Covid19 en Tunisie

  • Tunisie : La situation s'aggrave, le siège d'al-Jazeera investi par la police

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    Après l'annonce par le président tunisien, Kais Saied, de limoger le premier ministre, Hichem Mechichi, et de suspendre les activités du Parlement, de violents affrontements ont éclaté dans la capitale, à proximité du siège parlementaire. Enfin, les bureaux d'al-Jazeera à Tunis ont été pris d'assaut par les forces de police locales.

    Tel que rapporté par le Réseau de télévision par satellite basé au Qatar, environ 20 agents de sécurité en civil sont entrés dans le bureau local d'al-Jazeera, invitant les journalistes et les employés à quitter le bâtiment. Comme l'a indiqué le directeur du bureau de Tunis, Lotfi Hajji, ils n'ont reçu aucun avertissement quant à une éventuelle expulsion, tandis que les forces de sécurité ont déclaré avoir agi sur les instructions de la justice tunisienne. Les journalistes ont alors déclaré que les agents de sécurité leur avaient ordonné d'éteindre leurs téléphones portables et qu'ils n'avaient pas été autorisés à revenir récupérer leurs affaires. Enfin, leur équipement aurait été confisqué. 

    Des affrontements et échanges de jets de pierres se sont produits près du bâtiment du Parlement entre partisans du parti islamiste Ennahda et partisan du président Kais Saied. La situation de chaos et de désordre fait suite à la décision de Saied, annoncée dans la soirée du 25 juillet, concernant le limogeage de Mechichi et l'interruption des activités parlementaires pendant 30 jours. Cette décision, à son tour, est la conséquence d'une journée de protestations qui, le 25 juillet , a vu des milliers de Tunisiens descendre dans les rues du pays pour protester contre un environnement économique, mais aussi politique, en détérioration continue, encore exacerbée par la pandémie de Covid-19. Ce dernier a ensuite souligné la fragilité d'un système de santé, qui, pour la population, est victime d'années de mauvaise gestion.  

    Après l'annonce de Saied, dans la matinée du 26 juillet, l'armée tunisienne a empêché le président du Parlement et les membres de la Chambre des représentants d'accéder au siège parlementaire, les informant qu'ils avaient reçu l'ordre de fermer le siège. Le président du corps législatif, Rachid Ghannouchi, a dénoncé le déploiement de troupes tunisiennes en exécution es décisions de Saied, considéré comme une violation de la constitution tunisienne et des principes de la révolution. "La Constitution n'autorise pas la dissolution du Parlement, mais autorise la suspension de ses travaux", a plutôt déclaré Saied, citant l'article 80 qui autorise une telle mesure en cas de "danger imminent".

    De son côté, Ghannouchi a exhorté les officiers de l'armée à rejoindre la population pour sauvegarder la liberté conquise avec la révolution, tandis que tous les blocs parlementaires ont été invités à défendre le corps législatif et la Constitution de la Tunisie. "Les institutions sont toujours en place, les partisans d'Ennahda et le peuple tunisien défendront la révolution", a déclaré plus tard Ghannouchi. Pour les tenants d'Ennahda, un parti tunisien d'orientation islamiste, qui détient actuellement la majorité des sièges au Parlement, ce qui s'est passé est "un coup contre la légitimité".

    Selon certains, les événements de ces dernières heures constituent la pire crise survenue dans le pays d'Afrique du Nord depuis l'été 2013, lorsque les tensions menaçaient de renverser la démocratie tunisienne. En même temps, c'est l'un des plus grands défis à la Constitution elle-même, adoptée en 2014, avec laquelle les pouvoirs du chef de l'État, du premier ministre et du président du Parlement ont été définis, tandis que le partage du pouvoir exécutif entre le Président de la République et le chef du gouvernement. À cet égard, Saied a indiqué le 25 juillet que, pour le moment, il occupera le poste de Premier ministre, en collaboration avec un nouveau gouvernement et un premier ministre qui sera nommé par le président lui-même.

