Abou Bakr al-Baghdadi - Page 3

  • Le financement du terrorisme par Jacques Myard

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    Jihad global
    Grece
    Le financement du terrorisme 
    (Jacques Myard)
    (Jacques Myard est intervenu à l'invitation de l'association de presse européenne pour le monde arabe (A.P.E.M.A), le 25 octobre 2017, à l'occasion du colloque sur le financement du terrorisme à Madrid au siège de la délégation de l'union européenne)
    Le code pénal français définit dans son article 421-1 le terrorisme de la manière suivante :
    «  Constituent des actes de terrorisme, lorsqu'elles sont intentionnellement en relation avec une entreprise individuelle ou collective ayant pour but de troubler gravement l'ordre public pas l'intimidation ou la terreur, les infractions suivantes :
    1°) Les atteintes volontaires à la vie, les atteintes volontaires à l'intégrité de la personne, l'enlèvement et la séquestration, ainsi que le détournement d'aéronef, de navire ou de tout autre moyen de transport, définis par le livre II du présent code ;
    2°) Les vols, les extorsions, les destructions, dégradations et détériorations, ainsi que les infractions en matière informatique définis par e livre III du présent code ;
    3°) Les infractions en matière de groupes de combat et de mouvements dissous définies par les articles 431-13 à 431-17 et les infractions définies par les articles 433-6 et 441-2 à 441-5 ;
    4°) Les infractions en matière d'armes, de produits explosifs ou de matières nucléaires définies par le I de l'article L 1333-9 et suivantes du code de la défense ;
    5°) Le recel du produit de l'une des infractions prévues aux 1° et 4° ci-dessus ;
    6°) Les infractions de blanchiment prévues au chapitre IV du titre II du livre III du présent code ;
    7°) Les délits d'initié prévus à l'article L.465-1 du code monétaire et financier.».
    Cette définition de la loi pénale française est la plus objective possible. Elle prend acte de la volonté des terroristes de vouloir renverser l'ordre public existant par la violence.
    Si la définition française du Code pénal part des faits : l'emploi de la force pour renverser l'ordre existant, force est de constater qu'il n'existe aucune définition universelle du terrorisme.
    On en recense plus d'une centaine mais il y a un caractère permanent qui réside dans la guerre asymétrique du faible radicalisé face à l'ordre établi.
    Sans vouloir jouer la provocation, le terroriste n'a qu'un défaut celui d'échouer, s'il réussit il devient alors un mouvement de résistance qui a réussi.
    Nelson Mandela, Menahem Begin, Yasser Arafat ne sont-ils pas d'anciens terroristes qui ont « réussi » ? Même si certaines personnes pensent qu'ils ne l'ont jamais été au nom de la cause défendue.
    On ne peut qu'être d'accord avec François Bernard Huygue : «  le terrorisme en soi n'existe pas : ce n'est pas un système d'idées comme le marxisme ou la capitalisme mais une méthode de combat. C'est une stratégie. »
    Le terrorisme de l'Etat islamique
    Nous faisons face aujourd'hui au terrorisme de l'Etat islamique connu sous l'acronyme arabe de Daech. Mais il n'est pas le seul et al-Qaïda, organisation terroriste concurrente de Daech est toujours active.
    Le 29 juin 2014, à Mossoul, Abou Bakr el-Baghdadi se proclame Calife dans la ligne du prophète et crée ainsi une sorte de proto-Etat.
    Il convient de rappeler que le Califat avait été aboli le 3 juin 1924 avec la fin de l'empire Ottoman.
    Le Califat ou proto-Etat a régné sur plus de 70 000 KM2 de territoire en Syrie et en Irak. Les experts ont estimé son budget à environ 2 milliards d'euros.
    Ses ressources sont celles d'une autorité qui contrôle un territoire, des habitants, des ressources naturelles. L'Etat islamique a mis en place un système fiscal avec une véritable administration pour lever des impôts, taxes, redevances.
    Ses ressources internes sont aussi constituées de la prise de guerre des dépôts de la banque centrale en Irak, à Mossoul de l'ordre de 450 à 500 millions de dollars. Puis l'Etat islamique a commercialisé du pétrole avec un prix de baril défiant toute concurrence à 15-20 dollars le baril, le trafic annuel a été estimé entre 250 à 600 millions de dollars, comme pour le gaz, 350 millions de dollars, ainsi que la vente d'un certain nombre de produits agricoles et notamment céréaliers.
    Mais au-delà de ce trafic des ressources naturelles, l'Etat islamique a aussi utilisé les prises d'otages pour obtenir des rançons et le trafic d'œuvres d'arts, même si dans ce domaine il n'est pas le seul trafiquant du Proche et Moyen-Orient.
    Mais, Daech ne tire pas ses revenus que de ressources internes. On estime en effet qu'il a reçu des aides directes de certaines grandes familles du Proche et du Moyen-Orient, des pays du Golfe et des fonds collectés par des candidats au Jihad. Il a bénéficié de multiples micro-flux de dons obtenus par de nombreux moyens, y compris des envois par Western union et système de l'Hawala, cet ancêtre de la lettre de change des banquiers génois ; des cartes prépayées dont certaines aux Etats Unis peuvent stocker jusqu'à un million de dollars.
