ERYTHREE

  • Ethiopie : La crise au Tigray "hors de contrôle"

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    La crise dans la région éthiopienne du Tigray, théâtre d'un conflit entre ses autorités dissidentes et le pouvoir fédéral, semble "hors de contrôle", a averti mardi le ministre finlandais des Affaires étrangères, Pekka Haavisto, de retour d'une mission pour l'Union européenne (UE).

    "La situation est militairement, humainement et sur le plan humanitaire, incontrôlable", a-t-il déclaré lors d'une rencontre avec la presse à Bruxelles. Le Tigray est le théâtre de combats depuis début novembre 2020, après la décision du Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed d'envoyer l'armée éthiopienne en déloger le Front de libération du Peuple du Tigray (TPLF), parti qui dirigeait alors la région et contestait depuis plusieurs mois l'autorité du gouvernement fédéral. M. Abiy avait justifié l'opération militaire en accusant les forces régionales du TPLF d'avoir d'attaqué des bases de l'armée fédérale.

    Les troupes éthiopiennes ont pris la capitale régionale Mekele fin novembre, mais le TPLF a assuré continuer la lutte et des affrontements continuent d'être signalés, entravant l'acheminement de l'aide humanitaire. "Cette opération a duré plus de trois mois et nous n'en voyons pas la fin", a commenté M. Haavisto, qui s'est rendu en février à Addis-Abeba, où il a rencontré M. Abiy. Pekka Haavisto a rendu compte de sa mission lundi aux ministres des Affaires étrangères des 27 pays de l'UE à Bruxelles.

    Il a déploré que les dirigeants éthiopiens n'aient pas réussi à fournir une "image claire" de la situation au Tigray, notamment concernant l'implication largement documentée des forces de l'Erythrée voisine. "La question des troupes érythréennes est extrêmement sensible. Nous n'obtenons donc pas de réponse claire sur l'emplacement ou l'ampleur de leur présence", a-t-il déclaré.

    Addis Abeba et Asmara nient l'implication des forces érythréennes dans le conflit, malgré les témoignages de civils, de travailleurs humanitaires et de certains responsables militaires et gouvernementaux. L'UE s'est jointe aux Etats-Unis pour exiger le retrait des troupes érythréennes.

    Pekka Haavisto a réitéré les appels urgents de la communauté internationale pour que le gouvernement éthiopien autorise un accès humanitaire total au Tigray, y compris dans les zones échappant à son contrôle. "Nous avons besoin du feu vert du gouvernement éthiopien pour négocier l'accès aux zones contrôlées par l'Erythrée et aux zones contrôlées par l'opposition", a-t-il déclaré.

    M. Haavisto a averti que le Soudan voisin avait du mal à faire face à l'afflux de dizaines de milliers de Tigréens qui y ont fui et que ces réfugiés risquent de vouloir gagner l'Europe, évoquant "le début d'une autre crise de réfugiés potentiellement importante dans le monde".

    "Si rien n'est fait, les conditions de vie vont s'aggraver et de plus en plus de réfugiés vont arriver", a-t-il mis en garde. La Commission européenne a en décembre suspendu le versement de quelque 90 millions d'euros d'aide bugétaire à l'Ethiopie, faute pour Addis Abeba de garantir un accès humanitaire total au Tigray.
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  • Les Emirats Arabes Unis démantèlent une base en Érythrée, sous l'influence des développements au Yémen

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    Des images satellites ont montré le retrait partiel des forces des Émirats arabes unis (EAU) de leur base située dans la corne de l'Afrique, en Érythrée, à environ 70 km au large des côtes du Yémen. Cette décision coïncide avec le désengagement croissant d'Abou Dhabi du conflit yéménite.

    En particulier, les images montrent des équipement en cours de transport, tandis que les structures nouvellement construites semblent également avoir été démontées. La reconstruction du port d'Assab et l'extension de la piste d'atterrissage avaient commencé en septembre 2015, permettant aux EAU de rendre l'installation fonctionnelle pour le transport d'armes lourdes et de troupes soudanaises vers le Yémen. A cette époque, le Soudan , membre de la coalition internationale dirigée par l'Arabie saoudite engagée dans le conflit yéménite aux côtés des forces progouvernementales, a participé à la guerre avec environ 6000 soldats, puis progressivement réduit, jusqu'en 2020, à 657.

