Samarra - Page 4

  • -2014/07/29 : Dernieres nouvelles du Moyen Orient

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    Syrie

    Des missiles sol-air aux mains des combattants du Front Islamique (pro-saoudien)
    Le Front Islamique (pro-saoudien) annonce avoir abattu un hélicoptère près de l’aéroport militaire d’al-Naïrab, dans la province d’Alep, à l’aide d’un missile thermique.
    https://www.youtube.com/watch?v=nK_4HEjeHZI&feature=player_detailpage&list=UUnigacRk8PMRKK47soehLWA
    On a vu dans de précédentes vidéos des missiles Stinger et Igla aux mains du Front Islamique, ce qui pourrait signifier que ce regroupement de huit brigades rebelles aidé par l’Arabie saoudite pourrait avoir reçu de tels missiles sol-air.

    Alep
    Dans la Vieille ville d'Alep, contrôlée en majorité par le régime, les rebelles du Front Islamique (pro-saoudien) ont fait exploser mardi 29 juillet deux tunnels sous un immeuble où sont positionnés des soldats, faisant 13 morts parmi les gardes et les forces du régime, ainsi que des blessés:
    https://www.youtube.com/watch?v=TiD5YXbGuco&feature=player_detailpage&list=UUnigacRk8PMRKK47soehLWA
    Le Front Islamique tire également des missiles sur un bâtiment occupé par l’armée d’Assad près de la citadelle d’Alep :
    https://www.youtube.com/watch?v=Agh8niw1otk&list=UUnigacRk8PMRKK47soehLWA&feature=player_detailpage

    Les rebelles progressent dans la région de Hama
    Les rebelles ont progressé dans la province de Hama, dans le centre de la Syrie, cherchant à neutraliser un aéroport militaire utilisé par les avions du régime pour les bombarder. Ils sont maintenant à neuf kilomètres de l'aéroport militaire de Hama.  Cet aéroport est important car c’est là que sont fabriqués les barils d'explosifs utilisés pour détruire les positions de l’opposition.
    L’utilisation de ces barils d'explosifs est dénoncée par les organisations des droits de l'Homme car ils ne font pas de distinction entre objectifs civils et militaires et ont tué des centaines de civils, notamment dans les zones rebelles de la province septentrionale d'Alep.
    Les rebelles se sont emparés avant l’aube du mardi 29 juillet d’un important barrage de l’armée d’Assad situé au nord-ouest de Hama, une ville encore contrôlée par le régime. Il s’agit du barrage de Tarabih dont la prise par la rebellion intervient après celle, dimanche 27 juillet, de dépôts d'armes de l'armée dans la même région.
    La progression des rebelles leur permet de couper la route reliant la ville de Hama à des villages chrétiens et alaouites sous contrôle du régime, dans l'ouest de la province.
    Selon un commandant rebelle, le régime a envoyé des renforts pour reprendre ces secteurs "ce qui limitera d’autant leurs capacités dans d'autres régions comme à Alep".
    Cette vidéo montre le barrage deTarabih dans la ville de Halfaya après sa prise par la rebellion :
    https://www.youtube.com/watch?v=iHHXj8JUAdw&feature=player_detailpage&list=UUnigacRk8PMRKK47soehLWA

    Damas et sa banlieue
    Moment de la chute d’un missile sol-sol sur la localité de Dariya dans la banlieue de Damas :
    https://www.youtube.com/watch?v=0bKeKZ3O7sg&feature=player_detailpage&list=UUnigacRk8PMRKK47soehLWA

    Irak

    Samarra menacée
    Les jihadistes de l'Etat islamique (EI) ont détruit à l’aide d’un camion bourré d’explosifs, mardi 29 juillet, un pont stratégique surplombant le canal de Tharthar au sud de la ville de Samarra (110 km au nord de Bagdad), coupant une voie d'approvisionnement vitale pour l'armée. La destruction de ce pont rend la défense de la ville de Samarra plus difficile et porte un nouveau coup à l'armée irakienne qui n’arrive pas à reprendre la ville de Tikrit.
    L'armée et les milices chiites qui participent à la défense de la ville de Samarra devront désormais emprunter une route secondaire et notamment un pont traversant un barrage hydraulique, trop fragile pour supporter le poids des véhicules militaires les plus lourds.
    Les Chiites se font un devoir religieux de défendre la ville de Samarra, une ville majoritairement sunnite mais qui abrite un des grands lieux saints chiites du pays. Les Jihadistes de l’EI ont lancé assauts sur assauts pour s’emparer de la ville. 

