Afghanistan : Les talibans resserrent l'étau sur Mazar-i-Sharif, les civils fuient

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E8ZqSZwXEAIoWOu.jpegLes talibans commençaient mardi à resserrer l'étau sur Mazar-i-Sharif, la plus grande ville du nord de l'Afghanistan, provoquant une fuite massive des civils. Le célèbre commandant de brigade de l'Armée afghane, Muneeb Amiri (photo ci-contre), a été grièvement blessé lors d'affrontements avec les talibans lundi 9 août.

Si Mazar-i-Sharif, cité historique et carrefour commercial, venait à tomber à son tour, le gouvernement n'aurait plus aucun contrôle sur le nord du pays, une région pourtant traditionnellement férocement opposée aux talibans. C'est là qu'ils avaient rencontré l'opposition la plus acharnée lors de leur accession au pouvoir dans les années 1990. L'Alliance du Nord avait trouvé refuge dans le Nord-est pour mener la résistance lorsqu'ils dirigeaient le pays, entre 1996 et 2001.

Les talibans, qui avancent à un rythme effréné, contrôlent désormais cinq des neuf capitales provinciales du Nord - six sur 34 au total dans tout le pays - et des combats sont en cours dans les quatre autres. Après avoir conquis dimanche en quelques heures Kunduz, la grande ville du Nord-est, ainsi que Taloqan et Sar-i-Pul, les talibans ont ajouté lundi Aibak, capitale de la province de Samangan, à cette liste.

Ils s'étaient emparés samedi de Sheberghan, fief du célèbre chef de guerre Abdul Rashid Dostom, et vendredi de Zaranj, capitale de la lointaine province de Nimroz (sud-ouest), à la frontière avec l'Iran. Dans la nuit du lundi 9 au mardi 10 août 2021, ils ont attaqué la périphérie de Mazar-i-Sharif, Pul-e-khomri et Faizabad, trois capitales provinciales du Nord, mais ont été repoussés, a indiqué le ministère de la Défense. Ils ont aussi été refoulés à Farah (ouest), selon la police locale.

Renforts des forces gouvernementales à Mazar-i-Sharif
Le Ministère de la Défense afghan a publié une vidéo montrant des renforts se dirigeant vers Mazar-i-Sharif, Balkh avec les combattants fidèles au chef de guerre ouzbèk Abdurrashid Dostum.
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Pour l'administration Biden, c'est aux Afghans de se défendre
Alors que les combats font rage dans le Nord, mais aussi dans le Sud autour de Kandahar et dans Lashkar Gah, une nouvelle réunion de négociations entre les talibans et le gouvernement devait avoir lieu mardi et mercredi à Doha. Le processus de paix s'est ouvert en septembre 2020 au Qatar, dans le cadre de l'accord de paix conclu en février 2020 entre les talibans et Washington prévoyant le départ total des troupes étrangères d'Afghanistan. Ce retrait doit être achevé d'ici le 31 août.

Mais les discussions sont au point mort et les talibans ont lancé une offensive en mai 2021, quand a débuté le retrait américain. Après s'être emparés de vastes territoires ruraux sans rencontrer beaucoup de résistance, ils se sont tournés depuis début août vers les centres urbains.

Même si les espoirs sont minces de voir les pourparlers déboucher sur un résultat concret, les États-Unis ont décidé d'envoyer à Doha leur émissaire, Zalmay Khalilzad, pour "exhorter les talibans à cesser leur offensive militaire et à négocier un accord politique, seule voie menant à la stabilité et au développement en Afghanistan". Mais l'administration du président Joe Biden n'a aucunement l'intention de changer de ligne. Elle maintiendra son soutien à Kaboul, mais c'est aux Afghans de prendre leur destin en mains. "C'est leur pays qu'il s'agit de défendre. C'est leur combat", a dit lundi le porte-parole du Pentagone, John Kirby.

Les violences ont poussé des dizaines de milliers de civils à fuir leur foyer dans tout le pays ces dernières semaines, les talibans étant accusés de nombreuses atrocités dans les endroits tout juste passés sous leur coupe. "Ils frappent et pillent", a déclaré Rahima, une femme qui campe maintenant avec des centaines de personnes dans un parc de Kaboul après avoir fui la province de Sheberghan.
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"S'il y a une jeune fille ou une veuve dans une famille, ils les prennent de force. Nous avons fui pour protéger notre honneur", a-t-elle ajouté. 

Lorsqu'ils étaient au pouvoir, les talibans avaient imposé leur version très stricte de la loi islamique. Les femmes avaient interdiction de sortir sans un chaperon masculin et de travailler, et les filles d'aller à l'école. Les femmes accusées de crimes comme l'adultère étaient fouettées et lapidées à mort.

Mardi, le calme était revenu dans le centre de Kunduz, selon des habitants interrogés par l'AFP. Les talibans ne patrouillaient plus les rues, où les commerces et restaurants avaient rouvert. Les affrontements se poursuivaient toutefois aux abords de l'aéroport resté aux mains des forces gouvernementales. "Les gens ouvrent leur magasin et leur commerce. Mais vous pouvez encore voir la peur dans leurs yeux. La situation est très incertaine, les combats peuvent réapparaître en ville à tout moment", a déclaré Habibullah, un commerçant.

