Bechir Omar

  • Soudan : Déclaration de désobéissance civile - Les manifestants bloquent les routes à Khartoum

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    Les manifestants contre le coup d'État militaire ont bloqué, mardi 18 janvier 2022, les principales routes de la capitale, Khartoum, dans le cadre d'un appel à la désobéissance civile, après une journée sanglante de manifestations qui ont coûté la vie à 7 manifestants et blessé des dizaines d'autres.

    On s'attend à ce qu'une délégation américaine arrive dans la capitale soudanaise mardi. Elle est dirigée par l'envoyé américain pour la Corne de l'Afrique, David Satterfield, et le secrétaire d'État adjoint américain aux Affaires africaines.

    Actuellement, la délégation rencontre dans la capitale saoudienne, les "Amis du Soudan", un groupe appelant à la restauration du gouvernement de transition dans le pays après le coup d'État militaire.

    Plusieurs quartiers de Khartoum ont été le théâtre d'affrontements entre les forces de sécurité et des manifestants, au cours desquels la police a fait usage de gaz lacrymogène. Selon l'Agence France-Presse, les manifestants ont bloqué la partie sud de la route de l'aéroport, l'une des principales artères de Khartoum, ainsi que l'une des rues principales du quartier de Buri, à l'est de la capitale.

    Couper les routes principales
    Dans le quartier de Bahri, au nord de Khartoum, les manifestants ont bloqué les routes principales en posant des pierres et des morceaux de bois. Ils ont fermé des magasins et les pharmacies de Khartoum . Le marché "Al-Sajana", le plus grand marché du Soudan pour les matériaux de construction, au centre de la capitale, a été également fermé.

    Une pancarte a été placée sur les portes de l'un des magasins disant : "Le magasin est fermé en deuil pour l'âme du martyr Othman Al-Sharif", le propriétaire du magasin, qui figurait parmi les morts lors des manifestations sanglantes du lundi 17 janvier.

    L'Université des sciences et technologies de Khartoum a également suspendu ses cours pendant deux jours, et son administration a confirmé dans un communiqué que "nous croyons en l'unité de la position pour la désobéissance civile, et nous déclarons notre plein soutien à toutes les entités et organismes qui appellent au sit-in."

    La coalition des Forces pour la liberté et le changement, qui a mené les manifestations de 2019 qui ont conduit au renversement de l'ancien président Omar el-Béchir, a déclaré lundi dans un communiqué : "Nous appelons toutes les masses de notre peuple à s'engager dans une désobéissance civile complète pour deux jours, à partir de demain (mardi)."

     

  • Soudan : Mise en échec d'une tentative de contrebande de munitions à partir de la Libye

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    Les Forces de soutien rapide (RSF) du Soudan ont signalé avoir déjoué une tentative de contrebande de munitions à la frontière avec la Libye. La cargaison, à destination des territoires soudanais, comprenait 3 638 cartouches de mitrailleuses et 357 munitions DshK (Doushka), emballées dans des sacs placés sur un véhicule « Sequoia ».

    La nouvelle a été rapportée le 9 janvier par l'agence de presse soudanaise SUNA, qui a annoncé que deux individus, membres d'un gang de trafiquants particulièrement actif à la frontière entre les deux pays africains, ont été arrêtés pour implication présumée dans l'activité illégale. Le lieutenant-colonel Othman Abkar, commandant en second de la base militaire « Al-Shaferleit », a déclaré à la presse que, dès que des informations ont été reçues sur l'activité des bandes de contrebande dans la zone de Saif al-Barli, sur le triangle frontalier, une patrouille a été mobilisée pour fouiller la zone. Une fois retrouvés, les passeurs ont été poursuivis sur plus de 10 kilomètres avant que les forces ne parviennent à arrêter deux individus.

