Nouri al-Maliki - Page 4

  • Les forces en présence en Irak

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    Les Kurdes
    Avec près de 100 000 Peshmergas très motivés et bien armés, le Kurdistan  a la capacité militaire de conserver Kirkouk. Il serait étonnant que les Islamistes sunnites de l’EIIL osent les affronter. Les récentes conquêtes territoriales des Kurdes ont multiplié les richesses pétrolières par 3 et les clients devraient être nombreux à accourir pour acquérir le précieux combustible. Un pipeline qui débouche au port turc de Ceyhan est facilement utilisable par le Kurdistan pour transporter l’or noir jusqu’à la Méditerranée. C’est d’ailleurs par ce port que du pétrole kurde est déjà arrivé à Ashqelon.

    Les Islamistes de l'EIIL
    L’EIIL dispose en Irak d’une force d’un peu moins de 15 000 combattants. Mais ceux-ci sont galvanisés, parfaitement aguerris, bien armés grâce à la prise de stocks considérables d’armes et de munitions pris à l’armée nationale. Ils sont en plus prêts à mourir pour leur cause.
    L’EIIL utilise une autre arme en mettant en ligne, jour après jour, des vidés montrant leurs ennemis être décapités, crucifiés ou liquidés d’autres façons tout aussi effrayantes. Le but recherché est de faire peur à leurs adversaires.
    L’EIIL a connu un fulgurant succès en Irak parce que les tribus sunnites, exaspérées par la politique anti-sunnite du régime de Nouri al-Maliki, se sont ralliées à l’organisation extrémiste sunnite. Les populations des provinces sunnites ne supportent plus leur marginalisation par le pouvoir irakien accaparé par les Chiites. Combien de membres des tribus coopèrent actuellement avec l’EIIL ? C’est l’inconnu.
    Mais la force de l’EIIL est également sa faiblesse car, d’une part, les tribus sunnites ne sont pas disposées à passer sous l’autorité d’Abou Baker al-Bagdadi, le chef de l’EIIL et d’autre part, dès que les insurgés sunnites sortiront du triangle sunnite en Irak, ils n’auront plus de partisans et devront faire face à une opposition farouche.
    Même les tribus sunnites qui avaient été ralliées par le général Petraeus grâce à une meilleure compréhension du fonctionnement du pouvoir tribal, et aussi grâce aux aides financières américaines, ont finalement abandonné le pouvoir central de Bagdad quand celui-ci s’est mis à favoriser la majorité shiite au détriment des sunnites, jouant sur les sectes et les tribus, en favorisant certaines d'entre elles au détriment d'autres. Le résultat de cette politique est que progressivement le désordre et l'anarchie se sont réinstallés dans le pays, ce qui a profité aux  groupes extrémistes, qu’ils soient liés à al-Qaïda ou non.

    L’armée irakienne
    La question est : l’armée irakienne trouvera-t-elle les ressources nécessaires pour se relever de la débâcle ? 5 divisions de l'armée sur 14 et 60 bataillons sur 243 sont aujourd'hui hors de combat, avec leur armement perdu. Plusieurs milliers de soldats ont déserté; et plus d'un millier, sinon plus, ont été tués. Le gouvernement n'a pas encore publié le chiffre des pertes mais on estime à 90 000 le nombre de soldats ayant été tués ou ayant tout simplement déserté. 
    La faute en incombe encore une fois à la politique pro-chiite des Américains et du gouvernement de Nouri al-Maliki. Les Américains sont arrivés en Irak en se trompant de conflit. Ils croyaient qu’il suffisait d’écarter des centres de pouvoir tous ceux qui avaient appartenu au parti Baath, comme autrefois ils avaient écarté les Nazis de l’Allemagne en 1945. Mais l’Irak n’était pas l’Allemagne et en écartant tous ceux qui, de près ou de loin, avaient eu des relations avec le régime de Saddam Hussein, ils ont décapité l’armée de ses cadres compétents. Le 1er ministre, Nouri al Maliki, a poursuivi cette politique, remplaçant les  officiers par des hommes corrompus liés au pouvoir. D'où la rapide débandade des troupes de l'armée régulière.

