Opération Barkhane - Page 2

  • La région du Sahel sur les traces du scénario afghan (Analyse)

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    (Mustapha Dalaa)
    La chute de l’Afghanistan aux mains des Taliban menace d’embraser davantage la région du Sahel, concomitamment avec la recrudescence des attaques armées perpétrées dans la région, en particulier au Mali, dont les Nations Unies avaient mis en garde quant à son éventuel effondrement, dès lors que la situation a franchi le seuil de la gravité.

    En effet, Iyad Ag Ghali, chef du « Groupe de soutien de l’islam et des musulmans » (GSIM), affilié à al-Qaida dans la région du Sahel, avait félicité, dans une vidéo enregistrée, diffusée depuis plusieurs semaines, le Mouvement des Taliban pour ses victoires remportées en Afghanistan.

    Fondateur du Mouvement « Ansar Eddin » - qualifié par nombre d’observateurs de « Taliban des Azawad » - Ag Ghali est l’un des principaux leaders des Touaregs au Mali.

    Ancien consul de l’Etat malien en Arabie Saoudite, Iyad Ag Ghali vise, actuellement, à cloner l’expérience des Taliban, qui ont récupéré le pouvoir en Afghanistan, après le retrait de l’armée américaine.

    Parmi les facteurs qui encouragent le chef touareg à rééditer la même expérience figure la faiblesse du régime malien. En effet, ce pays a été le théâtre de trois putschs depuis 2012, ainsi qu'une récente décision française prévoit de mettre fin à l’opération militaire « Barkhane » au Sahel et le retrait total du nord du Mali, à l’orée de l’année 2022. Il est prévu que les forces françaises se retirent progressivement des villes de Kidal, de Tombouctou et de Tessalit au début de l’année prochaine.

    Ag Ghali indique, que la décision de la France de se retirer du Mali et de mettre un terme à son opération militaire après signifie qu'elle a échoué à atteindre les objectifs qu’elle s’était fixés.

    Le retrait français du Nord du Mali aboutira logiquement à faire assumer la mission sécuritaire, en premier lieu, aux forces onusiennes, au nombre de 15 000, ainsi qu’à l’armée malienne, présente en effectifs moindres dans ces zones. De plus, l’Algérie, pays limitrophe du Mali (nord), sera également concernée, d’autant plus que ce pays avait déjà été l’objet d’une attaque d’envergure lancée par les groupes armés depuis le territoire malien.

    Un Etat menacé de dislocation
    La situation sécuritaire précaire, la recrudescence des attaques terroristes, l’absence d’une autorité élue et stable, la réduction du soutien international, le réchauffement climatique qui génère des retombées en termes de sécheresse et d’inondations inattendues, et les conflits tribaux entre agriculteurs et nomades, sont autant de crises qui ne menacent pas uniquement le régime actuel de chute mais qui pourraient générer l’effondrement, voire la disparition de l’Etat.

    L’expert indépendant des Nations Unies sur la situation des droits de l’Homme au Mali, Alioune Tine, a déclaré, le 6 août courant, que « la propagation rapide de la violence au Mali menace la pérennité de l’Etat en soi. La grave et durable détérioration de la situation sécuritaire a dépassé le seuil de la gravité ».

    Au terme d’une visite de 11 jours au Mali, l’expert onusien a souligné que « L’Etat faible et impuissant fait face à une grande difficulté pour assumer le rôle qui est le sien, s’agissant notamment de la protection de la population civile contre le danger que représentent les groupes armés qui prolifèrent partout dans le pays ».

    Le 27 juillet dernier, le Groupe de Soutien à l'Islam et aux Musulmans (GSIM) avait revendiqué huit opérations armées commises contre les forces onusiennes, l’armée malienne et les unités françaises durant le même mois.

    Le GSIM est une coalition d’organisations terroristes, en l’occurrence, l’organisation d’al-Qaida au Maghreb Islamique (AQMI), le régiment des Mourabitoune (qui a fait scission de l’AQMI), le Front de Libération de Macina et le groupe Ansar Eddine.
    De plus, l'Etat islamique au Grand Sahara (EIGS) évolue dans la région de Gao, proche des frontières avec le Niger et ses attaques sont plus sanguinaires et plus violentes.

