Chinois au Pakistan

  • Pakistan : Une kamikaze tue 4 personnes à l'université de Karachi, dont 3 ressortissants chinois

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    FRRAuyOWYAA74Od.jpegAu moins quatre personnes, dont trois ressortissants chinois, ont été tuées mardi 26 avril 2022 dans un attentat-suicide à l'intérieur des locaux de l'Université de Karachi (KU).

    Deux autres personnes, dont un autre ressortissant chinois, figurent parmi les blessés. L'attentat a visé une camionnette Hiace blanche près de la porte de l'Institut Confucius à l'intérieur des locaux de l'université. Les ressortissants chinois faisaient partie de la faculté de l'institut. 

    "Nous soupçonnons qu'il s'agit d'un attentat-suicide. Une femme en burqa s'est approchée de la camionnette et l'explosion a eu lieu", a déclaré le chef de la police de Karachi, Ghulam Nabi Memon. 

    "Nous enquêtons sur l'incident en recueillant des preuves, mais il semble que les enseignants chinois aient été la véritable cible de l'explosion", a déclaré le chef de la police de la ville.

    L'Armée de libération du Balouchistan (BLA) a revendiqué la responsabilité de l'attaque et publié une photo de ce qu'elle prétend être la kamikaze. Il faut cependant prendre cette revendication avec prudence, car ce serait la première fois que la BLA utilise une femme kamikaze pour mener une attaque.

    La sécurité des employés chinois en question
    La sécurité des employés chinois travaillant sur les différents projets d'infrastructure au Pakistan est depuis longtemps une préoccupation pour Pékin, qui a investi des milliards de dollars ces dernières années dans ce pays. Les projets financés par la Chine ont souvent créé un fort ressentiment au Pakistan, en particulier auprès des groupes séparatistes baloutches, qui estiment que la population locale n'en tire aucun bénéfice, la plupart des emplois revenant à de la main d'œuvre chinoise.

  • Pakistan: Le Front de Libération Baloutche (BLA) a revendiqué l'attaque contre un poste militaire qui a tué 10 soldats

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    Le groupe séparatiste Front de libération des Baloutches (BLF) a revendiqué, vendredi 28 janvier, la paternité de l'attentat qui, le 25 janvier, a fait 10 morts parmi les militaires dans la province sud-ouest du Balouchistan.

    Dans un communiqué publié par l'armée pakistanaise, cité par Reuters, il a été rapporté que le BLF, avant l'aube, avait lancé une attaque contre un poste militaire près de Kech, une ville de la province du Balouchistan, non loin du port sud-ouest de Gwadar, où la Chine fait de nombreux investissements. Les troupes pakistanaises ont ouvert le feu en réponse, tuant l'un des assaillants. Dix membres des forces armées ont perdu la vie au cours de l'attaque. Suite au raid, les autorités ont arrêté trois membres du groupe séparatiste. "Nous avons l'intention de libérer le Pakistan de toutes les formes de terrorisme", a déclaré le 28 janvier le Premier ministre Imran Khan dans un communiqué dans lequel il rendait hommage aux 10 soldats "martyrs". 
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    Bien que les autorités d'Islamabad aient déclaré que le nombre de morts était de 10, les rebelles ont affirmé dans une déclaration envoyée à Reuters que 17 soldats et un membre du BLF avaient été tués. 

    Le Balouchistan est le théâtre d'une longue insurrection de groupes sécessionnistes de l'ethnie baloutche qui, depuis des décennies, organisent des attentats, principalement contre les forces de sécurité, pour solliciter leurs revendications d'indépendance. Au Baloutchistan, des groupes sécessionnistes de cette ethnie tels que le Front de libération du Baloutchistan et l'Armée de libération du Baloutchistan sont actifs. Ces dernières années, les séparatistes baloutches se sont rendus responsables d'attentats visant les projets du corridor économique sino-pakistanais (CPEC), qui passe par le Balouchistan et qui sera mis en œuvre par Pékin et Islamabad dans le cadre du grand projet d'infrastructure et de financement des nouvelles routes de la soie et dans lequel le gouvernement chinois a l'intention d'investir environ 62 milliards de dollars.