    Les épisodes des 25 et 26 juillet représentent l'aboutissement d'une crise qui dure depuis des mois et qui voit s'opposer les chefs des trois principaux piliers politiques, Saied, Mechichi et Ghannouchi. L'exécutif tunisien s'est retrouvé dans une impasse après que Kais Saied ait refusé d'accueillir onze des nouveaux ministres choisis par Mechichi dans le cadre d'un remaniement gouvernemental dans son palais présidentiel. Depuis le 26 janvier, ils attendaient de prêter serment après que Saied, en plus d'avoir qualifié le remaniement d'"inconstitutionnel" d'un point de vue procédural, se soit opposé à la nomination de quatre des ministres élus, accusés de corruption ou centre d'un conflit d'intérêts. Or, en vertu de la Constitution tunisienne, tant que les ministres ne prêteront pas serment, ils ne pourront accomplir les tâches qui leur sont confiées, il n'approuve pas non plus les mesures et les réformes dont le pays a besoin. Pour le moment, ce qui pourrait arriver n'est pas clair. Les litiges constitutionnels devraient être jugés par une Cour constitutionnelle qui, sept ans après la ratification de la Constitution, n'a pas encore été mise en place.

    Les pays proches des Frères musulmans condamnent
    Pendant ce temps, parmi les premiers pays à commenter les événements en Tunisie figuraient la Turquie du président Recep Tayyip Erdogan et le Qatar, considérés comme  partisans des Frères musulmans, au même titre que le parti Ennahda. "Nous rejetons la suspension du processus démocratique", a écrit le 26 juillet le conseiller d'Erdogan, Ibrahim Kalin, sur son compte Twitter, ajoutant : "Nous condamnons les initiatives qui manquent de légitimité constitutionnelle et de soutien populaire".

    De son côté, le Ministère des Affaires étrangères du Qatar a appelé les parties tunisiennes à faire prévaloir la voix de la sagesse, à éviter l'escalade et à adopter la voie du dialogue pour surmonter la crise.

    La réaction de la Turquie et du Qatar n'est pas une surprise car il est considéré proche du mouvement Ennahda. Il est clair que la décision du président tunisien porte un coup sévère au parti des Frères musulmans qui perdent un nouveau bastion, après l'Egypte et la Libye. Il ne fait d'ailleurs aucun doute que certains pays du Moyen-Orient (EAU, Arabie saoudite et Égypte) se réjouiront des difficultés auxquelles est confronté le parti Ennahda, représentant les Frères musulmans en Tunisie.

    Pour le libyen Haftar, ce qui se passe en Tunisie est un soulèvement populaire contre les Frères musulmans
    Lundi 26 juillet, le commandant en chef de l'armée nationale libyenne, le maréchal Khalifa Haftar, a qualifié les événements en Tunisie de soulèvement populaire contre les Frères musulmans.

    Lors de déclarations à "Libya Al-Hadath TV", Haftar a salué le président tunisien Qais Saied et les mesures et décisions qu'il a prises, et a déclaré : "Nous félicitons le soulèvement du peuple en Tunisie contre les Frères musulmans, qui ont épuisé la Tunisie et pillé ses capacités".

    "Nous attendons avec impatience le lancement de la Tunisie vers la réalisation des aspirations de son peuple à un avenir prospère, après avoir éliminé l'obstacle le plus important sur la voie de son développement", a-t-il déclaré. 

    La police ferme le bureau d'Al-Jazeera TV à Tunis
    Des agents de police ont fermé lundi le bureau de la chaîne de télévision qatarie Al-Jazeera à Tunis, après avoir expulsé tous les journalistes sur place, a indiqué à l'AFP son directeur Lotfi Hajji. 

    Tel que rapporté par le Réseau de télévision par satellite basé au Qatar, environ 20 agents de sécurité en civil sont entrés dans le bureau local d'al-Jazeera, invitant les journalistes et les employés à quitter le bâtiment. Comme l'a indiqué le directeur du bureau de Tunis, Lotfi Hajji, ils n'ont reçu aucun avertissement quant à une éventuelle expulsion, tandis que les forces de sécurité ont déclaré avoir agi sur les instructions de la justice tunisienne. Les journalistes ont alors déclaré que les agents de sécurité leur avaient ordonné d'éteindre leurs téléphones portables et qu'ils n'avaient pas été autorisés à revenir récupérer leurs affaires. Enfin, leur équipement aurait été confisqué. 