    D'après ce que plusieurs experts ont relevé, Abu Dhabi, défini comme la «petite Sparte» du Golfe arabe par l'ancien secrétaire américain à la Défense, James Mattis, semble avoir trouvé des limites dans son expansion militaire au Yémen et, après avoir également retiré un grand nombre de ses troupes des fronts de combat yéménites, il semble réorganiser ses bases dans la région de la mer Rouge , à la lumière d'un changement de ses priorités au niveau régional et d'une plus grande mobilisation internationale pour résoudre la guerre civile au Yémen. Enfin, la nécessité de repositionner les troupes dans la région repose également sur la ruée des acteurs étrangers, Turquie et Iran en premier lieu, pour obtenir des positions stratégiques dans la Corne de l'Afrique.

    Les EAU ont investi des millions de dollars pour améliorer la base d'Assab. Les EAU ont dragué le port, amélioré la piste d'atterrissage de 3500 mètres de long, ainsi que construit des casernes, des abris d'avion et des clôtures autour de la structure qui couvre environ 9 kilomètres carrés, précédemment construite, dans les années 1930, par l'Italie qui colonisait l'Erythrée. Au fil des ans, selon des experts de l'ONU, les EAU ont envoyé à la base des chars Leclerc, des obusiers automoteurs G6 et des véhicules de combat amphibies BMP-3, ainsi que des drones de fabrication chinoise et plusieurs avions, qui ont été utilisés au Yémen. Enfin,  les Emirats ont également utilisé la base pour détenir des prisonnier yéménitess,

    La décision d'Abou Dhabi de réduire le nombre de ses troupes sur les fronts de combat yéménites, qui sont officiellement retournés au pays le 9 février 2020, remonte à juin 2019. On ne sait pas combien de soldats émiratis sont toujours présents dans le cadre de la coalition sunnite dirigée par l'Arabie saoudite. Les informations à son sujet semblent contradictoires. Cependant, c'est à partir de cette année-là que la démolition des installations d'Assab a été ordonnée, tandis que des images satellites prises début janvier 2021 montrent des véhicules et autres équipements transportés sur un cargo. Malgré les opérations de démantèlement, les hélicoptères d'attaque émiratis sont toujours dans la base.

    Assab, disent les experts, continue de représenter un point stratégiquement important, situé juste à l'extérieur du détroit de Bab el-Mandeb, qui relie la mer Rouge au golfe d'Aden. Abu Dhabi, cependant, doit faire face à d'autres préoccupations, définies comme plus "urgentes", dérivant également des tensions persistantes entre Washington et Téhéran au Moyen-Orient, et des attaques qui ont également impliqué des navires au large des côtes des EAU. À la lumière de cela, selon certains, l'attention des Emiratis est désormais plus focalisée sur les menaces «proches de chez soi», que sur l'expansion militaire à l'étranger. Par ailleurs, l'objectif des Emirats pourrait être de signaler son désengagement progressif dans le dossier yéménite, afin de mettre en lumière les menaces posées par d'autres acteurs à la sécurité du Yémen et de la Corne de l'Afrique,

    Dans tous les cas, la présence émiratie au Yémen est toujours tangible également grâce à la présence continue d'environ 50 000 combattants entraînés et équipés par Abu Dhabi au cours des dernières années. Il s'agit de membres de divers groupes armés locaux, dont les forces d'élite Hadrami et shabwani, particulièrement actifs dans la lutte contre Al-Qaïda dans la péninsule arabique (AQAP). Les brigades nouvellement formées sont concentrées principalement dans les zones qui, avant l'unification du Yémen en 1990, formaient la frontière entre le nord et le sud du pays, y compris les provinces de Lahj, Aden, Dhali, Abyane et Yafa.

  • Ethiopie : Un haut gradé éthiopien confirme l'entrée de troupes érythréennes au Tigray

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    Un haut gradé de l'armée éthiopienne, le général Belay Seyoum a confirmé que des troupes de l'Erythrée voisine, étaient entrées dans la région du Tigray (nord de l'Ethiopie) au cours de l'opération militaire lancée par Addis Abeba contre les autorités régionales, dans une vidéo visionnée mercredi par l'AFP.
     
