Nouri al-Maliki - Page 5

  • Les évènements d'Irak vont avoir des répercussions mondiales

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    La prise de vastes régions irakiennes par des islamistes est un évènement aux répercussions mondiales
    L’avancée fulgurante des combattants islamistes de l’EIIL et de l’armée des tribus sunnites constitue un évènement nouveau d’une ampleur régionale considérable qui risque d’inspirer, non seulement des groupes islamistes locaux (je pense à la Libye, au Liban, l’Egypte, la Syrie, le Pakistan et la Jordanie) mais aussi à travers le monde, Europe et Etats-Unis plus particulièrement. Il est évident que cela redonnera du moral à certains groupes islamistes en raison de ce qu'ils considéreront sans nul doute comme un grand succès.

    Le danger terroriste plus grand
    Le danger terroriste vas s’accroître en raison de l’attrait que va représenter l’EIIL aux yeux de jeunes jihadistes étrangers, le fait qu’ils vont savoir désormais où aller pour s’entraîner avant de partir accomplir le jihad là où on leur demandera d’aller.

    Exaspération du conflit sunnito-chiite
    Il faut craindre une gigantesque explosion du conflit sunnito-chiite, non seulement en Irak mais dans toute la région du Moyen orient.

    Nouri al-Maliki avait tout fait pour exacerber les Sunnites
    On ne s’en était pas vraiment rendu compte, mais cela fait deux ans que Nouri al-Maliki, s’était mis à dos la population sunnite irakienne, même ceux qui étaient pourtant prêts à coopérer avec lui. Les accusations d’autoritarisme et les soupçons de vouloir marginaliser la population sunnite étaient reprises par toute la communauté sunnite. C’est pourquoi, les populations sunnites ne se sont pas opposées à la poussée des islamistes dans leur région. Plutôt la charia que vivre opprimé. Le fait que les dernières élections ont finalement maintenu Nouri al-Maliki au pouvoir n’a fait qu’exacerber la colère sunnite.

    En Irak, l’EIIL a une assise populaire – pas en Syrie
    Cette colère de la population sunnite d’Irak, le fait que l’armée des tribus se soit rangée aux côtés des Islamistes de l’EIIL, que l’armée de Naqchbandis, regroupant d’anciens officiers et soldats de l’armée de Saddam Hussein, ait fait de même, a finalement donné une assise populaire à l’EIIL en Irak, ce qui n’est plus le cas en Syrie en raison des dérapages sécuritaires et de son insistance à vouloir faire appliquer la Charia la plus stricte, en utilisant la plus grande brutalité. On va voir très rapidement si l’EIIL va commettre les mêmes fautes dans les régions conquises d’Irak.

    Des questions sur la rapidité de la défaite militaire du régime
    Il y a cependant des questions. Bien sûr on savait que l’armée irakienne, forte d’un million d’hommes, n’était pas bien formée dans son ensemble et pas très motivée. Mais il y avait cependant des unités d’élite qui avaient un compte à régler avec l’EIIL depuis les combats de Falloujah et de Ramadi et les nombreux attentats qui les avaient visés. Alors, on peut s’interroger sur la facilité avec laquelle les Islamistes se sont emparés de vastes régions sunnites sans avoir eu à livrer de grands combats. Cela nous rappelle que Nouri al-Maliki n’a jamais été un fervent défenseur de l’unité de l’Irak. Il n’a jamais été hostile, finalement, à ce que le pays soit divisé en zones contrôlées par des minorités. Kurdes au nord, Sunnites à l’ouest et chiites à Bagdad, à l’est et au sud. Ce serait machiavélique et extraordinairement dangereux, mais en livrant les zones sunnites aux Islamistes, Nouri al-Maliki n'a-t-il pas voulu discréditer l'ensemble de la population sunnite aux yeux du monde ? C'est tout au moins ce que certains analystes chuchotent à voix basse tant la défaite militaire a été rapide et surprenante.  

    Revoyons les faits :

    Mossoul a été trop facilement capturée par les Islamistes
    Mossoul, qui compte deux millions d’habitants, est une ville pluriethnique avec une population arabe, assyrienne, chrétienne, Turcomane et kurde. Il y avait longtemps déjà que la ville était en proie à la violence. Attentats et attaques suicides s’étaient multipliées ces derniers temps.
    Le mardi 10 juin, la ville est finalement tombée en quelques heures aux mains des Islamistes. La majorité des militaires en poste dans la ville n’ont opposé qu’une faible résistance. La plupart a pris la fuite, déserté ou même rejoint le camp adverse, probablement en raison de liens tribaux.
    Des convois de troupes en fuite ont été pris en embuscade par les Islamistes sunnites et détruits. De nombreux corps de soldats irakiens jonchaient les rues de la ville.
    En prenant Mossoul, les insurgés sunnites ont également fait main basse sur  260 véhicules blindés de différents types et des stocks importants d’armes et de munitions.
    La chute de Mossoul est la pire défaite subie par l'armée irakienne dans son bras de fer avec les Islamistes depuis plus d'un an.

