Chibok

  • Nigeria : Des islamistes de l'Etat islamique (ISWAP) enlèvent un prêtre catholique dans l'Etat du Borno

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    Des éléments armés, soupçonnés d'être des membres de l'Etat islamique de la Province d'Afrique de l'Ouest (ISWAP), ont kidnappé un prêtre catholique des diocèses de Maiduguri, le révérend Fr. Élie Juma Wada.

    Wada avait été enlevé sur la route Damboa-Maiduguri mercredi 30 juin 2021. Il voyageait de la paroisse de Buma à Shani à Damaturu pour la messe d'action de grâces du 10e anniversaire de son ami, le révérend père Yakubu Inda Philibus à l'église catholique St. Mary, Damaturu.

    Un utilisateur de Facebook, Manasseh Comfort Dooshima a également confirmé l'incident.

    « S'il vous plaît, mes chers amis de Facebook, prions pour la libération de cet homme de Dieu du nom de Rev.Fr Elijah Juma Wada qui a été kidnappé par Boko Haram (en fait ISWAP) dans l'État de Borno. Il est prêtre catholique du diocèse de Maiduguri. Que Dieu ait pitié de votre serviteur », a-t-elle dit.

    Ce n'est pas la première fois que des djihadistes kidnappent un religieux. En décembre 2020, Bulus Yakura, un pasteur d'Ekklesiyar Yan'uwa avait été kidnappé après que les insurgés aient attaqué le village de Pemi, Chibok.

    En janvier 2020, Lawan Andimi, président de l'Association chrétienne du Nigeria (CAN), à Michika LGA d'Adamawa avait été kidnappé et tué par les islamistes.

    E5i9letX0AIIhev.jpegInsécurité grandissante dans l'Etat de Kaduna (nord-ouest du Nigeria)
    Des bandits armés ont envahi un pensionnat de l'Etat nigérian de Kaduna et kidnappé 140 lycéens, vraisemblablement pour les échanger contre une rançon, dernière attaque de ce genre qui frappe depuis plusieurs mois le nord-ouest du pays.

    Au total, 165 lycéens dormaient dans le pensionnat du lycée Bethel Secondary School, dans la localité de Chikun, dans la nuit de lundi à mardi lorsque des "hommes armés ont escaladé le grillage pour pénétrer dans l'école", a rapporté à l'AFP Emmanuel Paul, un professeur. Ils ont emmené avec eux 140 élèves, mais 25 ont réussi à s'échapper, a-t-il indiqué, soulignant que "tout indique que les assaillants sont arrivés à pied".

    Il s'agit de la troisième attaque importante commise à Kaduna ces trois derniers jours. Dimanche au moins huit employés d'un hôpital de cet Etat ont été kidnappés, selon la police; Des sources locales affirment de leur côté que quinze personnes du "Centre national de lutte contre la tuberculose et la lèpre de Kaduna" ont été enlevées, dont deux infirmières et leurs deux bébés. Sept personnes ont également été tuées dimanche soir dans des attaques sporadiques dans des localités voisines, a indiqué Samuel Aruwan, chargé de la sécurité au sein du gouvernement de Kaduna.

    L'insécurité grandissante est devenu un véritable fléau ces derniers mois dans le nord du Nigeria. Des groupes criminels, communément appelés "bandits" par les autorités, terrorisent les populations du nord-ouest et du centre du Nigeria. Ils attaquent des villages, volent du bétail et enlèvent sur les routes des personnalités locales ou des voyageurs contre rançon. Ils opèrent à partir de camps situés dans la forêt de Rugu qui s'étend sur les Etats nigérians de Zamfara, Katsina, Kaduna et du Niger.

    Récemment, ces groupes criminels se sont lancés dans des attaques visant des écoles et des universités, pratiquant des enlèvements de masse d'élèves contre rançon. Plus de 1.000 enfants, adolescents ou étudiants ont été enlevés depuis le mois de décembre, et certains sont toujours aux mains de leurs ravisseurs.

    Position ferme du gouverneur de l'Etat de Kaduna
    Le gouverneur de l'Etat de Kaduna, Nasir Ahmad El-Rufai, contrairement à certains de ces homologues des Etats voisins, refuse catégoriquement de négocier avec ces groupes armés et de payer des rançons.