    L'enregistrement date de fin décembre mais a émergé sur les réseaux sociaux mercredi : le chef du Commandement Nord de l'armée éthiopienne y échange avec des habitants de Mekele, la capitale de la région du Tigray, sur des sujets divers tels que la situation sécuritaire ou la restauration des services publics. Après avoir rappelé que la mission première de l'armée "est de sauvegarder l'intégrité territoriale de l'Ethiopie", le général explique qu'une "force armée étrangère non souhaitée est entrée sur notre territoire", alors que les combats faisaient rage entre l'armée éthiopienne et les forces loyales à l'administration tigréenne.
    L'armée érythréenne "est entrée sur notre territoire d'elle-même, il faut que cela soit bien clair", a ajouté le général, sans préciser quand les soldats ont franchi la frontière, où ils sont allés et s'ils sont encore présents en Ethiopie. "Ma conscience ne me permet pas de demander à l'armée érythréenne de nous aider. Nous pouvons régler nos problèmes par nous-mêmes. Nous ne sommes pas dans l'incapacité de régler cette situation", a-t-il poursuivi.
     
    Mi-décembre, Washington avait jugé "crédibles" et "graves" les informations sur la présence de troupes érythréennes au Tigray. L'ambassadeur éthiopien aux Etats-Unis, Fitsum Arega, avait dans la foulée dénoncé un "mensonge". Des habitants du Tigray ont également évoqué à l'AFP la présence de troupes érythréennes sur leur sol, les accusant d'exactions et de pillages.

    On a également appris que des soldats érythréens avaient été empêchés de quitter le Tigray en raison de violents combats entre les forces de défense nationale éthiopiennes et les forces de défense du Tigray près des principales routes menant à l'Érythrée. Cela a empêché le transfert par l'Érythrée des biens pillés dans la région du tigray.
     
    Peu après son arrivée au pouvoir en 2018, le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed avait rapidement opéré un rapprochement historique avec l'Erythrée et son dirigeant Issaias Afeworki, ce qui lui avait notamment valu le prix Nobel de la paix 2019. Le 4 novembre, il avait lancé une opération militaire d'envergure pour déloger les dirigeants dissidents du Tigray, issus du Front de libération du Peuple du Tigray (TPLF), parti qui dirigeait les institutions régionales après avoir détenu les leviers de pouvoir durant près de 30 ans à Addis Abeba. Ces derniers sont en fuite depuis la prise annoncée de Mekele le 28 novembre.
     
    Le régime d'Asmara est l'ennemi juré du TPLF depuis la guerre meurtrière ayant opposé l'Erythrée et l'Ethiopie entre 1998 et 2000, au temps de la toute-puissance du parti tigréen à Addis Abeba. Avant le début du conflit, le Tigray abritait quelque 96.000 réfugiés érythréens qui ont fui le régime autocratique du président Issaias. La présence de troupes érythréennes dans la région fait craindre de possibles exactions des troupes d'Asmara contre ces réfugiés, y compris des retours forcés dans leur pays.

     

  • Éthiopie : Libération de 1000 "otages" militaires au Tigray -  l'ONU confirme la poursuite des combats

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    L'Éthiopie a annoncé le sauvetage d'environ 1 000 soldats, dont un général, retenus en otage par le «Front populaire de libération du Tigray», depuis le 4 novembre, dans la région.

    L'information a été donnée par le directeur général des Forces de défense nationale éthiopiennes, le général de division Mohamed Tessema, publiées par l'agence de presse officielle "ENA".

    Tessema a déclaré que les forces de défense et la police éthiopiennes avaient mené une opération conjointe, à la suite de laquelle elles avaient réussi à sauver environ 1000 soldats des mains des forces du front, qui les retenaient en otage depuis le 4 novembre.

    Il a ajouté que "les forces éthiopiennes avaient réussi à les libérer sans enregistrer de pertes humaines. Parmi les soldats, se trouvait le général de division Adamne Mingisti".

    "Les soldats avaient été capturés en masse après avoir été invités à un dîner le 4 novembre", a déclaré Tesema.

    Des affrontements armés ont éclaté entre l'armée fédérale éthiopienne et le «Front populaire de libération du Tigray» dans la région le 4 novembre, avant qu'Addis-Abeba n'annonce le 28 du même mois la fin réussie de l'opération et la reprise de contrôle de  toute la région et sa capitale. De son côté,  le Front populaire affirme que les combats se poursuivent, les deux parties étant lourdement armées..