    Sur tous ces points on peut lire avec intérêt le rapport d'information de l'Assemblée nationale n° 3964 de J.F Poisson et Kader Arif ( juillet 2016), auquel j'ai participé.
    Le système de financement d'al-Qaïda - en dehors des ressources internes propres au Califat de Daech - est très similaire et a bénéficié de nombreux soutiens et dons de familles des pays du Golfe.
    Le terrorisme de voisinage
    Mais aujourd'hui le financement du terrorisme change de nature avec ce que l'on doit appeler le terrorisme de voisinage qui ne fait plus l'objet d'opérations complexes préparées avec soin à travers de multiples relais.
    On assiste en effet à la naissance d'un nouveau terrorisme animé de la même idéologie bénéficiant de soutiens en réseau - il n'existe pas de loup solitaire - mais agissant avec des moyens « modestes ». C'est la location d'un simple camion ou voiture (Nice, Berlin, Londres, New York), ou l'utilisation d'un simple couteau de cuisine d'un assassin qui frappe au hasard dans la rue comme à Marseille.
    La question du financement ne se pose malheureusement plus à ce niveau de mobilisation de moyens rudimentaires, c'est le terrorisme de la 5ème colonne.
    Dans ce cas, on constate que des individus peuvent se radicaliser et passer à l'acte en l'espace de quelques semaines, et échapper à la vigilance des services spécialisés.
    Comment lutter contre les réseaux de financement
    Le terrorisme organisé, planifié par Daech représente toujours malgré ses revers sur le terrain en Irak et en Syrie un réel danger, tout comme Al-Qaïda. Les Etats occidentaux ont mis en place de nouveaux moyens pour identifier des mouvements de flux financiers suspects.
    Tracfin
    En France notamment, la loi du 3 juin 2016 contre le crime organisé et le terrorisme a renforcé les moyens de Tracfin. Tracfin a été créé par la loi du 12 juillet 1990, à la suite du G7 de juillet 1989.
    Tracfin signifie : Traitement du renseignement et action contre les circuits financiers clandestins. Sa mission est de lutter contre le blanchiment d'argent et le financement du crime organisé dont le terrorisme.
    Tracfin agissait jusqu'alors sur des signalements des banques qui ont l'obligation d'informer Tracfin des mouvements douteux.
    Désormais, Tracfin peut signaler aux banques de surveiller tel ou tel profil d'individu ou de société.
    Il met ainsi en place une surveillance des personnes à risques.
    Les paiements anonymes
    - la loi a abaissé de 3000 à 1000 euros le paiement en espèce pour les résidents français
    - l'opération de change anonyme a été abaissée de 8000 à 1000 euros
    - tout retrait ou dépôt de plus de 10000 euros par mois est signalé à Tracfin
    - tout dépôt de 50 000 euros doit justifier sa provenance.
    cartes prépayées
    La loi française du 3 juin 2016 a limité la capacité d'une carte prépayée à 250 euros et elle ne peut plus être alimentée en espèces.
    Malheureusement, ces règles rigoureuses ne sont pas toujours adoptées par d'autres Etats, notamment aux Etats-Unis.
    La lutte contre le financement du terrorisme, ressources internes et externes , ne suffit pas.
    Il faut aussi lutter contre la diffusion de l'idéologie qui est une idéologie mortifère, eschatologique, et totalitaire.
    L'Etat islamique a su notamment parfaitement s'adapter aux nouveaux moyens de communication en réseau tel internet, grâce à la diffusion de magazines , en une dizaine de langues, très structurés comme Dabiq, Dar Al Islam, en langue française.
    De la même manière, les réseaux comme Twitter et Facebook ne réagissent pas toujours assez rapidement aux diffusions de vidéos mis en ligne par Daech qui maîtrise leur utilisation pour sa propagande.
    Il a fallu plus de 11 heures à Facebook pour supprimer la vidéo des massacres perpétrés par les terroristes à Paris au Bataclan le 13 novembre 2015.
    De surcroît, les Etats-Unis répugnent à fermer les sites hébergeurs installés chez eux au nom du 1er amendement qui garantit la liberté d'expression.
    Néanmoins, la loi française du 13 novembre 2014 sanctionne lourdement toute apologie du terrorisme sur internet, 7 ans de prison et 100 000 euros d'amendes.
    De surcroît , Daech maîtrise également la communication cryptée et donne des conseils bien précis à ses adeptes et recommande l'utilisation du logiciel «  Telegram » qui semble pour l'instant incassable aux services spécialisés.
    Conclusion
    La question du financement du terrorisme reste une question d'importance pour lutter contre un mouvement criminel qui veut imposer la charia, mais son idéologie franchisée et diffusée par des fanatiques prosélytes dépasse très largement aujourd'hui la question du financement. Il s'agit bien de livrer bataille sur le plan idéologique à ce qui apparaît être une véritable secte islamique.
    Relevons enfin que les programmes de déradicalisation sont loin d'être efficaces en revanche l'action individuelle et personnalisée mais surtout préventive peut permettre d'enrayer la radicalisation elle-même. 

