaucoup de villageois, y compris Maghnam, craignent le pire: voir des parents et des amis exécutés dans une vidéo de propagande de l'Etat islamique ou en entendre parler sur les réseaux sociaux. 

    La détresse de la famille de Maghnam est un exemple typique de la vie difficile de milliers d'habitants du nord du Sinaï, qui vivent dans un environnement en proie à la guerre entre les forces du régime et une insurrection islamiste radicale. A cela s'ajoute le fait que l'Etat impose des restrictions à l'accès des journalistes. dans la région. 

    Malgré les nombreuses déclarations de victoire affirmant une prétendue «élimination du terrorisme» par l'État, le nord du Sinaï reste une réalité cauchemardesque pour les habitants.

    Cela est particulièrement vrai pour la communauté tribale vivant près de la frontière avec la bande de Gaza où elle est harcelée par les jihadistes.

    Au cours de leur combat contre les militants de l'Etat islamique, les forces de sécurité égyptiennes ont eu recours à l'aide des tribus locales, soit en tant qu'informateurs confidentiels (IC), soit en tant que paramilitaires. 

    Peu de choses ont été écrites ou rapportées sur cette collaboration entre les forces de sécurité égyptiennes et les tribus du Sinaï, à part quelques articles glorifiant le rôle des tribus dans la lutte contre l'islamisme radical. 

    Mais depuis 2013, après la violente dispersion du sit-in de Rabaa Adawiya, les membres masculins de la communauté tribale qui, volontairement ou sous pression, ont collaboré avec les militaires pour contrer les jihadistes ont été laissés seuls face à l'Etat islamique. 

    Beaucoup ont été exécutés - leurs corps souvent décapités - ou enlevés par les jihadistes, sans aucune mention dans les journaux locaux ni dans les informations militaires, laissant les familles dans l'ignorance de leur sort.

    La collaboration entre militaires égyptiens et bédouins du Sinaï remonte à la guerre de 1967, quand l'Égypte tentait de gagner la confiance des tribus du Sinaï après qu'Israël eut pris le contrôle de la péninsule du Sinaï.

    Dans de nombreux ouvrages de guerre, les Bédouins ont agi comme le fer de lance de la direction des troupes égyptiennes et des guérilleros dans les opérations menées avant la guerre de 1973 et de nombreux chefs militaires égyptiens ont attesté de l'efficacité et de la loyauté des troupes du Sinaï. 

    "Après que l'Egypte ait repris le contrôle du Sinaï, les Bédouins et les tribus n'ont pas été récompensés", a déclaré Salman, un membre de la tribu. "Le nord du Sinaï est resté jusqu'à ce jour sans infrastructure, services appropriés et reconnaissance nationale."

    "Nous sommes dépeints soit comme des espions de l'armée, soit comme des takfiris [militants de l'Etat islamique). Ils nous ont forcés à être l'un ou l'autre. On ne pouvait pas rester neutre."

    Salman, maintenant dans la soixantaine, avait été arrêté en 2004 après les attentats de Taba, dans le sud du Sinaï, lorsque des dizaines de touristes avaient été tués par des attaques coordonnées dans le Sinaï. Il a ajouté qu'il avait été détenu pendant 18 jours, les yeux bandés et continuellement interrogé, dans le bâtiment de la sécurité de l'État dans le nord du Sinaï. 

    Ils ne lui ont permis de partir qu'après avoir promis de collaborer avec l'armée pour trouver les caches du groupe militant alors actif "al-Tawhid wal-Jihad", sans doute la première présence de groupes islamistes extrémistes dans le nord du Sinaï. 

    Ils ont menacé d'arrêter et de harceler sa femme s'il ne collaborait pas, une méthode standard pour transformer des civils en agents, a déclaré Salman à MEE.

    "Nous sommes des Bédouins; nous ne possédons rien d'autre que notre honneur. J'ai dû le faire pour sauver ma famille."

    Finalement, les anciens membres de la tribu ont dû fuir vers le sud du Sinaï pour vivre en paix. 

    "Les officiers de la sécurité de l'Etat et du renseignement militaire utilisent n'importe quel point faible pour recruter un homme: votre fils malade, votre femme, votre casier judiciaire, votre maison", a-t-il déclaré. 

    Les points de contrôle et les unités militaires sont les meilleurs endroits pour sélectionner d'éventuels agents, a ajouté Salman, là où les agents du renseignement surveillent les mouvements des voyageurs.