    Depuis la chute en 2011 du régime de Zine el Abidine Ben Ali, la Tunisie jouissait d'une importante liberté de la presse, considérée comme une des réussites de la révolution.

    De leur côté, des membres du mouvement Annahda ont attaqué le journaliste et le staff de la chaîne al-Hadath alors qu'ils filmaient les tentatives des partisans du mouvement de prendre d'assaut le Parlement après que l'armée ait empêché leur chef, Ghannouchi, d'y entrer. Vidéo.

    Les décisions du président sont constitutionnelles, selon un puissant syndicat
    L'Union générale des travailleurs tunisiens (UGTT), influente centrale syndicale, a implicitement soutenu lundi la suspension du Parlement par le président tunisien Kais Saied, estimant que ses décisions étaient "conformes" à la Constitution, tout en appelant à la poursuite du processus démocratique.

    Ces "mesures exceptionnelles prises par le président de la République conformément à l'article 80 de la Constitution" visent à "prévenir un danger imminent et à rétablir le fonctionnement normal des rouages de l'Etat, au vu de l'épidémie de Covid-19", souligne le syndicat dans un communiqué. "Il est temps" que les parties responsables de la situation "dégradée" dans le pays "assument leurs responsabilités" et de "mettre fin à cette ère qui a mis le feu à la Tunisie", poursuit l'UGTT.

    L'UGTT a souligné "la nécessité d'assurer le respect de la légitimité constitutionnelle (...) dans cette étape délicate que traverse le pays". L'objectif est notamment de poursuivre le "processus démocratique et restaurer la stabilité du pays", selon le communiqué. Pour le syndicat "les mesures exceptionnelles prises par le président doivent s'accompagner d'un ensemble de garanties constitutionnelles".

    Par contre, les partis ouvriers, le pôle démocratique moderniste, le bloc démocratique et la volonté populaire expriment leur rejet des décisions du président de la République.

     

  • Tunisie : Le Premier ministre limogé et le Parlement suspendu

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    Mechichi.jpegLe président tunisien, Kais Saied (photo), a annoncé, dans la soirée du dimanche 25 juillet, qu'il avait limogé le premier ministre, Hichem Mechici, tandis que les activités du Parlement étaient suspendues pour 30 jours. La décision a alimenté une situation de chaos, tandis que Saied a été accusé de violer les principes de la Constitution et de la révolution, ainsi que les libertés dans le pays.

    Ont également été limogésIbrahim El-Bertajy, ministre de la Défense nationale, Hasnaa Ben Slimane, ministre auprès du chef du gouvernement chargé de la fonction publique et ministre de la justice par intérim.

    Parmi les mesures prises par le président tunisien, il y a aussi la suspension de l'immunité pour tous les députés, alors que désormais ce sera le chef de l'Etat lui-même qui assumera la direction de l' exécutif, en collaboration avec un nouveau gouvernement et un premier ministre nommé par le président.

    Khaled Al Yahyaoui.pngOn apprenait lundi matin 26 juillet, que le président Kais Saied avait chargé le chef de l'unité de sécurité présidentielle, Khaled Al Yahyaoui (photo ci-contre), de superviser le ministère de l'Intérieur.

    Ce qui a été établi en marge d'une réunion d'urgence avec de hauts responsables militaires et de sécurité, a déclaré Saied, est conforme aux principes de la Constitution et vise à "sauver l'Etat et le peuple tunisiens". 

    Pour justifier sa décision, le président tunisien a alors évoqué "des structures publiques qui s'effondrent, des pillages et des guerres", ainsi que des individus qui alimentent les conflits au sein de certains quartiers en distribuant des sommes d'argent. "Nous traversons l'un des moments les plus délicats de l'histoire de la Tunisie, ainsi que l'un des plus dangereux", a ajouté Saied dans un communiqué diffusé par la télévision d'Etat.