    Une dangereuse spirale de violence
    Le Mali n’est pas le seul pays de la région à souffrir de la grave menace sécuritaire. En effet, le Niger et le Burkina Faso partagent les mêmes risques, en particulier, dans la zone du « Triangle frontalier ».
    Durant le mois d’août, la zone du « Triangle frontalier » s’est transformée en des « marécages de sang », des suites des attaques armées qui ont fait pas moins de 250 morts, dont des femmes et des enfants.

    Le 18 août, une attaque perpétrée par quelque 400 éléments armés non-identifiés, contre un convoi dans le nord du Burkina-Faso, avait fait 120 victimes, dont 65 civils et 55 militaires. 58 assaillants ont péri dans cette attaque, selon des sources locales et médiatiques.

    Au Mali, 51 civils ont été tués dans une opération armée lancée, le 8 août contre trois villages situés dans la région de Gao, à proximité des frontières avec le Niger. Le 19 du même mois, ce sont 15 soldats maliens qui furent victimes d’une opération similaire dans le centre du pays.

    Le Niger aussi a été touché de plein fouet par la folie sanguinaire des groupes armés. En effet, trente-sept civils, dont seize enfants, ont été assassinés lors d’une attaque commise, le 14 août, dans la région de Tillabéri, située dans le fameux « Triangle frontalier ».

    Le 21 août, des éléments armés ont attaqué à nouveau la mène zone, faisant 17 morts, tous des civils.

    Quelques jours auparavant, le 11 août, des assaillants armés ont tué quinze civils près des frontières du Niger avec le Mali.

    Les armées du Mali, du Niger et du Burkina Faso, appuyées par 1200 soldats tchadiens et des soldats mauritaniens, dans le cadre de la Coalition G5 Sahel, en plus de 5100 militaires français et 15000 soldats onusiens, des centaines d’éléments des forces spéciales européennes (Opération Takuba) et des centaines de membres des forces américaines déployés dans les Etats du Sahel, ne sont pas parvenus à stopper le bain de sang qui secoue la région du Triangle frontalier.

    La situation est extrêmement dangereuse et le Mali, théâtre de deux coups d’Etat en 2020 et en 2021, semble le maillon faible parmi les pays du Sahel.

    L’Organisation al-Qaida s’apprête, d’ailleurs, à proclamer un « émirat islamique » dans le nord du Mali, à l’instar de ce qui se passe en Afghanistan, et ce avant même le parachèvement du retrait français de la région, au début de l’année 2022.

    Cette situation a poussé l‘Algérie à faire part de son « inquiétude quant à la reprise et à la recrudescence du rythme des graves attaques terroristes » dans plusieurs Etats du Sahel au cours des semaines écoulées.


    Les Touaregs peuvent entraver le projet d’al-Qaida
    A l’exception de la branche Ag Ghali, les Mouvements armés Touaregs (Amazighs) et arabes (Azawad), déployés dans le nord du Mali, sont en mesure d’avorter le projet d’al-Qaida visant à proclamer un « Emirat islamique » qui pourrait s’étendre jusqu’au Darfour, dans l’ouest du Soudan.

    L’Algérie pourrait envisager d’intervenir pour empêcher la mise en place d’une alliance entre les Mouvements Touaregs et Azawad d’une part et l’organisation d’al-Qaida d’autre part, comme cela s’était passé en 2012, comptant en cela sur sa fine connaissance des tribus de la région, qui constituent une extension humaine, au-delà de ses frontières, en Afrique sub-saharienne.
    Cette réalité est parfaitement saisie par les Nations Unies dans le but d’empêcher la chute du Nord du Mali dans l’escarcelle d’al-Qaida ou dans le giron de Daech, après le retrait de l’armée française de la région.

    Le chef de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA), le diplomate mauritanien El-Ghassim Wane , a mis l’accent sur l’importance capitale que revêt l'Accord de Paix et de Réconciliation issu du processus d’Alger de 2015, "devenu inéluctable pour garantir une stabilité durable au Mali".

    Le responsable onusien a ajouté que c’est à la faveur de l’application de l'Accord d’Alger que les parties signataires sont convenues, pour la première fois au Mali à « faire taire les armes ».
    Néanmoins, ce que ne dit pas clairement Wane c’est que les atermoiements de Bamako à mettre en œuvre certains points de l'Accord d’Alger pourraient inciter les Touaregs à se rebeller à nouveau et, pourquoi pas, à s’allier avec les groupes djihadistes pour se séparer du Mali.