    Jean René Belliard (auteur de Beyrouth, l'enfer des espions)

  • Un pilote iranien tué dans des combats en Irak

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    Un pilote iranien membre de la force al-Qods tué à Samarra
    Un pilote iranien a été tué dans des combats en Irak. C’est la première perte militaire officiellement reconnue par Téhéran qui continue pourtant d’affirmer qu’il n’a pas envoyé de soldats en Irak pour aider le gouvernement de Nouri al-Maliki à contrer l’offensive des insurgés sunnites.
    Le pilote tué début juillet, le colonel Shoja’at Alamdari Mourjani, aurait été tué, selon l’agence officielle iranienne Irna, en défendant les lieux saints chiites de Samarra. Le pilote appartiendrait à la Force al-Qods, l’unité d'élite de la Garde révolutionnaire iranienne.

    Samarra, disputée par les Sunnites et l’armée irakienne soutenue par les milices chiites
    Samarra est un des points chauds du conflit déchirant actuellement l'Irak. Cette ville majoritairement sunnite, que les insurgés tentent de prendre, abrite un mausolée chiite dont la destruction partielle dans un attentat en 2006 avait déclenché un conflit entre chiites et sunnites qui a fait des dizaines de milliers de morts.

    Jean René Belliard (auteur de Beyrouth, l’enfer des espions)

    Lien permanent Catégories : Force al-Qods, IRAK, IRAN, Samarra 0 commentaire
  • Les combattants de l’EI avancent vers la base aérienne militaire de Bagdad

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    Les combattants de l’Etat Islamique menacent la base aérienne d’al-Muthanna
    Les combattants de l’Etat Islamique (EI) et ses alliés des tribus sunnites ont avancé en direction de la base aérienne militaire d'Al-Muthanna, qui fait partie de l'aéroport international de Bagdad, selon les derniers rapports des services en date du vendredi 4 Juillet. Cette base est située à 16 km à l'ouest du centre de Bagdad. Trois colonnes, de 1000 à 1500 combattants chacune, avançaient vers la base militaire en provenance du nord et de l'ouest à bord de Humvees et de véhicules de transport de troupes  blindés (APC) de fabrication américaine pris à l'armée irakienne.
    Les stratèges militaires de l'Etat islamiste, dont beaucoup étaient des officiers de l'armée de Saddam Hussein, ne semblent pas considérer, pour l’instant, que la prise de la capitale, Bagdad, est prioritaire. Ce qui les intéresse, ce sont les bombardiers stationnés sur la base aérienne de Bagdad, dont certains viennent à peine d’être livrés par l'Iran et la Russie. L'Iran a envoyé quatre Su-25UBKMs et quatre Su-25KMs avec leurs équipages, et les Russes six Sukhoi Su-25 Frogfoots, avec leurs équipes d’entretien au sol.
    L’aéroport militaire al-Muthanna est gardé par les forces spéciales irakiennes, mais ces forces ne semblent pas inquiéter les combattants de l’EI pour qui la prise de la base devrait être une simple formalité.
    La prise de la base aérienne permettrait à la rébellion sunnite de contrôler l’espace aérien au-dessus de Bagdad. Elle leur fournirait également une base avancée pour bombarder la ville en support d'une entrée des Islamistes dans la banlieue sunnite de l'ouest de Baghad.

    L’EI profite d’une erreur stratégique de l’Etat-major irakien
    L’Etat major irakien  a fait l'erreur de retirer la 4e division de l'armée basée dans la ville chiite de Karbala pour la déployer à Samarra, à 125 km au nord de Bagdad. Samarra est une ville à majorité sunnite possédant des lieux saints de l'Islam chiite. le déplacement de la 4e division a laissé la voie libre aux colonnes islamistes pour s’approcher dangereusement de la base aérienne d’al-Muhanna, sans se voir opposer de sérieuse résistance.
     
