Barham Salih

  • Irak : Le spécialiste du jihadisme Hicham al-Hachémi assassiné à Bagdad

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    Le chercheur irakien Hicham al-Hachémi, spécialiste des mouvements jihadistes, dont le groupe Etat islamique (EI), a été assassiné lundi soir 6 juillet 2020 près de son domicile dans la région de Zayouna, à l'est de Bagdad, a indiqué un haut responsable du ministère de l'Intérieur.

    Hashemi, docteur en jurisprudence islamiste, avait récemment reçu des menaces de mort publiées en ligne par des groupes pro-iraniens, l'accusant de soutenir "Israël et les États-Uni

    Hashemi, père de famille de 47 ans, apparaissait quotidiennement dans les médias locaux ou internationaux pour commenter l'activité des groupes jihadistes, la politique irakienne et les actions des factions armées chiites pro-Iran. Ce natif de Bagdad était également consulté par de nombreuses chancelleries et personnalités politiques irakiennes.

    Très introduit dans les milieux sunnites comme chiites, mais également parmi les Kurdes --comme le président de l'Irak Barham Saleh dont il était proche--, il a été à plusieurs reprises l'organisateur de rencontres de réconciliation entre différentes factions et personnalités, opposées sur le plan politique ou confessionnel.

    Un des enquêteurs en charge de l'affaire a indiqué à l'AFP que Hashemi avait été assassiné devant son domicile dans le quartier de Zayyouna, dans l'est de Bagdad. Il venait de s'installer au volant de sa voiture quand un homme armé lui a tiré dessus, a-t-il ajouté. L'assassin s'est alors approché de lui et lui a tiré quatre balles à bout portant dans la tête. "Les lâches ont assassiné mon ami et l'un des chercheurs les plus brillants d'Irak, Hicham al-Hashemi, je suis choqué", a tweeté Harith Hasan, lui-même chercheur et aujourd'hui conseiller du Premier ministre Moustafa al-Kazimi.


    Un homme apprécié
    Sur les réseaux sociaux, les messages de condoléances à sa famille et les éloges pleuvaient, tant à un expert reconnu ayant écrit pour les centres de recherche Chatham House à Londres et le Center for Global Policy à Washington, entre autres, qu'à un homme apprécié pour son humour et sa modestie.

    La représentante de l'ONU en Irak Jenin Hennes-Blachart s'est dite "choquée" par cet "assassinat". "Nous condamnons fermement cet acte lâche et atroce", a-t-elle écrit sur Twitter. "J'appelle le gouvernement à identifier rapidement les auteurs et à les traduire devant la justice". Hashemi avait vigoureusement pris position en faveur de la révolte populaire lancée en octobre dernier qui réclamait une refonte totale du système politique irakien et dénonçait la mainmise iranienne sur Bagdad.

    Durant les six mois de contestation, plusieurs dizaines de militants ont été assassinés par des hommes armés, souvent à bord de mobylettes, près de leur domicile. Les autorités continuent d'assurer ne pas pouvoir identifier les auteurs.

    En septembre, avant même que n'éclatent les manifestations sans précédent de l'automne, Hashemi avait été menacé de mort avec 13 autres personnalités irakiennes par des groupes en ligne pro-Iran. Dans une campagne de cyber-harcèlement, ils s'en étaient pris à lui et aux autres, les accusant d'être des "collaborateurs", des "traîtres à la patrie", "pro-Israël" et "pro-Américains".

    En novembre 2019, alors qu'Abdel-Mahdi était au pouvoir et que des manifestations de masse protestaient contre l'influence des milices soutenues par l'Iran, Hashemi avait disparu des ondes radio. Il avait déclaré à ses relations qu'il avait été menacé par les Kataëb Hezbollah (milice chiite irakienne pro-iranienne).  Plus récemment, il était redevenu plus présent dans les médias au fil et à mesure des mois, avaient déclaré ses amis, et donc encore plus menacé.

    Lorsque le premier ministre actuel, al-Kazemi, avait ordonné un raid sans précédent contre des membres des Kataêb Hezbollah, accusant cette milice de planifier de nouvelles attaques, al-Hashemi avait été parmi les premiers à partager tous les détails sur les réseaux sociaux. Ceci lui a valu une avalanche de nouvelles menaces de mort de la part de partisans des milices pro-iraniennes. Depuis, tous les membres des Kataëb Hezbollah interpellés par les forces de sécurité ont été libérés et les tirs de roquettes, notamment contre les intérêts américains, ont repris.

    Dans un article publié sur Facebook dimanche 5 juillet, al-Hashemi avait encore déclaré que le récent changement à la tête de l'Etat irakien avait affecté le pouvoir du mouvement lié à l'Iran en Irak. Il avait ajouté que leurs récentes attaques étaient motivées par "la vengeance et la falsification.

    L'assassinat de Hisham al-Hashemi est la meilleure preuve que son travail et sa voix ont eu un impact, et qu'il était craint par les milices et les terroristes, en particulier depuis sa forte condamnation du meurtre des manifestants, dont il avait rejoint les rangs.

