Algérie : Les services secrets algériens suivent avec attention les contacts entre les services secrets turcs et les islamistes algériens

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Après que l'État algérien ait réussi à mettre un terme à la guerre contre le Front islamique du salut (FIS), au cours de la "décennie noire" qui a coûté la vie à des milliers d'Algériens, un certain nombre de dirigeants du FIS se sont enfuis à l'étranger et notamment en Turquie,. Ils ont créé une organisation radicale appelée Rachad dont le but était toujours de renverser le régime en Algérie.

Des rapports indiquent que les services de renseignement turcs (Millî İstihbarat Teşkilatı / MIT) ont tenu des réunions périodiques avec le mouvement Rachad, dans les villes d'Istanbul et d'Antalya. Ils ont offert aux islamistes algériens, proches ou membres des Frères Musulmans, un soutien logistique et politique dans le but de « renforcer l'organisation et la responsabiliser. »

Rachad, dont les origines remontent à 2007, est largement considéré comme un mouvement islamique conservateur. Deux de ses dirigeants, vivent à Genève et à Londres. Ils faisaient partie du Front islamique du salut

L'un des fondateurs du groupe, Mohamed Elaraby Zitoot, un ancien diplomate basé à Londres, fait partie des quatre personnes qui seraient liées à Rachad, qui ont été visées par des mandats d'arrêt internationaux émis par l'Algérie en mars 2021 pour des allégations d'atteinte à l'ordre public et à la sécurité du pays. Un autre dirigeant, Ahmed Mansouri, ancien membre du Front islamique du salut qui avait été arrêté pour avoir rejoint un groupe terroriste dans les années 1990 puis relâché, a été de nouveau arrêté en février 2021 pour son rôle central présumé dans le financement des « activités secrètes » de Rachad.

Surveiller les communications électroniques 
De plus, le soutien d'Ankara aux djihadistes présents en Syrie et en Irak n'augure rien de bon pour les pays arabes. On sait que les services de renseignement turcs ont transféré des centaines de rebelles islamiques syriens dans les pays du Maghreb, et notamment en Libye. Les communications via Internet entre les cellules dormantes des djihadistes en Algérie sont étroitement surveillées par les services sécuritaires algériens. 

Des hommes d'affaires turcs ont facilité, d'une certaine manière, le retour de certains terroristes en Algérie 

La Turquie essaie d'inclure l'Algérie dans son influence politique et économique après avoir pris pied dans les pays environnants, en Tunisie, au Maroc, en Libye et au Niger. Elle contrôle peut-être la porte la plus large de la Méditerranée et la fenêtre africaine vers l'Europe et le monde développé .

Ankara n'est pas satisfaite du partenariat officiel avec l'État algérien, où la valeur des échanges commerciaux entre eux s'élevait à 4,2 milliards de dollars en 2020. Au contraire, elle travaille à élargir ses ambitions en implantant plus de 1 200 entreprises turques en Algérie. La Turquie tente de renforcer  son influence militaire dans tous les pays d'Afrique du Nord, et Ankara sait bien que ce plan ne réussira pas tant que l'Algérie sera hors de contrôle.
Le plan turc a fonctionné en Libye et en Tunisie, par ce qu'ils ont pu s'appuyer sur  les Frères musulmans qui étaient au pouvoir dans ces deux pays. Pour l'Algérie la situation est différente. Les Frères musulmans ne sont pas au pouvoir à Alger. Or, l'Algérie a un pouvoir de nuisance pour les plans hégémoniques turcs, notamment en Libye. Alger est catégoriquement opposé à l'influence turque dans les affaires libyennes. Un problème d'autant plus grand pour Ankara que la Libye et l'Algérie partagent des frontières qui dépassent les mille kilomètres.

Erdogan s'efforce de pousser ses pions sur le continent africain, frustré par l'insistance de l'Union européenne à ne pas accepter son pays dans ses rangs. Alors, en contrôlant la rive sud de la Méditerranée, il disposerait d'un moyen de pression sur les Européens pour qu'ils l'acceptent comme un interlocuteur incontournable. 
 

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