    Selon Othamn Abkar, ces dernières années, et en particulier depuis la création de la base militaire d'al-Shaferleit, les forces soudanaises sont parvenues à obtenir des résultats significatifs en ce sens. Ce n'est pas la première fois que RSF annonce des opérations similaires. Le 18 septembre 2021 également, les forces soudanaises déployées sur la bande frontalière entre le Soudan, l'Égypte et la Libye ont réussi à saisir un chargement d'armes, de munitions et d'explosifs en provenance de Libye. A cette occasion, 4 individus, dont deux de nationalité libyenne, ont été arrêtés, tandis que deux voitures GMC transportant 36 fusils Kalachnikov, des grenades à munitions DahK et un lanceur RPG-7 ont été saisis. La frontière sud de la Libye voit encore la présence de routes empruntées par les trafiquants et les terroristes,

    Un protocole de sécurité a été signé le 31 mai 2018 par la Libye, le Soudan, le Tchad et le Niger pour renforcer la coopération entre les quatre pays africains et lutter contre les trafics criminels, notamment d'êtres humains, d'armes et de drogue. Ces dernières années, cependant, les membres des Forces de soutien rapide (RSF) ont été accusés d'avoir commis de graves violations des droits de l'homme et des abus contre la population civile dans ces zones, et en général dans toute la région du Darfour. Les RSF ont également soutenu la chute du régime de l'ancien président al-Bashir, ce qui a finalement conduit à son renversement. 

    Lors du conflit civil libyen, Khartoum a été accusé d'avoir envoyé environ 1 000 combattants des RSF combattre dans les rangs de l'Armée nationale libyenne (ANL), fidèle au général Khalifa Haftar. Les allégations, cependant, ont été rejetées à plusieurs reprises par le gouvernement soudanais. Selon le porte-parole des forces armées soudanaises, Aamer Mohamed al-Hasan, les RSF opèrent dans le respect des conventions internationales et des Nations unies. "L'armée soudanaise n'est pas une société de sécurité louée comme indiqué dans ce rapport", a déclaré al-Hasan en octobre 2019, se référant à un rapport de l'ONU, ajoutant : "Ces allégations font partie d'une malveillance systématique envers les institutions nationales soudanaises". Le panel de l'ONU avait déclaré que certains mercenaires appartenaient aux mêmes tribus qui constituaient la majorité du personnel des RSF, mais avait précisé qu'il n'y avait pas de preuves suffisantes et fiables pour prouver que les Forces de soutien rapide elles-mêmes avaient déployé ces combattants en Libye.  

  • Soudan : Un deuxième mort et des viols lors des manifestations dimanche 19 décembre 2021

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    Un deuxième manifestant a été tué par balle lors des manifestations contre le pouvoir militaire dimanche 19 décembre 2021 au Soudan, ont déclaré mardi des médecins, et d'après le ministère du Développement social, deux femmes ont été violées à Khartoum.

    Les forces de l'ordre ont fait usage de gaz lacrymogène et tiré à balles réelles pour disperser les centaines de milliers de manifestants qui dénonçaient le coup d'Etat du 25 octobre d'Abdel Fattah al-Burhane, le général qui a récemment renforcé la férule de l'armée sur le pays.

    Mardi, un syndicat de médecins pro-démocratie a annoncé la mort d'une balle "dans la tête" de Mohamad Ali, 28 ans, dans une ville au nord de Khartoum. Un premier décès avait été annoncé lundi. Au moins 47 personnes sont mortes depuis le putsch, a indiqué le syndicat.

    "Nous avons comptabilisé deux cas de viols de manifestantes le 19 décembre", a déclaré à l'AFP la directrice de l'unité de lutte contre les violences faites aux femmes au sein du ministère du Développement social, Suleima Ishaq, sans donner de précisions sur les suspects. "L'une des femmes a porté plainte", a ajouté Mme Ishaq en précisant que les victimes avaient reçu l'assistance médicale nécessaire.

    Les manifestations ont eu lieu le jour du troisième anniversaire du début de la révolte qui avait entraîné la chute du dictateur Omar el-Béchir en avril 2019. Le processus de transition démocratique qui s'en est suivi a été interrompu en octobre avec le coup d'Etat.

    Lundi, le porte-parole de l'armée a assuré que ses forces étaient en faveur d'un processus démocratique et d'"élections libres et justes". Mais Les Forces de la liberté et du changement (FLC), fer de lance de la révolte, ont appelé la population à poursuivre sa mobilisation contre le pouvoir militaire, prévoyant des manifestations les 25 et 30 décembre. 

  • Soudan : Trois manifestants anti-putsch tués à Khartoum

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    Trois manifestants contre le coup d'Etat ont été tués samedi 13 novembre 2021 à Khartoum, a indiqué un syndicat de médecins pro-démocratie.

    Deux manifestants ont été mortellement touchés par des balles tandis que le troisième est mort asphyxié par les gaz lacrymogènes, a précisé le syndicat, alors que des dizaines de milliers de Soudanais continuent de crier "Non au pouvoir militaire" dans les rues de Khartoum et de nombreuses villes du Soudan.

