Centre de formation interarmées au renseignement (

  • France : Plongée dans le Centre de formation interarmées au renseignement (CFIAR) l'école de formation des "espions" militaires

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    (Valérie LEROUX)

    Quartier_stirn.JPGPostés devant un ordinateur, le casque sur les oreilles, vingt élèves "espions" en treillis répètent méthodiquement leurs premiers mots d'arabe, dans le confort d'une salle de classe. Leur mission: maîtriser la langue en 24 mois avant de partir sur le terrain.

    Ils seront envoyés quelque part au Sahel ou Moyen-Orient, au gré des opérations de l'armée française, pour écouter l'ennemi et percer ses secrets. Ils devront alors décrypter des conversations, aider à localiser des cibles, déjouer des embuscades, prévenir des attentats.

    "Ce qui est séduisant, c'est d'apprendre des langues rares très rapidement et de savoir qu'on aura ensuite des responsabilités, un rôle clé dans la chaîne de renseignement", s'enthousiasme Catherine, 22 ans. Catherine, Pierre-Antoine et leurs camarades de promotion s'initient au Centre de formation interarmées au renseignement (CFIAR) de Strasbourg, dans l'est de la France, qui accueille chaque année plus de 2.000 stagiaires - jeunes recrues ou militaires confirmés. Dans ce monde très feutré, noms de famille, parcours personnels et formation restent confidentiels pour les rares visiteurs autorisés à franchir la porte du quartier Stirn, une imposante bâtisse militaire du 19e siècle.

    Cette véritable académie militaire, en première ligne dans la lutte antiterroriste, forme un nombre croissant d'agents "espions" aux "guerres de demain". "Le renseignement est là pour anticiper, pour avoir un temps d'avance sur les forces adverses", souligne le colonel Emmanuel, chef du CFIAR. Certains y apprennent des langues rares à marche forcée - l'arabe et le russe en 24 mois, le chinois en 36 mois. D'autres s'entraînent à scruter les réseaux sociaux.

    Réseaux satellitaires
    En matière d'écoutes, le métier a profondément évolué. "Avant tout était plus simple. En face on avait des armées, on suivait des déplacements de troupes. Avec 400 ou 500 mots, on faisait parfaitement notre travail. Aujourd'hui on peut multiplier ce nombre par dix", raconte le major Alain qui a fait ses premières armes d'arabophone pendant la Guerre du Golfe en 1991. Tout se passe désormais sur des réseaux satellitaires où les conversations les plus anodines peuvent receler des informations précieuses sur la préparation d'un drone armé ou la pose d'une mine.

    Par ailleurs, "en plus des moyens strictement militaires, de nombreuses informations nécessaires se trouvent en source ouverte. L'astuce c'est de faire de cette info un renseignement directement exploitable", résume le patron du Centre. Les stagiaires apprennent notamment à gérer des "flux RSS" pour recenser par thèmes les titres des dernières informations consultables en ligne. Sur une vidéo exhibant des combattants jihadistes, ils vont recouper ce qu'ils voient, un pont, une ligne d'arbres, une pancarte avec des images disponibles ailleurs sur le net, jusqu'à localiser l'adversaire.

    Dans le renseignement militaire, fausses identités, personnages virtuels et autres pratiques illégales sont bannis, insiste-t-on. "On n'est pas une fabrique à James Bond, on n'a pas d'Aston Martin devant la porte !", lance le numéro deux du CFIAR, le lieutenant-colonel Gilles. "On n'apprend pas à casser des codes, on ne va pas pirater le Pentagone", renchérit le colonel Patrick, responsable de la formation à la recherche sur internet.
    Sur les réseaux, "si la personne est bavarde en France, elle le sera aussi en Syrie", poursuit-il. "Même les Russes, si rigoureux en matière d'infos, racontent leur vie sur les réseaux sociaux !", sourit-il.

    Une fois le renseignement capté, il faut apprendre à l'interpréter, le synthétiser et l'exploiter à des fins militaires. Pour s'entraîner, les stagiaires travaillent sur des cas réels, souvent classifiés. "Dans le monde du renseignement, il faut savoir dire +je ne sais pas+. Et la réponse qui vient juste après c'est +mais je vais trouver+", conclut le patron du CFIAR.