CÔTE D'IVOIRE

  • Mali : Le gouvernement annonce l'interpellation de 49 "mercenaires" ivoiriens à Bamako

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    Le Gouvernement de la Transition du Mali a indiqué, lundi soir 11 JUI avoir interpellé quarante-neuf (49) militaires ivoiriens à Bamako, dont une trentaine appartenant aux forces spéciales, qualifiés de "mercenaires" tels que définis par la Convention de l'OUA sur l'élimination du mercenariat en Afrique.

    L'information a été communiquée par le Colonel Abdoulaye Maiga porte-parole du gouvernement.

    Maiga précise en outre, qu'après interrogatoires, « quatre versions différentes ont été avancées par les militaires interpellés pour justifier leur présence sur le territoire malien, à savoir : une mission confidentielle, une rotation dans le cadre de la Mission multidimensionnelle Intégrée des Nations Unies pour la Stabilisation au Mali (MINUSMA), la protection du contingent allemand, ainsi que la sécurisation de la base logistique de la compagnie aérienne ''Sahelian Aviation Services'' ».

    « Le Gouvernement de la Transition informe l’opinion nationale et internationale que le dimanche 10 juillet 2022, entre 11 heures et 13 heures, deux aéronefs immatriculés ZS-BBI et UR-CTH, en provenance de la République de Côte d’Ivoire, transportant quarante-neuf militaires ivoiriens avec leurs armements et munitions de guerre, ainsi que d’autres équipements militaires, ont atterri à l’Aéroport International Président Modibo KEITA Sénou » a déclaré le Colonel Abdoulaye Maiga.

    Et d'ajouter : « Grâce au professionnalisme des Forces de Défense et de Sécurité maliennes, il a été établi que les quarante-neuf militaires ivoiriens se trouvaient illégalement sur le territoire national du Mali ».

    Par conséquent, dit-il, ces militaires ont été immédiatement interpellés et leurs armements, munitions et équipements ont été saisis.

    Maiga souligne que « des responsables des Forces de Défense et de Sécurité maliennes ont contacté immédiatement leurs homologues ivoiriens. Ces derniers ont affirmé qu’ils ignoraient tout de la présence des militaires ivoiriens interpellés au Mali ».

    « Au regard de ces manquements et infractions commis dans le cadre du déploiement de ces quarante-neuf militaires ivoiriens, le Gouvernement de la Transition les considère comme des "mercenaires", tels que définis par la Convention de l'OUA sur l'élimination du mercenariat en Afrique » a-t-il affirmé.

    Il déclare cependant que « le dessein funeste des personnes interpellées était manifestement de briser la dynamique de la Re-fondation et de la sécurisation du Mali, ainsi que du retour à l’ordre constitutionnel ».

    De ce fait, le Gouvernement de la Transition a décidé de mettre fin, avec effet immédiat, à l’activité de protection de la Compagnie aérienne « Sahelian Aviation Services » par des forces étrangères et a exigé leur départ immédiat du territoire malien.

    La Compagnie aérienne « Sahelian Aviation Services » a également été invitée à confier dorénavant sa sécurité aux forces de défense et de sécurité maliennes.

    Le Colonel Abdoulaye Maiga explique que les quarante-neuf militaires ivoiriens interpellés seront mis à la disposition des autorités judiciaires compétentes.

    Liste des 49 militaires ivoiriens arrêtés au Mali
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  • Mali : La France et ses partenaires européens se retirent militairement du Mali

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    Poussés dehors par les "obstructions" de la junte au pouvoir à Bamako, la France et ses partenaires européens ont officialisé, jeudi 17 février 2022, leur retrait militaire du Mali au terme de neuf ans de lutte antijihadiste menée par Paris.

    "En raison des multiples obstructions des autorités de transition maliennes, le Canada et les états Européens opérant aux côtés de l'opération (française) Barkhane et au sein de la Task Force Takuba estiment que les conditions ne sont plus réunies pour poursuivre efficacement leur engagement militaire actuel dans la lutte contre le terrorisme au Mali et ont donc décidé d'entamer le retrait coordonné du territoire malien de leurs moyens militaires respectifs dédiés à ces opérations", soulignent-ils dans une déclaration conjointe.