    Les manifestants ont réussi à s'organiser par SMS ou graffitis alors qu'internet est coupé depuis trois semaines.Ils veulent montrer qu'ils pèsent encore, alors que les militaires doivent faire preuve de retenue pour rassurer la communauté internationale qui a condamné le putsch du 25 octobre.

    Malgré les appels au calme venus dès vendredi soir des quatre coins du monde, les médecins ont recensé trois morts dans l'après-midi, ainsi que de "nombreux blessés par balles", semblant montrer que l'armée est décidée à en finir avec une mobilisation qui ne cesse de se relancer depuis le coup d'Etat. Dès les premières heures du matin, soldats et paramilitaires des Forces de soutien rapide (RSF) s'étaient déployés en masse à Khartoum, installant des barrages mobiles pour empêcher les rassemblements et bloquer les ponts reliant le centre aux banlieues.

    Malgré ces obstacles et les grenades lacrymogènes tirées sur plusieurs défilés, des cortèges sont partis de nombreux quartiers aux cris de "Non au pouvoir militaire" et "A bas de le Conseil" de souveraineté dirigé par le général Abdel Fattah al-Burhane, auteur du coup d'Etat. Des manifestations avaient également lieu dans d'autres villes du pays, dont Port-Soudan dans l'est, selon des correspondants de l'AFP.

    Depuis le coup d'Etat, 16 manifestants ont été tués et plus de 300 blessés, selon les médecins pro-démocratie. En outre, note l'ONU, des centaines d'opposants et de militants ont été arrêtés.

    Rupture entre civils et militaires
    Avec son coup de force, le chef de l'armée a rebattu les cartes d'une transition qui battait de l'aile depuis des mois. Il a fait rafler la quasi-totalité des civils au sein du pouvoir et mis un point final à l'union sacrée entre civils et militaires qui avait clos 30 ans de dictature Bachir. Jeudi, il a acté la rupture avec la réinstallation et la réforme du Conseil de souveraineté - plus haute autorité de la transition depuis la destitution sous la pression de la rue du président Omar el-Bachir en 2019 -, qu'il avait dissous le 25 octobre. Il a ainsi reconduit au sein du Conseil des militaires et nommé des civils apolitiques en remplacement des partisans d'un transfert complet du pouvoir aux civils. Avec son second, le général Mohammed Hamdane Daglo, chef des RSF et accusé d'exactions graves, ils se sont engagés à "des élections libres et transparentes" à l'été 2023. Des promesses qui n'ont pas apaisé l'opposition, alors que le retour en arrière est tangible.
    Lors du putsch, le général Burhane a suspendu des articles de la déclaration constitutionnelle censée encadrer la transition jusqu'aux élections. Il les a réintroduits jeudi mais après en avoir retiré toutes les mentions faites des Forces de la liberté et du changement (FLC), bloc civil né de la révolte populaire de 2019.

    "Maintenant que le coup d'Etat a eu lieu, les militaires veulent consolider leur mainmise sur le pouvoir", décrypte Jonas Horner, chercheur à l'International Crisis Group. En face, les organisations pro-démocratie qui étaient parvenues à paralyser le Soudan contre Bachir semblent cette fois-ci incapables de faire régner "désobéissance civile" et "grève générale" - synonymes d'absence de revenus - dans l'un des pays les plus pauvres au monde.

    "Un retour aux engagements constitutionnels de 2019 plus difficile"
    Pour Volker Perthes, émissaire de l'ONU au Soudan, "la nomination unilatérale du Conseil de souveraineté rend beaucoup plus difficile un retour aux engagements constitutionnels" de 2019.

    Le Premier ministre renversé, Abdallah Hamdok, est, lui, toujours en résidence surveillée. L'armée n'a libéré que quatre ministres, en dépit des appels quasi quotidiens de la communauté internationale à un retour au gouvernement civil d'avant-25 octobre.

    Le général Burhane promet depuis plusieurs jours la formation "imminente" d'un gouvernement, sans y être parvenu jusqu'ici. 

     

  • Soudan : Affrontements entre la sécurité soudanaise et les manifestants devant le palais présidentiel

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    Frustrés par l'absence de changement dans leur vie quotidienne, des milliers de manifestants réclamant "Justice" ont défilé samedi 19 décembre dans plusieurs villes du pays, au deuxième anniversaire du début de la révolte contre l'autocrate Omar al-Bachir.