     

  • Syrie : Daech s'empare d'Al-Qaryatayn, ville symbolique dans le centre de la Syrie

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    Syrie 
    Qaryatayn
    Daech s'empare d'Al-Qaryatayn, ville symbolique dans le centre de la Syrie
    L'Etat islamique (Daech), a pris, dimanche 1er octobre, le contrôle d'une ville symbolique au centre du pays après une offensive surprise contre les forces du régime.
    La ville d'al-Qaryatayn est située au sud-est de Homs dans le désert syrien.  La ville a longtemps été un symbole de coexistence entre les musulmans et les chrétiens en Syrie. En avril 2016, les forces du régime avaient repris la ville aux jihadistes avec le soutien de la Russie, alors que l'EI y était implanté depuis août 2015 et s'y était livré à une série de destructions et de saccages d'églises.
    Avant le début du conflit en Syrie, la ville comptait 30.000 habitants, dont 900 chrétiens.
    L'assaut de l'EI contre Al-Qaryatayn est intervenu 72 heures après des attaques surprises de l'EI contre les forces du régime et ses alliés le long de l'autostrade Palmyre-Deir ez-Zhor qui auraient fait au moins 128 morts, selon un dernier bilan de l'OSDH.
    Des attaques qui coïncident avec la dernière intervention audio d'Abou Bakr al-Baghdadi
    Les dernières attaques des jihadistes de l'EI contre les forces du régime semblent avoir coïncidé avec la diffusion par l'EI d'un enregistrement audio attribué à son chef, Abou Bakr al-Baghdadi, dans lequel ce dernier a appelé ses combattants à "résister" et à multiplier les attaques contre leurs ennemis. L'EI veut sans doute démontrer par la multiplication de ses attaques qu'il garde intacte sa capacité à lancer des offensives éclaires et de faire subir des pertes à ses adversaires.
    L'Armée Arabe Syrienne lance une contre-attaque pour reprendre la ville
    L'armée arabe syrienne (AAS) et ses alliés ont encerclé la ville  avant de lancer une contre-attaque précédée d'un bombardement au mortier. Les forces pro-gouvernementales ont réussi à pénétrer à l'entrée ouest de la ville.
    Des avions de guerre syriens sont également intervenus pour effectuer des dizaines de vols de reconnaissance. 
    Des habitants, qui avaient réussi à fuir la ville, ont  révélé que les jihadistes avaient arrêté 6 civils qu'ils ont accusé d'être des agents de l'AAS. Les 6 civils ont probablement été exécutés plus tard. 
    Les soldats de l'AAS qui se sont retirés de la ville au moment de l'attaque des jihadistes ont déclaré que de nombreux civils de la ville avaient accueilli les combattants de l'EI à bras ouverts et ont même participé à des combats contre l'armée.
    C'est pour éviter les pertes au sein de la population civile que ces militaires avaient abandonné le terrain, ont-ils ajouté. 
    La localité devrait être reprise par l'armée dans un avenir proche car il n'y aurait que quelques dizaines de jihadistes mal armés à l'intérieur.
     
    Jean René Belliard

     

  • Des religieux de l'Etat islamique reconnaissent leur défaite à Mossoul et la mort d'Abou Bakr al-Baghdadi

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    Des religieux de l'Etat islamique reconnaissent leur défaite à Mossoul et la mort d'Abou Bakr al-Baghdadi
    Abou Baraa al-Mawseli, l'un des principaux dirigeants de l'État islamique et le chef adjoint pour le secteur de Tal Afar, à l'ouest de la province, a prononcé un sermon lors de la prière du vendredi dans lequel il a reconnu la défaite de l'Etat islamique à Mossoul.
    Abou Baraa a également déclaré que Tal Afar devenait «le siège temporaire du califat».
    Dans un autre sermon dans la même ville, Abou Qutaiba, un autre assistant principal du chef suprême de l'Etat islamique, Abou Bakr al-Baghdadi, a éclaté en sanglots lorsqu'il a parlé de ce dernier dans son prêche. Il aurait alors marmonné quelques mots suggérant la mort de Baghdadi, selon un témoin de la scène.
    Les spéculations et Les rapports contradictoires sur sa survie et l'endroit où il pourrait se trouver n'ont pas cessé au cours de ces dernières années. Dernièrement, le ministère de la Défense russe a affirmé qu'il était sûr de sa mort à 100%.