    Paris et ses partenaires souhaitent toutefois "rester engagés dans la région" sahélienne et "étendre leur soutien aux pays voisins du Golfe de Guinée et d'Afrique de l'Ouest" pour contenir la menace jihadiste. Les "paramètres" de cette réorganisation seront arrêtés "d'ici juin 2022".

    La France est militairement présente depuis 2013 au Mali, proie des groupes jihadistes qui sévissent aussi dans d'autres États sahéliens. Paris est intervenu pour enrayer la progression des groupes islamistes radicaux menaçant Bamako et a ensuite mis sur pied une vaste opération régionale, Barkhane, déployant des milliers de soldats pour lutter contre les franchises locales d'al-Qaïda et de l'Etat islamique.

    Mais malgré des victoires tactiques, le terrain n'a jamais été véritablement repris par l'État malien et ses forces armées. Facteur aggravant, le gouvernement malien a été renversé lors d'un double coup d'État en 2020 et en 2021, aboutissant à l'arrivée au pouvoir d'une junte qui refuse d'organiser des élections avant plusieurs années et qui surfe sur un sentiment antifrançais croissant dans la région.

    Mises au ban par les États ouest-africains, les autorités maliennes fustigent la présence militaire occidentale sur leur sol et font désormais appel, selon les Européens, aux mercenaires russes de la société Wagner. Quelque 25.000 hommes sont actuellement déployés au Sahel, dont environ 4.300 Français (2.400 au Mali dans le cadre de Barkhane), selon l'Élysée. Le pays accueille aussi 15.000 soldats de l'ONU au sein de la Minusma, dont l'avenir est désormais en suspens puisqu'elle comptait sur un large soutien de Barkhane.

    "Vide" sécuritaire
    Le Mali était au cœur du dispositif antiterroriste français et européen au Sahel. Le président français avait déjà décidé d'amorcer à l'été 2021 une réduction des effectifs français au profit d'un dispositif régional moins visible, mais ce départ contraint du pays va forcer Paris à accélérer cette réorganisation dans d'autres pays de la région menacés par la contagion jihadiste, notamment dans le golfe de Guinée.

    "Nous considérons que la lutte contre le terrorisme est quelque chose d'essentiel pour le Mali, pour le Burkina, pour le Niger et pour les pays côtiers", a assuré le président ivoirien Alassane Ouattara mercredi 16 février sur RFI et France 24. "Le départ de Barkhane et de Takuba (groupement de forces spéciales européennes) crée un vide. Nous serons obligés d'acheter des armes, d'avoir une plus grande professionnalisation mais c'est notre devoir aussi. Les armées nationales doivent régler les problèmes sur nos territoires nationaux et c'est cela notre philosophie", a-t-il estimé.

    "Nous avons besoin de réinventer notre partenariat militaire avec ces pays", a souligné mardi la présidence française. "Il ne s'agit pas de déplacer ce qui se fait au Mali ailleurs, mais de renforcer ce qu'on fait au Niger et de soutenir davantage le flanc sud", a-t-elle ajouté.

    Selon une source proche de l'Élysée, la France a promis de coordonner son retrait avec la mission de l'ONU au Mali et la Mission de formation de l'Union européenne au Mali (EUTM), qui continueront de bénéficier d'un soutien aérien et médical français sur place, avant le transfert ultérieur de ces moyens. Hors du Mali, Paris compte poursuivre la lutte antijihadiste dans la région, où les mouvements affiliés à al-Qaïda ou à l'Etat islamique ont conservé un fort pouvoir de nuisance malgré l'élimination de nombreux chefs.

    Outre un possible renforcement de sa présence au Niger voisin, qui héberge déjà une base aérienne française et 800 militaires, Paris ambitionne de proposer ses services à d'autres pays d'Afrique de l'Ouest (Côte d'Ivoire, Sénégal, Bénin...) pour les aider à contrer la propagation du jihadisme vers le golfe de Guinée. 