     

  • Irak : le président menace de démissionner par opposition aux alliés de l’Iran au Parlement

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    Le président irakien Barham Salih (photo) a refusé jeudi de désigner le candidat d’un bloc parlementaire soutenu par l’Iran au poste de Premier ministre, disant qu’il préférerait démissionner plutôt que de nommer quelqu’un à ce poste qui serait rejeté par les manifestants.
    Le bloc Bina (bloc Fattah), dirigé par Hadi al-Amiri, chef d’une milice soutenue par l’Iran, avait désigné le gouverneur de Bassora Asaad al-Edani comme prochain Premier ministre après des semaines d’impasse politique.
    Mais Salih a déclaré dans un communiqué que la nomination d’Edani n’apaiserait pas les manifestants qui réclament un premier ministre indépendant et sans affiliation politique, ni ne contribuerait à calmer les troubles qui secouent le pays.
    Il a ajouté qu’il était prêt à démissionner parce que la Constitution ne lui donne pas le droit de rejeter les candidats à la fonction de premier ministre.
     » Par désir d’arrêter le sang et de maintenir la paix, et avec tout le respect dû à Asaad al-Edani, je refuse de le nommer « , a déclaré M. Salih. « C’est pourquoi je mets ma volonté de démissionner du poste de président à la disposition des membres du parlement afin qu’ils décident en tant que représentants du peuple ce qu’ils jugent bon ».
    La démission de Salih ne peut que compliquer l’impasse politique, car le législateur doit d’abord choisir son remplaçant et cette personne doit ensuite nommer un premier ministre. Selon la constitution, le président du parlement reprendra d’abord la présidence par intérim.
    Des protestations de masse ont agité l’Irak depuis le 1er octobre et les manifestants, jeunes pour la plupart, réclament une refonte d’un système qu’ils considèrent comme profondément corrompu et qui maintient la plupart des Irakiens dans la pauvreté. Plus de 450 personnes ont été tuées.
    Le Premier ministre Adel Abdul Mahdi a démissionné le mois dernier alors que les protestations se poursuivaient, mais il est resté en fonction à titre intérimaire.
    Selon des sources du bureau de Salih, le président a quitté Bagdad jeudi pour sa ville natale de Sulaimaniya dans la région semi-autonome du Kurdistan irakien et on annonce qu’il prononcera un discours télévisé plus tard.
    Les luttes intestines entre les partis politiques qui s’accrochent au pouvoir ont alimenté la crise et menacent de provoquer davantage de troubles alors que les manifestants perdent patience face à l’impasse.
    Deux blocs politiques – Bina, soutenu par l’Iran, et Islah, dirigé par le religieux chiite Moqtada al-Sadr – sont étroitement impliqués dans des accords en coulisses pour s’entendre sur un candidat.
    Un roc et une
    Un accord sur les délicates questions politico-confessionnelles semble peu probable. Le président se retrouve face aux partis pro-iraniens et confronté aux demandes du peuple.
     » En disant qu’il est prêt à démissionner, il répond aux pressions de l’Iran et de ses alliés, disant qu’il préfère démissionner plutôt que d’être un bouc émissaire et il tire le tapis sous les pieds des partis pro-iraniens en choisissant de se ranger du côté des manifestants « .
    Le Parlement a approuvé une nouvelle loi électorale mardi, une demande essentielle des manifestants visant à rendre les élections plus équitables, mais l’impasse politique menace de provoquer davantage de troubles.
    Les manifestants réclament également un premier ministre indépendant, sans affiliation politique, et le retrait d’une élite dirigeante considérée comme s’enrichissant au détriment de l’État et servant des puissances étrangères – surtout l’Iran – alors que de nombreux Irakiens croupissent dans la pauvreté, sans emploi, sans soins de santé ni éducation.
    Depuis le renversement de Saddam Hussein en 2003, le pouvoir a été partagé selon des critères ethno-sectaires entre les partis des trois plus grandes communautés irakiennes.
    Le poste le plus puissant, celui de premier ministre, est occupé par un Arabe chiite, le président du parlement par un Arabe sunnite et la présidence par un Kurde.
    Les factions pro-iraniennes ont considéré que Salih se dérobait à ses devoirs et les législateurs de Bina ont déclaré que c’était un motif de destitution.
     » Des pressions américaines sont exercées sur le président Barham Salih pour l’empêcher de nommer le candidat du bloc majoritaire Edani « , a déclaré le député Bina Hamid al-Moussawi.
     » Le président qui menace de démissionner manque à son devoir constitutionnel et prend une mesure dangereuse… Barham a admis qu’il violait la constitution, ce qui nous donne le droit de le tenir pour responsable devant le Parlement et de le démettre de ses fonctions ».
    Les Etats-Unis et l’Iran – eux-mêmes adversaires de longue date – sont les deux principaux alliés de l’Irak. Les manifestants affirment que l’élite politique obéit aux puissances étrangères, principalement Téhéran et Washington, au détriment des intérêts des Irakiens ordinaires.
    Les législateurs du parti de Sadr, qui se présente comme un nationaliste, ont salué la décision de Salih et promis de le soutenir.
    « Nous sommes contre toute pression sur le président et nous le soutenons. Nous n’accepterons pas sa démission », a déclaré le député sadriste Sabah al-Uqaili.