    Après après avoir brûlé des pneus provoquant des volutes de fumée noire à El Sahafa, un quartier du sud de la capitale Khartoum, des manifestants se sont dirigés vers le palais présidentiel en scandant "Justice, Justice", et "Taskout Bass" ("La chute, point final"), alors que d'autres arboraient le drapeau soudanais ou des photos de "martyrs" tués durant les manifestations de 2019. Ils reprenaient les mots d'ordre de la révolution et certains scandaient "le peuple veut la chute du régime", un cri présent dans toutes les manifestations durant le Printemps arabe. 

    Le 19 décembre 2018, des centaines de Soudanais avaient commencé à manifester dans plusieurs villes du pays après la décision gouvernementale de tripler le prix du pain en pleine crise économique. Ce mouvement s'est transformé en une révolte qui a abouti le 11 avril 2019 à la destitution par l'armée du président Omar el-Bachir, après 30 ans de pouvoir sans partage. 

    Depuis la conclusion en août dernier d'un accord entre les militaires qui avaient succédé à M. Bachir et les dirigeants de la contestation, le pays est dirigé par un gouvernement de transition, avec un Premier ministre civil et un Conseil souverain composé de civils et de militaires.

    Samedi près de l'aéroport, des manifestants tenaient une affiche du Premier ministre, Abdalah Hamdok, barrée d'une croix avec le mot "Erhal", (Dégage !). "Nous sommes descendus dans la rue aujourd'hui car le gouvernement transitoire ne satisfait pas nos demandes ni dans le domaine économique ni en matière de justice", a affirmé à l'AFP  un manifestant.

    "Message très clair" 
    En dépit de l'annonce récente par les Etats-Unis du retrait officiel du Soudan de la liste noire américaine des pays soutenant le terrorisme, la crise socio-économique persiste, accentuée par l'épidémie du coronavirus, une inflation galopante et une dette colossale, équivalente à 201% du Produit intérieur brut (PIB). Autre motif d'insatisfaction des manifestants, les responsables de la répression durant la révolution n'ont toujours pas été traduits en justice.

    Le procureur général a interdit aux forces de sécurité de tirer et d'utiliser des grenades lacrymogènes durant les manifestations. Après avoir défilé en ville, les manifestants se sont arrêtés à 10 mètres du Palais présidentiel en criant "Liberté, Liberté", "Retour des déplacés", mais aucun incident n'a été déploré jusqu'ici avec les forces de sécurité.

    Pour une manifestante, "c'est un message très clair adressé aujourd'hui au gouvernement civil et militaire. Nous possédons le pouvoir de la rue, c'est notre arme et nous l'utiliserons si nos demandes ne sont pas satisfaites", a-t-elle dit à l'AFP.

    Outre Khartoum, des manifestations ont également eu lieu à Madani, dans la province de Jazira, à Port Soudan, le principal port du pays, Atbara, dans le nord-est et à Kassala, dans l'est du pays, qui accueille des dizaines de milliers de réfugiés éthiopiens, selon des correspondants de l'AFP.

    Les relations entre militaires et civils dont des représentants forment un gouvernement de transition se sont dégradées au fil des mois, suscitant l'inquiétude de la communauté internationale et des experts. Le Premier ministre a renouvelé ses critiques acerbes envers l'armée et les services de sécurité, jugeant "inacceptable" leur poids dans l'économie - ils contrôlent environ 250 sociétés dans des secteurs vitaux.

    Pour l'ONU, "le Soudan est à un moment critique". "Il peut avancer de manière décisive dans sa transition, mais ces progrès peuvent encore dérailler face aux nombreux défis", a expliqué le 8 décembre Resemary DiCarlo, le secrétaire générale adjoint de l'ONU.

  • Soudan : Les Etats-Unis retirent formellement le Soudan de leur liste de pays soutenant le terrorisme

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    Lundi 14 décembre, les Etats-Unis ont formellement retiré le Soudan de leur liste des pays soutenant le terrorisme, où il figurait depuis 1993, a annoncé l'ambassade américaine à Khartoum sur Facebook.

    "La période de notification au Congrès de 45 jours ayant expiré, le secrétaire d'Etat a signé une notification annulant la désignation du Soudan comme un Etat soutenant le terrorisme. La mesure est effective à compter de ce 14 décembre", selon la même source.