    Fayad, un membre de la tribu qui travaille comme chauffeur de camion livrant des légumes entre Suez, Ismailia et le nord du Sinaï, a été arrêté dans le cadre des arrestations massives qui ont eu lieu lors de la campagne 2018 dans le Sinaï. 

    "J'avais un casier judiciaire lié à des trafics il y a des années. L'officier a dit qu'il pouvait me détenir pendant des années si je ne travaillais pas pour lui", a déclaré Fayad à MEE. "Il a également utilisé le fait que je devais voyager tous les mois avec ma fille. pour la faire soigner pour une maladie rénale à Suez. "

    Sa première mission était de recueillir des informations sur les marchands de légumes qui fournissent les jihadistes. 

    Fayad a déclaré qu'il avait "fabriqué" certains noms, mais avait ensuite été arrêté et torturé pendant deux mois. Plus tard, après sa libération, il a appris que son officier traitant avait été transféré dans un autre gouvernorat. 

    Familles dans l'angoisse
    Bien qu'il ait eu de la chance, Fayad a déclaré qu'un de ses amis, Mousa Osman, a eu moins de chance. Il travaillait à la Direction des approvisionnements du nord du Sinaï. Il a été enlevé en janvier dernier et exécuté par l'Etat islamique à Bir al-Abd. Dans sa propagande, les jihadistes de "Wilayat Sina'" ont décrit Osman comme "un espion ... travaillant avec l'armée égyptienne apostate".

    "Nous avons appris plus tard qu'il informait l'armée sur les trafiquants du marché noir qui vendaient de l'essence aux jihadistes", a déclaré Fayad. 

    Un mois après son exécution, le gouvernorat du Sinaï a baptisé le stade sportif de Bir al-Abd du nom d'Osman.

    Alors que la mémoire d'Osman était commémorée, les familles d'autres informateurs exécutés restent dans le deuil de leurs proches exécutés par l'Etat islamique pour avoir collaboré avec l'armée égyptienne.

    (Photo ci-dessus : membres de tribus exécutés par l'Etat islamique pour espionnage au profit des forces de sécurité)

    Le 25 septembre 2016, la famille de Hussein Abu Darwish a reçu un appel d'un policier disant avoir trouvé le corps décapité de Darwish. Darwish avait collaboré avec l'armée à de nombreuses reprises. 

    Il signalait les mouvements des membres de l'Etat islamique et leur emplacement à son officier des opérations, a déclaré un parent. L'officier a utilisé les informations pour organiser une descente dans une cache utilisée par les jihadistes. 

    Darwish, en apprenant la nouvelle de la descente des forces de sécurité, avait appelé à plusieurs reprises son officier des opérations pour obtenir une protection.

    "L'officier a répondu à Darwish" Je ne peux pas vous aider. Vous êtes seul ".

    "Le lendemain, ils [les jihadistes] ont arrêté Hussein et l'ont interrogé, et nous avons trouvé sa tête séparée de son corps", a déclaré le parent. 

    Se sentir sans protection
    Depuis 2013, les jihadistes de Wilayat Sina' ont publié des vidéos d'interrogatoires de civils, qui avouaient travailler pour l'armée ou la police égyptienne, les services de renseignement israéliens ou les milices pro-armée. Les vidéos servaient de matériel de propagande pour démontrer les capacités de contre-espionnage du groupe islamiste.

    Au fil des ans, les groupes ont utilisé l'expertise d'anciens membres du personnel de sécurité, y compris des combattants de Gaza, de Libye, de Syrie et d'Irak. 

    "Ce n'est pas notre combat", a déclaré le parent de Darwish. "L'armée et la police faisaient pression sur l'informateur pour obtenir des informations et des noms, puis le laissaient affronter son destin sans protection."

    Cependant, tous les informateurs qui travaillent pour l'armée n'agissent pas par obligation. Certains se portent volontaires pour gagner des avantages, du prestige et de l'argent, selon Sameh, instituteur et membre de la tribu al-Tarabin, le plus grand réseau tribal pro-gouvernemental du nord du Sinaï.

    Al-Tarabin et d'autres tribus se sont unies en 2017 pour créer l'Union des tribus du Sinaï (UST), une faction paramilitaire de miliciens pro-gouvernementaux. 

    Sameh a déclaré que les factions les plus puissantes et les plus prospères de la tribu sont les seules à bénéficier de cette "lune de miel entre l'armée et l'Union des tribus du Sinaï". L'enseignant, qui a étudié au Caire, voit les relations comme problématiques. 