    La situation est "extrêmement préoccupante"
    Le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme a annoncé mercredi que la situation en Ethiopie était "extrêmement préoccupante", et a souligné l'urgence de suivre la situation des droits de l'homme dans la région troublée du Tigray.

    "Nous avons été informés que les combats se poursuivaient dans la région du Tigray même", a déclaré Michelle Bachelet, Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme aux Nations Unies, lors d'une conférence de presse.

    "La situation en Éthiopie est très préoccupante et instable, et comme je l'ai déjà prévenu, elle est incontrôlable et a de terribles répercussions sur les civils", a-t-elle ajouté.

    Elle a expliqué : «Nous avons des rapports selon lesquels des combats se poursuivent entre les forces fédérales, le Front de libération du peuple du Tigray et leurs milices des deux côtés, dans les zones environnantes des villes telles que Mekele, Shiriro, Aksoum et Abiy Addi, et aux frontières entre les régions d'Amhara et du Tigray.

    Elle a ajouté : "Il est urgent de surveiller la situation des droits de l'homme par une autorité indépendante dans la région du Tigray, et de prendre toutes les mesures nécessaires pour protéger les civils et (identifier) les responsables des violations."

    Et elle a ajouté : "Nous avons confirmé l'exactitude des informations concernant les graves violations et abus des droits humains, y compris les attaques aveugles contre des civils, des cibles civiles, des pillages, des enlèvements et des violences sexuelles contre les femmes et les filles."

    Elle a dit qu'il y avait des rapports de recrutement forcé de Tigréens pour lutter contre leurs communautés.

    Bachelet a ajouté que malgré l'accord entre le gouvernement éthiopien et les Nations Unies, "un accès humanitaire illimité n'était pas possible".

    Le Haut-Commissaire des Nations Unies a appelé le gouvernement d'Addis-Abeba à honorer l'engagement du Premier ministre d'assurer l'arrivée de l'aide humanitaire.

    Mercredi dernier, les Nations Unies avaient signé un accord avec le gouvernement éthiopien autorisant l'entrée de l'aide "sans entrave".

    Guterres appelle à l'aide 
    Le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, a appelé mercredi à une aide humanitaire sans restriction pour atteindre le Tigray.

    L’appel a été fait  lors d'une conférence de presse conjointe tenue par Guterres au siège des Nations Unies à New York avec le président de la Commission de l'Union africaine, Moussa Faki Mahamat, via une vidéoconférence.

    "Une fois de plus, il a insisté sur la nécessité d'un accès sans restriction à l'aide humanitaire et le retour rapide de l'état de droit dans un environnement sûr et le plein respect des droits de l'homme, ouvrant la voie à une réconciliation véritable et durable dans la région", a déclaré Guterres.

    Il a ajouté : "Nous sommes côte à côte avec nos partenaires de l'Union africaine et d'autres dans la région, et nous sommes prêts à soutenir pleinement les initiatives menées par l'Éthiopie pour encourager un dialogue inclusif et promouvoir la réconciliation."

    "Notre priorité immédiate est le bien-être des Tigréens et faire en sorte que ceux qui en ont besoin reçoivent rapidement une aide humanitaire, et nous travaillons à mobiliser la pleine capacité des Nations Unies pour cela", a déclaré Guterres.

    En réponse aux questions des journalistes sur l'implication de soldats érythréens dans les combats aux côtés des forces éthiopiennes au Tigray, le Secrétaire général a déclaré : "Nous n'avons aucune preuve de la présence des forces érythréennes en Ethiopie."

    "J'ai interrogé le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed à ce sujet et il m'a assuré que les forces érythréennes ne sont pas entrées sur le territoire du Tigray", a ajouté Guterres.

    Mercredi, les médias, citant une source gouvernementale américaine et cinq diplomates régionaux, avaient déclaré que les États-Unis estiment que les soldats érythréens "ont traversé la frontière éthiopienne pour aider le gouvernement d'Abiy Ahme

  • Érythrée : Le département d'État américain annonce 6 explosions à Asmara, la capitale érythréenne

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    Samedi 28 novembre, le département d'État américain a annoncé qu'il y avait eu des rapports faisant état de six explosions dans la capitale érythréenne, Asmara, tard hier soir, soulignant que la cause et le lieu des explosions n'étaient pas clairs.

    Le département d'Etat américain a déclaré dans un tweet qu '"à 10 h 13, le soir du 28 novembre, six explosions se sont produites à Asmara".