    Depuis 2013, 53 soldats français ont été tués au Sahel, dont 48 au Mali.

  • Burkina Faso : Des mouvements de djihadistes signalés sur la route de Kompienga près de la frontière du Togo

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    Depuis que les djihadistes sont en difficultés du côté du Mali, ceux-ci sont de plus en plus présents et menaçants vers les pays côtiers. 

    L'alerte a été donnée signalant la présence d'hommes armés dans la région de l’Est du Burkina près de la frontière togolaise depuis le 13 février 2022. 

    Les habitants des villages de Tibadi, Folpodi, Bonkada ou encore Oumpoundeni, ont été sommés par des groupes armés d'évacuer la zone. Selon nos confrères de rfi, depuis le dimanche 13 février 2022, les réseaux de téléphonie ne fonctionnent plus dans une partie de la région, les installations ont été sabotées par les groupes armés. Dans cette région de l’Est du Burkina, seule la commune de Pama, reste encore sure pour le moment et c’est vers elle que les populations des villages environnants ayant reçu l’ultimatum  des  groupes armées, se dirigent. 

    « Ils nous donnaient 24h pour quitter le village », indique un témoins à rfi. Un ex-élu local a ajouté « Une vingtaine de jeunes de la commune de Pama ont été enlevés, mais six personnes ont été relâchées quelques heures après ».

    Des  hommes armés ont été signalés non loin de la frontière togolaise notamment sur la route allant de Kompienga à la frontière du Togo. La situation est particulièrement inquiétante dans la région car, « pour la première fois, des hommes armés non étatiques ont effectué une opération de contrôle sur la route allant de Kompienga à la frontière du Togo ». Des membres de Groupes Armés Terroristes (GAT) vérifient es identités de toutes les personnes qui empruntent le tronçon de cette route. Chacun sait que les groupes armées djihadistes opèrent généralement sur des motos.

    L’inquiétude est grande au sein de la population car beaucoup pensent que l’objectif de ces hommes serait d’encercler la commune de Pama. 

    Dans un précédent article, nous avons expliqué que les mouvements djihadistes voulaient étendre leurs menaces vers les pays côtiers notamment le Bénin, le Togo, le Ghana et la Côte d’Ivoire.
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  • Côte d'Ivoire : L’armée française appuie et cherche à donner toute son autonomie à l’armée ivoirienne pour lutter contre le terrorisme

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    Le général d’armée Thierry Burkhard, chef d’état-major des armées françaises, a déclaré lundi 7 février 2022 à Abidjan que l’armée française « appuie et cherche à donner toute son autonomie à l’armée ivoirienne pour être le plus efficace possible dans sa lutte contre le terrorisme ».

    « La lutte contre le terrorisme se déroule bien évidemment dans le domaine sécuritaire et ça c’est quelque chose qui est parfaitement faite, sur laquelle, l’armée française appuie et cherche à donner toute son autonomie à l’armée ivoirienne pour être le plus efficace possible dans sa lutte contre le terrorisme. Ça fait l’objet d’un plan global qui agit aussi dans le domaine de la gouvernance, du renforcement de l’Etat, du développement des infrastructures. Donc j’étais très intéressé par la manière dont cette opération est conduite », a déclaré le général Thierry Burkhard, au terme d’une séance de travail avec le ministre ivoirien de la Defense, Tené Birahima Ouattara.

    Evoquant le dispositif pris par la Côte d’Ivoire, dans le cadre de la lutte contre le terrorisme, le chef d’état-major des armées françaises, l’a jugé « extrêmement pertinent », car, il « prend en compte beaucoup des enseignements rencontrés sur d’autres terrains ».

    Il a assuré, en outre, que « pour la France, la lutte contre le terrorisme reste une priorité ».