    La décision prise dans la soirée fait suite à une journée de protestation, organisée à l'occasion du 64e anniversaire de la proclamation de la République tunisienne, pour s'inscrire dans le mécontentement populaire croissant, à son tour provoqué par une situation économique et politique qui ne cesse de se dégrader. 

    Suite à l'annonce de Saied, les citoyens tunisiens sont descendus dans les rues en klaxonnant leurs voitures pour célébrer. Quelques heures plus tôt, les manifestants avaient occupé les rues de la capitale, ainsi que les villes de Gafsa, Kairouan, Monastir, Sousse et Tozeur, scandant des slogans contre le parti islamique Ennahdha et le Premier ministre Mechichi, et appelant à la dissolution du Parlement. Certains manifestants ont pris d'assaut le siège du parti  islamiste Ennahdha, y mettant le feu. 

    Le parti islamiste a dénoncé la présence de "bandes criminelles" venant également de l'extérieur des frontières du pays dans le but de semer le chaos et de bouleverser la voie démocratique, ouvrant la voie au retour de "l'oppression et de la tyrannie".

    A l'aube de ce lundi 26 juillet , des militaires tunisiens ont empêché le président et des membres de la Chambre des représentants d'entrer dans le siège du Parlement, les informant qu'ils ont reçu l'ordre de fermer le siège. 

    Le président du corps législatif, Rachid Ghannouchi, qui s'est vu refuser l'accès au parlement, a organisé lundi matin un sit-in, dans sa voiture, devant le Parlement.
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    Ghannouchi a dénoncé le déploiement de troupes tunisiennes devant le bâtiment en exécution des décisions du président, qu'il considère comme une violation de la constitution tunisienne et des principes de la révolution. "La Constitution n'autorise pas la dissolution du Parlement, mais autorise la suspension de ses travaux", a déclaré Saied, citant l'article 80 qui autorise une telle mesure en cas de "danger imminent". De son côté, Ghannouchi a exhorté les officiers de l'armée à rejoindre la population pour sauvegarder la liberté conquise avec la révolution, tandis que tous les blocs parlementaires étaient invités à défendre le corps législatif et la Constitution de la Tunisie. « Les institutions sont toujours en place, les partisans d'Ennhahda et le peuple tunisien défendront la révolution », a déclaré Ghannouchi, ajoutant que ce que Saied a fait est un « coup d'État ».

    Ce qui s'est passé le 25 juillet représente l'aboutissement d'une situation d'instabilité politique, économique et sociale qui caractérise le pays d'Afrique du Nord depuis des mois. Les autorités gouvernementales ont été accusées de ne pas avoir fait les efforts nécessaires pour restaurer un cadre de plus en plus dégradé, notamment dans les services publics, et de ne pas avoir mis en œuvre les réformes requises par le Fonds monétaire international (FMI) . Le chômage en Tunisie est supérieur à 15% et atteint des pics de 30% dans certaines villes. Selon les données de l'Institut national de la statistique, un tiers des jeunes tunisiens sont au chômage, tandis qu'un cinquième de la population vit en dessous du seuil de pauvreté. Pour aggraver encore la situation économique tunisienne, il y a eu, au cours de 2020, la pandémie de coronavirus et la menace terroriste. Deux phénomènes qui ont touché un secteur essentiel pour la Tunisie, le tourisme, qui représente environ 8% du PIB national et est une source clé de devises étrangères.

    En surenchère aux déclarations du parti islamiste Ennahda, l'"Union internationale des savants musulmans" déclarait que le coup d'État contre la volonté des Tunisiens et des institutions élues était une affaire dangereuse et n'était pas admissible selon la charia, la morale ou la coutume".

    Marzouki.jpegQuant à l'ancien président tunisien Marzouki (photo ci-contre), celui-ci déclare n'avoir "aucun doute que les Emirats Arabes Unis sont derrière ce coup d'Etat".