    Ce n'est pas la première fois que les forces de la région éthiopienne du Tigray, qui combattent les forces fédérales éthiopiennes, tirent des missiles sur l'Érythrée.

    Le Front de libération du peuple du Tigray (TPLF) considère l'Érythrée comme un ennemi acharné en raison de ses liens étroits avec le premier ministre éthiopien, Abiy..

    Samedi soir, Abiy Ahmed a affirmé que "les forces fédérales avaient pris le contrôle de Mekele, la capitale du Tigray, quelques heures après y avoir lancé une offensive ".

    Le Front de libération du peuple du Tigray, un parti politique qui a commencé sa lutte contre le gouvernement le 4 novembre, a indiqué, lui, qu'il s'était retiré de Mekele.

     

  • Ethiopie : L'armée lance son offensive sur la capitale du Tigray

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    Des "tirs à l'arme lourde" ont touché samedi Mekele, la capitale de la région dissidente du Tigray (nord) où l'armée éthiopienne mène une opération militaire, ont affirmé les autorités locales, qui y sont retranchées.
    L'information a été confirmée à l'AFP par deux responsables humanitaires ayant des équipes dans cette ville qui comptait 500.000 habitants avant le début du conflit.

    Trois semaines après le début des combats, le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed a ordonné jeudi à l'armée d'enclencher la "dernière phase" de l'opération militaire démarrée le 4 novembre, en lançant une offensive sur Mekele, le fief des dirigeants du Front de libération du peuple du Tigray (TPLF), qu'il combat.

    L'armée fédérale "a commencé à toucher avec des armes lourdes et de l'artillerie le centre de Mekele, qui abrite une importante population et des organisations de développement", ont déclaré les autorités tigréennes dans un communiqué diffusé samedi à la télévision locale, Tigray TV. "Hier, de la même manière, de nombreux secteurs de Mekele ont été bombardés par des avions militaires", affirment-elles également.

    Aux dernières nouvelles, les unités de l'armée fédérale seraient entrées à Mekele, selon le gouvernement éthiopien.

    Le gouvernement local appelle la communauté internationale "à condamner les attaques d'artillerie et d'avions militaires et les massacres" commis sur "les civils et les infrastructures" par M. Abiy et par Issaias Afeworki, le président érythréen, qu'il accuse d'aider Addis Abeba. Le gouvernement tigréen a promis "une réponse proportionnée".

    Vendredi soir, au moins une roquette tirée depuis le Tigray a ciblé la capitale de l'Erythrée, Asmara, ont indiqué à l'AFP quatre diplomates basés dans la Corne de l'Afrique. Elle serait selon l'un d'eux tombée "au sud d'Asmara". D'éventuels victimes ou dégâts ne sont toujours pas connus. Le TPLF, qui avait visé Asmara il y a dix jours avec des armes similaires, accusant l'Erythrée de servir de base à l'armée éthiopienne, n'a pas revendiqué ce tir. Ni l'Ethiopie, ni l'Erythrée n'ont réagi pour le moment.

    "Maintenir l'ordre"
    Samedi matin, l'armée éthiopienne a affirmé sur la radio-télévision Fana BC, affiliée au pouvoir, qu'elle contrôlerait dans "quelques jours" Mekele. Elle déclarait contrôler plusieurs localités des environs, dont celle d'Agula, à moins de 40 km au nord de la capitale régionale, mais n'avait pas précisé si des combats avaient déjà lieu à Mekele.

    La vérification sur le terrain et de source indépendante des affirmations de l'un et l'autre camp est difficile, le Tigray étant quasiment coupé du monde depuis le début du conflit. Vendredi, sur Tigray TV, les autorités tigréennes avaient appelé leurs administrés à se battre, affirmant que l'armée fédérale bombardait leurs "villes et villages", en y "infligeant de lourds dégâts".

    Inquiète d'une propagation du conflit à l'échelle régionale, la communauté internationale a également alerté sur de possibles "crimes de guerre" en Ethiopie et tenté de faire pression sur M. Abiy pour qu'il accepte une médiation. L'UA, dont le siège est à Addis Abeba, a nommé en ce sens trois envoyés spéciaux, les anciens présidents mozambicain Joaquim Chissano, libérienne Ellen Johnson-Sirleaf et sud-africain Kgalema Motlanthe. Après les avoir rencontrés vendredi, M. Abiy a exprimé sa "gratitude" mais a rappelé que son gouvernement avait "la responsabilité constitutionnelle de maintenir l'ordre (au Tigray) et à travers le pays". L'UA a remercié dans un communiqué M. Abiy d'avoir reçu ses émissaires, à qui ce dernier a affirmé que l'opération militaire "ne durerait pas longtemps", qu'un comité allait être établi pour "répondre aux besoins humanitaires essentiels" et qu'un corridor humanitaire "allait être identifié et annoncé".