    Toutefois, ce scénario est peu probable dans la mesure où les groupes djihadistes s’étaient déjà rétractés des accords passés avec les mouvements rebelles, Touaregs et Azawad, après l’expulsion de l’armée malienne des villes du nord, en 2012, pour s’emparer seuls de l’ensemble de la région.

    La réédition du scénario afghan dans la région du Sahel n’est pas exclue, si les pays de la zone et leurs composantes tribales majeures ne s’activent pas à contrer ce projet avec l’aide des pays limitrophes. Toutefois, al-Qaida et Daech diffèrent dans leur philosophie de combat des Taliban qui demeure un groupe local, tandis que les deux autres organisations ne reconnaissent pas les frontières nationales.

  • Mali : deux leaders terroristes neutralisés par l'armée française à Ménaka

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    Deux leaders de l’Etat islamique dans le grand Sahara (EIGS) viennent d’être neutralisés par les forces armées françaises lors d’une opération à Ménaka (nord du Mali), a annoncé l’armée française dans un communiqué.

    « Ce nouveau résultat appuie la stratégie militaire française, qui consiste à cibler les chefs et cadres terroristes, afin d’affaiblir les groupes armés terroristes EIGS et GSIM (Groupe de soutien à l'Islam et aux Musulmans), respectivement affiliés à Daech et Al-Qaida », souligne le texte publié, jeudi, sur le site du ministère français de la Défense.

    En coordination avec l’armée américaine, la force Barkhane a déclenché cette nuit, sur très court préavis, une opération contre un camp de l’EIGS, organisation affiliée à Daech, dans la région de Ménaka (Mali). L’identité des deux responsables de l’EIGS neutralisés au cours de cette action est en cours de confirmation, ajoute le communiqué.

    Il y a quelques semaines, les forces françaises et nigériennes avaient déjà porté des coups très durs contre l’EIGS, dans le Liptako malo-nigérien, lors de l’opération Solstice, alors que ce groupe terroriste continue de mener une politique de terreur contre les populations locales, forcées de quitter leurs villages, rappelle le texte.

    Plusieurs cadres de haut rang de l’EIGS avaient déjà été neutralisés au mois de juin 2021, dont l’un des chefs de groupe, Dadi Ould Chaib, plus connu sous le nom d’Abou Dardar, ainsi que Almahmoud ag Baye alias Ikaray, important cadre de l’EIGS, proche du leader de l’EIGS Adnan Abou Walid al Sahraoui, souligne encore l'armée française.

  • Mali : Un Mirage 2000 s'écrase - l'équipage a pu s'éjecter et a été récupéré

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    Un mirage 2000 D français, victime d'une avarie, s'est écrasé mardi 20 juillet 2021 dans les environs d'Hombori, dans le centre du Mali, mais ses deux occupants se sont éjectés et ont été récupérés, a annoncé l'armée française.

    L'un des membres de l'équipage, composé d'un pilote et d'un officier navigateur système d'armes, a été légèrement blessé et conduit à la base de Gao, a précisé le service de presse des Armées.

    Tous les deux se sont éjectés au-dessus d'une zone inhabitée et l'avion s'est également écrasé dans une zone inhabitée, selon la même source. L'épave a été localisée par la force Barkhane.

    L'accident s'est produit au cours d'une mission d'appui aérien au profit d'un Groupement tactique désert (GTD) français et d'une unité des forces armées maliennes, en reconnaissance le long de la route nationale 16 au sud d'Hombori. La zone d'Hombori, et plus largement toute la région de Mopti, est une zone d'opérations particulièrement ciblée par les forces de Barkhane ces derniers mois.

    Un groupe de recherche et de sauvetage au combat a immédiatement été engagé, à bord de deux hélicoptères Caïman, appuyés par deux hélicoptères Tigre, pour établir un dispositif de sécurité et récupérer l'équipage. Une enquête doit être ouverte pour déterminer l'origine de cet accident.

    La France mène au Sahel avec des armées alliées l'opération militaire antijihadiste Barkhane mais s'apprête à engager une réduction de son dispositif militaire dans la région pour y maintenir à terme entre 2.500 à 3.000 hommes contre 5.100 aujourd'hui.