    Tout en se félicitant du partenariat entre les deux pays, le ministre ivoirien de la Défense, Téné Birahima a, pour sa part, demandé à la France de continuer à appuyer son pays.

    « Nous apprécions l’appui qui est fait par la France et nous avons demandé au général de continuer à nous appuyer pour que nous puissions lutter contre le terrorisme et assurer la sécurité en Côte d’Ivoire », a-t-il déclaré.

    Le général d’armée Thierry Burkhard effectue une visite de 72 heures en Côte d’Ivoire.

    Au programme de sa visite, il aura une audience avec le Chef d’état-major général des armées de Côte d’Ivoire. Il effectuera une visite à l’Académie internationale de lutte contre le terrorisme située à Jacqueville (sud ivoirien) et visitera l’Ecole militaire préparatoire technique (EMPT) de Bingerville (sud ivoirien).

  • Côte d'Ivoire : L'offensive djihadiste

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    ATT. E.B.
    (David Poteaux)
    Les groupes jihadistes ont l’ambition d’étendre leur influence au-delà des pays sahéliens et de s’implanter dans le nord des pays côtiers. La Côte d’Ivoire est dans leur viseur, mais aussi le Ghana, le Togo et le Bénin, où ils peuvent jouer sur le sentiment d’injustice partagé par de nombreux Peuls pour recruter des combattants.

    Abidjan est en alerte. Ce qui, il y a un an encore, constituait une menace possible, est devenue, aujourd’hui, une évidence : les jihadistes sahéliens ont un projet dans le nord de la Côte d’Ivoire. Ces trois derniers mois, quatre attaques ont été menées contre des positions des forces de sécurité le long de la frontière avec le Burkina Faso, dans les environs de Kafolo. Elles ont coûté la vie à au moins six militaires ivoiriens. Il y a un an, dans la nuit du 10 au 11 juin 2020, Kafolo avait déjà été le théâtre d’une attaque contre l’armée, au cours de laquelle 14 soldats avaient été tués. Il s’agissait de la première offensive jihadiste menée sur le sol ivoirien depuis l’attentat de Grand-Bassam, en mars 2016 (22 morts, dont 15 civils). Dans un rapport publié le 15 juin, l’Institut d’études de sécurité (ISS) estime que « ces incidents témoignent de l’expansion du spectre de l’extrémisme violent qui plane sur le pays ».
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    Pour les autorités ivoiriennes, cela ne fait en effet aucun doute : ces attaques sont l’oeuvre d’un groupe de combattants jihadistes liés à la katiba Macina, active au centre du Mali et affiliée au Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM). « Plusieurs renseignements recueillis sur place et après l’arrestation de certains assaillants convergent vers cette thèse », indique un responsable des services de renseignement ivoiriens.

    Après la première attaque de Kafolo en 2020, les forces de sécurité ont arrêté plusieurs dizaines de combattants et de complices présumés, parmi lesquels un des « cerveaux » de l’opération, Ali Sidibé, un Peul, également appelé « Sofiane ». Certains d’entre eux ont donné des informations. Ils ont notamment permis d’identifier le chef de la katiba en formation à la frontière entre le Burkina et la Côte d’Ivoire – il s’agit d’un certain Abdramani Sidibé (photo ci-dessous), un Peul lui aussi – et de confirmer ses liens avec la katiba Macina dirigée par Hamadoun Kouffa. Ils ont également alerté les autorités sur le risque de voir une partie des habitants de cette zone verser dans le jihadisme, dont des Peuls.
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    « C’est une grosse crainte. Cette communauté est déjà infiltrée par les jihadistes. Les chefs de cette katiba sont des Peuls. Nous craignons de voir le même schéma que ceux observés au centre du Mali ou au nord du Burkina se reproduire », poursuit notre source. Les services de sécurité ont en effet découvert que les assaillants avaient bénéficié de la complicité de certains habitants, dont une grande partie sont issus de la communauté peule. « Dans cette zone, il y a toujours beaucoup de mouvements, surtout chez les Peuls, qui passent d’une frontière à l’autre avec leurs troupeaux. Il est très difficile de contrôler ce qu’il s’y passe, d’autant que les Peuls se sont toujours méfiés des autorités », continue notre source.

