Afghanistan : Quatre jours après la chute de Kaboul

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Le regard de la communauté internationale est toujours tourné vers l'Afghanistan, attendant de découvrir les futurs mouvements des talibans. De son côté, Washington a annoncé que ses troupes resteraient dans le pays jusqu'à l'évacuation complète des citoyens américains, tandis que l'ancien président, Ashraf Ghani, a déclaré son soutien aux négociations visant à former un nouveau gouvernement.

Une situation toujours instable autour de l'aéroport - situation inconnue dans le reste du pays
Comme le rapporte le quotidien al-Arabiya , quatre jours après la chute de Kaboul, que les talibans ont investi le 15 août, la situation est toujours instable. Alors que de nombreux pays continuent d'évacuer leurs citoyens et personnel diplomatique, le chaos règne toujours dans l'aéroport de la capitale. Ici, le 16 août , des milliers de citoyens se sont rassemblés pour tenter de sortir d'Afghanistan, et, selon l'armée américaine, il y a eu au moins 7 morts dans la confusion, dont certains sont tombés de l'avion auquel ils s'étaient accrochés. Le 19 août, les talibans et les responsables de l'OTAN ont annoncé que 12 personnes ont été tuées dans et autour de l'aéroport depuis que le mouvement islamiste radical a pris le contrôle de la capitale. 
Coincés entre les postes de contrôle tenus par les talibans et la clôture de barbelés posée par l'armée américaine à l'aéroport, la seule porte de sortie de l'Afghanistan, des centaines de civils afghans attendaient toujours, ce 19 juillet, dans l'espoir de trouver un vol pour fuir le pays. 
Si les talibans laissent bien les citoyens américains accéder à l'aéroport de Kaboul, il semble qu'ils "empêchent les Afghans qui souhaitent quitter leur pays d'atteindre l'aéroport", où les complexes opérations d'évacuation se poursuivent laborieusement, a déploré Mme Wendy Sherman, le numéro deux du département d'État américain. Les Etats-Unis attendent d'eux qu'"ils permettent à tous les citoyens américains, tous les ressortissants de pays tiers et tous les Afghans de partir s'ils le souhaitent, de façon sûre et sans être harcelés", a-t-elle ajouté. 
Près des ambassades également, de nombreux Afghans supplient d'être évacués. Beaucoup ont déjà des visas pour un pays étranger, mais ils ne peuvent entrer dans les enceintes diplomatiques.
"J'ai parlé avec mon ami qui est sur place. Il a une lettre des Espagnols assurant qu'il peut partir avec eux, mais quand il essaie de gagner la porte on le menace de lui tirer dessus", raconte à l'AFP un homme qui a demandé à rester anonyme. "Les Espagnols lui ont dit que s'il parvenait à entrer, tout irait bien pour lui, mais il n'y arrive pas", ajoute-t-il.
Tous se souviennent encore du précédent régime taliban, entre 1996 et 2001, et de son bilan catastrophique en matière de respect des droits humains, et n'ont aucune confiance dans les multiples assurances données ces derniers jours par ces islamistes.
Mardi pourtant, un porte-parole des talibans, Zabihullah Mujahid, avait assuré qu'ils avaient appris de leur premier exercice du pouvoir, avant d'en être chassés en 2001 par une coalition menée par les Etats-Unis, et qu'il y aurait de "nombreuses différences" dans leur manière d'administrer leur pays. Ils avaient alors imposé une version ultra-rigoriste de la loi islamique. Les femmes ne pouvaient ni travailler ni étudier, et voleurs et meurtriers encouraient de terribles châtiments.

Les troupes américaines resteront jusqu'au départ du dernier ressortissant américain, assure Biden
Parallèlement, Biden a déclaré le 18 août que les troupes américaines, qui comprennent actuellement quelque 4 500 soldats, resteraient en Afghanistan jusqu'à ce que le dernier de ses citoyens soit évacué, quitte à maintenir une présence militaire dans le pays asiatique au-delà de la date limite du 31 août. Le chef de la Maison Blanche a ensuite précisé que les talibans, pour le moment, n'entravaient pas l'évacuation des citoyens américains, mais des difficultés ont été rencontrées dans la fuite des Afghans qui avaient coopéré avec les Etats-Unis. 5 000 personnes ont encore quitté l'aéroport de Kaboul, mercredi 18 août, mais des hommes armés affiliés aux talibans empêchaient, ce même mercredi 18 août les citoyens afghans d'atteindre l'aéroport.
En réponse aux déclarations de Joe Biden, les talibans exigent que les États-Unis s'en tiennent à la date de sortie du 11 septembre pour évacuer la totalité de leurs soldats d'Afghanistan,  mais 'nous ne les attaquerons pas', ajoutent-ils.