    Un demi-million de réfugiés sur les routes
    La prise de vastes régions par les Islamistes de l’EIIL a jeté sur les routes un demi-million de civils apeurés. Les routes menant vers le Kurdistan voisins sont encombrées de réfugiés fuyant les combats, sans aucun moyen de subsistance.

    L’Etat irakien désemparé
    Bien qu'il ait déclaré l'état d'urgence national, le Premier ministre Nouri al-Maliki n'a aucune illusion sur l'efficacité de son armée. C’est pourquoi il a appelé les citoyens a se dresser contre les Jihadistes et a promis de leur distribuer des armes. Mais pour l’instant son appel a reçu peu d’écho. Les civils chiites ne sont pas préparés pour affronter les féroces combattants de l’EIIL. Quant aux Sunnites des régions qui viennent de passer sous leur contrôle, ils ne sont pas mécontents d’être débarrassés de l’armée du régime.

    L’EIIL et l’armée des tribus contrôlent de vastes régions du paysEtat islamique d'Irak et du Levant.jpg

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     L’EIIL et l’armée des tribus contrôlent désormais deux grandes villes :
    - Mossoul et Falloujah (qu’ils ont conquise au début de l’année),
    - Une partie de Ramadi,
    - Tikrit (le fief de feu Saddam Hussein) située à 160km de Bagdad,
    - Souleiman Bek ( 150 km au nord de Bagdad)
    - Les provinces de l'Est voisines de l'Iran
    - La province et une partie de la ville de Bakuba et l’offensive se poursuit.
    Le gros des combats a lieu actuellement à l’entrée nord de Samarra, à 110 km au nord de Bagdad). Samarra abrite un mausolée chiite qui avait été la cible d'une attaque en février 2006, déclenchent un conflit entre sunnites et chiites qui avait fait des dizaines de milliers de morts de 2006 à 2008, au moment de l’occupation américaine. Il semble cette fois-ci que l’armée irakienne ait réussi à bloquer les Islamistes et les empêcher d’investir la ville.

    Un Etat islamique d’Irak et du Levant indépendant au cœur du Moyen orient ?
    L’EIIL va pouvoir fusionner les fronts irakiens et syriens et déplacer ses forces indifféremment de Syrie ou d’Irak au besoin des combats.
    L’organisation jihadiste contrôle désormais les deux rives du Tigre et de l’Euphrate. Les eaux de ces fleuves sont partagées à la fois par l’Irak, la Turquie, la Syrie et l’Iran. Ils ont donc la possibilité théorique de contrôler leur débit.
    La capture de Mossoul permet à Bakr al-Baghdadi, le chef de l’EIIL de faire un pas vers la création d’un Etat islamique indépendant au cœur même du Moyen orient. Pour l’instant, aucune armée n’a réussi à endiguer sa progression.

    L’Iran et le Hezbollah vont vouloir s’engager en Irak
    L'Iran et le Hezbollah vont vouloir accourir au secours du pouvoir chiite d’Irak et s’engager sur un second front, après le front syrien. Téhéran pourrait rapidement envoyer des troupes en Irak pour éviter que Bagdad ne tombe aux mains des  islamistes, ce qui risquerait d’entraîner la Syrie dans le chaos. Le 11 juin, le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, a appelé son homologue irakien, Hoshyar Zebari, pour apporter le soutien de Téhéran "au gouvernement et peuple irakiens face au terrorisme". On va voir dans les prochains jours ce que signifiera concrètement ce soutien.
    En attendant, l’EIIL poursuit ses attentats. Des responsables tribaux chiites ont été la cible d’un attentat suicide alors qu’ils étaient rassemblés sous une tente à Sadr City. On relèvera  quinze tués et 34 blessés.

    Seuls les Etats-Unis et la Russie peuvent intervenir
    Les Etats-Unis et la Russie devraient s’entendre pour intervenir rapidement. Ceci pour éviter que ce ne soit l’Iran et le Hezbollah qui se portent au secours du gouvernement irakien, ce qui ne ferait qu'aggraver le conflit sunnito-chiite. Après tout, les Etats-Unis ont une part de responsabilité dans le chaos irakien et la Russie a montré qu’elle restait intransigeante face à la menace islamiste. 