    L’armée irakienne se ressaisit
    Depuis, l’armée semble s’être ressaisie. La première étape a été de protéger Bagdad menacé par les déclarations des chefs de l’EIIL. 60 000 soldats irakiens sont disposés autour de la capitale irakienne pour en interdire les accès.
    Depuis le 27 juin, elle a même repris l’offensive pour tenter de récupérer Tikrit, une ville symbole, Tikrit étant la ville natale de Saddam Hussein. Mais pour l’instant, la situation reste confuse, l’armée annonçant avoir réussi à en reprendre le contrôle tandis que des habitants sur place affirment que l’EIIL et ses alliés des tribus sunnites, de l’armée des Naqshbandis (anciens soldats de Saddam Hussein) et d’Ansar al-Islam, une organisation islamiste alliée à al-Qaïda, sont toujours présents sur place.

    Les milices chiites
    Les deux principales formations chiites sont Asaib Ahl al-Haq et Kataeb Hezbollah, deux groupes luttant autrefois contre l'armée américaine et parrainés par les Iraniens.
    Les Kataeb Hezbollah comprennent plusieurs Katibas :
    - Katibat Zaïd bin Ali
    - Katibat Karbala
    - Katibat Abou Fadel al-Abbas (qui a combattu en Syrie avant de rentrer précipitamment en Irak pour défendre Bagdad et les lieux saints chiites)

    Les milices chiites sous les ordres du premier ministre Nouri al-Maliki
    Toutes ces milices chiites se battent aujourd’hui aux côtés de l’armée irakienne. Les deux principales milices chiites citées plus haut, avec d’autres organisations plus petites, avaient été rattachées dès le mois d’avril 2014 au bureau militaire du Premier ministre sous le nom de « Fils de l'Irak », un nom anciennement associé aux sunnites qui ont combattu Al-Qaïda. Maliki se plaignait, en effet, depuis un an, de l’inefficacité de l’armée irakienne dans sa lutte contre les insurgés sunnites. 
    Les Fils de l’Irak ont participé à plusieurs opérations à la périphérie de Bagdad, notamment à Abou Ghraib, ainsi qu’à Diyala.

    Les milices chiites protègent et contrôlent Bagdad
    Les forces paramilitaires chiites aident actuellement l'armée à empêcher les combattants de l’EIIL de pénétrer à Bagdad. Des combats entre ces milices chiites et des insurgés sunnites ont même eu lieu, ces derniers jours dans une zone agricole appelée Ibrahim Bin Ali, située à moins de 25km de Bagdad. Cette zone possède une importance stratégique car si l’EIIL réussissait à s’en emparer, elle aurait un pied dans des secteurs chiites de la capitale.
    Mais si l’EIIL inspire la peur à ses ennemis, il en est de même des milices chiites qui patrouillent et tiennent des barrages dans la capitale. Beaucoup de civils irakiens de confession sunnite qui n’ont rien à voir avec l’insurrection redoutent de tomber sur l’un de ces barrages.

    Moqtada Sadr crée « les brigades de la paix »
    Une autre milice est en cours de création. Il s’agit des « brigades de la paix » du leader chiite Moqtada as-Sadr. Son « armée du Mahdi » avait croisé le fer, autrefois, avec l’armée américaine puis l’armée irakienne avant d’être dissoute par le jeune leader chiite. Elle est aujourd’hui en cours de reconstitution.

    40 000 chiites se sont enrôlés dans les différentes milices chiites à ce jour
    Ces milices sont en cours de renforcement depuis les appels à la mobilisation des différents leaders chiites et on estime que 40 000 Chiites ont déjà répondu à l’appel aux armes. Il est évident que cette réponse massive de la communauté chiite laisse peu de place à un quelconque espoir (si ténu soit-il) de réconciliation nationale.