    Il avait également menacé de pénaliser toute personne payant des rançons pour retrouver leurs proches, pour ne pas encourager les kidnappings. "La position ferme adoptée par El-Rufai de ne pas payer commence à faire des émules dans la région, et d'autres gouverneurs adoptent cette stratégie", a commenté auprès de l'AFP Idayat Hassan, directrice du Centre for Democracy and Development, basé à Abuja. "El-Rufai est considéré comme un ennemi et doit être puni", poursuit-elle pour expliquer le nombre croissant d'attaques de grande ampleur dans cet Etat.

    Ne pouvant assurer la sécurité dans les écoles et les lycées, de nombreux Etats de du nord-ouest du Nigeria, région considérée comme l'une des plus pauvres au monde, ont déjà fermé la plupart des pensionnats des écoles publiques, renvoyant des milliers d'enfants à la maison. "Dans un pays qui compte environ 13,2 millions d'enfants déscolarisés, le chiffre le plus élevé au monde, ces kidnappings ne font qu'empirer la situation", poursuit la chercheuse.



  • Nigeria : Le groupe jihadiste Boko Haram tue 11 personnes et enlève un pasteur la veille de Noël

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    Jeudi 24 décembre, des jihadistes de Boko Haram ont attaqué le village de Perni et tué au moins 11 personnes et enlevé sept personnes, dont un pasteur et trois garçons de la "boys brigade. Ils ont également incendié l'église, pillé 10 maisons et volé des fournitures médicales dans un hôpital, avant d'y mettre le feu.
     
    Un dirigeant local a déclaré à AFP News que les islamistes radicaux étaient arrivés à bord de camions et de motos depuis la forêt de Sambisa, ouvrant le feu sans discernement sur le village à prédominance chrétienne.
     
    Le chef de la milice Abwaku Kabu a déclaré que le groupe avait pillé des vivres destinés à être distribués aux résidents pour célébrer Noël - de la nourriture qui était désespérément nécessaire dans un pays où les chrétiens affamés se sont vu refuser l'aide du gouvernement.
     
    Quelques jours auparavant, les responsables de la sécurité avaient averti qu'une attaque à Noël était probable.
     
    Le village de Pemi est à seulement 30 km de Chibok où le groupe terroriste islamique a enlevé plus de 200 écolières en 2014. Nkeki Mutah, président de la communauté Chibok à Abuja, a déclaré  qu'il pensait que le village de Pemi avait été spécifiquement visé car la population est en majorité chrétienne.
     
    «Depuis 2018, pratiquement toutes les deux semaines, Boko Haram attaque Chibok, tuant et en enlevant des gens», a déclaré Mutah. «Ils veulent effacer Chibok de la surface de la Terre.»

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  • Nigeria : Au moins 300 élèves enlevés par Boko Haram libérés

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    Au moins 300 élèves dont le rapt avait été revendiqué par le groupe jihadiste Boko Haram ont été relâchés par leurs ravisseurs dans le nord-ouest du Nigeria, ont indiqué jeudi 17 décembre les autorités locales de l'Etat de Katsina.

    "344 d'entre eux sont entre les mains des forces de sécurité et vont être transférés à Katsina cette nuit", a déclaré le gouverneur de l'Etat Aminu Bello Masari. "Ils vont bénéficier de soins avant d'être rendus à leurs familles", a-t-il ajouté.

    Peu auparavant, un conseiller du président avait annoncé la libération des élèves, sans cependant en préciser le nombre exact.

    "C'est un énorme soulagement pour tout le pays et la communauté internationale", a de son côté twitté le président, Muhammadu Buhari.

    Ce sont des centaines de mineurs, collégiens et lycéens, qui avaient été enlevés vendredi soir par des hommes armés, surnommés "bandits" dans cette région du Nigeria. Ils avaient été enlevés au lycée d'Etat pour garçons de Kankara, dans l'Etat de Katsina, dans un rapt ensuite revendiqué par le groupe jihadiste Boko Haram, habituellement actif dans la partie nord-est du pays, à des centaines de kilomètres plus à l'est. "Personne ne peut donner le nombre exact", a commenté à l'AFP une source sécuritaire. Les lycéens libérés sont actuellement regroupés dans la ville de Tsafe, dans l'Etat de Zamfara, et dans la localité voisine de Yankara, dans l'Etat de Katsina. "Nous aurons le chiffre précis quand ils seront arrivés et comptabilisés à Katsina (capitale de l'Etat éponyme)", a ajouté la même source sécuritaire.