    Cette mesure tant attendue par Khartoum, depuis la chute en avril 2019 de l'autocrate Omar el-Bachir, devrait offrir une bouffée d'oxygène à l'économie de ce pays en plein marasme. L'inscription sur la liste noire empêchait les pays étrangers de commercer et d'investir au Soudan sous peine de sanctions.

    Le président américain Donald Trump a annoncé le 19 octobre le retrait de Khartoum de cette liste noire. Et le 23 octobre, les autorités soudanaises, tout en niant tout "chantage", ont accepté, sous la pression américaine, de normaliser leurs relations avec Israël. Et ce n'est qu'après cette annonce soudanaise que Donald Trump a effectivement notifié au Congrès américain, le 26 octobre, le retrait du Soudan de la liste noire.

    Le Soudan n'étant plus sur la liste des États qui soutiennent le terrorisme international, seuls 3 régimes restent sur cette liste : la République islamique d'Iran, la Corée du Nord et la Syrie.

  • Le Hamas reçoit des armes et des missiles en provenance d'Iran

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    Alors que le Hamas tenait depuis des années à cacher la manière dont il recevait ses armes et son matériel de guerre de l'extérieur des territoires palestiniens, il a décidé de dévoiler, pour la toute première fois, certains de ces secrets sécuritaires et militaires.

    L'émission "Ce qui est caché est plus grand" diffusée par la chaîne qatarie Al Jazeera le 13 septembre a présenté des images exclusives montrant des membres des Brigades Ezzedine al-Qassam, la branche armée du Hamas, recevant des missiles Fajr iraniens et des obus antichars Kornet. Le Hamas a déclaré recevoir ces armes par terre et par mer, contournant les bases militaires, les patrouilles aériennes et maritimes, et il a révélé la fabrication de nouveaux missiles construits à partir de restes de missiles israéliens de la guerre de 2014 sur Gaza.

    L'émission a été présentée par le journaliste palestinien Tamer al-Mashal et animée par Ismail Haniyeh, chef du bureau politique du Hamas, et un certain nombre de dirigeants militaires du Hamas.

    Pendant l'émission, Haniyeh a affirmé que les États-Unis avaient tenté d'ouvrir un canal de communication discret avec le Hamas, mais que le groupe avait refusé. Entre-temps, les États-Unis ont sanctionné le Hamas et Haniyeh en tant que terroristes. L'ambassadeur itinérant des États-Unis, Nathan Sales, coordinateur du département d'État pour la lutte contre le terrorisme, a fustigé Haniyeh lors d'un point de presse le 17 septembre, en déclarant : "Notre position est très claire. Le Hamas est une organisation terroriste... Nous ne le considérons pas comme un acteur politique légitime."

    Rami Abu Zubaydah, un expert militaire palestinien, a déclaré à Al-Monitor : "La soudaine révélation du Hamas vise à prouver que le siège [israélien] de Gaza ne l'a pas empêché de développer son infrastructure militaire, étant donné les efforts acharnés qu'il déploie pour faire face aux plans israéliens visant à empêcher l'arrivée d'armes et de munitions et à fabriquer tous les composants de missiles disponibles localement. Ceci intervient au moment où la coopération arabo-israélienne est apparue dans une tentative d'affaiblir l'axe de résistance dirigé par l'Iran qui comprend la Syrie, Gaza et le Liban. Elle intervient également à la lumière des nouvelles alliances dans la région pour faire pression sur le Hamas".

    Les tentatives du Hamas pour acquérir des armes et des équipements se heurtent à de nombreux obstacles. Outre Israël, la frontière égyptienne avec Gaza connaît une accélération des événements depuis 2013. L'armée égyptienne a pris pour cible les tunnels frontaliers utilisés pour la contrebande d'armes à l'intérieur de Gaza. De plus, des bassins en eau profonde ont été creusés du côté égyptien de la frontière de Gaza pour empêcher le creusement de tels tunnels et créer une zone tampon. Des murs tampons ont été construits le long de la frontière, et en janvier 2020, la base militaire de Bérénice a été établie [par l'Égypte] sur la côte sud de la mer Rouge grâce à un financement émirati, pour empêcher le Hamas d'obtenir des armes.