    L’évolution de la situation va sans doute contraindre les USA  à intervenir
    L’évolution de la situation en Irak est très inquiétante et pourrait contraindre le président Barack Obama à accélérer l’engagement de la force aérienne américaine pour stopper l’avance jihadiste. La semaine écoulée a donné lieu à d’intenses discussions entre la Maison Blanche et le Pentagone. Le 3 Juillet, le général Martin Dempsey, président de l'US Joint Chiefs of Staff, a laissé ouverte la possibilité d'un élargissement du rôle des conseillers militaires américains en Irak. Les frappes aériennes sont l'une des options, a-t-il précisé.
    L'administration Obama devrait normalement décider dans les prochaines heures une frappe aérienne américaine pour empêcher les islamistes de l’EI avant de s’emparer de la base aérienne d’al-Mouthanna.

    Jean René Belliard (auteur de Beyrouth, l'enfer des espions)

  • 25 juin 2014 – Nouvelles de la guerre globale sunnites-chiites

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    Front irakien

    Raffinerie de Baiji
    La  ville de Baiji est finalement tombée entre les mais de l’EIIL dans la nuit du 24 au 25 juin.
    La vidéo ci-dessous montre les partisans de l’EIIL fêtant la victoire :
    https://www.youtube.com/watch?v=qyUdmdrBbJI&feature=player_detailpage&list=UUXlQjCFr2NXJK-wLqsTFU1Q

    Samarra
    Des tribus sunnites, combattant avec l’EIIL, prennent le contrôle d’un carrefour menant à Samarra :
    https://www.youtube.com/watch?v=loaofrYTgnc&feature=player_detailpage
    https://www.youtube.com/watch?v=m6mC9xsna8A&feature=player_detailpage

    Al-Qaïm
    Selon des renseignements américains, des avions de chasse syriens ont bombardé des cibles de l’EIIL en territoire irakien dans le secteur d’al-Qaïm, une ville irakienne située à la frontière avec la Syrie en face de la ville syrienne de Boukamal. On ne sait pas si le gouvernement irakien de Nouri al-Maliki avait demandé ces frappes aériennes à Damas.

    Nouri al-Maliki, le Premier ministre irakien (chiite), exclut la formation d'un gouvernement national d'urgence
    Le Premier ministre irakien Nouri al-Maliki a finalement exclu la formation d'un gouvernement national d'urgence pour lutter contre les insurgés au cours d'une allocution télévisée ce mercredi 25 juin 2014.
    "L'appel à la formation d'un gouvernement national d'urgence est un coup contre la Constitution et le processus politique", a expliqué Nouri al-Maliki.
    Le premier ministre irakien entérine par cette décision l’éclatement de l’Irak en trois entités distinctes et indépendantes car aucune institution ne regroupera plus, désormais, les communautés chiite, sunnite et kurde.

    Mort d’Abou Hajer, un commandant de la brigade Abou Fadel al-Abbas
    La brigade Abou Fadel al-Abbas est une milice chiite irakienne engagée en Syrie pour protéger le sanctuaire chiite Sayyidah Zaynab à Damas. Cette milice compte de nombreux combattants originaires d'organisations soutenues par l'Iran (comme les Kataëb du Hezbollah irakien et Asa'ib Ahl al-Haq). Il dispose de personnel en uniforme, d’armes modernes et un commandement autonome. La brigade avait annoncé son retour en Irak  pour contrer l’offensive des Islamistes sunnites. Abou Hajer serait mort lors de combats avec les combattants de l’EIIL :
    https://www.youtube.com/watch?v=9qF8mjulJP0&feature=player_detailpage&list=TLL1yVw7UCl_K3zvccG9cyZZ4PSJeT3pKz

    Les bases aériennes de Balad  et Taji au nord ouest de Bagdad sont menacées
    Le terrain d'aviation était une base clé du dispositif américain quand les troupes américaines étaient dans le pays. Elle a compté jusqu’à 36 000 militaires américains à l’époque de la présence militaire américaine dans le pays.  La base abrite toujours une grande quantité de matériel militaire, y compris des avions et des hélicoptères.
    La Russie avait  commencé à livrer à partir de décembre 2013 des hélicoptères d’attaque Mi-35 et des hélicoptères de transport Mi-8. La base devait recevoir des F-16 américains en Septembre 2014.
    Mais aujourd’hui, la base de Balad est sous le feu de mortier et entouré sur trois côtés par les Islamistes armés de l’EIIL. Le 13 juin, des techniciens américains travaillant sur la base de Balad ont été évacués en toute hâte vers Bagdad.
    L’enjeu de la bataille est énorme car la prise des bases de Balad et Taji représenterait une énorme victoire pour l’EIIL. Les bases abritent un immense arsenal d’équipements militaires. On y compte un millier de camions et de véhicules dont beaucoup sont blindés, 500 à 600 générateurs électriques portables, des hélicoptères Mi-8 de transport, des avions de surveillance, des Humvees et des camions équipés de mitrailleuses lourdes.
    Les Islamistes sunnites se sont déjà emparés d’une immense quantité d’équipements militaires sur les sites déjà conquis dans le nord, y compris même des hélicoptères.