    "Plusieurs milliers de morts"
    Aucun bilan précis des combats au Tigray n'est jusqu'ici disponible, mais le centre de réflexion International Crisis Group (ICG) a estimé vendredi que "plusieurs milliers de personnes sont mortes dans les combats". Par ailleurs, plus de 43.000 Ethiopiens ont fui au Soudan voisin, selon le HCR, l'agence onusienne chargée des réfugiés. Un nombre indéterminé de personnes se déplacent également à l'intérieur du Tigray, et de l'Ethiopie. Le Comité international de la Croix-Rouge a indiqué vendredi avoir comptabilisé au moins 2.000 déplacés dans le nord-est du pays.

    Les tensions entre M. Abiy et le TPLF, qui a dominé pendant près de trois décennies l'appareil politique et sécuritaire de l'Ethiopie, n'ont cessé de croître depuis l'arrivée au pouvoir du Premier ministre en 2018. Elles ont culminé avec l'organisation au Tigray en septembre d'un scrutin régional qualifié "d'illégitime" par Addis Abeba, puis avec l'attaque début novembre de deux bases de l'armée fédérale attribuée aux forces du TPLF, ce que dément ce dernier.

  • Érythrée : Asmara de nouveau visée par une roquette tirée depuis la région éthiopienne du Tigray

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    Asmara, la capitale de l'Erythrée, a de nouveau été visée vendredi soir par au moins une roquette tirée depuis la région du Tigray, contre laquelle l'armée éthiopienne mène une opération militaire, ont indiqué à l'AFP quatre diplomates basés dans la Corne de l'Afrique.

    "Une roquette venant du Tigray semble avoir atterri au sud d'Asmara", a déclaré l'un de ces diplomates, soulignant qu'aucune information n'était dans l'immédiat disponible sur d'éventuels victimes ou dégâts.

    Un second diplomate a déclaré qu'un second tir de roquette avait été signalé dans un quartier d'Asmara, mais cette information n'a pas pu être vérifiée.

    Le Front de libération des Peuples du Tigray (TPLF), au pouvoir dans cette région du Nord de l'Ethiopie frontalière de l'Erythrée, avait déjà revendiqué mi-novembre plusieurs tirs de roquettes sur Asmara, tombées à proximité de l'aéroport. Ce deuxième tir visant l'Erythrée réanime les craintes d'une potentielle escalade du conflit à l'échelle régionale, alors que la communauté internationale s'inquiète des répercussions du conflit sur les civils.

    Lancée le 4 novembre, l'opération militaire au Tigray est entrée jeudi dans sa "dernière phase" selon le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed, qui a ordonné à l'armée de lancer une offensive sur Mekele, la capitale régionale, où sont retranchés les dirigeants du TPLF.

    Vendredi, les autorités tigréennes ont accusé M. Abiy et Issaias Afeworki, le président érythréen, d'avoir ensemble "envahi" le Tigray, dans un communiqué lu à la télévision tigréenne. Les forces tigréennes accusent l'Erythrée de prêter main-forte à l'armée fédérale éthiopienne en laissant son aviation décoller du territoire érythréen, mais aussi en intervenant militairement dans les combats au Tigray.

    L'Erythrée est l'ennemi juré du TPLF, qui a contrôlé durant presque 30 ans l'appareil politique et sécuritaire en Ethiopie. Lorsque le TPLF était au pouvoir à Addis Abeba, Ethiopie et Erythrée se sont affrontées dans une guerre meurtrière entre 1998 et 2000. Les deux pays sont restés à couteaux tirés jusqu'à ce que Abiy Ahmed devienne Premier ministre en 2018, et fasse la paix avec Asmara.

    De nombreux observateurs craignent que le conflit au Tigray n'entraîne l'Ethiopie et sa mosaïque d'ethnies dans une guerre communautaire, mais aussi qu'il ne déstabilise la Corne de l'Afrique.