    Jean René Belliard (auteur de Beyrouth, l'enfer des espions)

     

  • Les Etats-Unis ne semblent plus rien contrôler au Moyen Orient

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    John Kerry en Arabie Saoudite
    Après avoir promis d’aider le pouvoir en place à Bagdad, l’administration américaine a finalement compris que cela revenait à protéger le régime de Nouri al-Maliki, c’est-à-dire à se ranger du côté du régime des Mollahs de Téhéran et donc du Hezbollah, une milice qu’elle a inscrite sur la liste des organisations terroristes. Une position difficile à expliquer auprès des nombreux alliés régionaux des Etats-Unis, que ce soit Israël, les Kurdes ou même les monarchies du Golfe.
    C’est sans doute pour expliquer la position de Washington que John Kerry était, le 27 juin 2014 à Riyad. Mais il n’est pas sûr qu’il soit reçu en « ami ». Les Saoudiens n’ont pas du tout apprécié les relations de« flirt » entre Washington et Téhéran, sous prétexte de mettre un terme au programme nucléaire iranien.

    Les Saoudiens ont pris l’initiative de faire « exploser » l’Irak
    Les Saoudiens ont fourni aux tribus sunnites une grande quantité d’armes. Celles-ci, exaspérées par la politique anti-sunnite du premier ministre Nouri al-Maliki, se sont alors alliées avec l’EIIL pour lancer une grande offensive contre l’armée irakienne et le gouvernement de Bagdad et « libérer » les régions sunnites.

    Les Saoudiens ont livré des armes
    Les Saoudiens ont fourni des armes par avion et par voie terrestre. Les convois d’armes qui traversaient la frontière irako-saoudienne bénéficiaient d’une couverture de l’armée de l’air saoudienne et même jordanienne (selon des informations israéliennes). Il est surprenant que l’administration Obama ait été la seule à ne pas être au courant ! 
    Les armes étaient transportées jusqu’à la région d’al-Qaïm. Al-Qaïm est une localité frontalière avec la Syrie, aux mains des tribus sunnites alliées pour la circonstance aux Islamistes de l’EIIL.
    Maîtres de la région, les combattants sunnites ont alors entrepris de rénover la base aérienne H-2, autrefois l’une des principales bases aériennes de Saddam Hussein. Cette base est située à  350 kilomètres à l'ouest de Bagdad et dispose de deux longues pistes et des hangars pouvant abriter des avions de combat et des hélicoptères.
    Selon des sources de renseignement israéliennes, des avions cargos civils ne portant aucune marque d’identification auraient atterri à cette base, le mardi 24 juin pour livrer de grandes quantités d’armes et de munitions. Les avions provenaient d'Arabie saoudite.
    C’est la raison pour laquelle des bombardiers syriens seraient intervenus en Irak pour bombarder les pistes réparées de H-2 et faire stopper les livraisons en provenance d’Arabie saoudite. 57 personnes auraient été tuées et 120 blessées au cours du bombardement selon des renseignements américains.

    Le bombardement de H-2 confirme l’implication des Saoudiens et des Iraniens dans la guerre en Irak
    Le bombardement de H-2 par l’aviation syrienne prouve qu’il y a eu un échange d’informations et une coordination opérationnelle entre les centres de commandement iranien, irakien et syrien.
    Elle prouve aussi que l’Arabie saoudite, la Jordanie et l’Egypte sont à la manœuvre en Irak pour donner la victoire aux Sunnites irakiens.

    Que vient faire l’Egypte dans cette affaire ?
    On vient d'annoncer qu’un commando expéditionnaire égyptien s’était envolé pour l’Arabie saoudite sous le prétexte de renforcer les défenses frontalières du royaume.  Renforcer contre qui ? On affirme à Riyad, juste avant la visite de John Kerry, que c’est parce qu’on craint l’arrivée de l’EIIL aux frontières saoudiennes. Comme si les Islamistes de l’EIIL, qui marchent main dans la main avec les tribus sunnites pro-saoudiennes, pouvaient menacer le royaume ! Non ! Les renforts égyptiens sont un acte d’allégeance du Caire à Riyad pour remercier les Saoudiens de les avoir soutenus lors du coup de force du général al-Sissi contre les Frères Musulmans. Et aussi parce qu’ainsi les Egyptiens affichent clairement leur camp, celui de Riyad contre Téhéran.