    Des militaires américains sont en place à Bagdad
    Un petit contingent de forces américaines est arrivé à Bagdad. Sa mission sera de recueillir des renseignements pour d’éventuelles frappes aériennes aériennes et établir un centre des opérations à Bagdad. Quarante militaires déjà stationnés à l'ambassade des États-Unis ont commencé leur nouvelle mission de renseignement, et 90 autres viennent d’arriver  à Bagdad à partir de postes au Moyen-Orient, ce qui porte à 130 le nombre de personnes impliquées.
    Les États-Unis ont, selon le Pentagone, commencé à effectuer des vols de surveillance au-dessus de l'Irak avec des avions et des drones à la demande du gouvernement irakien. 30 à 35 vols sont effectués chaque jour actuellement.

    Front syrien

    Boukamal (à la frontière avec l’Irak) : Le Front al-Nosra fait allégeance à l'EIIL
    Les évènements se sont précipités dans la ville syrienne de Boukamal, à la frontière avec l’Irak. La ville irakienne d’al-Qaïm qui lui fait face vient de tomber sous le contrôle des Islamistes de l’EIIL. Mais à Boukamal, les chefs des brigades islamistes locales (soutenues par l’Arabie saoudite) ont décidé d’exclure le Front al-Nosra du tribunal islamique, qui exerce de facto le véritable pouvoir dans cette région comme dans d’autres secteurs rebelles. Du coup, le Front al-Nosra, qui était allié jusqu’ici avec les rebelles islamistes pour lutter contre l’EIIL, ont décidé de changer de camp et de rejoindre l’EIIL.
    Un  membre de l'EIIL a confirmé l'information sur Twitter et posté une photo montrant un commandant égyptien du Front al-Nosra avec un chef tchétchène de l'EIIL.
    Le Front al-Nosra a prêté allégeance à Daech dans la nuit du mardi 24 au mercredi 25 juin 2014. Cette allégeance d’al-Nosra à l’EIIL permet théoriquement aux Islamistes de l’EIIL d’être des deux côtés de la frontière puisqu'ils contrôlent déjà la localité irakienne d'Al-Qaïm en Irak.
    J’ai dit « théoriquement » car le ralliement du Front al-Nosra à l’EIIL a aussitôt créé une vive tension avec les autres groupes rebelles qui contrôlent la ville de Boukamal et ses environs. Des combats avaient déjà opposé l’EIIL à ces groupes rebelles et au Front al-Nosra en avril 2014. Les Islamistes de l’EIIL avaient été chassés de la ville au prix d’une centaine de morts.
    Selon un habitant de Boukamal, "la tension est vive dans la localité et la situation va empirer car cette fusion causera de graves problèmes avec les tribus locales qui refusent ces changements" en raison de leur hostilité à l'EIIL.

    Front yéménite

    Localité d’Amrane
    Les combats se poursuivent entre les miliciens chiites d’Ansarullah et l’armée yéménite dans et autour d’Amrane, au nord de Sanaa. Les combats ont été particulièrement violents dans la nuit du mardi 24 au mercredi 25 juin dans les quartiers nord-ouest de la ville.

    Jean René Belliard (auteur de Beyrouth, l'enfer des espions)


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  • Les évènements d'Irak vont avoir des répercussions mondiales

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    La prise de vastes régions irakiennes par des islamistes est un évènement aux répercussions mondiales
    L’avancée fulgurante des combattants islamistes de l’EIIL et de l’armée des tribus sunnites constitue un évènement nouveau d’une ampleur régionale considérable qui risque d’inspirer, non seulement des groupes islamistes locaux (je pense à la Libye, au Liban, l’Egypte, la Syrie, le Pakistan et la Jordanie) mais aussi à travers le monde, Europe et Etats-Unis plus particulièrement. Il est évident que cela redonnera du moral à certains groupes islamistes en raison de ce qu'ils considéreront sans nul doute comme un grand succès.