    Cibles privilégiées des recruteurs jihadites
    Dans un rapport confidentiel consacré à l’expansion de la menace jihadiste au sud du Burkina Faso, une ONG française généralement bien informée dans la zone, l’ISS alerte : « Les groupes extrémistes exploitent les vulnérabilités telles que les conflits locaux, les déficits de gouvernance, les défaillances des systèmes de sécurité et les activités illicites, au bénéfice de leurs stratégies d’implantation, de recrutement et de financement. […] Le nord de la Côte d’Ivoire n’est pas exempt de ces vulnérabilités ». L’ISS évoque notamment « les conflits récurrents entre éleveurs et agriculteurs autour de l’accès aux pâturages et à l’eau ». Il existe également d’autres groupes vulnérables : orpailleurs, anciens combattants, bandits de grands chemins – tous très nombreux dans le nord ivoirien.

    Il est vrai que les éleveurs issus de la communauté peule, ici comme dans de nombreux autres pays, sont souvent victimes de clichés racistes. Ils sont considérés comme des « étrangers » – y compris lorsqu’ils y vivent depuis plusieurs générations, ainsi que nous l’ont raconté de nombreux Peuls vivant dans la région de Korhogo – et comme sources de problèmes lors de la saison des récoltes. Ils constituent donc une cible privilégiée pour les groupes armés. Un grand nombre de pistes de transhumances sont aujourd’hui occupées par les agriculteurs, ce qui suscite des tensions, et parfois des conflits meurtriers, que les djihadistes savent instrumentaliser pour recruter. Depuis une bonne dizaine d’années, les griefs se sont multipliés. En mars 2016, au moins 33 personnes avaient été tuées lors d’affrontements inter-communautaires entre Lobi et Peuls à Bouna, au nord-est de la Côte d’Ivoire, suite à un litige dû à la divagation de bœufs.

    Un élu local rappelle que des relations familiales existent entre les éleveurs peuls du nord de la Côte d’Ivoire et ceux vivant au Burkina et au Mali, dans les zones aujourd’hui en partie contrôlées par les groupes jihadistes : de nombreux éleveurs peuls du nord du Burkina et du centre du Mali ont en effet été poussés à migrer vers le sud, notamment dans la zone frontalière avec la Côte d’Ivoire, après les sécheresses des années 1970 et 1980 – et ils n’ont jamais rompu les liens avec leur région d’origine.

    Victimes de l’insécurité et de l’injustice
    « Le risque de voir une partie de cette communauté rejoindre les jihadistes est grand », reconnaît un notable peul du nord de la Côte d’Ivoire, même s’il refuse la stigmatisation dont sont déjà victimes les membres de son ethnie, rappelant que « les actes de quelques-uns ne doivent pas être attribués à l’ensemble d’une communauté ». Les raisons sont évidentes selon lui : routes de transhumance obstruées par l’avancée du front agricole, racket des forces de sécurité, vols de bétail… « Comme ailleurs, les éleveurs sont de plus en plus confrontés à l’insécurité, ils doivent se défendre et pour cela, ils pourraient être tentés de rejoindre les groupes armés existants », déplore-t-il.

    Ce risque ne s’arrête pas aux frontières de la Côte d’Ivoire. Il menace l’ensemble des pays côtiers : le Ghana, le Togo, le Bénin… Dans le nord de ces pays, comme en Côte d’Ivoire, on a vu arriver de nombreux éleveurs ces dernières décennies. Certains, chassés de chez eux pour de multiples raisons, sont venues pour s’y installer. D’autres en ont fait une terre de transhumance. Dans un contexte de concurrence de plus en plus accrue pour l’accès aux ressources naturelles et de pression foncière galopante, cet afflux a généré des tensions entre sédentaires et nomades ou semi-nomades, et, par conséquent, des ressentiments. De nombreux Peuls se disent victimes d’un rejet dont ils ne comprennent pas les ressorts, et ne cachent pas leur désarroi, voire, pour certains, leur colère et leur volonté d’en découdre.
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    Déjà, dans le sud du Burkina, d’ouest en est, nombre de cellules jihadistes en formation ont recruté parmi ces éleveurs. Pour ce faire, elles recyclent les mêmes discours que ceux développés au Mali ou au nord du Burkina ces dernières années, en rappelant aux bergers les injustices dont ils sont victimes, et en leur promettant d’y remédier. Ils peuvent pour cela citer l’exemple de l’est du Burkina.