    Le processus de fermeture de bases de Barkhane dans le nord du Mali doit débuter au "second semestre de l'année 2021".

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  • Mali : Fin de l'opération militaire française "Barkhane" en 2022

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    Le président français a déclaré dans son discours annuel aux militaires à la veille de la fête nationale que l'opération militaire française "Barkhane" de lutte contre les djihadistes dans la région du Sahel, à laquelle participent aujourd'hui 5 100 soldats, prendra fin au "premier trimestre 2022".

    "C'est l'armée française et l'opération Barkhane qui ont empêché ces dernières années l'établissement d'un califat au Sahel", a-t-il déclaré.

    Macron a annoncé vendredi, à l'issue d'un sommet avec les dirigeants du Groupe des cinq pays du Sahel, que son pays commencerait d'ici la fin de l'année à retirer ses forces déployées dans l'extrême nord du Mali pour concentrer ses efforts dans le sud, où les groupes jihadistes  continuent de « répandre la menace ».

    La fin de Barkhane ne signifie pas que la France quitte le Sahel, dit Parly
    La fin de l'opération Barkhane ne signifie pas que la France quitte le Sahel, a déclaré mercredi 14 juillet 2021 la ministre des Armées, Florence Parly.

    Les soldats commenceront à quitter le pays à partir du "second semestre de l'année 2021" et ce retrait s'achèvera au premier trimestre 2022. Les effectifs de Barkhane avaient été portés de 4.500 à 5.100 hommes à la fin février 2020 après un sommet réunissant la France et le G5 Sahel (Mali, Niger, Tchad, Burkina Faso et Mauritanie) à Pau.

    "Nous ne quittons pas le Sahel", a déclaré la ministre au micro de France Inter. 

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  • Mali: la France annonce la reprise de sa coopération avec l’armée malienne

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    La France a annoncé, vendredi 2 juillet 2021, la reprise de ses opérations militaires conjointes avec les forces armées maliennes ainsi que les missions nationales de conseil. Elles étaient suspendues unilatéralement par Paris depuis le 3 juin dernier suite au coup d’Etat du 24 mai.

    « A l'issue de consultations avec les autorités maliennes de transition et les pays de la région, la France prend acte des engagements des autorités maliennes de transition » endossés par la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao), et a « décidé la reprise des opérations militaires conjointes ainsi que des missions nationales de conseil, qui étaient suspendues depuis le 3 juin dernier », a annoncé Paris dans un communiqué cité  par RFI.

    Dans le communiqué, la France confirme également qu’elle continuera à accompagner les pays du Sahel pour « combattre l'islam radical », qui vise à contrôler l'Afrique de l'Ouest.

  • Mali : Un dirigeant de l'Etat islamique au Sahel arrêté par les forces françaises

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    Des combats ont opposé mardi 15 juin des soldats nigériens et français, qui menaient une opération conjointe de reconnaissance, à des jihadistes du groupe État islamique du grand Sahara (EIGS).

    Un soldat nigérien a été tué, un autre blessé, et deux soldats français de la force Barkhane ont également été blessés dans cette opération, selon les précisions apportées mercredi 16 juin par l’état-major français. Ces combats ont eu lieu à In Arabane, près de Ménaka, au Mali, dans la zone des Trois frontières. Une zone où plusieurs actions ont été menées ces derniers jours, qui ont conduit à l’arrestation de plusieurs cadres du groupe État islamique.

    Le déploiement conjoint de Barkhane et des forces nigériennes est « toujours en cours ». L’armée française donne peu de détails, mais évoque « une dizaine » de terroristes tués ou capturés et annonce l’arrestation, vendredi 11 juin près de Ménaka, d’« un cadre du groupe État islamique au Grand Sahara » (EIGS,  Dadi Ould Chouaïb, plus connu sous le nom d’Abou Dadar ou Abou Dardar. Ancien membre du Mujao, groupe jihadiste qui avait occupé le nord du Mali en 2012 avec Ansar Dine et Aqmi, il avait depuis rallié le groupe État islamique avec plusieurs cadres du Mujao.