    Le danger terroriste plus grand
    Le danger terroriste vas s’accroître en raison de l’attrait que va représenter l’EIIL aux yeux de jeunes jihadistes étrangers, le fait qu’ils vont savoir désormais où aller pour s’entraîner avant de partir accomplir le jihad là où on leur demandera d’aller.

    Exaspération du conflit sunnito-chiite
    Il faut craindre une gigantesque explosion du conflit sunnito-chiite, non seulement en Irak mais dans toute la région du Moyen orient.

    Nouri al-Maliki avait tout fait pour exacerber les Sunnites
    On ne s’en était pas vraiment rendu compte, mais cela fait deux ans que Nouri al-Maliki, s’était mis à dos la population sunnite irakienne, même ceux qui étaient pourtant prêts à coopérer avec lui. Les accusations d’autoritarisme et les soupçons de vouloir marginaliser la population sunnite étaient reprises par toute la communauté sunnite. C’est pourquoi, les populations sunnites ne se sont pas opposées à la poussée des islamistes dans leur région. Plutôt la charia que vivre opprimé. Le fait que les dernières élections ont finalement maintenu Nouri al-Maliki au pouvoir n’a fait qu’exacerber la colère sunnite.

    En Irak, l’EIIL a une assise populaire – pas en Syrie
    Cette colère de la population sunnite d’Irak, le fait que l’armée des tribus se soit rangée aux côtés des Islamistes de l’EIIL, que l’armée de Naqchbandis, regroupant d’anciens officiers et soldats de l’armée de Saddam Hussein, ait fait de même, a finalement donné une assise populaire à l’EIIL en Irak, ce qui n’est plus le cas en Syrie en raison des dérapages sécuritaires et de son insistance à vouloir faire appliquer la Charia la plus stricte, en utilisant la plus grande brutalité. On va voir très rapidement si l’EIIL va commettre les mêmes fautes dans les régions conquises d’Irak.

    Des questions sur la rapidité de la défaite militaire du régime
    Il y a cependant des questions. Bien sûr on savait que l’armée irakienne, forte d’un million d’hommes, n’était pas bien formée dans son ensemble et pas très motivée. Mais il y avait cependant des unités d’élite qui avaient un compte à régler avec l’EIIL depuis les combats de Falloujah et de Ramadi et les nombreux attentats qui les avaient visés. Alors, on peut s’interroger sur la facilité avec laquelle les Islamistes se sont emparés de vastes régions sunnites sans avoir eu à livrer de grands combats. Cela nous rappelle que Nouri al-Maliki n’a jamais été un fervent défenseur de l’unité de l’Irak. Il n’a jamais été hostile, finalement, à ce que le pays soit divisé en zones contrôlées par des minorités. Kurdes au nord, Sunnites à l’ouest et chiites à Bagdad, à l’est et au sud. Ce serait machiavélique et extraordinairement dangereux, mais en livrant les zones sunnites aux Islamistes, Nouri al-Maliki n'a-t-il pas voulu discréditer l'ensemble de la population sunnite aux yeux du monde ? C'est tout au moins ce que certains analystes chuchotent à voix basse tant la défaite militaire a été rapide et surprenante.  

    Revoyons les faits :

    Mossoul a été trop facilement capturée par les Islamistes
    Mossoul, qui compte deux millions d’habitants, est une ville pluriethnique avec une population arabe, assyrienne, chrétienne, Turcomane et kurde. Il y avait longtemps déjà que la ville était en proie à la violence. Attentats et attaques suicides s’étaient multipliées ces derniers temps.
    Le mardi 10 juin, la ville est finalement tombée en quelques heures aux mains des Islamistes. La majorité des militaires en poste dans la ville n’ont opposé qu’une faible résistance. La plupart a pris la fuite, déserté ou même rejoint le camp adverse, probablement en raison de liens tribaux.
    Des convois de troupes en fuite ont été pris en embuscade par les Islamistes sunnites et détruits. De nombreux corps de soldats irakiens jonchaient les rues de la ville.
    En prenant Mossoul, les insurgés sunnites ont également fait main basse sur  260 véhicules blindés de différents types et des stocks importants d’armes et de munitions.
    La chute de Mossoul est la pire défaite subie par l'armée irakienne dans son bras de fer avec les Islamistes depuis plus d'un an.