    Jeudi, les jihadistes de Boko Haram avaient diffusé une vidéo des lycéens enlevés. Le visage couvert de poussière et griffé, un jeune garçon expliquait faire partie de 520 élèves enlevés par "le gang de Shekau", du nom du chef historique de Boko Haram. Leur nombre exact restait flou, les autorités annonçant tantôt 333 élèves portés disparus, puis 400 jeudi matin. Dans cette video, Boko Haram affirmait, par la voix de ce jeune garçon d'environ 14 ans, qu'ils étaient 520 entre leurs mains, et que certains avaient été tués. Les enfants, pour la plupart très jeunes, apparaissaient à bout de forces.

    Vidéo des enfants 
    La vidéo, diffusée par les canaux traditionnels du groupe, était enregistrée en partie en anglais, puis en langue haoussa, parlée notamment dans le nord du Nigeria. Un homme se présentant comme Abubakar Shekau diffusait ensuite un message vocal dans lequel il affirmait : "Voici mes hommes et ce sont vos enfants."

    Selon des informations de l'AFP, ce rapt de masse a été coordonné par le chef de gang Awwalun Daudawa en collaboration avec deux autres bandits renommés, Idi Minoriti et Dankarami, groupes armés qui terrorisent les populations dans le nord-ouest du Nigeria, et mènent des enlèvements contre rançon et des vols de bétail. Selon plusieurs témoignages de jeunes garçons qui ont réussi à s'échapper, les otages avaient été divisés en plusieurs groupes, le soir même de leur enlèvement.

    Selon une source sécuritaire proche du dossier, les lycéens qui apparaissaient dans cette vidéo étaient ceux détenus par Awwalun Daudawa, qui répond directement aux ordres de Boko Haram, les autres pouvant être libérés à la suite de négociations engagées entre les ravisseurs et le gouvernement local. Cette attaque, qui a ravivé le souvenir de l'enlèvement de plus de 200 jeunes filles à Chibok en 2014, était un camouflet pour le président nigérian Muhammadu Buhari, originaire de l'Etat de Katsina où il célébrait jeudi ses 78 ans.

    La présidence avait publié un communiqué samedi condamnant l'attaque contre des "enfants innocents". Le chef de l'Etat avait aussi promis de renforcer la sécurité dans les écoles, fermées dans plusieurs Etats du nord du pays depuis mercredi à cause de l'insécurité rampante. Mais le président n'avait fait aucune déclaration depuis la revendication de cet enlèvement par les jihadistes mardi, et ses porte-parole renvoyaient les journalistes vers les autorités locales.

    Boko Haram et sa branche dissidente, le groupe Etat islamique en Afrique de l'Ouest (Iswap), actifs dans le nord-est du Nigeria, ont fait plus de 36.000 morts en dix ans de conflit et deux millions de personnes ne peuvent toujours pas regagner leur foyer.

    Vidéo

  • Nigeria : Le groupe terroriste islamiste Boko Haram fait son retour sur le devant de la scène

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    Au cours des dernières semaines, Jama'atu Ahlul Sunnah Lidda'awatu Wal-Jihad (JAS), également connu sous le nom de Boko Haram, a mené une série de raids audacieux, de massacres et d'enlèvements dans le nord du Nigéria et à Diffa en République du Niger.

    L'activisme soudain du groupe semble être une tentative de Boko Haram de reprendre de l'importance et de sortir de l'ombre de la faction dissidente affiliée à l'État islamique d'Afrique de l'Ouest (ISWAP).

    Ce regain d’activité se produit à un moment où les groupes terroristes du Nord-Ouest et du Nord-Est du Nigeria commencent à exploiter la saison sèche pour mener des attaques contre les civils et les forces de sécurité. 

    La saison sèche offre un terrain qui facilite la mobilité des groupes armés et provoque une résurgence des affrontements entre éleveurs et.

    Le 11 décembre, un groupe d'hommes armés à motocyclette a enlevé des centaines d'écoliers de l'École des sciences du gouvernement de Kankara, dans l'État de Katsina. 