    Dadi Ould Chouaïb, alias Abou Dardar, "l'un des cadres de l'EIGS", est "suspecté d'avoir mutilé trois hommes le 2 mai dernier lors du marché hebdomadaire de Tin Hama" (Nord), a indiqué l'état-major français dans un communiqué, précisant que le jihadiste s'était rendu sans résistance et qu'il portait "une arme automatique, une lunette de vision nocturne, un gilet de combat, un téléphone et une radio".

    L'arrestation a eu lieu le 11 juin dans la matinée dans la zone "des trois frontières", aux confins du Mali, du Niger et du Burkina Faso, une des zones principales d'action des groupes jihadistes installés au Sahel, notamment de l'EIGS. Il y avait été repéré par un hélicoptère au cours d'une opération conjointe de Barkhane et des forces armées nigériennes. 

    Arrêté une première fois en 2014, il avait été remis aux autorités maliennes. Mais il avait fait partie des quelque 200 jihadistes élargis en octobre 2020 en échange de quatre otages, dont la Française Sophie Pétronin, au terme de négociations auxquelles Paris avait revendiqué n'avoir pas été associée.

    Le 2 mai, des hommes armés avaient rassemblé la foule lors du marché hebdomadaire de Tin Hama, et lui avaient présenté trois hommes qualifiés de voleurs, auxquels ils avaient coupé la main droite et le pied gauche, selon des informations recueillies auprès d'interlocuteurs locaux s'exprimant sous couvert de l'anonymat. Ces hommes armés étaient présumés appartenir à l'EIGS, avait indiqué la Mission de l'Onu (Minusma).

    Plusieurs sources font également état de l’arrestation de trois autres responsables de l’EIGS, dont Rhissa Al Sahraoui, lui aussi ancien pilier du Mujao, que plusieurs chercheurs et militaires locaux décrivent comme un haut responsable du groupe État islamique, proche du chef de l’organisation dans la zone, Abou Walid Al Sahraoui.

    L’armée française n’a pas souhaité confirmer cette arrestation, ni préciser si les personnes arrêtées étaient toujours interrogées par la force Barkhane ou si elles avaient été déjà remises aux autorités maliennes.

    "Décapiter les organisations islamistes"
    Selon une source sécuritaire, depuis sa libération en octobre, "il était cadi (juge islamique) dans la zone de ansongo-ménaka. Je le qualifierais de commandant de second rang, important au niveau local", a-t-elle estimé, soulignant par ailleurs à la fois sa longue absence du terrain et son retour de courte durée qui relativise son poids dans l'organisation.

    Son interpellation n'en est pas moins bienvenue pour la France, dont le président avait promis en février, lors d'un sommet avec les chefs d'Etats de la région, "une action renforcée" pour "essayer d'aller décapiter ces organisations", dont "la plus haute hiérarchie continue à nourrir un agenda jihadiste". Paris a donc depuis adopté une stratégie visant prioritairement les chefs.

    Barkhane vient à cet égard de revendiquer l'élimination d'un cadre du groupe el-Qaëda au Maghreb islamique (AQMI), adversaire de l'EIGS dans la zone. Baye Ag Bakabo était responsable du rapt et de la mort de deux journalistes français de RFI, Ghislaine Dupont et Claude Verlon, assassinés à Kidal (nord du Mali) le 2 novembre 2013.

    L'opération Barkhane est désormais officiellement promise à une fin prochaine. Elle sera remplacée par un dispositif international plus léger d'appui et d'accompagnement au combat des troupes des pays de la région, au prix d'une montée en puissance espérée des Européens et d'un investissement majeur des Etats concernés.

    La France souhaite ne plus tenter de sécuriser des zones où les Etats n'arrivent pas à garder pied, pour se concentrer sur la lutte ciblée contre les jihadistes et l'appui des forces locales. Une réorientation qui intervient alors que l'élection présidentielle de 2022 se rapproche en France, où cet engagement militaire suscite des interrogations croissantes, notamment au regard des 50 soldats tués au combat depuis 2013.

    Mais cette stratégie fait craindre que certaines zones du Sahel, notamment le nord du Mali, ne passent complètement entre les mains des groupes jihadistes tant les Etats locaux semblent dans l'incapacité de restaurer leur autorité dans ces vastes bandes désertiques et extrêmement pauvres.