    "Comment pouvons-nous garantir que les tribus armées ne persécuteront pas leurs adversaires en prétendant qu'elles sont l'ennemi? Comment pouvons-nous garantir qu'un milicien qui travaille avec l'armée ne choisira pas des civils au hasard aux points de contrôle et n'arrêtera pas son voisin à qui il doit de l'argent ? "

    Il a expliqué que l'État avait gracié toute sa famille des différents crimes qu'elle avait commis avant 2011.

    "Avant 2011, nous étions des trafiquants, notamment de drogue, et maintenant nous sommes les combattants héroïques qui combattent le mauvais terrorisme."

    Dans un rapport de 2019, Human Rights Watch a mis en garde contre la dépendance de l'armée vis-à-vis des milices pro-gouvernementales, qui «utilisent leurs pouvoirs de facto pour arrêter arbitrairement des résidents et régler des comptes et des différends personnels», ajoutant qu'ils étaient également impliqués dans la torture et exécutions extrajudiciaires.

    Dénégations
    Aida al-Sawarka, une députée représentant le nord du Sinaï et membre de la tribu pro-militaire al-Sawarka, a condamné les rapports ou les témoignages critiquant la collaboration entre les forces armées égyptiennes et les milices tribales.

    Sawarka a nié à MEE que l'armée et la police aient recruté des membres de la tribu sous pression ou les aient utilisés sans les protéger.

    "L'Union des tribus du Sinaï aide l'armée égyptienne avec des informations et des troupes en cas de besoin, car les habitants du Sinaï reconnaissent l'importance d'éliminer le terrorisme car ils ont passé des années dans l'absence de sécurité", a déclaré Sawarka.

    La députée a nié avoir eu connaissance d'enlèvements qui auraient eu lieu dans le village d'Awamrya. Elle a accusé les Frères musulmans d'avoir diffusé de fausses informations sur la situation dans le Sinaï.

    "Quant aux corps retrouvés, ils pourraient être des membres du groupe islamiste [Wilayat Sina'] mais les Frères musulmans et les organisations étrangères traîtres [groupes de défense des droits de l'homme] déforment la réalité pour critiquer l'État."

    Cependant, elle a également affirmé que "depuis le début des campagnes antiterroristes, de nombreux membres de la tribu ont perdu la vie afin que nous puissions profiter de la paix et de la sécurité dans le Sinaï".

  • Turquie : Erdogan demande aux chaînes de télévision affiliées aux Frères Musulmans de la mettre en sourdine vis-à-vis de l'Egypte

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    Les autorités turques ont ordonné aux chaînes de télévision basées à Istanbul et affiliées aux Frères musulmans de cesser immédiatement de diffuser des critiques à l'égard de l'Égypte et des pays du Golfe, ont déclaré jeudi des sources proches du dossier.

    L'annonce intervient alors qu'Istanbul cherche à apaiser les tensions avec l'Egypte, qui sont apparues en 2013 après que l'armée égyptienne ait évincé le président égyptien, Mohammed Mursi, affilié aux Frères musulmans et allié du président turc Recep Tayyip Erdogan.

    Le Caire a depuis désigné les Frères musulmans comme une organisation terroriste, tandis que le parti AKP d'Erdogan, un parti islamiste, a soutenu le gouvernement égyptien éphémère de Morsi. De nombreux membres des Frères musulmans et leurs partisans ont fui en Turquie depuis que leurs activités ont été interdites en Égypte.

    Ces derniers jours, des responsables égyptiens et turcs ont révélé qu'il y avait un dialogue permanent entre les deux pays, bien que limité.

    Dans le cadre des ses efforts de calmer les tensions avec l'Egypte, la Turquie aordonné à trois chaînes des Frères musulmans (El Sharq TV, Watan TV, Mekameleen) de cesser immédiatement de diffuser des émissions politiques critiquant l'Égypte et de ne diffuser que des émissions et des séries non politiques.

    Des sanctions seront imposées à ceux qui défient l'ordre; cela inclut la fermeture définitive des chaînes de télévision.

    El Sharq TV a publié un tweet sur son compte officiiel disant: «À nos chers adeptes, nous nous excusons [de ne pas avoir diffusé] l'épisode de ce soir de« Les rues d'Égypte ». Aucune précision supplémentaire n'a été donnée.