    Mahmoud Mardawi, membre du bureau des relations nationales du Hamas et ancien chef des brigades Al-Qassam, a déclaré à Al-Monitor : "Le Hamas voulait faire la lumière sur les efforts [passés] de la Syrie, de l'Iran et du Soudan pour lui fournir des armes et des équipements. Cela explique, selon le Hamas, la conspiration contre le Soudan pour entraver son rôle au service de la cause palestinienne (en référence au coup d'État de 2019 contre l'ancien régime). La Syrie est déjà absente en raison de la guerre civile qui l'accapare. En attendant, l'Iran continue de nous soutenir sans restrictions ni conditions", a-t-il ajouté.

    Le Hamas entretenait des liens étroits avec l'ancien régime soudanais d'Omar al-Bachir. Pendant des années, le Soudan a contribué à la contrebande d'armes vers la bande de Gaza via la péninsule du Sinaï en Egypte. C'est-à-dire, jusqu'au coup d'Etat contre Bashir, lorsque le Soudan a coupé les liens avec le mouvement palestinien. Pour sa part, la Syrie a longtemps soutenu le Hamas sur le plan militaire, avant que la guerre civile n'éclate.

    Entre-temps, un marchand d'armes de Gaza a révélé, sous couvert d'anonymat, que "les factions militaires de Gaza, dirigées par le Hamas, possèdent des types distincts de missiles iraniens R-160 et Fajr-5 d'une portée de 100 kilomètres. Elles possèdent également des drones et des missiles antichars et des lance-roquettes portables produits par la Russie. Ils prévoient également d'acquérir des missiles chinois C-704, des missiles antinavires d'une portée de 35 kilomètres et des systèmes de radar pour missiles guidés".

    La source a ajouté : "Les armes nécessaires à Gaza sont les missiles Grad, le Katioucha amélioré d'une portée de 40 kilomètres, des charges antiblindées, des ceintures explosives, des grenades , des grenades propulsées (RPG) et des mitrailleuses antiaériennes".

    Wassef Erekat, un ancien commandant d'unité d'artillerie de l'OLP, a déclaré à Al-Monitor : "La révélation du Hamas va alimenter davantage les préoccupations égyptiennes et amener l'Egypte à renforcer le siège de Gaza, même si les armes du mouvement sont fabriquées localement ou recyclées et ont une durée de vie limitée. Ces armes ne répondent pas aux normes internationales de production d'armes, et un certain nombre de critères nuisibles, tels que l'humidité, la température et la gravité, peuvent les affecter".

    Le ministère israélien de la défense a publié plusieurs rapports sur des armes introduites en contrebande à Gaza par des vedettes rapides depuis des ports égyptiens et libanais et laissés en mer Méditerranée, ou dans des barils jetés à une distance spécifique dans l'eau avec des mesures précises du mouvement de l'eau et des courants capables de les conduire jusqu'aux rives de Gaza. Il est très difficile d'arrêter de telles opérations car il est impossible de surveiller chaque centimètre de la côte pour essayer de trouver de si petits colis, selon le ministère.

    Hussam al-Dajani, professeur de sciences politiques à l'université Al-Ummah de Gaza, a déclaré : "Le moment où le Hamas révèle ses secrets militaires n'est pas spontané, car il coïncide avec des événements importants. Le principal d'entre eux est la lutte régionale et internationale pour les gisements de gaz en Méditerranée orientale et la démonstration de force des diverses marines dans la région. Deuxièmement, elle survient au moment où les factions palestiniennes se sont réunies à Beyrouth. Troisièmement, elle a coïncidé avec l'anniversaire de l'accord d'Oslo de 1993 et du retrait israélien de Gaza en 2005. Quatrièmement, elle a coïncidé avec la normalisation des relations de certains pays arabes avec Israël.

    Un responsable du Hamas a déclaré, sous couvert d'anonymat, "Il semble y avoir un lien entre la date des révélations du Hamas le 13 septembre et la signature des accords de paix entre Israël d'une part [et] les EAU et le Bahreïn d'autre part à Washington le 15 septembre. Le Hamas pourrait répondre à ces accords en montrant sa force militaire contre Israël, puisque le moment coïncide également avec le 15e anniversaire du retrait israélien de Gaza en 2005 - comme s'il s'agissait d'un message du Hamas selon lequel le retrait était le résultat de ses opérations militaires contre l'armée et les colons israéliens".

    Alors que le Hamas révélait ses secrets, les positions militaires du mouvement à travers la bande de Gaza étaient camouflées pour éviter les frappes israéliennes. Le Hamas s'assurait également de cacher les camions transportant des armes et les ateliers de fabrication d'armes.