Comité d'État sur la sécurité nationale (GKNB)

  • Le conflit frontalier entre le Kirghizistan et le Tadjikistan reprend et s'étend

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    De violents combats ont éclaté entre le Kirghizistan (population de langue altaïque turque) et le Tadjikistan (population de langue affiliée à la langue perse) tôt le vendredi 16 septembre 2022, mettant une fois de plus en danger la vie de communautés économiquement précaires le long de la frontière contestée.

    Le Kirghizstan a donné un premier bilan des morts dans le conflit trans-frontalier.

    " 24 kirghizes sont morts dans le conflit à la frontière avec le Tadjikistan. À 1 h 30 du matin, le nombre de blessés admis dans les établissements de santé est toujours de 87", a indiqué le ministère kirghize de la Santé.

    À cette heure, le Tadjikistan n'a pas officiellement annoncé le nombre de morts et de blessés dans le conflit.

    Le gouvernement kirghize affirme que le Tadjikistan est à l'origine des affrontements en organisant des attaques au mortier non provoquées sur plusieurs zones habitées. Les responsables de la sécurité affirment que plusieurs endroits à Batken, la capitale de la région éponyme du sud-ouest kirghize, située à 10 kilomètres de la frontière, ont été touchés par des obus. Vidéo.
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    Les médias régionaux ont fait état d'échanges de bombardements et de coups de feu dans des zones distantes de plusieurs dizaines de kilomètres. L'agence de presse 24.kg a cité le chef de la région de Batken disant tôt dans la journée que les forces tadjikes déployaient "des mortiers et des armes de gros calibre".

    Des manifestants se sont rassemblés devant le bâtiment gouvernemental de la Maison Blanche à Bichkek pour exiger que les autorités réagissent plus fermement face à la crise.

    Les ministres des Affaires étrangères des deux pays se seraient parlés dans une tentative de négociation en vue d'une cessation des hostilités, mais l'échange n'a produit aucun résultat sur le terrain.

    En début d'après-midi du vendredi 16 septembre, les médias locaux ont rapporté que les troupes tadjikes avaient investi les locaux d'une école dans le village kirghize de Dostuk. Des images apparemment fraîches diffusées sur les réseaux sociaux montraient un lanceur de missiles Uragan de fabrication russe traversant la ville tadjike de Khujand, la capitale de la région nord de Sughd.

    Les habitants des villages kirghizes dans les zones où se déroulent les combats ont été évacués vers des zones plus sûres et ont reçu de la nourriture et une aide médicale, a indiqué le ministère des Situations d'urgence. Au milieu de l'après-midi, les responsables de la santé au Kirghizistan ont  annoncé que 42 personnes avaient été hospitalisées pour soigner des blessures subies pendant les affrontements.

    Les services de sécurité tadjiks, qui ont globalement fourni beaucoup moins d'informations sur l'évolution de la situation que leurs homologues kirghizes, affirment que leurs troupes ont cherché à plusieurs reprises à établir un cessez-le-feu, mais que ces tentatives ont été ignorées.

    "Les forces armées du pays voisin utilisent tous les types d'armes lourdes et d'armes à feu disponibles et soumettent les villages frontaliers à d'intenses bombardements au mortier", a déclaré le Comité d'État pour la sécurité nationale, ou GKNB, dans un communiqué. « Des militaires des unités des forces spéciales kirghizes… ont mené des attaques armées contre des maisons et incendié des immeubles résidentiels.

    L'un des foyers présumés d'affrontements violents est l'enclave tadjike peuplée de Voroukh, qui est entièrement entourée de terres contrôlées par les Kirghizes.

    Ce combat semble être la suite d' un autre échange de tirs entre les troupes kirghizes et tadjikes qui a eu lieu le 14 septembre.

    À cette occasion également, les récits sur la façon dont les affrontements ont commencé ont considérablement varié.

    Les services de sécurité du Tadjikistan, connus sous les initiales GKNB, ont affirmé que les troupes de l'unité frontalière de la province kirghize de Batken avaient tiré au mortier sur leurs troupes postées dans un endroit montagneux isolé et inhabité au nord de Vorukh. Deux soldats tadjiks avaient été tués dans ces bombardements, ont indiqué des responsables à Douchanbé.

    Les services de sécurité kirghizes ont affirmé que la confrontation a commencé lorsqu'un de leurs hommes avait découvert un garde-frontière tadjik sur une position au-delà d'une ligne de démarcation préalablement convenue par les deux pays. Le soldat tadjik avait refusé de se retirer et finalement ouvert le feu, ont-ils déclaré.

  • Russie : Lavrov discute de la menace terroriste croissante en Afghanistan

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    Le ministre des Affaires étrangères de la Fédération de Russie, Sergueï Lavrov, a annoncé vendredi 2 juin que, dans le contexte du retrait progressif des troupes américaines, l'organisation terroriste de l'État islamique (Daech) se développait activement en Afghanistan. Pour cette raison, la Russie et le Tadjikistan ont déclaré leur intention d'intensifier leur coopération militaire.