    Sur son territoire, outre les militants baloutches, divers groupes armés appartenant à différentes organisations sont également actifs. Parmi ceux-ci, il y a des groupes affiliés à l'État islamique et aux talibans pakistanais, également connus sous le nom de  Tehreek-e-Taliban Pakistan (TTP) . Ces derniers sont une branche du groupe des talibans afghans qui s'est formée à partir des groupes talibans présents et opérant au Pakistan, qui se sont réunis en 2007 et sont fidèles à la direction des talibans afghans. L'objectif du TTP est d'introduire la charia au Pakistan et de renverser le gouvernement d'Islamabad en attaquant l'armée et les autorités. Comme les talibans afghans, le TTP promeut également une ligne conservatrice de l'islam et son idéologie est proche de celle d'Al-Qaïda. Le 9 novembre 2021 , le gouvernement pakistanais et les talibans pakistanais ont conclu un accord de cessez-le-feu pour permettre la poursuite des pourparlers entre les parties. Cependant, le  9 décembre suivant , le TTP a annoncé la fin du cessez-le-feu accusant l'exécutif de ne pas respecter la trêve et de ne pas libérer 102 de ses combattants. Suite à cette décision, entre le 17 et le 18 janvier 2022, le TTP a  attaqué  les autorités pakistanaises dans plusieurs régions, dont la capitale Islamabad.

  • Pakistan : Au moins deux morts et 26 blessés dans l'explosion d'une bombe à Lahore

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    Au moins deux personnes ont été tuées et 26 blessées dans l'explosion d'une bombe, jeudi 20  janvier 2022, devant une banque d'un quartier commerçant de Lahore (est), la deuxième plus grande ville du Pakistan, un attentat revendiqué par des séparatistes baloutches.

    "Les premières investigations montrent que l'explosion a été causée par un engin doté d'un dispositif de minutage et placé sur une moto", a déclaré à l'AFP Rana Arif, porte-parole de la police de Lahore.

    La police locale et une source hospitalière ont indiqué que deux personnes avaient été tuées, dont un enfant de 9 ans, et 22 blessées, dans cette violente explosion. L'attentat visait les employés d'une banque du vieux quartier commerçant d'Anarkali, a indiqué l'Armée nationale Baloutche (BNA), en le revendiquant sur Twitter. La BNA est un mouvement séparatiste baloutche récemment formé, après l'union de deux groupes plus anciens.

    Le Premier ministre pakistanais, Imran Khan, a exprimé ses regrets pour "la perte de précieuses vies humaines", selon un de ses porte-parole.

    Le Baloutchistan (sud-ouest) est la province la plus pauvre du Pakistan et est sujette à des violences ethniques, sectaires et séparatistes. Elle est riche en hydrocarbures et en minerais, mais sa population - environ 7 millions d'habitants - se plaint d'être marginalisée et spoliée de ses ressources naturelles. Elle est secouée par intermittence depuis des décennies par une rébellion séparatiste. Des groupes jihadistes y sévissent également. Au Baloutchistan, d'importants chantiers du Corridor économique Chine-pakistan (CPEC), pour lequel la Chine doit dépenser plus de 50 milliards de dollars (42 milliards d'euros), sont sortis de terre, dont le port en eaux profondes de Gwadar.

    Baloutches spoliés
    Ces projets chinois ont souvent créé un fort ressentiment dans la province, en particulier auprès des groupes séparatistes, qui estiment que la population locale n'en tire aucun bénéfice, la plupart des emplois revenant à de la main d'oeuvre chinoise.

    En mai 2019, l'hôtel de luxe surplombant le port de Gwadar avait été attaqué, au moins huit personnes trouvant la mort. Six mois auparavant, un assaut contre le consulat de Chine de Karachi, la plus grande ville du pakistan et sa capitale économique et financière, avait coûté la vie à au moins quatre personnes. Et en juin 2020, c'est la Bourse de Karachi, en partie propriété d'entreprises chinoises, qui avait été prise pour cible (au moins 4 morts).

    Ces attaques avaient été revendiquées par l'Armée de libération du Baloutchistan (BLA), qui s'était justifiée en invoquant la mainmise sur les ressources locales par Islamabad et la Chine. 

    Le Pakistan est également confronté depuis quelques semaines au retour en force du Tehreek-e-Taliban Pakistan (TTP), les talibans pakistanais, galvanisés par l'arrivée au pouvoir des talibans en août en Afghanistan.

    Le TTP, un mouvement distinct de celui des nouveaux dirigeants afghans mais qui partage avec lui des racines communes, a revendiqué plusieurs attaques rien que depuis le début de la semaine, dont celle, lundi, contre un poste de contrôle de la police à Islamabad, dans laquelle un policier a été tué et deux blessés. Ce genre d'incident est rare dans la capitale, placée sous forte surveillance policière en raison de la présence de dizaines d'ambassades étrangères, et où la sécurité s'était améliorée ces dernières années.