    John Kerry en pleine patauge
    Alors John Kerry se rend à Riyad pour convaincre les Saoudiens d’aider les Américains à combattre les Jihadistes en Syrie comme en Irak alors que ces mêmes Saoudiens sont précisément en train d’armer ces mêmes Jihadistes. Il n’aura pas obtenu grand-chose à Riyad si ce n’est une déclaration d’un chef de la coalition de l'opposition nationale syrienne, Ahmad al-Jarba, selon laquelle les combattants de l’Armée Syrienne Libre seraient prêts à combattre les Jihadistes de l’EIIL en Irak. J’espère que John Kerry n’aura pas pris cette déclaration au sérieux ! En fait, John Kerry a deux objectifs : signer un accord sur le nucléaire iranien et combattre les jihadistes où qu'ils soient. La survie du régime de Bachar el-Assad ou de celui de Nouri al-Maliki est le second de ses soucis. Ce n'est évidemment pas l'opinion de ses interlocuteurs saoudiens.

    Le prince Bandar Ben Sultan serait de retour aux affaires
    Et précisément, on parle d’un retour aux affaires de Bandar Sultan, l’ancien patron des services de renseignement limogé au début de 2014 pour plaire à Barak Obama. Le président américain lui avait reproché d’avoir aidé les groupes jihadistes syriens dans le but d’abattre coûte que coûte le régime de Bachar el-Assad. Il serait à nouveau chargé de suivre l’affaire irakienne.

    Jean René Belliard (auteur de Beyrouth, l'enfer des espions)

     

  • 25 juin 2014 – Nouvelles de la guerre globale sunnites-chiites

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    Front irakien

    Raffinerie de Baiji
    La  ville de Baiji est finalement tombée entre les mais de l’EIIL dans la nuit du 24 au 25 juin.
    La vidéo ci-dessous montre les partisans de l’EIIL fêtant la victoire :
    https://www.youtube.com/watch?v=qyUdmdrBbJI&feature=player_detailpage&list=UUXlQjCFr2NXJK-wLqsTFU1Q

    Samarra
    Des tribus sunnites, combattant avec l’EIIL, prennent le contrôle d’un carrefour menant à Samarra :
    https://www.youtube.com/watch?v=loaofrYTgnc&feature=player_detailpage
    https://www.youtube.com/watch?v=m6mC9xsna8A&feature=player_detailpage

    Al-Qaïm
    Selon des renseignements américains, des avions de chasse syriens ont bombardé des cibles de l’EIIL en territoire irakien dans le secteur d’al-Qaïm, une ville irakienne située à la frontière avec la Syrie en face de la ville syrienne de Boukamal. On ne sait pas si le gouvernement irakien de Nouri al-Maliki avait demandé ces frappes aériennes à Damas.

    Nouri al-Maliki, le Premier ministre irakien (chiite), exclut la formation d'un gouvernement national d'urgence
    Le Premier ministre irakien Nouri al-Maliki a finalement exclu la formation d'un gouvernement national d'urgence pour lutter contre les insurgés au cours d'une allocution télévisée ce mercredi 25 juin 2014.
    "L'appel à la formation d'un gouvernement national d'urgence est un coup contre la Constitution et le processus politique", a expliqué Nouri al-Maliki.
    Le premier ministre irakien entérine par cette décision l’éclatement de l’Irak en trois entités distinctes et indépendantes car aucune institution ne regroupera plus, désormais, les communautés chiite, sunnite et kurde.

