Mohammed Ben Salman Ben Abdel Aziz - Page 7

  • Quel avenir pour le Yémen ? Par Jacques Myard

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    Yémen 

    Quel avenir pour le Yémen ?
    (Intervention de Jacques MYARD sur le Yémen au colloque international de l'Académie de Géopolitique de Paris le 18 octobre 2017 au Parlement européen à Bruxelles)
    I - Caractéristiques du Yémen
    Avant toute chose, il convient de rappeler les caractéristiques du Yémen, peu connu en Europe et en France en particulier.
    C'est un pays de 527 970 Km2, il est presque aussi grand que la France
    Population : 27 millions d'habitants
    1800 tribus très actives. C'est donc un pays tribal avec tout ce que cela comporte de rivalités et d'alliances.
    Son histoire est tourmentée et il a connu de très nombreux affrontements et guerres.
    Abdallah Saleh, un berger, prend la tête du Yémen du Nord en 1978.
    Le 22 mai 1990, Abdallah Saleh unifie le nord et le sud. La capitale est à Sanaa, le sud a un grand port maritime, ancienne base anglaise, Aden.
    EN 1994, le sud fait sécession mais subit un échec militaire.
    Sur le plan religieux, 30 à 40 % des Yéménites sont des chiites, zaydites, les Houthistes d'aujourd'hui du nom d'Hussein Al Houthi, tué en septembre 2004 par des frappes de la C.I.A.
    65 à 70 % de la population est sunnite, néanmoins, les Zaydites, Houthistes et les Sunnites sont très proches sur le plan religieux et partagent des interprétations communes des règles religieuses. Il existe de nombreux mariages interreligieux.
    Il ne s'agit donc pas d'une guerre entre Chiites et Sunnites. Les Houthistes habitants des montagnes du Nord du Yémen, guerriers aguerris, souhaitent une large autonomie et ont reproché au pouvoir central de les délaisser sur le plan économique.
    Relevons qu'au sud, il existe désormais une forte présence d'Al Qaida en péninsule arabique (A.Q.P.A) ainsi que des éléments de l'Etat islamique (Daech) en raison de la faillite de l'Etat.
    II - L'histoire du Yémen
    L'histoire du Yémen est une histoire malheureusement faite de guerres dont les causes sont d'abord des rivalités tribales, les guerres sont déclenchées à partir de problèmes strictement internes au Yémen.
    Les principales dates de ces multiples affrontements récents et de manière très résumée sont les suivantes :
    2004 : Les Chiites, Zaydites dirigés par Hussein al Houthi se rebellent contre le pouvoir central de Sanaa
    2005 : les Houthistes gagnent du terrain et se heurtent le long de la frontière nord à l'armée saoudienne.
    L'Arabie saoudite effectue des frappes aériennes et accusent l'Iran d'aider les rebelles.
    2011 : dans la vague du printemps arabe, en Tunisie et en Egypte, les Houthistes manifestent avec les étudiants pour contester le pouvoir du Président Ali Saleh qui réprime les manifestants mais se voit contraint de céder la pouvoir à son vice-président Rabbo Mansour Hadi qui devient Président et gagne les élections législatives.
    2014 : Une conférence du dialogue internationale propose de faire du Yémen un Etat fédéral de 6 provinces ce qui donnerait aux Houthistes un territoire important plus vaste au sud mais les Houthistes refusent car ils exigent un accès à la mer.
    Ils reprennent les combats et prennent Sanaa en septembre 2014 ainsi que la 3ème ville du pays en mars 2015, Taëz.
    2015 : une coalition arabe dirigée essentiellement par l'Arabie saoudite, les Emirats arabes, et soutenus par les Etats-Unis, bombarde Sanaa. Le Président Hadi fuit Aden où il était réfugié pour l'Arabie saoudite.
    2017 : les observateurs constatent les ravages d'une guerre oubliée ; malnutrition, développement du choléra, nombreuses victimes civiles femmes et enfants, notamment lors de la célébration d'un mariage et lors d'un office funéraire ce qui provoque une très forte émotion dans le monde et met en accusation l'Arabie saoudite, en 2015 et 2016.
    III - Le Yémen victime des rivalités régionales
    Ce qui était à l'origine un conflit interne et propre au Yémen, entre une région montagneuse délaissée par le pouvoir central, les Houthistes, et la capitale Sanaa où régnait en maître le Président Saleh ,au pouvoir depuis 40 ans, devient à partir de 2004 l'enjeu d'une guerre par procuration. L'intervention de l'Arabie saoudite voit dans les Houthistes des alliés religieux, des alliés de l'Iran ce qui est loin d'être prouvé.
    Dès 2004, la C.I.A, dans des opérations clandestines, intervient en représailles de l'attentat du destroyer USS Cole et c'est au cours de ces opérations que Hussein al Houthi est tué.
    En janvier 2013, un cargo transportant des armes qui auraient été commandité par l'Iran est arraisonné en mer. L'Arabie saoudite dénonce fortement l'intervention de l'Iran mais à la même époque, personne ne parle des bateaux turcs qui livrent des armes aux Frères musulmans au sud.