    HumAngle a appris que le profil des ravisseurs correspondait à celui des groupes armés connus pour pratiquer les enlèvements dans la région. Cependant, quelques jours plus tard, le chef de Boko Haram, Abubakar Shekau, a revendiqué la responsabilité de l'enlèvement et une source a informé HumAngle qu'un total de 523 écoliers étaient détenus par le groupe terroriste.

    Les autorités de l'État parlent de 333 étudiants portés disparus. La différence entre les deux chiffres s’explique par le fait que, selon des, plusieurs étudiants auraient réussi à s’échapper et erreraient dans les forêts. 

    L'incident de Kankara rappelle celui de Chibok, dans l'État de Borno, en 2014, lorsque Boko Haram avait enlevé 276 écolières du dortoir de l'école. 

    Cent sept des filles ont jusqu'à présent été libérées ou se sont échappées. Plusieurs autres sont toujours portées disparues. L'enlèvement a suscité des condamnations et des critiques internationales. 

    Le 12 décembre, des insurgés appuyés par une quinzaine de camions surmontés de canons ont lancé un raid audacieux sur la ville d'Askira-Uba, près de la  forêt de Sambisa, repaire des jihadistes de Boko Haram.

    Le même jour, le groupe Bakura, une filiale de Boko Haram opérant dans la région du lac Tchad, a attaqué un camp de réfugiés en République du Niger, dans la région de Diffa. Au moins 28 personnes ont été tuées et 800 maisons détruites. L'attaque a ensuite été revendiquée par Boko Haram dans une vidéo.

    Ces séries d'attaques, enregistrées dans les 12 premiers jours de décembre, ont été précédées, le 8 novembre, par l’assassinat par décapitation d'au moins 78 riziculteurs à Zabarmari dans la grande région de Maiduguri. 

    Quelques jours plus tôt, le dimanche 8 novembre, le groupe avait lancé une attaque de nuit contre la ville de garnison de Gwoza, incitant les troupes nigérianes à engager les avions de combat et des forces terrestres pour repousser les insurgés.

    Entre 2014 et 2015, la ville de Gwoza a servi de quartier général de Boko Haram, mais l'armée a repris la ville en mars 2015, permettant aux habitants déplacés de revenir progressivement.

    Le groupe s'est principalement concentré sur des raids sur les villages de la zone d'influence et sur les attaques des agriculteurs, des bûcherons et des voyageurs vulnérables.

    Ces récentes attaques pourraient signaler une résurgence du groupe après de graves hémorragies causées par la scission en 2016 des membres qui se sont ralliés à l’Etat islamique (ISWAP) et l'impact de l'opération militaire « Deep Punch » en 2017.

    Il montre également une expansion de l'activité terroriste au-delà de la zone d'influence traditionnelle de Boko Haram grâce à l’utilisation de bases satellites et de groupes affiliés aux caractéristiques géographiques, ethniques et culturelles diverses.  

    Chidi Nwaonu, un expert en sécurité, affirme que JAS (Boko Haram) tente de se rétablir en tant que groupe prééminent. Il a ajouté que si l’autorité de Boko Haram dans le Nord-Est est toujours contestée, il peut alors se regrouper dans le Nord-Ouest. 

    S'exprimant lors d'une réunion avec les principaux commandants de la police au sujet des attaques dans l'État de Kaduna, le chef de la police du pays, Mohammed Adamu, a déclaré que les autorités étaient au courant de la présence de Boko Haram. 

    Des remarques similaires ont été faites par un représentant du renseignement intérieur à la Umaru Shinkafi Legacy Foundation au sujet de groupes terroristes formant des alliances avec des bandits dans le Nord-Ouest.

    En juillet, HumAngle a rapporté que Boko Haram gagnait du terrain et dans un autre rapport publié en juin, ce journal a révélé que le groupe avait noué des alliances au nord-ouest. 

    Boko Haram n'est pas le seul à étendre ses opérations dans le nord-ouest, l'ISWAP (Etat islamique) et l'affilié d'Al-Qaïda Ansaru sont également présents dans la région et les forces de sécurité nigérianes ont signalé avoir ciblé leurs camps lors de frappes aériennes et d'opérations au sol.

    L'anarchie, les espaces non gouvernés et négligés du Nord-Ouest fournissent à ces groupes un environnement fertile pour recruter et soutenir les opérations. De même, les liens culturels et transfrontaliers permettent un accès facile à d'autres groupes terroristes au Sahel tels que la filiale de l'État islamique au Grand Sahara (ISGS) de l'ISWAP et la filiale d'Al-Qaida Jama'at Nasr al-Islam wal Muslimin.