    Mort d’Abou Hajer, un commandant de la brigade Abou Fadel al-Abbas
    La brigade Abou Fadel al-Abbas est une milice chiite irakienne engagée en Syrie pour protéger le sanctuaire chiite Sayyidah Zaynab à Damas. Cette milice compte de nombreux combattants originaires d'organisations soutenues par l'Iran (comme les Kataëb du Hezbollah irakien et Asa'ib Ahl al-Haq). Il dispose de personnel en uniforme, d’armes modernes et un commandement autonome. La brigade avait annoncé son retour en Irak  pour contrer l’offensive des Islamistes sunnites. Abou Hajer serait mort lors de combats avec les combattants de l’EIIL :
    https://www.youtube.com/watch?v=9qF8mjulJP0&feature=player_detailpage&list=TLL1yVw7UCl_K3zvccG9cyZZ4PSJeT3pKz

    Les bases aériennes de Balad  et Taji au nord ouest de Bagdad sont menacées
    Le terrain d'aviation était une base clé du dispositif américain quand les troupes américaines étaient dans le pays. Elle a compté jusqu’à 36 000 militaires américains à l’époque de la présence militaire américaine dans le pays.  La base abrite toujours une grande quantité de matériel militaire, y compris des avions et des hélicoptères.
    La Russie avait  commencé à livrer à partir de décembre 2013 des hélicoptères d’attaque Mi-35 et des hélicoptères de transport Mi-8. La base devait recevoir des F-16 américains en Septembre 2014.
    Mais aujourd’hui, la base de Balad est sous le feu de mortier et entouré sur trois côtés par les Islamistes armés de l’EIIL. Le 13 juin, des techniciens américains travaillant sur la base de Balad ont été évacués en toute hâte vers Bagdad.
    L’enjeu de la bataille est énorme car la prise des bases de Balad et Taji représenterait une énorme victoire pour l’EIIL. Les bases abritent un immense arsenal d’équipements militaires. On y compte un millier de camions et de véhicules dont beaucoup sont blindés, 500 à 600 générateurs électriques portables, des hélicoptères Mi-8 de transport, des avions de surveillance, des Humvees et des camions équipés de mitrailleuses lourdes.
    Les Islamistes sunnites se sont déjà emparés d’une immense quantité d’équipements militaires sur les sites déjà conquis dans le nord, y compris même des hélicoptères.

    Des militaires américains sont en place à Bagdad
    Un petit contingent de forces américaines est arrivé à Bagdad. Sa mission sera de recueillir des renseignements pour d’éventuelles frappes aériennes aériennes et établir un centre des opérations à Bagdad. Quarante militaires déjà stationnés à l'ambassade des États-Unis ont commencé leur nouvelle mission de renseignement, et 90 autres viennent d’arriver  à Bagdad à partir de postes au Moyen-Orient, ce qui porte à 130 le nombre de personnes impliquées.
    Les États-Unis ont, selon le Pentagone, commencé à effectuer des vols de surveillance au-dessus de l'Irak avec des avions et des drones à la demande du gouvernement irakien. 30 à 35 vols sont effectués chaque jour actuellement.

    Front syrien

    Boukamal (à la frontière avec l’Irak) : Le Front al-Nosra fait allégeance à l'EIIL
    Les évènements se sont précipités dans la ville syrienne de Boukamal, à la frontière avec l’Irak. La ville irakienne d’al-Qaïm qui lui fait face vient de tomber sous le contrôle des Islamistes de l’EIIL. Mais à Boukamal, les chefs des brigades islamistes locales (soutenues par l’Arabie saoudite) ont décidé d’exclure le Front al-Nosra du tribunal islamique, qui exerce de facto le véritable pouvoir dans cette région comme dans d’autres secteurs rebelles. Du coup, le Front al-Nosra, qui était allié jusqu’ici avec les rebelles islamistes pour lutter contre l’EIIL, ont décidé de changer de camp et de rejoindre l’EIIL.
    Un  membre de l'EIIL a confirmé l'information sur Twitter et posté une photo montrant un commandant égyptien du Front al-Nosra avec un chef tchétchène de l'EIIL.
    Le Front al-Nosra a prêté allégeance à Daech dans la nuit du mardi 24 au mercredi 25 juin 2014. Cette allégeance d’al-Nosra à l’EIIL permet théoriquement aux Islamistes de l’EIIL d’être des deux côtés de la frontière puisqu'ils contrôlent déjà la localité irakienne d'Al-Qaïm en Irak.
    J’ai dit « théoriquement » car le ralliement du Front al-Nosra à l’EIIL a aussitôt créé une vive tension avec les autres groupes rebelles qui contrôlent la ville de Boukamal et ses environs. Des combats avaient déjà opposé l’EIIL à ces groupes rebelles et au Front al-Nosra en avril 2014. Les Islamistes de l’EIIL avaient été chassés de la ville au prix d’une centaine de morts.
    Selon un habitant de Boukamal, "la tension est vive dans la localité et la situation va empirer car cette fusion causera de graves problèmes avec les tribus locales qui refusent ces changements" en raison de leur hostilité à l'EIIL.