    En mars 2015, c'est le jeune prince héritier saoudien ben Salmane Al Saoud, âgé de 30 ans alors, qui obtient du roi d'intervenir, de lancer des bombardements, opération «  tempête décisive » en formant une coalition avec les Emirats arabes unis, le Qatar, l'Égypte, le Soudan, le Maroc, la Jordanie, le Koweït et le Bahreïn.
    Le Qatar est exclu de cette coalition en juin 2017, dans le conflit qui les oppose à l'Arabie saoudite. L'Emirat d'Oman reste sagement en dehors de cette coalition. A l'évidence, à ce stade, l'Arabie saoudite est obnubilée par l'Iran et en intervenant au Yémen, qu'elle considère comme son arrière-cour, elle voit, à tort la main de Téhéran dans ce qui est en réalité un conflit interne au Yémen.
    On a dit plus haut que l'opération « tempête décisive » avait été initiée par le jeune dauphin du Roi, ben Salmane, fils de la dernière épouse du Roi, qui voulait se faire reconnaître comme un chef de guerre charismatique afin de conforter son assise en Arabie saoudite.
    Selon des informations, ce va-t'en guerre serait contesté en interne par de très nombreux chefs tribaux d'Arabie saoudite qui lui sont hostiles.
    IV Le Yémen à l'O.N.U
    La situation au Yémen a fait l'objet de nombreuses résolutions au Conseil de sécurité agissant en application du chapitre VII de la charte des Nations unies qui confère au Conseil de sécurité la possibilité de prendre des sanctions, voire user de la force militaire pour rétablir la paix.
    La résolution 21-40 du 29 février 2014 a institué un comité, article 19, fixant des sanctions afin notamment de sanctionner les livraisons d'armes aux rebelles. Le Président Hadi est toujours aux yeux de la communauté internationale, le Président légitime même s'il n'a plus d'influence.
    En parallèle, la résolution soutient la conférence du dialogue national sans exclusion comme le prévoit le Conseil de Coopération du Golfe afin de rédiger une nouvelle constitution établissant un État fédéral.
    La résolution 22-14 du 14 avril 2015 reprend les dispositions de la résolution précédente tout en renforçant les sanctions à l'encontre notamment d'Abdallah Saleh, l'ancien Président, et soutient toujours le Président Hadi installé à Ryad.
    A l'évidence, les décisions du Conseil de Sécurité apparaissent décalées par rapport aux réalités.
    La « communauté internationale » part du principe que le seul Président légitime est le Président Hadi alors même qu'il n'a plus le contrôle du terrain et est rejeté par les Yéménites. De surcroît Al Qaida et des éléments de l'Etat islamique sont très présents dans le sud du Yémen.
    V - Quelles solutions pour le Yémen
    Il faut souligner qu'il y a une urgence, celle de pouvoir envoyer au Yémen des médicaments et de la nourriture pour faire face à la situation sanitaire déplorable notamment la propagation du choléra. Sur ce point précis, les États de l'Union européenne devraient se mobiliser et exiger des belligérants, la mise en place d'une intervention humanitaire.
    De plus, il convient de reconsidérer la nature de cette guerre oubliée : les interventions extérieures essentiellement celles de la coalition internationale menée par l'Arabie Saoudite a transformé ce conflit interne en conflit international voyant dans les Houthis une tête de pont de l'Iran alors même qu'aucun combattant iranien ne se trouve au Yémen ce qu'attestent tous les experts.
    Le premier pas pour aller à la paix est bien l'arrêt de l'intervention de la coalition internationale dirigée par l'Arabie saoudite avec le soutien des Etats-Unis.
    La constitution d'un Etat fédéral est certainement la solution pour régler les problèmes des Yéménites entre eux à la condition toutefois, que les Houthistes puissent être satisfaits en ayant un accès à la mer. Pourquoi ne pas leur accorder et en donnant aussi satisfaction également à l'Arabie Saoudite qui souhaite pouvoir vendre son pétrole grâce à un oléoduc qui pourrait transiter par la province d'Hadramaout pour gagner le golfe d'Aden sans passer par le détroit de Bab-el-Mandeb qu'elle ne contrôle pas ?
    Enfin, certains experts estiment d'une part que le Président Hadi n'a plus aucune chance d'être reconnu comme le Président légitime des Yéménites et que le fils de l'ancien Président Saleh, Ambassadeur retenu en résidence surveillée à Abu-Dhabi, Mohamed ben Abdellah Saleh pourrait être un candidat accepté par l'ensemble des Yéménites.
    C'est d'ailleurs aux seuls Yéménites de décider de leur propre gouvernement en dehors de toute intervention étrangère mais en attendant une solution politique, il est urgent d'intervenir sur le plan humanitaire, le choléra et la famine gagnent du terrain chaque jour.