    Les jihadistes – dont certains sont liés au GSIM, d’autres à l’État islamique au Grand Sahara (EIGS) – se sont implantés dans cette zone à partir de début 2018. Ils ont mené une série d’attaques contre les forces de sécurité et les agents des Eaux et forêts, qui leur ont permis de « libérer » l’espace – ces derniers préférant se réfugier dans les villes plutôt que de se faire tuer dans une embuscade ou de sauter sur une mine -, et d’en prendre le contrôle. Aujourd’hui, ils sont notamment les maîtres des parcs naturels et des forêts classées, très nombreux dans cette région. Or qu’ont-ils fait lorsqu’ils en ont chassé les forces de sécurité ? Ils ont fait savoir aux populations locales, qui en étaient jusqu’alors interdites, qu’elles avaient le droit d’y retourner et d’y exploiter les ressources. Désormais, il est possible d’y chasser, d’y pêcher, d’y faire paître son bétail, d’y cultiver, et même d’y chercher de l’or. Autant d’activités qui étaient interdites par les autorités étatiques au nom de la préservation de l’environnement.

    L’est du Burkina hors de contrôle
    Depuis deux ans, la plupart des forêts de l’est du Burkina sont ainsi occupées par des orpailleurs, des braconniers, des coupeurs de bois, des cultivateurs et surtout des éleveurs qui sont venus avec leurs troupeaux. « C’est impossible à chiffrer, mais l’on sait qu’on y trouve des milliers de têtes de bétail qui viennent de partout : du Niger, du Mali, du Ghana, même du Nigeria », indique un responsable régional du service des Eaux et forêts. Selon un élu local qui a requis l’anonymat pour des raisons de sécurité (il a été contraint de quitter sa commune et de se réfugier dans une grande ville pour échapper aux jihadistes), « les bergers savent qu’avec les jihadistes, ils pourront profiter de la forêt et qu’ils n’exigeront d’eux qu’une taxe, la zakat, dont ils estiment que c’est le prix à payer ». Selon lui, toutes ces personnes qui profitent de la présence des jihadistes sont autant de recrues potentielles. Et ces derniers le savent : « Quand ils sont arrivés, ils ont fait passer le message suivant : ‘Cette terre n’appartient qu’à Dieu, vous pouvez l’exploiter’. Ce discours plaît, car les populations locales n’ont jamais compris pourquoi on leur interdisait de faire ce que leurs aïeux faisaient. De leur point de vue, ils se sont fait confisquer leur terre. C’est comme ça que les jihadistes ont gagné des partisans ».

    Les associations d’éleveurs basées dans l’est du Burkina ont d’ailleurs constaté que de nombreux jeunes bergers étaient partis dans les forêts contrôlées par les jihadistes, parfois sans avertir leur famille. Elles rappellent que depuis plusieurs années, il était devenu de plus en plus difficile de se déplacer avec le bétail, et que les périodes de transhumance occasionnaient de plus en plus de conflits. Dans un rapport publié en 2009, le Réseau de communication sur le pastoralisme (Recopa) évoquait ces difficultés : « Les couloirs de transhumance ainsi que les couloirs d’accès sont obstrués soudainement par l’agriculteur d’une saison agricole à l’autre sans que le pasteur venant d’un pays ou d’une autre localité qui se retrouve brusquement dans une sorte de « voie sans issue » n’en soit tenu informé. (…) Ainsi le pasteur dans l’impossibilité de contourner cet espace et qui voit ses animaux y commettre un dégât est d’office fautif. Il doit par conséquent payer des dommages et intérêts. En cas de résistance à cette obligation, il est soit agressé physiquement soit dépouillé de son bétail ». Or depuis que les jihadistes sont arrivés dans la zone, plusieurs responsables peuls constatent que les bergers se déplacent plus facilement. Mais cette nouvelle donne a un revers : désormais, les bergers sont considérés, tant par les forces de sécurité que par leurs supplétifs civils, les Volontaires de la défense de la patrie (VDP), comme des complices, voire des jihadistes en puissance. De nombreux Peuls ont ainsi été tués ou arbitrairement arrêtés et emprisonnés alors qu’ils n’avaient rien à voir avec les jihadistes.