    Lavrov, lors d'une conférence de presse, a souligné combien il est important de surveiller l'évolution de la situation dans la région. "Les militants de l'Etat islamique avancent vers de nouveaux territoires", notamment dans le nord du pays, à la frontière avec des Etats alliés à la Russie, comme le Tadjikistan et l'Ouzbékistan, a réitéré le ministre russe. Si Moscou avait déclaré la veille qu'elle n'était pas préoccupée par l'avancée des talibans vers le nord de l'Afghanistan, la Russie a néanmoins indiqué qu'elle entendait fournir une assistance militaire au Tadjikistan en cas d'augmentation de la menace terroriste des talibans sur la frontière avec les pays voisins.

    Le 1er juillet, Douchanbé a accueilli le sommet de l'Organisation du traité de sécurité collective (OTSC), une alliance militaire défensive créée en 1992 pour sauvegarder les territoires de l'ex-Union soviétique. Au cours du sommet, le chef de la Chambre haute du Parlement tadjik, Rustami Emomali, et le président de la Douma d'État de la Fédération, Viacheslav Volodin, ont discuté de la situation en Afghanistan, convenant de renforcer la coopération russo-tadjike dans le domaine de la défense et de la sécurité.conformément aux obligations établies par l'OTSC. Dans la note finale, publiée à l'issue du sommet, il est indiqué que les parties se sont engagées à poursuivre le dialogue sur l'Afghanistan en raison de l'instabilité et de l'incertitude croissantes de la situation. En plus de cela, la Russie et le Tadjikistan ont convenu d'intensifier la formation de leurs forces armées, ainsi que la coopération technico-militaire.

    Le président de la Fédération de Russie, Vladimir Poutine, et le ministère de la Défense du pays étaient du même avis. Ces derniers ont déclaré vouloir activer les fonds nécessaires pour renforcer la 201e division militaire russe au Tadjikistan. C'est une base militaire terrestre située à Douchanbé depuis l'époque de l'Union soviétique. En 2001, la division a été déployée à la frontière avec l'Afghanistan après que les talibans aient tenté de la franchir. En octobre 2012, un accord a été signé prolongeant la période de stationnement de la base militaire russe au Tadjikistan jusqu'en 2042.

    Les derniers développements diplomatiques entre l'Afghanistan et la Fédération de Russie concernent diverses consultations, qui ont été lancées pour discuter de l'escalade des tensions dans le nord du pays d'Asie centrale. Plus précisément, le 1er juillet, le conseiller afghan à la sécurité nationale, Hamdullah Mohib, s'est rendu en Russie pour s'entretenir avec le secrétaire du Conseil de sécurité russe, Nikolai Patrushev. Le sommet s'est tenu en présence de l'envoyé de la présidence russe pour l'Afghanistan, Zamir Kabulov, et a porté sur le retrait des troupes de l'Alliance atlantique et des États-Unis du pays . Les représentants ont également discuté du dialogue de paix intra-afghane, ainsi que de l'intensification de la coopération bilatérale entre Moscou et Kaboul,

    Cette visite intervient deux jours après les déclarations de l'ambassadeur de Moscou à Kaboul , Dmitry Zhirnov. Ce dernier, le 29 juin, a déclaré que les talibans ne représentaient pas une menace directe pour la Russie car les militants afghans ne seraient pas assez forts pour prendre le contrôle de la capitale et d'autres grandes villes du pays. Malgré cela, Zhirnov a reconnu que les tensions à Kaboul s'intensifiaient en raison de la menace terroriste accrue.  

    Le dernier épisode de violence mettant en danger l'Ouzbékistan, qui partage 144 kilomètres de frontière avec l'Afghanistan, remonte au 23 juin. À cette date, les troupes gouvernementales afghanes sont entrées en  Ouzbékistan  pour fuir une attaque des talibans. Le Tadjikistan, qui borde l'Afghanistan sur 1 357 kilomètres, a également été le théâtre de troubles dus au conflit entre le gouvernement afghan et les militants. Le 22 juin, le Comité d'État sur la sécurité nationale (GKNB) du  Tadjikistan, qui s'occupe également des services de sécurité aux frontières, a déclaré que 134 soldats du gouvernement afghan avaient été contraints de se retirer sur le territoire du Tadjikistan parce qu'ils n'étaient pas en mesure de contenir l'offensive des talibans. Ce dernier a donc pris le contrôle du principal poste frontière de l'Afghanistan avec le Tadjikistan, près de la ville de Shir Khan Bandar, située à une cinquantaine de kilomètres de Kunduz. À ce jour, les talibans ont pris le contrôle de la plupart des avant-postes afghans près de la frontière avec le Tadjikistan.

    Pendant des décennies, l'Afghanistan a été caractérisé par une profonde instabilité politique. Le groupe taliban, d'origine islamique fondamentaliste, s'est d'abord engagé dans la lutte antisoviétique en Afghanistan. L'intervention des États-Unis en 2001, et le soutien ultérieur offert par l'OTAN avec la mission de la Force internationale de sécurité et d'assistance (FIAS) en août 2003, ont renversé le régime théocratique qui avait été imposé au pays entre 1995 et 1996. Cependant, le groupe a poursuivi ses activités militaires contre les troupes de la coalition internationale de l'Alliance atlantique déployées en Afghanistan, ainsi que contre les forces gouvernementales à Kaboul. Au fil des ans, les talibans ont cycliquement perdu et regagné du terrain. Ce qui est également le cas de  l'État islamique (EI). Les pourparlers de paix entre le gouvernement afghan et les talibans ont débuté le 12 septembre 2020 dans la capitale du Qatar mais n'ont jusqu'ici donné aucun résultat.