    Jean René Belliard

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  • Jeudi 29 juin – Mossoul : Les forces irakiennes annoncent avoir pris le contrôle de la mosquée al-Nouri

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    Jean René Belliard et le groupe Ptolémée publient chaque jour une newsletter réservée aux abonnés.
    Une quinzaine de correspondants à travers le monde
    La newsletter, adressée à environ 450 abonnés, est rédigée en collaboration avec une quinzaine de spécialistes de la géopolitique du Moyen orient, de l'Afrique du nord, du Sahel et des problèmes liés au jihadisme.
    Nous publions également dans la Tribune de Genève un blog dédié à ces régions et à ces problématiques.
    Un récapitulatif quotidien des principaux évènements de la journée
    La newsletter vous propose un récapitulatif des évènements marquants de la journée, ce qui vous épargne le besoin de rechercher vous-même l'information. Les newsletters sont pourvues de nombreuses vidéos, cartes et toutes les explications nécessaires à la compréhension des évènements et de leur enchaînement.
    Je précise que nous n'appartenons à aucun groupe de pression. Notre seul but est de permettre à des décideurs, politiques, sécuritaires ou de la société civile, de se faire leur propre opinion en parfaite connaissance de cause et éviter ainsi de se précipiter sur la base de jugements erronés ou mal appréciés.
    Un mois d'essai à titre gratuit à partir du 29 juin 2017
    Nous nous proposons de vous adresser copie de la newsletter complète pendant un mois à titre gratuit, libre à vous par la suite de décider si vous désirez prendre un abonnement (100€/an) ou non.
    Pour cela, il faut enregistrer votre adresse e-mail en écrivant à
    ptolemee@belliard74.com

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  • Comprendre l'après-Daech (Etat actuel du conflit en Irak) - Suite N°1 de la note de réflexion des SCRS et DGSE

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    Comprendre l'après-Daech (Suite N°1 - Etat actuel du conflit en Irak) 

    Nous publions, pendant plusieurs jours compte-tenu de sa longueur, un document rédigé par le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) et le cercle de réflexion de la Direction Générale de la Sécurité Extérieure française (DGSE).

    Il ne s'agit pas d'un document analytique et il ne représente la position officielle d'aucun des organismes participants. Il s'agit des résultats de réflexions partagées par plusieurs spécialistes.
    L'objectif est de favoriser un dialogue entre des professionnels du renseignement et des experts qui œuvrent dans différentes disciplines au sein d'universités, de groupes de réflexion, d'entreprises privées ou d'autres établissements de recherche, en France, au Canada et ailleurs. Il se peut que certains spécialistes qui ont participé à ce groupe de réflexion défendent des idées ou tirent des conclusions qui ne concordent pas avec les points de vue du SCRS ou de la DGSE, mais c'est précisément ce qui rendait utile la tenue d'un tel dialogue.
    Le document a été publié en mai 2017 et mis à jour par nos soins compte tenu des derniers évènements

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  • Le colonel Gulmurod #Khalimov – #ministre des #attentats de #Daech

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    La filière ouzbèke dans les derniers attentats de l'Etat islamique
    Ces derniers jours, deux attentats sanglants ont été menés par des Ouzbèks, l'un dans le métro de Moscou et le second à Stokholm. Il est peut être utile de rappeler ce que nous avions écrit dans la newsletter du 6 septembre 2016. A cette époque, nous avions dit que Gulmurod Khalimov avait été nommé au poste de "ministre des attentats" de l'EI, en remplacement d'Abou Mohammad al-Adnani, tué par la frappe d'un drone américain. Nous avions prévenu que cet ancien colonel des forces spéciales tadjikes allait assurément s'appuyer sur un réseau de terroristes originaires d'Asie centrale, dans lesquels il avait toute confiance et dont il partageait la langue, plutôt que sur les Arabes.    

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  • Mercredi 2 novembre : 17ème jour de la bataille de Mossoul - Blog du 3 novembre 2016

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    Blog sur le Moyen Orient et l’Afrique du nord du 3 novembre  2016
    Extrait de la 499ème newsletter publiée le 2 novembre sur les évènements du Moyen Orient, d’Afrique du Nord et du Sahel. La totalité de la newsletter est accessible contre abonnement.
    Pour s’abonner, écrire à : ptolemee@belliard74.com

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