    Lien rompu
    Ce qu’il se passe dans l’est du Burkina inquiète les autorités des pays du Golfe de Guinée, bien conscientes des frustrations au sein de la communauté peule. Pour l’heure, le Bénin n’a jamais été attaqué – pas plus que le Ghana ou le Togo. Les jihadistes n’y disposent d’aucune base pérenne. Mais de nombreux mouvements suspects y ont été observés ces deux dernières années. En mai 2019, deux touristes français avaient été enlevés et leur guide béninois tué dans le parc de la Pendjari, à la frontière avec le Burkina – les deux Français avaient été libérés quelques jours plus tard à l’issue d’une intervention de l’armée française dans le nord du Burkina. En juin 2020, des jihadistes venus du Burkina et souhaitant se rendre au Nigeria ont été suivis à la trace par les autorités, avant d’être interceptés par l’armée nigériane. Une source au sein des services de sécurité béninois estime que les jihadistes disposent déjà de cellules dormantes dans les environs de Malanville, une ville située à la frontière avec le Niger.

    « On craint la contagion », souligne un responsable des services de renseignements béninois. En effet, les éleveurs du nord du Bénin dressent le même constat que ceux de l’est du Burkina : pistes obstruées, couloirs de transhumance non respectés par les agriculteurs, racket des autorités, impossibilité de faire paître leurs animaux dans les parcs de la Pendjari et du W, qui occupent d’immenses espaces… Au fil des ans, les Peuls du Bénin ont eux aussi développé un sentiment d’injustice. Nombre d’entre eux jugent qu’ils sont considérés comme des citoyens de seconde zone, voire comme des étrangers. Certains parlent de « nettoyage ethnique » en cours. « C’est vrai que beaucoup de Peuls sont tombés dans la criminalité, mais ce n’est pas une raison pour en faire une généralité », dénonce un dirigeant d’une association peule active au nord du Bénin. « Le lien est rompu entre l’État et cette communauté », estime un élu (issu de la communauté peule) du département de l’Alibori.

    C’est d’autant plus inquiétant, vu de Cotonou, que les transhumants qui arrivent dans le nord du Bénin viennent pour la plupart de pays en proie aux insurrections jihadistes (Nigeria, Niger, Burkina, Mali) et que des combattantes pourraient en profiter pour venir, sous couvert de transhumance, monter des cellules. Ce n’est pas pour cette raison que le Bénin a interdit la transhumance transfrontalière en 2020 (les raisons avancées étaient liées à l’insécurité et aux conflits que la transhumance engendrerait), mais c’est un scenario qui a été pris en compte lors de la prise de décision. Or cette interdiction a été mal comprise par une partie de la communauté peule, qui y voit une nouvelle preuve de la répression dont nombre de ses membres se disent victimes.

    Un représentant des éleveurs de la ville de Tanguieta, située près de la frontière avec le Burkina et le Togo, a en tête l’histoire d’un éleveur burkinabé qu’il avait reçu chez lui. Cet homme avait été pris avec son bétail dans le parc de la Pendjari. Il avait été envoyé en prison – car il n’avait pas le droit de s’y trouver – et son bétail avait été vendu. « Quand il est rentré chez lui, au Burkina, il n’avait plus rien. Que pensez-vous qu’il a fait ? Si j’avais été lui, peut-être que j’aurais rejoint les jihadistes pour me venger ».