    Front yéménite

    Localité d’Amrane
    Les combats se poursuivent entre les miliciens chiites d’Ansarullah et l’armée yéménite dans et autour d’Amrane, au nord de Sanaa. Les combats ont été particulièrement violents dans la nuit du mardi 24 au mercredi 25 juin dans les quartiers nord-ouest de la ville.

    Jean René Belliard (auteur de Beyrouth, l'enfer des espions)


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  • 24 juin – Nouvelles de la guerre sunnites/chiites

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    Front irakien

    Localité de Saadia – province de Diyala
    Une vidéo intéressante prise au moment où l’EIIL est entré dans la localité de Saadia – province de Diyala. Le texte indonésien explique que le film montre les forces spéciales de l’armée irakienne évacuer la localité en toute hâte, et dans la plus grande confusion. Je ne sais pas quelle langue parle les personnes que l'on voit de dos sur la vidéo : la langue kurde ? ou un dialecte malais (l’un d’eux prononce le mot « Malaysia » à la fin du film) ? La vidéo pourrait dater du 15 ou 16 juin.
    https://www.youtube.com/watch?feature=player_detailpage&v=AcjTTYC2Ufw

    Al Qaïm
    La ville de Qaïm, à la frontière irako-syrienne, a été bombardée par l’aviation militaire irakienne. Une vidéo montre quelques dégâts :
    https://www.youtube.com/watch?feature=player_detailpage&v=2pjYVox-OUY&list=UUM43DEZd2uiaf_dXHrnuFXA

    Raffinerie de Baiji
    Les combats continuent pour le contrôle de la raffinerie de Baiji, la principale du pays. L’aviation irakienne a bombardé plusieurs quartiers de la ville faisant 19 morts sans que l’on sache s’il s’agit de civils ou de combattants islamistes.

    Front syrien

    Damas
    Quartier de Jobar – une vidéo russe mise en ligne le 23 juin montre deux chars de Bachar el-Assad engagés dans un combat de rue à travers les ruines du quartier rebelle. Très impressionnant !
    https://www.youtube.com/watch?v=uGbmaSadO7s&feature=player_detailpage

    Les Américains

    John Kerry délivre un message confus
    John Kerry délivre un curieux message : Il est venu à Bagdad pour promettre de tout faire pour aider le régime de Nouri al-Maliki à résister à l’offensive islamiste dans le nord de l’Irak et à protéger la capitale des Islamistes sunnites. Il sait pertinemment pourtant - parce que Kerry est un homme intelligent - qu’en prenant cette décision il va s’aliéner l’Arabie saoudite et les pays du Golfe pour qui la situation est due en premier lieu à la politique sectaire de Maliki et au jeu de l'Iran.
    Il se rend ensuite au Kurdistan. Pour leur dire quoi ? Qu’ils doivent renoncer à leur ambition de créer un Etat kurde indépendant ? Les Kurdes sont pro-américains mais il y a des limites ! Pour eux, il n’est plus question d’un retour en arrière, vers une situation où un pouvoir central vous discute le moindre denier et où des Islamistes sunnites répandent quotidiennement le sang dans les rues du Kurdistan.
    Les vrais amis des Américains dans la région sont les Kurdes et eux seuls ! Les Chiites de Nouri al-Maliki, et même les autres leaders chiites qui s’opposent à lui, se sont vraissemblablement résolus à la séparation en trois Etats distincts. C’est la seule façon, quand on y pense bien, de mettre un terme à la guerre sectaire qui ravage le pays depuis des années.