    Le ministre pakistanais de l'Intérieur, Sheikh Rashid Ahmed, avait mis en garde mardi contre la possibilité de nouvelles attaques et estimé que les autorités se devaient de "rester vigilantes". Le gouvernement pakistanais avait conclu une trêve d'un mois avec le TTP en fin d'année dernière, mais celle-ci a pris fin le 9 décembre, aucune avancée n'ayant eu lieu dans les négociations de paix.

  • Pakistan : Islamabad s'inquiète de la recrudescence de l'activité terroriste des talibans pakistanais

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    La victoire des talibans afghans en Afghanistan a dynamisé les mouvements jihadistes dans la région et fait craindre qu'une reprise de l'insurrection islamiste ne menace les investissements étrangers, en particulier ceux liés à l'initiative chinoise baptisée "Route de la Soie".

    Depuis la prise de Kaboul par les talibans, il y a eu une augmentation significative des attaques contre les forces de sécurité pakistanaises par le mouvement islamique radical  Tehreek-e-Taliban Pakistan (TTP).

    Le TTP est le groupe terroriste le plus redouté du Pakistan. Il a des liens idéologiques avec les talibans afghans. Il a déjà revendiqué des centaines d'attaques contre des cibles militaires et civiles mais ses actions se sont multipliées récemment contre les forces de sécurité pakistanaises.

    Le TTP a organisé 53 attaques du 1er janvier au 30 juin 2021, selon le "Pakistan Institute of Peace Studies" (PIPS), un groupe de réflexion d'Islamabad. Du 1er juillet au 15 septembre, le TTP est passé à 55 attaques impliquant des kamikazes, des engins explosifs en bordure de route, des tirs de snipers et des embuscades.

    Selon Muhammad Amir Rana, directeur du PIPS, la victoire des talibans afghans a enhardi les militants islamiques, y compris ceux du TTP, et leur a remonté le moral.

    Formé en décembre 2007 avec la fusion de plus petites formations militantes, le TTP s'effondrait sous une répression pakistanaise soutenue qui a forcé sa re-localisation en Afghanistan en 2014.

    Les choses ont été aggravées par la mort des dirigeants successifs du TTP lors d'attaques de drones américains et de divisions internes. Dernièrement, cependant, la victoire des talibans afghans a convaincu les différents groupes du TTP de mettre fin à leurs différences.

    Un rapport du Conseil de sécurité des Nations Unies en juin 2021 a estimé qu'il y avait entre 2 500 et 6 000 combattants du TTP du côté afghan de la frontière. En août, les talibans afghans ont libéré des milliers de prisonniers, principalement des militants, dont des dirigeants du TTP comme son ancien numéro deux, Maulvi Faqir Mohammad.

    "Le retour au Pakistan des militants et la libération de prisonniers ont augmenté la capacité et la force militaire du TTP, entravant les efforts pakistanais pour éradiquer le terrorisme à l'intérieur de ses frontières", a déclaré Rana

    Islamabad et Pékin ont tous deux tenu le TTP pour responsable d'un attentat-suicide le 14 juillet 2021 qui a tué neuf ingénieurs chinois travaillant sur un projet hydroélectrique dans le district de Kohistan au Pakistan. "Davantage de Chinois ou de projets chinois pourraient être attaqués afin d'augmenter la pression sur le gouvernement pakistanais", a rapporté le 18 septembre le Global Times, porte-parole du Parti communiste chinois, citant des experts chinois en matière de sécurité.

    La recrudescence du terrorisme a contraint la Nouvelle-Zélande et l'Angleterre à annuler les tournées de cricket au Pakistan pour des raisons de sécurité. 

    Le Premier ministre Imran Khan a déclaré dans une interview le 24 septembre 2021 que le Pakistan était "extrêmement préoccupé" par les menaces terroristes en provenance d'Afghanistan, en particulier du TTP, et a tenu le groupe pour responsable de la plupart des attaques contre des citoyens chinois. "Le Pakistan travaillera avec les autorités afghanes pour mettre un terme au TTP et à d'autres actes de terrorisme en provenance d'Afghanistan", a-t-il déclaré.

    Le TTP a des sanctuaires le long de la frontière commune dans les provinces de Kunar et de Nangarhar, mais il est peu probable que les talibans afghans répondent aux demandes d'Islamabad de les débusquer et de rapatrier de force les combattants réticents à retourner au Pakistan.