A Kandahar et Lashkar Gah, deux fiefs historiques des insurgés qu'ils tentent de reprendre, les civils restaient pris au piège des combats. Trois ont été tués et 20 blessés, dont des femmes et des enfants, ces dernières 24 heures, a indiqué l'hôpital Mirwais de Kandahar. A Lashkar Gah, les hôpitaux des ONG Médecins sans frontières (MSF) et Emergency ont été touchés par un bombardement, sans qu'il y ait de victimes, a indiqué MSF lundi soir sur Twitter.

Province de Baghlan
Une vidéo  circulant sur Telegram montre d'intenses combats dans et autour de PD-2 à Pul-e-Khumri, capitale de la province de Baghlan. Aux dernières nouvelles, la majeure partie de la ville de Pul-e-Khumri est tombée, cet après-midi (mardi), aux mains des talibans. Les responsables de l'administration locale et les forces pro-gouvernementales (restantes) se sont retirées. Des sources locales disent qu'un accord a été conclu entre les talibans et les autorités locales/forces pro-gouvernementales grâce à la médiation des anciens locaux. Vidéo des talibans à l'intérieur de Pul-e-Khumri.

Province de Ghazni : Les talibans exécutent deux policières enlevées à Ghazni
Les talibans ont exécuté deux policières qui avaient été enlevées dimanche 8 août 2021 dans la ville de Ghazni, a confirmé une source sécuritaire.  Les talibans ont ensuite jeté leurs cadavres dans le quartier Kashk de la ville. Les talibans avaient enlevé les deux policières dans la zone de Sai Ganj du PD1 à Ghazni. Les policières, qui s'appelaient Uzra et Maryam, servaient au PD3 de la ville de Ghazni.

Située dans le sud du pays, Ghazni est une province volatile où les talibans contrôlent des pans de territoires, y compris des parties de la capitale provinciale.

Le poste frontière de Spin-Boldak, aux mains des talibans, rouvert au trafic vers le Pakistan
Des sources pro-talibans semblent confirmer que le passage frontalier Chaman-Spin Boldak sera rouvert. Apparemment, un accord a été conclu entre les talibans et les responsables pakistanais sur la question de la gestion des frontières.
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Aux dernières nouvelles, les talibans ont commencé à débloquer la frontière Chaman-Spin Boldak ce mardi soir 10 août 2021. Des sources pro-talibans et semi-officielles ont affirmé que les autorités pakistanaises avaient accepté les demandes des talibans.
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7hLQVitS.jpegProvince de Farah : La ville de Farah aux mains des talibans (Breaking news)
La ville de Farah (carte ci-contre et photo ci-dessous) serait tombée aux mains des talibans, devenant la 7ème capitale provinciale à être capturée par les talibans en une semaine. Le chaos total règne dans la ville en ce moment, selon un témoin. Vidéo des talibans dans la ville de Farah.

"Cet après-midi (mardi), les talibans sont entrés dans la ville de Farah après avoir brièvement combattu les forces de sécurité. Ils ont pris le bureau du gouverneur et le quartier général de la police. Les forces de sécurité se sont retirées vers une base de l'armée", a annoncé à l'AFP Shahla Abubar, une conseillère provinciale.

Outre le QG du gouverneur, la prison de la ville de Farah a également été occupée par les talibans qui se sont empressés de libérer les prisonniers, selon leur habitude. Actuellement, seul le QG du service de renseignement afghan NDS continue de résister. 
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L'Etat islamique-Khorasan critique les relations entre talibans et la Chine
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L'État islamique-Khorasan a critiqué les relations des talibans avec la Chine, les États-Unis et la Russie, présentant le mouvement taliban comme un allié et un mandataire des ennemis de la "grande puissance de l'Islam".

L'État islamique en Irak et en Syrie développer leurs messages sur la question dès 2014 ( numéro 6 du magazine Dabiq par exemple), et l'EI a depuis perpétué cette tendance. Cependant, ces récits se sont progressivement propagés à l'Est – du noyau traditionnel du pouvoir de commandement et de contrôle de l'EI à ses branches régionales en Asie – au fur et à mesure qu'il construisait son réseau mondial de groupes militants.

L'État-islamique-Khorasan a été fondée en 2015 et opère principalement en Afghanistan, mais pas exclusivement. 

L'Etat-Islamique-Khorasan accuse les talibans d'obéir aux ordres de Pékin en acceptant d'empêcher les jihadistes de mener des opérations contre la Chine depuis le sol afghan. Il présente également les talibans comme une force par procuration pour la Chine qui cible les combattants de l'État islamique à l'intérieur de l'Afghanistan à la demande de Pékin.

Une vidéo récente publiée par Khalid Media, un média local de l'Etat_islamique-Khorasan, comprenait plusieurs clips de responsables talibans socialisant et serrant la main de diplomates chinois tout en montrant des images de Ouïghours détenus et maltraités par les forces de sécurité au Xinjiang. Leur intention est de mettre en évidence l'hypocrisie de l'émirat islamique autoproclamé d'Afghanistan. De même, une déclaration publiée par Khurasan Wilayah News a critiqué les représentants des talibans pour leurs visites luxueuses à Pékin, Moscou et Doha en plus d'autres fautes à leurs yeux.

La stratégie de l'Etat_Islamique_Khorasan est de "délégitimer" les talibans en tant que mouvement islamiste » et de présenter le groupe comme redevable aux puissances étrangères, notant également que l'État islamique a lancé une campagne de hashtag sur les réseaux sociaux accusant les talibans d'être un « Blackwater en blanc. "

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