    Sur le plan politique, Kais Saied a refusé d'accueillir 11 des nouveaux ministres choisis par Mechichi dans le cadre d'un remaniement gouvernemental dans son palais présidentiel. Depuis le 26 janvier, ils attendaient de prêter serment après que Saied, en plus d'avoir qualifié le remaniement d'"inconstitutionnel" d'un point de vue procédural, se soit opposé à la nomination de quatre des ministres élus, accusés de corruption ou centre d'un conflit d'intérêts. Or, en vertu de la Constitution tunisienne, tant que les ministres n'auront pas prêté serment, ils ne pourront pas s'acquitter des tâches qui leur sont confiées. Last but not least, le président a également refusé de signer un projet de loi pour la formation d'une Cour constitutionnelle, bien qu'il ait déjà été approuvé au Parlement lors de deux sessions consécutives.

    Sur le plan sanitaire, la Tunisie connaît la pire crise épidémiologique, en rapport avec la pandémie de Covid-19. L'Organisation mondiale de la santé a placé le pays à la première place au niveau arabe et africain pour le nombre de décès et d'infections dus au coronavirus. Pendant ce temps, les hôpitaux publics et les cliniques privées sont proches de la limite de leurs capacités. Pour les partis d'opposition et diverses organisations de la société civile, la responsabilité de la situation actuelle incombe au gouvernement, qui s'est montré incapable de mener une campagne de vaccination adéquate et de prendre les mesures préventives nécessaires.  

  • Tunisie : Démonstration de force du parti islamiste Ennahda en pleine crise politique

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    Le principal parti au pouvoir en Tunisie a mobilisé des milliers de partisans samedi 27 février, une démonstration de force qui risque d'accentuer les tensions en plein bras de fer entre cette formation islamiste, Ennahdha, et le président de la République.

    Cette manifestation, l'une de plus importantes de ces dernières années, intervient alors que la crise sociale accentuée par la pandémie se double de difficultés budgétaires grandissantes. Certaines entreprises publiques peinent à payer les salaires, et les bailleurs s'inquiètent de voir grimper la dette tunisienne.

    Le Fonds monétaire international (FMI) a alerté dans un communiqué samedi sur l'urgence des réformes pour diminuer le déficit. Il a appelé à réduire la masse salariale publique et les subventions sur l'énergie, soulignant que "la dette publique deviendrait insoutenable à moins d'adopter un programme de réformes solide".

    Le président Kais Saied, qui jouit d'une importante popularité, a rejeté fin janvier un remaniement voulu par le parti islamiste Ennahdha pour assurer au gouvernement le soutien de sa coalition parlementaire.

    En l'absence d'une cour constitutionnelle, le conflit s'éternise, paralysant le gouvernement depuis six semaines.

    "Le peuple veut l'unité nationale" ont scandé des partisans d'Ennahdha, alors que le chef de file du parti, Rached Ghannouchi, avait pris la parole pour appeler au dialogue.

    "Nous demandons le respect de la Constitution et de la démocratie", souligne un manifestant venu de Sfax en dépit des restrictions de déplacements en vigueur en raison de la pandémie: "Nous sommes dans un système parlementaire, ce n'est pas au président de décider tout seul qui peut gouverner ou pas!"

    Le Premier ministre Hichem Mechichi, qui avait limogé onze ministres parmi lesquels celui de la Santé ou de l'Intérieur, a fini par confier ces ministères à d'autres membres du gouvernement déjà en place.

    L'instabilité politique qui a entravé les réformes de fond depuis la révolution de 2011 s'est accentuée depuis l'arrivée au pouvoir en 2019 d'un Parlement morcelé et profondément divisé.

  • Tunisie : Des dizaines de manifestants occupent un moment le siège du gouvernorat de Tataouine

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    Des dizaines de manifestants ont pris d'assaut le siège du gouvernorat de Tataouine (sud-est), lundi 15 février, pour faire pression sur le gouvernement afin qu'il mette en œuvre l'accord d’El-Kamour, conclu entre les deux parties en novembre dernier.

    Les manifestants ont quitté le bâtiment gouvernemental au bout de 45 minutes, sans aucun heurt avec les forces de sécurité, à la suite d’un sit-in observé au centre-ville.