    La naissance d’un Etat islamique sunnite sous la gouvernance de l’EIIL est un problème pour les Occidentaux
    Et du coup, la naissance d’un Etat islamiste d’Irak et du Levant n’est plus, ni un problème chiite irakien ni un problème kurde. Il s’agit d’un problème pour l’Occident et pour lui seul en raison de l’émergence d’une zone de non droit (droit occidental s'entend !) où les Jihadistes du monde entier pourront venir se former avant de repartir dieu seul sait où accomplir leur Jihad.
    Les 300 bérets verts américains envoyés d’urgence en Irak pour épauler l’armée irakienne risquent bien d’être très déçus par la combativité de l'armée qu'ils sont supposés aider. Celle-ci se bornera sans doute à protéger les lieux saints chiites, à interdire l'accès de Bagdad et à s’assurer que les Islamistes sunnites ne viendront pas menacer l’Etat chiite en gestation.

    L'EIIL, les tribus et l'armée des Naqshbandis : une alliance contre nature 
    Lorsque l’Irak aura éclaté en trois morceaux – ce qui est déjà pratiquement fait – les Américains devront sans doute « manœuvrer » à nouveau en direction des tribus sunnites et de l’armée des Naqshbandis pour les convaincre de se dresser contre les Islamistes de l’EIIL. On peut en effet parier que l’alliance contre nature de l’EIIL, des tribus et des anciens soldats de Saddam Hussein fera long feu.

    Avoir un jeu plus équilibré entre Iraniens et Saoudiens

    Il faudra pour cela qu'ils réussissent à calmer la colère des Saoudiens qui voient d'un très mauvais œil les Américains être à tu et à toi avec Téhéran. Mais se posera alors l'épineux problème des ambitions nucléaires iraniennes.  Une situation vraiment compliquée pour des diplomates américains ! On peut regretter qu’un général Petraeus n’ait été que brièvement directeur de la CIA !

    Jean René Belliard (auteur de Beyrouth, l'enfer des espions)

     

     

  • Nouvelles de la guerre globale entre Sunnites et Chiites – 21 juin 2014

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    Sur le front syrien

    - Province de Hama
    Les rebelles syriens ont fait exploser, vendredi 20 juin, un camion chargé de près de trois tonnes d’explosifs contre un barrage de l’armée fidèle au régime dans  le village d'al-Horra (province de Hama).
    L’explosion a fait 38 morts dont des civils et des membres des forces de sécurité, et plus de 40 blessés. Le Front islamique, une coalition de rebelles islamistes soutenus par l’Arabie saoudite et les Emirats du Golfe, a revendiqué l'attaque sur son compte Twitter, en précisant que les explosifs placés dans le véhicule avaient été actionnés à distance et visaient des « rassemblements de miliciens d'Assad ».
    La vidéo ci-dessous montre l’attaque de la position dans la nuit suivie de tirs de roquettes le lendemain :
    https://www.youtube.com/watch?v=YyRXREHScJo&feature=player_detailpage

    - Province de Deir ez-Zhor (est syrien)
    À l'Est, l'EIIL a gagné du terrain, prenant à des groupes rebelles la ville de Mouhasan et deux autres villages de la province pétrolière de Deir ez-Zor, dont il contrôle de larges secteurs

    - Sur le front irakien

    Combats entre l’EIIL et l’armée des Naqchbandis
    J’avais prévenu, le mercredi 17juin que les jihadistes de l’EIIL allaient forcément s’affronter avec les organisations qui participaient à l’offensive sunnite contre le régime de Nouri al-Maliki en Irak. Cela n’a pas tardé. Les affrontements qui ont eu lieu depuis vendredi 20 juin à Hawija, province de Kirkouk, opposent l’EIIL à l’armée de Naqchbandis dont les membres sont en majorité d’anciens militaires de l’armée de Saddam Hussein.
    Les combattants de l’armée des Naqchbandis auraient refusé de rendre leurs armes et de prêter allégeance aux jihadistes. Une autre raison pourrait être de savoir qui mettrait la main sur les citernes pétrolières, nombreuses dans cette région du pays.
    Dès le début de l’offensive sunnite en Irak on pouvait s’interroger sur la viabilité d’une alliance regroupant des éléments très disparates, comme les tribus sunnites, d’anciens militaires de Saddam Hussein et une floraison de groupes jihadistes dont la plus importante est l’EIIL.
    On savait que l’EIIL chercherait à imposer son interprétation rigoriste de l’Islam et que son but était de recréer un califat sunnite dans la région du Moyen orient. Beaucoup d’autres groupes étaient, eux, animés par l’esprit de vengeance, à savoir redonner la suprématie politique à la communauté sunnite, ou s’étaient tout simplement dressés contre la politique autoritaire de Nouri al-Maliki qui se faisait surtout au détriment de la communauté sunnite.