  • Mali : La France suspend ses opérations militaires conjointes avec l'armée malienne

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    Paris a fini par taper du poing sur la table: échaudée par le nouveau coup d'Etat au Mali, la France a annoncé jeudi la suspension de ses opérations militaires conjointes avec Bamako, pour tenter de pousser la junte au pouvoir vers la transition politique exigée par la communauté internationale.

    "Des exigences et des lignes rouges ont été posées par la Cédéao et par l'Union africaine pour clarifier le cadre de la transition politique au Mali", et "dans l'attente de ces garanties, la France (...) a décidé de suspendre, à titre conservatoire et temporaire, les opérations militaires conjointes avec les forces maliennes ainsi que les missions nationales de conseil à leur profit", souligne le ministère français des Armées dans un communiqué transmis à l'AFP. "Ces décisions seront réévaluées dans les jours à venir au regard des réponses qui seront fournies par les autorités maliennes", conclut le ministère alors que le Mali, secoué par deux coups d'Etat en neuf mois, est un pays clé de la lutte anti-jihadiste au Sahel, dans laquelle la France est très impliquée.

    Par cette décision, Paris manifeste sur le terrain sa condamnation du coup d'Etat, et tente d'appuyer les pressions de la communauté internationale sur les militaires putschistes du Mali pour obtenir un retour du pouvoir aux mains de civils à l'issue d'élections prévues courant 2022.

    La France emboîte le pas aux Etats-Unis, dont le département d'Etat a suspendu dès la fin mai l'assistance aux forces de sécurité et de défense du Mali. La force française Barkhane, forte de 5.100 militaires au Sahel, continuera d'opérer mais pour l'heure en solo, précise-t-on au ministère des Armées.

    En revanche, la force "Takuba" initiée par la France, composée d'unités de forces spéciales européennes et censée former l'armée malienne au combat face aux jihadistes, compte parmi les activités suspendues.

    Désengagement déjà prévu
    Il existe "un risque" que le nouveau coup de force au Mali dissuade des pays européens de rejoindre le front antijihadiste au Sahel, reconnaissait la semaine dernière une source diplomatique.

    La coopération avec les forces maliennes est un des piliers de l'action menée par la France dans ce pays, où elle maintient une présence ininterrompue depuis huit ans.

    Le président français Emmanuel Macron avait averti dimanche que la France retirerait ses troupes si le Mali allait "dans le sens" d'un islamisme radical, en référence à la volonté d'une partie des dirigeants maliens de négocier avec les jihadistes. Mais en réalité, la question de l'avenir de la présence militaire française au Sahel était déjà posée avant le nouveau coup de force du colonel Assimi Goïta. Avant même ce second coup d'Etat, la France comptait d'ores et déjà amorcer à partir de l'été un désengagement progressif de ses troupes engagées dans une opération coûteuse humainement et financièrement, moins d'un an avant l'élection présidentielle française, et à l'heure où les armées mobilisent des moyens grandissants face aux menaces de conflits de haute intensité.

    Après avoir envisagé d'alléger l'empreinte militaire française au Sahel dès le début de l'année, Emmanuel Macron avait finalement renoncé en février à réduire "dans l'immédiat" les effectifs de la force Barkhane, tout en laissant la porte ouverte à une prochaine réduction de voilure, dont les plans devaient être actés en Conseil de défense courant juin.

    "Par-delà la position de principe, on peut se demander si cette décision n'est pas une façon pour la France de mettre en récit le désengagement de Barkhane, dont chacun sait qu'il va se produire. En d'autres termes, le non-respect du processus démocratique n'est-il pas un prétexte pour réduire un dispositif dont les jours étaient comptés de toute façon ?", réagit auprès de l'AFP Elie Tenenbaum, chercheur à l'Institut français des relations internationales (IFRI).

    Lors du premier coup d'Etat, le 18 août 2020, le président Ibrahim Boubacar Keïta, accusé de corruption et d'impuissance face à l'insécurité, avait été renversé après plusieurs mois de manifestations antigouvernementales. Mais la junte s'était engagée à une transition vers un pouvoir civil dans les 18 mois. En mai, les militaires, mécontents d'une recomposition du gouvernement décidée suite à une contestation grandissante, ont arrêté le président et le Premier ministre.

    La Cour constitutionnelle a ensuite déclaré chef de l'Etat et président de transition le colonel Assimi Goïta, homme clé dans l'actuelle crise politique.