    Ce mouvement de protestation a été organisé à l’initiative de la « Coordination du sit-in d’El-Kamour ». Les manifestants ont lancé des slogans appelant à l’application complète des termes de l'accord, et au limogeage du gouverneur de Tataouine, Adel Ouerghi.

    L'accord prévoit le recrutement de 250 jeunes d’El-Kamour par les compagnies pétrolières opérant dans cette région riche en réserves de pétrole et de gaz.

    Il stipule le financement d’un fonds d’investissement pour un montant de 80 millions de dinars (30 millions de dollars), et de projets pour les jeunes de la région d’El-Kamour.

    Le coordinateur général du sit-in d’El-Kamour, Dhaou El Ghoul, a déclaré : « Ce que nous exigeons aujourd’hui c’est de hâter l’application complète de l’accord, surtout que 4 mois se sont écoulés depuis sa signature ».

    « Nous nous sommes dirigés au siège du gouvernorat pour savoir ce qu’il en était de cet accord et nous avons demandé la destitution du gouverneur. En tant que coordination, nous ne tiendrons aucune session de négociation avec la délégation gouvernementale et ce que nous voulons maintenant, c'est la mise en œuvre complète de l’accord », a-t-il ajouté.

    En juillet dernier, plusieurs protestataires avaient fermé la station de pompage de pétrole et de gaz de la région. Cette fermeture s'était poursuivie jusqu'à la signature de l'accord avec le gouvernement en novembre 2020.

    Le gouvernement tunisien a annoncé à plusieurs reprises qu'il était déterminé et engagé à mettre en œuvre ledit accord.

    La Tunisie souffre de difficultés économiques exacerbées par les répercussions de la pandémie du coronavirus.

    Le pays vit depuis un certain temps au rythme de manifestations contre la détérioration des conditions économiques et l'augmentation du chômage dans le pays qui compte près de 11,8 millions d’habitants.

    L'Institut national des statistiques (INS/gouvernemental) a indiqué lundi que le taux de chômage en Tunisie est passé à 17,4% au quatrième trimestre 2020.

    Le nombre de chômeurs estimé pour le quatrième trimestre 2020 s’établit à 725 100 du total de la population active, contre une moyenne de 676 600 chômeurs pour le troisième trimestre 2020, précise l’INS dans son Enquête nationale sur la population et l’emploi pour le quatrième trimestre de l'année 2020.

  • Tunisie : Des centaines de Tunisiens ont manifesté mardi près du Parlement barricadé

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    Des centaines de personnes ont manifesté mardi 26 janvier contre la classe politique et la répression policière près du siège barricadé du Parlement à Tunis, où les députés ont validé un large remaniement du gouvernement dans un contexte de tensions politiques.

    Les députés ont voté tard mardi la confiance aux onze nouveaux ministres, dont ceux de l'Intérieur, la Justice ou la Santé, en dépit des controverses sur plusieurs noms et des critiques acerbes du président de la République Kais Saied.

    Le chef du gouvernement Hichem Mechichi a assuré mardi soir que son cabinet écouterait les jeunes qui protestent.

    Dans la journée, des manifestants, dont certains ont défilé depuis le quartier populaire d'Ettadhamen, ont été empêchés d'arriver devant l'Assemblée, relégués à une rue adjacente par un très important dispositif policier.

    Certains députés ont protesté contre ce déploiement massif, appelant à davantage de dialogue dans un pays touché de plein fouet par la pandémie du coronavirus et ses retombées sociales.

    "Liberté, dignité pour les quartiers populaires", "A bas le régime policier", ont lancé les manifestants, scandant également des slogans contre le gouvernement ou contre le principal parti au Parlement, le mouvement d'inspiration islamiste Ennahdha.

    Les manifestants ont notamment protesté contre la gestion sécuritaire du mouvement de contestation sociale qui a éclaté à la mi-janvier dans des zones marginalisées du pays, au lendemain du 10e anniversaire de la révolution qui a fait chuter le 14 janvier 2011 le dictateur Zine El Abidine Ben Ali.

    Plusieurs nuits durant, des manifestants ont jeté des pierres sur la police déployée pour faire respecter un couvre-feu imposé pour des raisons sanitaires. La police a tiré du gaz lacrymogène et arrêté plus d'un millier de manifestants, dont de nombreux mineurs.