  • Nigeria : Boko Haram revendique l'enlèvement des lycéens

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    Abubakar Shekau - le leader du groupe terroriste islamiste Boko Haram (le livre est péché)  vient de mettre en ligne un enregistrement audio revendiquant l'enlèvement des lycéens de Kankara (photo), nord-ouest du Nigeria.. Il affirme avoir kidnappé les adolescents pour mettre fin à l'éducation à l'occidentale qui est interdite. Il s'est exprimé en haoussa et en arabe.

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    L'annonce a "dévasté" les parents et pourrait marquer un tournant important dans l'expansion du groupe jihadiste. L'enlèvement a été initialement attribué à des groupes armés appelés «gangs» qui terrorisent les habitants de cette région instable, où les enlèvements contre rançon sont fréquents. S'il s'avère que Boko Haram est dernière cet enlèvement, cela représenterait un changement important dans l'influence des groupes djihadistes dans le nord-ouest du Nigéria.

    Les autorités affirment que 333 adolescents sont toujours portés disparus depuis l'attaque de leur pensionnat à Kankara dans l'Etat de Katsina (nord-ouest), dans la nuit de vendredi à samedi. Dans un message vocal diffusé selon les canaux traditionnels du groupe jihadiste, un homme se présentant comme Abubakar Shekau, chef historique de Boko Haram, a affirmé que ses "frères sont derrière l'enlèvement à Katsina". Le nombre de lycéens actuellement entre leurs mains n'était pas clair, certains d'entre eux ayant réussi à s'échapper lors de l'attaque et pouvant s'être perdus dans la campagne environnante au moment de leur fuite. Mais de nombreuses sources locales assurent qu'ils seraient plus de 500 à être toujours introuvables.

    Mardi, des dizaines de parents s'étaient réunis non loin de l'école publique vide de Kankara, et attendaient à l'ombre d'un grand manguier et sur le pas de la mosquée, d'avoir des informations sur la disparition de leurs enfants. "L'annonce de la revendication de Boko Haram a détruit tous les espoirs que j'avais de revoir mon fils bientôt", a confié à l'AFP un père de famille, se présentant par le seul prénom Ahmed. "Nous pensions qu'ils avaient été enlevés par des bandits qui auraient réclamé une rançon, mais maintenant que c'est Boko Haram, ça change tout", s'est-il désolé. "Nous sommes dévastés".

    Une centaine d'assaillants à moto
    Sur Twitter, le gouverneur de l'Etat de Katsina, Aminu Bello Masari, a assuré que des "discussions" étaient en cours avec les kidnappeurs "pour assurer leur sécurité et leur retour dans leur famille". Plus d'une centaine d'hommes armés à moto ont attaqué cette école publique rurale et alors que certains lycéens ont réussi à s'échapper, d'autres ont été rattrapés, séparés en plusieurs groupes et emmenés par des assaillants, selon des témoins et des survivants contactés par l'AFP.

    Bien que ce kidnapping de masse ait ravivé le spectre de l'enlèvement de Chibok en 2014, lorsque 276 jeunes filles avaient été enlevées en pleine nuit dans leur internat, il avait été d'abord été attribué à des "bandits" agissant à priori sans motivation idéologique ni religieuse. En effet, les kidnappings contre rançon sont monnaie courante dans cette partie du Nigeria, et des groupes armés terrorisent les populations, volent leur bétail et leur village pour des raisons financières.

    "Nous avons vu certains groupes (de bandits) prêter allégeance à Shekau ces derniers mois", note Idayat Hassan, du Centre pour la Démocratie et le Développement (CDD-West Africa), think-tank basé à Abuja.

    Bulama Bukarti, analyste pour l'Afrique subsaharienne à l'Institut Tony Blair, explique en effet que "Shekau n'a pas déployé de combattants, mais a tissés des liens avec les bandits pour s'implanter dans le nord-ouest du pays", à des centaines de kilomètres de leur bastion, sur les pourtours du lac Tchad.

    Jonction avec les groupes sahéliens
    "Le nord-ouest du Nigeria est à la jonction entre le territoire où opère habituellement Boko Haram (nord-est du Nigeria) le Sahel, où d'autres groupes jihadistes étendent leur influence", explique cet expert en sécurité à l'AFP. "Si cette région tombe entre les mains des jihadistes, cela connecterait tout le Sahel au Lac Tchad", s'inquiète-t-il.