    Un demi-million de réfugiés sur les routes
    La prise de vastes régions par les Islamistes de l’EIIL a jeté sur les routes un demi-million de civils apeurés. Les routes menant vers le Kurdistan voisins sont encombrées de réfugiés fuyant les combats, sans aucun moyen de subsistance.

    L’Etat irakien désemparé
    Bien qu'il ait déclaré l'état d'urgence national, le Premier ministre Nouri al-Maliki n'a aucune illusion sur l'efficacité de son armée. C’est pourquoi il a appelé les citoyens a se dresser contre les Jihadistes et a promis de leur distribuer des armes. Mais pour l’instant son appel a reçu peu d’écho. Les civils chiites ne sont pas préparés pour affronter les féroces combattants de l’EIIL. Quant aux Sunnites des régions qui viennent de passer sous leur contrôle, ils ne sont pas mécontents d’être débarrassés de l’armée du régime.

    L’EIIL et l’armée des tribus contrôlent de vastes régions du paysEtat islamique d'Irak et du Levant.jpg

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     L’EIIL et l’armée des tribus contrôlent désormais deux grandes villes :
    - Mossoul et Falloujah (qu’ils ont conquise au début de l’année),
    - Une partie de Ramadi,
    - Tikrit (le fief de feu Saddam Hussein) située à 160km de Bagdad,
    - Souleiman Bek ( 150 km au nord de Bagdad)
    - Les provinces de l'Est voisines de l'Iran
    - La province et une partie de la ville de Bakuba et l’offensive se poursuit.
    Le gros des combats a lieu actuellement à l’entrée nord de Samarra, à 110 km au nord de Bagdad). Samarra abrite un mausolée chiite qui avait été la cible d'une attaque en février 2006, déclenchent un conflit entre sunnites et chiites qui avait fait des dizaines de milliers de morts de 2006 à 2008, au moment de l’occupation américaine. Il semble cette fois-ci que l’armée irakienne ait réussi à bloquer les Islamistes et les empêcher d’investir la ville.

    Un Etat islamique d’Irak et du Levant indépendant au cœur du Moyen orient ?
    L’EIIL va pouvoir fusionner les fronts irakiens et syriens et déplacer ses forces indifféremment de Syrie ou d’Irak au besoin des combats.
    L’organisation jihadiste contrôle désormais les deux rives du Tigre et de l’Euphrate. Les eaux de ces fleuves sont partagées à la fois par l’Irak, la Turquie, la Syrie et l’Iran. Ils ont donc la possibilité théorique de contrôler leur débit.
    La capture de Mossoul permet à Bakr al-Baghdadi, le chef de l’EIIL de faire un pas vers la création d’un Etat islamique indépendant au cœur même du Moyen orient. Pour l’instant, aucune armée n’a réussi à endiguer sa progression.

    L’Iran et le Hezbollah vont vouloir s’engager en Irak
    L'Iran et le Hezbollah vont vouloir accourir au secours du pouvoir chiite d’Irak et s’engager sur un second front, après le front syrien. Téhéran pourrait rapidement envoyer des troupes en Irak pour éviter que Bagdad ne tombe aux mains des  islamistes, ce qui risquerait d’entraîner la Syrie dans le chaos. Le 11 juin, le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, a appelé son homologue irakien, Hoshyar Zebari, pour apporter le soutien de Téhéran "au gouvernement et peuple irakiens face au terrorisme". On va voir dans les prochains jours ce que signifiera concrètement ce soutien.
    En attendant, l’EIIL poursuit ses attentats. Des responsables tribaux chiites ont été la cible d’un attentat suicide alors qu’ils étaient rassemblés sous une tente à Sadr City. On relèvera  quinze tués et 34 blessés.

    Seuls les Etats-Unis et la Russie peuvent intervenir
    Les Etats-Unis et la Russie devraient s’entendre pour intervenir rapidement. Ceci pour éviter que ce ne soit l’Iran et le Hezbollah qui se portent au secours du gouvernement irakien, ce qui ne ferait qu'aggraver le conflit sunnito-chiite. Après tout, les Etats-Unis ont une part de responsabilité dans le chaos irakien et la Russie a montré qu’elle restait intransigeante face à la menace islamiste. 

    Jean René Belliard (auteur de Beyrouth, l'enfer des espions)