    Les manifestations se sont également multipliées pour réclamer la libération des personnes arrêtées et une meilleure politique sociale. Dix ans après la révolution, le chômage touche plus d'un jeune sur trois, et les restrictions sanitaires ont accentué la crise sociale en détruisant des dizaines de milliers d'emplois.

    "Changez ou quittez!"
    "Les acteurs politiques produisent les mêmes stratégies qui n'ont abouti jusqu'à maintenant qu'à des échecs", a estimé la présidente de l'Association des femmes tunisiennes démocrates, Yosra Frawes. "Qu'ils changent leur modèle de gouvernance, ou qu'ils quittent le pouvoir".

    Les troubles qui s'étaient atténués durant le week-end, ont repris mardi à Sbeïtla, dans une région marginalisée du centre tunisien, au lendemain du décès d'un jeune blessé la semaine dernière par une cartouche de gaz lacrymogène lors d'une manifestation.

    Des habitants ont lancé des pierres et la police a tiré du gaz lacrymogène en marge des funérailles du jeune homme, a constaté un correspondant de l'AFP.

    Au Parlement, certains députés d'opposition ont brandi son portrait.

    Le remaniement a ravivé les divisions et animosités qui paralysent la classe politique, en pleine crise sociale et sanitaire.

    La Tunisie enregistre plus de 2.000 nouveaux cas confirmés et plus de 50 morts de la Covid-19 chaque jour, et des médecins ont alerté sur les difficultés croissantes à trouver des places en réanimation.

    Tiraillements
    Signe des clivages grandissants, le président Kais Saied avait critiqué lundi soir le futur exécutif, regrettant ne pas avoir été consulté.

    Il a fustigé l'absence de femmes parmi les ministres proposés et accusé l'un des ministres choisis d'être "lié à une affaire de corruption" et trois autres d'être soupçonnés de "conflit d'intérêt", sans préciser de noms.

    M. Mechichi, nommé en août par le président Saied, avait initialement composé une équipe comprenant de nombreux fonctionnaires ou universitaires, dont certains proches du président. Mais il s'est progressivement éloigné de M. Saied, jusqu'à recomposer son équipe avec l'appui d'Ennahdha, qui mène un bras de fer avec le président.

    Ce remaniement intervient moins de cinq mois après l'arrivée au pouvoir de l'exécutif actuel, qui a succédé à un autre gouvernement également en place depuis moins de cinq mois. Les législatives de 2019, qui ont abouti à un Parlement divisé en une myriade de partis formant des alliances fragiles, ont accentué l'instabilité.

  • Tunisie : Colère après le décès d'un manifestant à  Sbeïtla et déploiement de l’armée

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    Des unités de l'armée tunisienne se sont déployées, lundi 25 janvier, pour protéger les bâtiments publics et privés de la ville de Sbeïtla relevant du gouvernorat de Kasserine (ouest), après le déclenchement de manifestations à la suite du décès d'un manifestant.

    Des témoins oculaires de la ville ont déclaré que des véhicules militaires étaient stationnés devant les installations administratives et les bâtiments publics et privés de Sbeïtla pour les protéger de toute éventuelle attaque.

    Ils ont rapporté que des dizaines de manifestants sont sortis dans la ville, lundi soir, pour protester contre la mort d'un homme du nom de Haikel Rachdi. L'homme en question aurait succombé à une grave blessure à la tête, lors des manifestations survenues dans la ville, la semaine dernière.

    Les témoins ont rapporté que de violents heurts avaient éclaté lundi entre les manifestants et les forces de l’ordre. Les protestataires ont incendié des pneus et bloqué les rues principales de la ville.

    Les manifestants ont tenté de prendre d'assaut le district de la sécurité nationale de Sbeïtla et ont caillassé les membres des forces de sécurité qui s’y trouvaient, ce qui a contraint ces derniers à réagir en faisant usage du gaz lacrymogène, et provoqué dans la foulée des échauffourées dans plusieurs artères de la ville qui se sont poursuivies jusqu'à 22h30.