    "Les talibans afghans n'ont jamais soulevé d'objections ni tenté d'empêcher le TTP de mener des attaques à l'intérieur du Pakistan malgré des liens étroits avec les agences de renseignement pakistanaises", a déclaré Abdul Bari, un ancien responsable de la sécurité afghan qui a servi dans la province de Nangarhar. « De même, le TTP ne s'est jamais opposé à l'alliance des talibans afghans avec le Pakistan.

    Islamabad espère affaiblir le TTP en persuadant les militants islamiques de rentrer de Kunar et Nangarhar, où ils ont fui avec leurs familles pour échapper aux opérations militaires pakistanaises qui ont rasé leurs maisons en 2014.

    La semaine dernière, le président pakistanais Arif Alvi et son ministre des Affaires étrangères, Shah Mahmood Qureshi, ont déclaré que le gouvernement pardonnerait au groupe si ses membres déposaient les armes, abandonnaient leur idéologie militante et respectaient la constitution.

    Le TTP a rejeté l'ouverture d'amnistie d'Islamabad à moins qu'elle ne s'accompagne d'un engagement à imposer les lois islamiques dans tout le pays. "Des pardons sont généralement offerts à ceux qui commettent des crimes, mais nous sommes assez fiers de notre combat", a déclaré le TTP dans un communiqué.

    Iftikhar Firdous, un analyste de la sécurité basé à Peshawar, a déclaré que le TTP avait rejeté l'offre d'Islamabad parce qu'il bénéficiait de la protection des talibans afghans, et aussi "parce qu'il a toujours la capacité de mener des attaques dans différentes parties du pays".

    Bien que certains groupes plus petits semblent prêts à déposer les armes, Firdous ne s'attend pas à ce que quiconque dans le TTP s'assoie pour des négociations si leurs demandes ne sont pas acceptées, "aussi déraisonnables soient-elles".

    La plupart des observateurs s'accordent à dire que l'expulsion du TTP d'Afghanistan ne serait pas facile pour les talibans afghans.

    "Islamabad devrait savoir que le TTP, al-Qaida et d'autres groupes militants transnationaux font partie d'un réseau jihadiste plus large avec un programme mondial similaire, et ils ont aidé les talibans afghans à capturer la plupart des régions de l'Afghanistan", a déclaré Bari.

    "Si les talibans afghans tentaient d'écraser les sanctuaires du TTP sous la pression d'Islamabad, ils pourraient rejoindre l'État islamique-Khurasan (IS-K) qui mène des actions armées au gouvernement nouvellement formé des talibans à Kaboul."

     

  • Pakistan : Attentat suicide anti-chinois au Balouchistan

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    Sirbuland Baloch.jpegUn attentat suicide a visé le véhicule d'un ressortissant chinois à Gwadar, au Balouchistan. Deux enfants ont été tués et l'expatrié chinois blessé, selon le porte-parole du gouvernement du Balouchistan.

    L'Armée de libération baloutche (BLA) a revendiqué la responsabilité de l'attentat suicide visant des chinois à Gwadar. Le BLA a identifié le kamikaze comme Sirbuland Baloch alias Umar Jan (photo ci-contre).

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  • Pakistan : Un Chinois blessé par des tirs

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    Un ressortissant chinois a été blessé lors d'un incident de tir à Karachi au Pakistan mercredi 28 juillet 2021, selon des sources chinoises à Islamabad. Deux hommes armés à moto ont fait feu sur une voiture transportant deux Chinois travaillant dans une usine locale, dont l'un a été blessé à un bras par plusieurs balles. 

    «Il est dans un état stable et par chance n'a pas été touché à un organe vital», a déclaré à l'AFP Javed Akbar Riaz, chef de la police du district sud de Karachi.

    «La Chine suit attentivement ce dossier, qui fait encore l'objet d'investigations», a réagi Zhao Lijian, un porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères. «Cet incident est un cas isolé», a-t-il ajouté. «Nous sommes absolument confiants que les autorités pakistanaises assureront la sécurité des ressortissants et des actifs chinois au Pakistan.»

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    Cette attaque survient exactement deux semaines après la mort de neuf Chinois dans un attentat contre un car qui transportait des ingénieurs, géomètres et personnels de maintenance mécanique travaillant à la construction du barrage de Dasu, dans la province du Khyber Pakhtunkhwa (nord-ouest).

    Après avoir évoqué un accident, les autorités pakistanaises ont admis que des traces d'explosifs avaient été retrouvées sur place, mais sans pour l'instant fournir plus de détails.