     

  • La Côte d'Ivoire et le Burkina Faso décident de multiplier les opérations anti-terroristes à leur frontière

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    La Côte d’Ivoire et le Burkina Faso ont décidé, mardi 27 juillet 2021, de mutualiser leurs efforts et de multiplier les opérations anti-terroristes à leur frontière commune.

    Cette décision a été prise au terme d’un conseil conjoint de gouvernement, dans le cadre de la neuvième Conférence au Sommet des Chefs d’Etat du Traité d’Amitié et de Coopération (TAC 9) entre la République de Côte d’Ivoire et le Burkina Faso, tenu à Abidjan.

    Au cours de ce conseil, la réouverture des frontières terrestres et la Libre circulation des personnes et des biens ont été évoquées. Les deux pays se sont félicitées de la mutualisation des efforts en vue de permettre la circulation des personnes entre les deux pays, pour des raisons humanitaires, en cette période de crise sanitaire liée à la pandémie de Covid-19, pendant les périodes de fermeture des frontières.
    Cependant, ils proposent la tenue d’une réunion des ministres en charge de la Santé, de la Sécurité et des Transports, afin d’analyser les modalités de mise en œuvre des décisions pour mieux préserver la sécurité des deux pays et la santé des populations.

    S’agissant de l’approvisionnement régulier du Burkina Faso en énergie électrique et en hydrocarbures par la Côte d’Ivoire, les deux parties ont décidé de travailler en étroite collaboration pour atteindre l’objectif de 90 Mégawatts (MW).

    Les forces armées du Burkina Faso et de la Côte d’Ivoire mènent régulièrement et conjointement des opérations de ratissage au niveau de leurs frontières. Depuis 2015, le Burkina Faso est la cible d’attaques terroristes dans plusieurs de ses régions faisant de nombreuses victimes et des milliers de déplacés. Ces violences ont atteint la Côte d’Ivoire. Le 10 juin 2020, un poste mixte armée-gendarmerie à Kafolo (Nord), localité frontalière avec le Burkina Faso, a été l’objet d’une attaque dans laquelle 12 militaires et un gendarme ivoiriens ont été tués.

  • Côte d'Ivoire : 3 assaillants morts dans l'attaque d'une position de l'armée

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    Des individus armés ont attaqué dans la nuit de mardi à mercredi le 2ème Bataillon projetable basé à Anonkoua Kouté dans le nord d’Abidjan, en Côte d'Ivoire. Trois assaillants ont été tués, ont rapporté mercredi des sources sécuritaires.

    "Ce jour 21-04-2021 aux environs de 01h30mn, nous avons entendu des détonations de tirs au camp militaire d'Anonkoua Kouté. Renseignements pris sur place, il s'agit d'une tentative d'attaque dudit camp par un groupe d'individus venus à bord d'un véhicule type 4x4 de couleur noire et de taxis compteurs. Le bilan provisoire s'établit comme suit : trois morts et un blessé côté assaillants et un blessé côté loyalistes", a rapporté un communiqué radio de la police du 32ème arrondissement d'Abobo (nord d'Abidjan).

    Il faut rappeler que la Côte d’Ivoire a régulièrement déjoué des attentats sur son territoire. Selon des sources sécuritaires, en 2020, au moins 57 attentats ont été déjoués.

    Le 13 mars 2016, des terroristes ont attaqué la ville balnéaire de Grand-Bassam. Bilan, 22 morts (dont 16 civils, 3 militaires et 3 terroristes). L’attaque avait été revendiquée par le groupe Al-Mourabitoune.

    Dans la nuit du 10 au 11 juin 2020, des assaillants ont encore attaqué le poste des forces de défense et sécurité de la localité de Kafolo, à la frontière avec le Burkina-Faso. Douze militaires ont été tués, huit blessés et un assaillant neutralisé.