     

  • Arabie saoudite : Le roi Salmane autorise les Saoudiennes à conduire

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    Arabie saoudite 
    saoudiennes
    Le roi Salmane autorise les Saoudiennes à conduire
    Roi Salmane 
    Décision historique en Arabie saoudite : le seul pays au monde qui interdisait aux femmes de conduire, va finalement les autoriser à prendre le volant, selon un décret royal. Le roi Salmane a ordonné "de permettre de délivrer des permis indifféremment aux hommes et aux femmes", indique le décret publié mardi soir 26 septembre par l'agence officielle SPA.
    Avant d'abolir l'interdiction de conduire, le souverain saoudien a pesé les "inconvénients de l'interdiction et ses avantages", précise le décret. Selon lui, "la majorité des grands oulémas (les docteurs de la foi) était en faveur d'une mesure permettant aux femmes de conduire", marquant ainsi un infléchissement, ces derniers s'y étant vivement opposés dans le passé. L'interdiction de conduire était l'une des mesures les plus symboliques de la discrimination envers les femmes au sein du royaume wahhabite. 
    Le décret ordonne la formation d'un organe ministériel consultatif dont l'avis sera rendu dans les 30 jours et précise que la mesure entrera en vigueur d'ici juin 2018, selon l'agence de presse SPA. 
    Vent de changement
    Cette décision intervient alors qu'un vent de changement souffle depuis quelques mois sur le royaume.
    À l'occasion de la 87e fête nationale saoudienne, célébrée le 23 septembre, les autorités ont par exemple décidé cette année d'ouvrir les portes des stades aux femmes. Jusqu'ici, les femmes n'étaient pas admises dans les stades en application de la règle de séparation entre les sexes dans les espaces publics. Samedi dernier, hommes et femmes ont dansé dans la rue au rythme de percussions et de musique électronique, des scènes inédites dans un pays connu pour la ségrégation des sexes et une vision austère de l'islam.
    En mars dernier, le royaume avait déjà permis aux femmes d'effectuer certaines démarches administratives seules. Elles peuvent désormais chercher du travail, s'inscrire à l'université de leur propre chef, et les femmes divorcées ont le droit d'être titulaires d'une carte d'identité propre, ce qui n'était pas le cas auparavant. Et en juillet, des militants des droits de l'Homme se sont félicités d'une décision du ministère de l'Éducation permettant aux jeunes filles de faire du sport dans les écoles publiques. Autre décision marquante : il y a deux ans, les Saoudiennes avaient obtenu le droit de voter et de se présenter aux élections municipales.
    L'interdiction de conduire - un handicap dans la vie quotidienne
    L'interdiction de conduire représentait non seulement un véritable handicap dans la vie quotidienne des femmes, mais freinait également l'économie saoudienne dans son ensemble puisqu'en pratique, les femmes étaient dépendantes d'un membre masculin de leur famille ou d'un chauffeur pour se rendre sur leur lieu de travail. Par conséquent, certaines préféraient renoncer purement et simplement à la vie active.
    En novembre 2016, le prince et milliardaire saoudien Al-Walid ben Talal, connu pour son franc-parler, avait lancé un vibrant appel pour que les femmes obtiennent enfin le droit de conduire en Arabie saoudite. Il avait parlé du "coût économique" du fait que les femmes dépendent, pour se déplacer, de chauffeurs privés "étrangers" ou de taxis. Et si un mari trouve le temps de conduire son épouse, cela suppose qu'il s'absente de son travail, réduisant sa productivité, avait-il déploré.
    Le programme "Vision 2030" du prince héritier Mohammad Ben Salmane
    Le prince héritier Mohammad Ben Salmane 
    Toutes ces réformes sont à placer dans un cadre plus large et plus structuré, celui de la « Vision 2030 », ambitieux programme de diversification économique dévoilé en 2016 et porté par le jeune prince héritier Mohammad ben Salmane (32 ans), fils du roi Salmane, visant à orienter le royaume vers une société de connaissance plutôt que de rester cloîtré dans une économie uniquement fondée sur les pétrodollars. Et pour ce faire, les tenants du pouvoir semblent être de plus en plus conscients de l'importance du rôle de la femme, ce qui les conduit, certes lentement, à déblayer le terrain pour lui permettre de se poser en véritable citoyenne.
    Il reste que pour voyager, elles sont toujours contraintes d'obtenir l'aval d'un tuteur. De plus, le port de l'abaya en public demeure également un handicap physique, qui limite leur liberté de mouvement.  
     
    Jean René Belliard

     

  • Que viennent faire les Russes dans la galère syrienne ? - 17 septembre 2015

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    Blog sur le Moyen Orient et l’Afrique du nord du 11 septembre 2015
    Jean René Belliard, auteur de "Beyrouth, l'enfer des espions", publie une newsletter quotidienne accessible aux abonnés uniquement. Elle donne chaque jour un résumé des principaux évènements qui se déroulent au Moyen Orient et en Afrique du nord, rédigé à partir des informations réunies sur place par une quinzaine de correspondants. Ci-après un extrait de la newsletter du jeudi 17 septembre.
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