    Pékin a été plus explicite, de récentes informations relayées par les médias d’État chinois accusant des militants ouïghours ou les talibans pakistanais d'être derrière cette attaque.

    La sécurité des employés chinois travaillant sur les différents projets d'infrastructure au Pakistan est depuis longtemps une préoccupation pour Pékin, qui a investi des milliards de dollars ces dernières années dans ce pays.

    Les projets financés par la Chine ont souvent créé un fort ressentiment au Pakistan, en particulier auprès des groupes séparatistes, qui estiment que la population locale n'en tire aucun bénéfice, la plupart des emplois revenant à de la main d’œuvre chinoise.

    En avril, le Tehreek-e-Taliban Pakistan (TTP), les talibans pakistanais, avait revendiqué un attentat suicide contre un hôtel de luxe de Quetta (ouest), capitale de la province du Baloutchistan, dans lequel séjournait l'ambassadeur de Chine, qui n'avait pas été blessé.

  • Pakistan : Islamabad pourrait chercher à négocier avec les rebelles baloutches anti-chinois face à la montée en puissance des talibans afghans

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    Le Premier ministre pakistanais Imran Khan s'est récemment engagé à entamer des pourparlers avec les insurgés armés du Baloutchistan.

    Le gouvernement pakistanais semble avoir pris conscience de la grave menace que l'insurrection baloutche fait peser sur le corridor économique Chine-Pakistan (CPEC) et du pourrissement de la situation politique au Baloutchistan, dans le sillage de la résurgence des talibans dans l'Afghanistan voisin.

    La province du Baloutchistan, avec son port stratégique de Gwadar où la Chine investit des milliards de dollars, est un territoire vital pour le corridor économique Chine-Pakistan (CPEC).

    Dans le même temps, le Baloutchistan a également été historiquement une base sûre pour le leadership des talibans afghans. Quetta, la capitale du Baloutchistan,  est sans doute en train de devenir une zone de confluence de militantisme d'inspiration religieuse et d'insurrection ethnique.

    Cela en fait une région extrêmement sensible pour le Pakistan, car l'instabilité généralisée qui gagne l'Afghanistan depuis le départ des troupes américaines pourrait fournir un nouvel élan aux groupes baloutches pour réorganiser leurs milices et intensifier leur agenda séparatiste. Le 14 juillet 2021, une vidéo largement partagée sur les réseaux sociaux montrait un rassemblement pro-taliban dans la capitale du Baloutchistan, Quetta. Avec des personnes portant des armes et louant les victoires des talibans en Afghanistan. Le rassemblement confirme non seulement une présence taliban très visible dans la province, mais montre également la tendance croissante du groupe à projeter son pouvoir par des moyens politiques et militants.

    Certes, les groupes d'insurgés baloutches ne sont pas le seul groupe à cibler la province du Baoutchistan. Ces derniers mois, il y a eu au moins une douzaine d' attaques au Baloutchistan par les islamistes de Tehreek-i-Taliban , soulignant à quel point la situation sécuritaire de la province se détériore à la suite de l'intensification de la guerre civile en Afghanistan.

    Bien que l'État pakistanais soit la principale cible des insurgés baloutches, ceux-ci ont récemment ciblé les ressortissants chinois et le CPEC associés à Islamabad.

    De nombreux analystes et dirigeants politiques au Pakistan pensent qu'une insurrection militante et ethnique généralisée pourrait finalement forcer la Chine à quitter le Baloutchistan, ce qui porterait un coup sérieux aux efforts du Pakistan pour dynamiser son économie.

    Les attaques contre les forces gouvernementales et les Chinois ne cessent de prendre de l'ampleur. Elles sont le fait, non seulement des insurgés baloutches, mais aussi des islamists de Tehreek-i-Taliban, les talibans pakistanais, bien que les deux groupes d'insurgés ne partagent aucune affinité idéologique.

    En juin 2020, l'Armée de libération du Baloutchistan a attaqué la Bourse du Pakistan à Karachi, où sont basées un certain nombre d'entreprises chinoises impliquées dans la CPEC. En 2017, un consortium d'entreprises chinoises avait acheté une participation de 40 % dans la Bourse du Pakistan, ce qui en fait leur plaque tournante au cœur de la plus importante ville financière du Pakistan.

    14 agents de sécurité, dont sept membres du Frontier Corps, ont été tués en octobre 2020 lors d'une attaque armée contre leur convoi sur la route côtière dans la zone d'Ormara du district de Gwadar. 