Les Etats-Unis bloquent les fonds afghans déposés à l'étranger et arrêtent les aides économiques
Sur le plan économique, l'administration américaine a fait part de son intention de bloquer l'accès des talibans aux fonds déposés à l'étranger, ainsi qu'aux armes américaines sur le sol afghan. 
À cet égard, le gouverneur de la banque centrale, Ajmal Ahmadi, a révélé le 18 août que l'Afghanistan disposait de réserves à l'étranger d'environ 9 milliards de dollars, dont près de 7 milliards de dollars en obligations, actifs et or de la Réserve fédérale américaine, tandis que les avoirs en dollars de la Banque centrale afghane sont « proches de zéro » car le pays n'a pas reçu les expéditions en espèces prévues pour la semaine passée. Parallèlement, le Fonds monétaire international annoncé avoir suspendu l'aide directe à l'Afghanistan, dont environ 440 millions de dollars de nouvelles réserves en devises, en raison de l'incertitude sur le statut des dirigeants à Kaboul et d'un manque de clarté au sein de la communauté internationale concernant la reconnaissance d'un nouveau gouvernement.

Consultations politiques 
Les talibans, dont le cofondateur et numéro deux, le mollah Abdul Ghani Baradar, est rentré mardi en Afghanistan, ont mené des consultations politiques mercredi à Kaboul avec d'éminentes personnalités afghanes. Ils ont diffusé des images montrant l'ancien président afghan Hamid Karzai avec Anas Haqqani. Celui-ci participait aux négociations avec le gouvernement afghan à Doha, qui n'ont jamais débouché sur une issue quelconque. Mais il est surtout le frère cadet de Sirajuddin Haqqani, le chef du réseau éponyme, qualifié de terroriste par Washington, qui a aussi le statut de numéro deux au sein des talibans.

Ces derniers ont également rencontré l'ancien vice-président Abdullah Abdullah, selon le groupe de surveillance des sites islamistes SITE. Ces négociations ont été bien accueillies par l'ex-président Ashraf Ghani, qui s'est enfui dimanche pour les Émirats arabes unis. "Je souhaite le succès de ce processus", a-t-il déclaré dans un message vidéo posté sur Facebook, affirmant être "en pourparlers pour retourner en Afghanistan". Mais les Etats-Unis ont estimé que M. Ghani, qui avait succédé en 2014 à Hamid Karzai, n'est "plus une personne qui compte en Afghanistan".

Le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, a dit jeudi espérer que ces négociations puisse déboucher sur un "gouvernement représentatif" en Afghanistan. Il a aussi souligné que les talibans ne contrôlaient pas l'intégralité du territoire afghan, une résistance tentant de s'organiser dans la vallée du Panchir, avec l'ancien vice-président Amrullah Saleh et Ahmad Massoud, le fils du commandant Ahmed Shah Massoud, assassiné en 2001 par al-Qaïda. Ce dernier a d'ailleurs appelé Washington à le soutenir en lui fournissant armes et munitions, dans une tribune publiée mercredi par le quotidien Washington Post.

Ashraf Ghani, le président afghan en fuite, soutient les négociations entre les Talibans et l'ancien président afghan, Hamid Karzai
Le 18 août également, le désormais ancien président de l'Afghanistan, Ashraf Ghani , arrivé aux Émirats arabes unis avec sa famille, s'est adressé à la nation, pour la première fois depuis la chute de Kaboul, via une diffusion en direct sur Facebook. Le chef de l'Etat, se référant aux critiques de ceux qui se sont opposés à son évasion du pays, a déclaré que ces personnes ne devraient pas parler sans connaître les détails, tout en démentant les informations selon lesquelles il aurait quitté le pays avec une valise pleine d'argent. Dans le même temps, Ashraf Ghani a déclaré qu'il soutenait les négociations en cours pour former un nouvel exécutif. Le 18 août, en effet, les talibans ont rencontré l'ancien président Hamid Karzaï et le haut responsable Abdullah Abdullah.