    Le substitut du procureur de la République près le tribunal de première instance de Kasserine, Chaouki Bouazzi, a indiqué que le parquet avait autorisé, lundi soir, la présentation du corps de Haikal Rachdi, décédé lundi après-midi à l’Hôpital «Sahloul» dans le gouvernorat de Sousse (est), au médecin légiste de l'hôpital universitaire de Sousse "Farhat Hached" pour une autopsie dans le but de déterminer les causes du décès, selon une déclaration accordée à l'agence de presse officielle TAP.

    Bouazzi a justifié cette démarche par l'existence de deux versions sur la cause du décès de Rachdi : la première indique que le manifestant est tombé d’un escalier, tandis que la seconde explique que le défunt a été touché par une bombe de gaz lacrymogène lors des dernières manifestations.

    Depuis des jours plusieurs gouvernorats tunisiens ont été le théâtre de mouvements de protestation nocturnes, émaillés d'affrontements avec les forces de l’ordre, et qui coïncident avec l'entrée en vigueur d'un couvre-feu nocturne pour endiguer la propagation du coronavirus.

  • Tunisie : Des blessés lors d'affrontements entre forces de l'ordre et manifestants

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    Samedi 23 janvier, des affrontements ont éclaté entre des centaines de manifestants et les forces de sécurité dans le centre de la capitale, Tunis, lors d'une marche pour demander la libération des manifestants arrêtés.
     
    Des centaines de manifestants ont défilé sous le slogan «Non au retour de l'État policier», pour exiger la libération des personnes arrêtées lors des récentes manifestations nocturnes dans le pays.
     
    Les forces de sécurité ont tenté de disperser les manifestants en tirant des cartouches de gaz lacrymogène et à coups de matraques en caoutchouc, dès que le délai autorisé pour la marche de 13h00 à 15h00 a été dépassé.
     
    Les manifestants ont répliqué en jetant sur les policiers des bouteilles vides et en scandant  «l'État policier».
     
    Les manifestants ont réussi à franchir les barrières dressées par les forces de sécurité sur les routes menant à la rue «Habib Bourguiba», dans le centre de la capitale, qu'ils ont investie, avant  de se rassembler devant la Banque centrale de Tunisie, rue «Mohamed V» toute proche.
     
    Parmi les slogans scandés par les manifestants on entendait «Le peuple veut faire tomber le régime» et «Travailler… la liberté… la dignité nationale». Mais surtout, les manifestants ont demandé la libération immédiate et inconditionnelle des manifestants arrêtés au cours des derniers jour.
     
    Pour sa part, l'activiste Salah Daoudi, membre du Réseau tunisien pour affronter le système (indépendant), a déclaré: "Nos revendications portent sur la nécessité de discuter d'un nouveau système garantissant l'emploi, la liberté et le développement, et de faire face à la détérioration des conditions sociales, économiques et sanitaires"
     
    Al-Daoudi a souligné que les autorités doivent comprendre les demandes légitimes des manifestants de libérer les manifestants arrêtés.
     
    Plusieurs provinces et quartiers de la capitale ont été témoins de manifestations nocturnes, entrecoupées d'affrontements avec les forces de l'ordre, alors que les autorités se sont empressées d'ordonner un couvre-feu nocturne, officiellement pour combattre le virus Covid 19. Mais on ne peut s'empêcher de penser que le couvre-feu sert également à étouffer la révolte populaire.
     
    Dans le cadre des manifestations, le ministère de l'Intérieur a annoncé dans un communiqué que 632  personnes avaient été arrêtées pour "émeute", tandis que le ministre de la Défense Ibrahim Al-Bartaji a déclaré mercredi qu'il existait des informations indiquant que des "éléments terroristes" tentaient d'exploiter les manifestations.
     
    À son tour, le Premier ministre Hisham El-Mechichi a appelé toutes les parties populaires, civiles et partisanes à "ne pas être entraînées dans les campagnes de mobilisation et d'incitation, et à ne pas recourir à la violence, en répandant des rumeurs et en critiquant les institutions étatiques.