    Si seulement Nouri al-Maliki se retirait !
    On peut imaginer que dans le cas où Nouri al-Maliki laissait la place à un dirigeant mieux inspiré de nombreux Sunnites pourraient préférer coopérer avec l’Etat irakien plutôt que de passer sous la coupe des jihadistes de l’EIIL.
    Nouri al-Maliki est l’objet de critiques sur sa façon de gouverner, non seulement des Sunnites mais également de la part de nombreux Chiites comme l’Imam Moqtada Sadr ou encore l’ayatollah Sistani, la principale autorité religieuse chiite du pays.
    Il semble que les Etats-Unis soient de plus en plus impatients vis-à-vis de Maliki qu’ils considèrent désormais comme un obstacle à la cohésion du pays. Le problème est que Nouri al-Maliki a remporté les  dernières élections législatives du 30 avril 2014. Il tarde, toutefois, à former son gouvernement et l’administration américaine pourrait en profiter pour convaincre diverses forces politiques irakiennes à proposer une personnalité chiite plus consensuelle, avec l’espoir que Kurdes et Sunnites reviendront sur leur décision de faire sécession, ce qui est loin d’être acquis.

    Jean René Belliard (auteur de Beyrouth, l'enfer des espions)

     

     

     

  • Dernières nouvelles de la guerre globale au Moyen orient

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    Désormais, il faut parler de « guerre globale » et non plus de « guerre de Syrie » ou de « guerre d’Irak ». Il y avait longtemps qu’on avait averti que le conflit en Syrie risquait de déborder sur les pays voisins et d’autres plus lointains. Et avant lui, beaucoup de responsables avaient tiré la sonnette d’alarme pour dire que l’intervention américaine en Irak allait avoir des conséquences incalculables.
    On avait été surpris par l’ampleur et la vitesse de l’offensive des Islamistes en Irak. Le fait que les tribus sunnites aient prêté main forte à l’EIIL explique la rapidité de la progression des Islamistes dans les régions sunnites. Il nous fait aussi comprendre  pourquoi tant de militaires irakiens ont quitté leur poste sans combattre. Il est enfin une preuve que l’Arabie saoudite et les Emirats du Golfe ont donné leur feu vert à l’opération, très vraisemblablement pour rappeler aux Etats-Unis qu’il y a une ligne rouge à ne pas dépasser dans le dialogue avec « l’ennemi perse ».

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  • Un convoi de rebelles islamistes dans les faubourgs de Bagdad

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    Une vidéo montre des éléments islamistes sunnites circulant en convoi dans les faubourgs de Bagdad, si on en croit le texte en indonésien. Le texte dit également : "un convoi à Bagdad - Obama ne veut plus interférer et l'Iran et la Turquie refusent de répondre à la demande de Nouri al-Maliki". La video a été prise le 13 juin et il semble qu'elle ait plutôt été prise au nord de Baqouba. Quant à l'affirmation que ni Barak Obama ni la Turquie ni l'Iran ne veulent répondre à la demande de Nouri al-Maliki, il semble qu'elle soit contredise dans les faits.

    https://www.youtube.com/watch?v=dlMsiy1qMRk&feature=player_detailpage

    A voir la vidéo, on comprend pourquoi les Islamistes ont progressé aussi vite dans les provinces à majorité sunnite. On constate en effet qu'ils sont reçus dans la liesse par la population.

    Jean René Belliard (auteur de Beyrouth, l'enfer des espions)