    Jean René Belliard (auteur de Beyrouth, l'enfer des espions)

  • Nouvelles violences en Irak ce mercredi 4 juin 2014

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    Les violences ont fait plus de 4.000 morts dans le pays depuis le début de l'année 2014, dont 900 pour le seul mois de mai.
    Les violences sont alimentées par la colère de la minorité sunnite, qui s'estime marginalisée et maltraitée par les autorités dominées par les chiites.

    La reprise de la guerre froide exacerbe les rivalités entre puissances au Moyen orient
    Depuis les évènements en Ukraine et le jeu mené par la Russie dans cette région, on assiste à un nouvel accès de confrontation est-ouest entre, d’un côté, la Russie, et, de l'autre, les Occidentaux, à savoir les Etats-Unis et l’Union européenne. Ce relent de guerre froide a maintenant ses conséquences dans la région stratégique du Moyen Orient. La Russie se trouve alignée avec l’Iran, le pouvoir syrien et le Hezbollah tandis que les Occidentaux ont réussi à convaincre leurs alliés saoudiens, jordaniens et émiratis d'être plus prudents dans le choix des mouvements sunnites auxquels ils apportaient leur soutien. Pour les Américains, il était hors de question d’aider d’aucune façon les Jihadistes. Ils ont exigé des Saoudiens et des Qataris qu’ils cessent de leur fournir une aide.
    Cela a été chose faite depuis la mise au pas du Qatar et le limogeage de Bandar Sultan et d’autres dirigeants saoudiens. Depuis, on assiste à une série d'évènements et de manœuvres qui confirme qu’une coopération est à l'œuvre entre Américains et monarchies du Golfe.
    De son côté, la Russie annonce qu'elle va augmenter son aide au régime syrien et annule une dette de 240 millions €. Il semble que le bras de fer soit vraiment engagé entre les deux superpuissances en Ukraine comme au Moyen orient.

    Des réunions secrètes entre Américains, Saoudiens, Turcs, Qataris et Emiratis dans des hôtels d’Arbil, Amman et Istambul
    Des réunions secrètes se sont tenues entre les Etats-Unis, l’Arabie saoudite, la Turquie, le Qatar les Emirats Unis pour tenter de mettre un terme à la situation de guerre civile qui règne en Irak et contrer à la fois l’Iran et les Jihadistes d’al-Qaïda.

    Les alliés ne souhaitent pas plus Nouri al-Maliki en Irak que Bachar el-Assad en Syrie
    Le problème est que Nouri al-Maliki, le dirigeant chiite irakienn a remporté les  dernières élections législatives du 30 avril 2014. Son parti,  "L’Etat de droit", a  remporté 96 sièges, sur les 328 du parlement irakien. Le courant sadriste qui est venu en seconde position ne dispose que de 32 sièges. L’objectif des alliés est donc de tenter de créer un nouveau front politique contre Nouri al-Maliki.
    Il faudrait pour cela constituer un « Bloc des Forces Nationales » réunissant 50 députés sunnites. Ce bloc pourrait occuper la deuxième position derrière « l’Etat de droit » de Nouri al-Maliki et devant le bloc sadriste. Si en plus les députés de la liste Al-Wataniyah, présidée par Iyad Allaoui (premier ministre chiite entre 2004 et 2005) s’y associait, (21 sièges), on pourrait alors avoir une alliance forte de 70 sièges
    Les membres de "l’Union des forces nationales" ont établi des contacts secrets avec le courant sadriste autour d’un slogan commun «non à Maliki, oui à la formation d’un gouvernement de coopération nationale».

    Trouver une personnalité chiite plus consensuelle
    Le but de ces consultations est de faire accéder au poste de Premier ministre une personnalité chiite dont un tiers des partisans serait chiite, tandis que les deux autres tiers de ses partisans seraient des Sunnites et des Kurdes.
    Un gouvernement constitué par cette alliance pourrait alors décider une amnistie générale pour annuler la loi de "débaathification" et d'amnistie de certaines personnes accusées de terrorisme, en préparant le terrain pour accorder des postes importants à des personnalités qui font actuellement l’objet de poursuite judiciaire comme Tariq al-Hachemi, l’ancien vice-président irakien, un sunnite,  Ahmad al-Alwani, ou à donner des postes clés comme les ministères de la Défense ou de l’Intérieur à des personnalités sunnites.
    Accepter une autonomie accrue au gouvernement local du Kurdistan irakien à Kirkuk et dans d’autres régions du pays.
    Rétablir un certain équilibre entre les différentes communautés ethniques et confessionnelles, donnant plus de poids et de reconnaissance aux minorités, ceci afin de calmer la révolte des Sunnites, les détourner d’al-Qaïda et d'autres organisations salafistes. 

    Jean René Belliard (auteur de Beyrouth, l'enfer des espions)