    En mars 2021, des insurgés armés baloutches ont attaqué un véhicule transportant du personnel de la marine pakistanaise, tuant au moins un et en blessant deux.

    Le 21 avril, une voiture piégée à l'hôtel de luxe Serena à Quetta a tué cinq personnes et en a blessé 12. Les talibans pakistanais ont revendiqué la responsabilité de l'attaque  et déclaré que la police et d'autres responsables étaient la cible. 

    Le 14 juillet, une explosion survenue dans un bus dans la province pakistanaise de Khyber Pakhtunkhwa a fait au moins 13 morts, dont neuf ressortissants chinois. Alors que la Chine a rapidement qualifié cela d'attentat à la bombe, les autorités pakistanaises continuent d'insister sur le fait qu'il s'agissait d'une panne de véhicule. 

    Le 15 juillet, deux militaires pakistanais, dont un capitaine, ont été tués par une explosion dans le district de Pasni au Baloutchistan, à 126 kilomètres à l'est du port de Gwadar.

    Alors que l'apparente attaque de bus dans la province de Khyber Pakhtunkhwa met en évidence l'accent mis par les Tehreek-i-Taliban sur la CPEC, les insurgés baloutches considèrent également que la CPEC manifeste et perpétue ce qu'ils considèrent comme « l'impérialisme chinois » au Baloutchistan, qui, selon eux, se fait au détriment de la population indigène.

    Certains dirigeants politiques et responsables de la sécurité au Pakistan suggèrent cependant que le succès des talibans en Afghanistan pourrait en fait être de bon augure pour la lutte du Pakistan contre les insurgés baloutches, car le Pakistan pourrait tirer parti de son influence sur les talibans pour forcer les groupes militants baloutches à mettre un terme à leur insurrection.

    Cependant, la suggestion néglige la dynamique en évolution rapide des liens traditionnels du Pakistan avec les talibans afghans.

    Lors d'une récente séance d'information privée donnée au parlement, les plus hauts responsables militaires pakistanais auraient décrit les Tehreek-i-Taliban et les talibans afghans comme les deux faces d'une même pièce, ajoutant qu'une divergence croissante se fait jour entre les deux groupes militants à la suite de la distanciation calculée du  Pakistan par rapport aux talibans en Afghanistan.

    À la suite de l'activité militante croissante au Baloutchistan, « il est rationnel pour le gouvernement d'essayer de faire la paix avec au moins un des auteurs », a déclaré un chef du parti au pouvoir à Asia Times sous couvert d'anonymat.

    Les groupes d'insurgés baloutches sont le choix logique car le Pakistan les considère comme les principaux auteurs des attaques contre les projets de la CPEC. Comme plusieurs analystes l'ont noté, une alliance tacite entre les groupes d'insurgés baloutches et les talibans pourrait nuire considérablement au projet et avec lui à la fragile alliance du Pakistan avec la Chine.

    Un accord de paix avec les insurgés baloutches relâcherait considérablement la pression sécuritaire sur le Pakistan et lui permettrait plutôt de se concentrer sur la menace croissante émergeant d'Afghanistan.

    En tant que tel, le Pakistan envisage d'inclure Pékin dans ses pourparlers avec les groupes militants baloutches, en vue de répondre aux préoccupations des groupes insurgés baloutches concernant le contrôle de la Chine sur leurs ressources, y compris le port de Gwadar.

    Mais cette initiative ne va-t'elle pas s'ajouter à la  longue liste des tentatives infructueuses pour répondre aux préoccupations des Baloutches ?

    Comme le montre l'histoire, ce n'est qu'en répondant à la demande fondamentale des Baloutches d'une autonomie politique, administrative et fiscale significative au sein de la fédération que le Pakistan pourra améliorer la situation dans une province agitée depuis son adhésion au Pakistan en 1948.

    Une réponse positive à certaines des demandes fondamentales des Baloutches liées à l'autonomie provinciale - permettrait au Pakistan de déployer des ressources et des forces. à la menace croissante de l'activisme transnational d'inspiration religieuse des talibans.

    Pour que les pourparlers réussissent, le Pakistan doit engager des négociations avec les véritables dirigeants politiques baloutches, pas les mandataires connus de l'État, tels que Shahzain Bugti, qui n'ont aucun lien politique réel avec les insurgés baloutches. Parmi les dirigeants baloutches crédibles, on peut citer le Dr Abdul Malik, ancien ministre en chef du Baloutchistan et champion connu de l'autonomie provinciale.