    Depuis 2016, le groupe Boko Haram s'est divisé en deux factions: celle d'Abubakar Shekau, le chef historique du groupe, et l'Etat islamique en Afrique de l'Ouest (Iswap), affilié à l'EI. De leur côté, les groupes jihadistes évoluant au Sahel sont pour certains affiliés à Al-Qaïda, pour d'autres à l'EI. Le président Muhammadu Buhari, lui-même originaire de Katsina et qui était d'ailleurs en visite chez lui le week-end dernier au moment de l'enlèvement, a condamné l'attaque et ordonné le renforcement de la sécurité dans toutes les écoles. Les établissements scolaires ont également été fermés dans la province. La présidence avait affirmé dès samedi que l'armée avait localisé "le repaire des bandits", ajoutant qu'une opération militaire était en cours.

    Spirale de violences
    Contacté par l'AFP mardi, le porte-parole de la présidence Garba Shehu a expliqué que la présidence ne ferait aucun commentaire pour l'instant. La situation sécuritaire s'est largement détériorée dans le nord du Nigeria depuis l'élection de Buhari en 2015, musulman originaire du nord du pays, qui avait pourtant assurer faire de la lutte contre Boko Haram sa priorité.

    Le groupe jihadiste d'Abubakar Shekau a toutefois commis de nombreuses atrocités ces dernières semaines. Il a revendiqué le massacre de dizaines de travailleurs agricoles près de Maiduguri, la capitale de l'Etat du Borno, ainsi que l'attaque "barbare" ce weekend sur un village près de Diffa, au Niger voisin, où au moins 28 personnes ont été tuées, la plupart brûlées vives. Le conflit a fait 36.000 morts, essentiellement dans le nord-est du pays, sur les pourtours du lac Tchad, et plus de deux millions de personnes ne peuvent toujours pas regagner leur foyer. Il s'est étendu au Tchad, Cameroun et Niger, pays voisins du bassin du Lac Tchad. 

  • Nigeria : L’Etat islamique diffuse une vidéo d’exécution de chrétiens

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    Le groupe jihadiste Etat islamique en Afrique de l’Ouest (ISWAP) a diffusé jeudi soir une video d’une minute montrant l’exécution de onze hommes présentés comme des chrétiens dans le nord-est du Nigeria.
    Cette vidéo d’une minute tournée dans un lieu non-identifié, montre ces hommes les yeux bandés exécutés par balles puis poignardés. C’est « un message aux chrétiens du monde entier » en pleine période de Noël, y affirme un homme au visage masqué. Il ajoute que ces chrétiens ont été exécutés pour venger la mort du chef de l’Etat islamique (EI), Abou Bakr Al-Bagdhdadi, lors d’une intervention américaine en octobre en Syrie.
    La vidéo a été postée par l’agence Amaq, organe de propagande de l’Etat islamique (EI) auquel ISWAP – issu d’une scission au sein du groupe jihadiste nigerian Boko Haram – a prêté allégeance.
    Les jihadistes ont multiplié leurs actions violentes ces derniers jours dans le nord-est du Nigeria. Sept personnes ont été tuées et une adolescente enlevée la veille de Noël lors d’un raid attribué à Boko Haram et visant un village chrétien près de Chibok.
    Lundi, au moins deux civils ont été tués et 13 autres blessés lors d’une attaque de l’ISWAP contre une position militaire de la même région de l’Etat de Borno. Dimanche, ce sont six soldats nigerians qui avaient été tués par des membres de l’ISWAP lors de l’attaque d’un convoi militaire. Et le même jour, une trentaine d’autres jihadistes de ce groupe ont tué six personnes et en ont enlevé cinq après avoir bloqué un axe routier majeur.
    Mardi, les Nations unies ont condamné « la pratique croissante des groupes armés de mettre en place des postes de contrôle ciblant les civils » dans le Nord-Est.
    En dix ans, l’insurrection jihadiste au Nigeria qui s’est propagée au Niger, au Tchad et au Cameroun voisins, a fait selon les derniers chiffres de l’ONU plus de 36.000 morts et deux millions de déplacés au seul Nigeria, provoquant une crise humanitaire majeure dans la région.