L'Union européenne toujours préoccupée par le respect des droits de l'homme en Afghanistan
Malgré les assurances du groupe islamiste radical, qui a promis un gouvernement différent de celui qu'il a dirigé dans la période 1996-2001, et le respect des droits humains, y compris les femmes, l'Union européenne, les États-Unis et 18 autres pays ont publié une déclaration commune dans laquelle ils se sont dits "profondément préoccupés par le sort des femmes et les filles afghanes", exhortant les talibans à garantir leur sécurité.

Le Programme Alimentaire Mondial (PAM) tire la sonnette d'alarme
Par ailleurs, Mary Ellen McGroarty, cheffe de l'agence des Nations Unies "Programme alimentaire mondial" (PAM) en Afghanistan, a déclaré qu'une "crise humanitaire" est en train de se produire dans le pays, avec 14 millions de personnes souffrant de la faim suite à la prise du pouvoir par les talibans. Le conflit, la deuxième vague de sécheresse la plus aiguë du pays au cours des trois dernières années, et l'impact social et économique de la pandémie de COVID-19 ont amené une situation déjà désastreuse vers une situation de  "catastrophe". Comme le précise McGroarty, plus de 40% des récoltes ont été perdues, tandis que des centaines de milliers de personnes ont été déplacées par la guerre et l'offensive des talibans. Le représentant du PAM a exhorté les donateurs à fournir 200 millions de dollars, nécessaires pour fournir de la nourriture à la population afghane.

Le départ des troupes américaines à l'origine de la débâcle de l'armée afghane
Ce qui s'est passé à Kaboul le 15 août est l'aboutissement des tensions qui ont duré des semaines et qui ont permis aux talibans de prendre progressivement le contrôle du pays. En fait, l'offensive massive du groupe islamiste a commencé en avril lorsque le président américain Joe Biden a annoncé que les troupes américaines se retireraient d'Afghanistan après deux décennies de présence sur le terrain. Le retour des soldats américains dans leur patrie avait été convenu par des représentants de Washington et des talibans à l'occasion d'un accord de paix "historique" conclu entre les parties à Doha, au Qatar, le 29 février 2020. L'accord prévoyait également une feuille de route vers la paix en Afghanistan, la fin des relations entre les talibans et al-Qaïda et la fin des offensives contre les grands centres urbains. Cependant, l'accord a été rompu à plusieurs reprises et n'a pas mis fin aux violences, qui se sont intensifiées pendant et après les négociations. 

Inquiétude devant une possible résurgence du terrorisme islamiste
Certains analystes s'inquiètent que ce qui se passe en Afghanistan n'inspire les jihadistes du monde entier. De nombreux groupes islamistes, parmi lesquels les branches d'al-Qaïda en Syrie et au Yémen (AQAP) ont félicité les talibans et se sont engagés à poursuivre le jihad.
"Cette victoire et cette prise de pouvoir nous révèlent que le jihad et le combat représentent le moyen légal et réaliste, sur la base de la charia, de rétablir les droits (et) d'expulser les envahisseurs et les occupants", a déclaré dans un communiqué la branche yéménite d'al-Qaïda.
Les Etats-Unis considèrent AQPA comme la branche la plus dangereuse du réseau mondial d'al-Qaïda et a ciblé ses combattants au Yémen après les attentats du 11 septembre 2001.
Lundi 16 août, les combattants d'AQPA ont célébré le retour au pouvoir des talibans en Afghanistan avec des feux d'artifice et en tirant des coups de feu en l'air dans certaines provinces du Yémen, ont rapporté des habitants à l'AFP.
Dans leurs récentes négociations avec les Américains, les talibans avaient promis de ne pas protéger les combattants d'al-Qaïda. Les experts estiment toutefois que les deux mouvements conserveront des liens étroits mais plus discrets.
En Syrie, la branche du groupe djihadiste anti-chinois Turkestan Islamic Party (TIP) a publié une déclaration félicitant les talibans et les Afghans pour l'établissement de « l'émirat islamique » en Afghanistan.
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