Tunisie : Le Premier ministre limogé et le Parlement suspendu

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Mechichi.jpegLe président tunisien, Kais Saied (photo), a annoncé, dans la soirée du dimanche 25 juillet, qu'il avait limogé le premier ministre, Hichem Mechici, tandis que les activités du Parlement étaient suspendues pour 30 jours. La décision a alimenté une situation de chaos, tandis que Saied a été accusé de violer les principes de la Constitution et de la révolution, ainsi que les libertés dans le pays.

Ont également été limogésIbrahim El-Bertajy, ministre de la Défense nationale, Hasnaa Ben Slimane, ministre auprès du chef du gouvernement chargé de la fonction publique et ministre de la justice par intérim.

Parmi les mesures prises par le président tunisien, il y a aussi la suspension de l'immunité pour tous les députés, alors que désormais ce sera le chef de l'Etat lui-même qui assumera la direction de l' exécutif, en collaboration avec un nouveau gouvernement et un premier ministre nommé par le président.

Khaled Al Yahyaoui.pngOn apprenait lundi matin 26 juillet, que le président Kais Saied avait chargé le chef de l'unité de sécurité présidentielle, Khaled Al Yahyaoui (photo ci-contre), de superviser le ministère de l'Intérieur.

Ce qui a été établi en marge d'une réunion d'urgence avec de hauts responsables militaires et de sécurité, a déclaré Saied, est conforme aux principes de la Constitution et vise à "sauver l'Etat et le peuple tunisiens". 

Pour justifier sa décision, le président tunisien a alors évoqué "des structures publiques qui s'effondrent, des pillages et des guerres", ainsi que des individus qui alimentent les conflits au sein de certains quartiers en distribuant des sommes d'argent. "Nous traversons l'un des moments les plus délicats de l'histoire de la Tunisie, ainsi que l'un des plus dangereux", a ajouté Saied dans un communiqué diffusé par la télévision d'Etat.

La décision prise dans la soirée fait suite à une journée de protestation, organisée à l'occasion du 64e anniversaire de la proclamation de la République tunisienne, pour s'inscrire dans le mécontentement populaire croissant, à son tour provoqué par une situation économique et politique qui ne cesse de se dégrader. 

Suite à l'annonce de Saied, les citoyens tunisiens sont descendus dans les rues en klaxonnant leurs voitures pour célébrer. Quelques heures plus tôt, les manifestants avaient occupé les rues de la capitale, ainsi que les villes de Gafsa, Kairouan, Monastir, Sousse et Tozeur, scandant des slogans contre le parti islamique Ennahdha et le Premier ministre Mechichi, et appelant à la dissolution du Parlement. Certains manifestants ont pris d'assaut le siège du parti  islamiste Ennahdha, y mettant le feu. 

Le parti islamiste a dénoncé la présence de "bandes criminelles" venant également de l'extérieur des frontières du pays dans le but de semer le chaos et de bouleverser la voie démocratique, ouvrant la voie au retour de "l'oppression et de la tyrannie".

A l'aube de ce lundi 26 juillet , des militaires tunisiens ont empêché le président et des membres de la Chambre des représentants d'entrer dans le siège du Parlement, les informant qu'ils ont reçu l'ordre de fermer le siège. 

Le président du corps législatif, Rachid Ghannouchi, qui s'est vu refuser l'accès au parlement, a organisé lundi matin un sit-in, dans sa voiture, devant le Parlement.
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Ghannouchi a dénoncé le déploiement de troupes tunisiennes devant le bâtiment en exécution des décisions du président, qu'il considère comme une violation de la constitution tunisienne et des principes de la révolution. "La Constitution n'autorise pas la dissolution du Parlement, mais autorise la suspension de ses travaux", a déclaré Saied, citant l'article 80 qui autorise une telle mesure en cas de "danger imminent". De son côté, Ghannouchi a exhorté les officiers de l'armée à rejoindre la population pour sauvegarder la liberté conquise avec la révolution, tandis que tous les blocs parlementaires étaient invités à défendre le corps législatif et la Constitution de la Tunisie. « Les institutions sont toujours en place, les partisans d'Ennhahda et le peuple tunisien défendront la révolution », a déclaré Ghannouchi, ajoutant que ce que Saied a fait est un « coup d'État ».

Ce qui s'est passé le 25 juillet représente l'aboutissement d'une situation d'instabilité politique, économique et sociale qui caractérise le pays d'Afrique du Nord depuis des mois. Les autorités gouvernementales ont été accusées de ne pas avoir fait les efforts nécessaires pour restaurer un cadre de plus en plus dégradé, notamment dans les services publics, et de ne pas avoir mis en œuvre les réformes requises par le Fonds monétaire international (FMI) . Le chômage en Tunisie est supérieur à 15% et atteint des pics de 30% dans certaines villes. Selon les données de l'Institut national de la statistique, un tiers des jeunes tunisiens sont au chômage, tandis qu'un cinquième de la population vit en dessous du seuil de pauvreté. Pour aggraver encore la situation économique tunisienne, il y a eu, au cours de 2020, la pandémie de coronavirus et la menace terroriste. Deux phénomènes qui ont touché un secteur essentiel pour la Tunisie, le tourisme, qui représente environ 8% du PIB national et est une source clé de devises étrangères.

En surenchère aux déclarations du parti islamiste Ennahda, l'"Union internationale des savants musulmans" déclarait que le coup d'État contre la volonté des Tunisiens et des institutions élues était une affaire dangereuse et n'était pas admissible selon la charia, la morale ou la coutume".

Marzouki.jpegQuant à l'ancien président tunisien Marzouki (photo ci-contre), celui-ci déclare n'avoir "aucun doute que les Emirats Arabes Unis sont derrière ce coup d'Etat".

Sur le plan politique, Kais Saied a refusé d'accueillir 11 des nouveaux ministres choisis par Mechichi dans le cadre d'un remaniement gouvernemental dans son palais présidentiel. Depuis le 26 janvier, ils attendaient de prêter serment après que Saied, en plus d'avoir qualifié le remaniement d'"inconstitutionnel" d'un point de vue procédural, se soit opposé à la nomination de quatre des ministres élus, accusés de corruption ou centre d'un conflit d'intérêts. Or, en vertu de la Constitution tunisienne, tant que les ministres n'auront pas prêté serment, ils ne pourront pas s'acquitter des tâches qui leur sont confiées. Last but not least, le président a également refusé de signer un projet de loi pour la formation d'une Cour constitutionnelle, bien qu'il ait déjà été approuvé au Parlement lors de deux sessions consécutives.

Sur le plan sanitaire, la Tunisie connaît la pire crise épidémiologique, en rapport avec la pandémie de Covid-19. L'Organisation mondiale de la santé a placé le pays à la première place au niveau arabe et africain pour le nombre de décès et d'infections dus au coronavirus. Pendant ce temps, les hôpitaux publics et les cliniques privées sont proches de la limite de leurs capacités. Pour les partis d'opposition et diverses organisations de la société civile, la responsabilité de la situation actuelle incombe au gouvernement, qui s'est montré incapable de mener une campagne de vaccination adéquate et de prendre les mesures préventives nécessaires.  

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