Afghanistan : Quel avenir pour l'Afghanistan ?

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Le retrait des États-Unis d'Afghanistan a laissé le pays dans une situation sécuritaire qui se détériore de plus en plus dans une grande partie du pays. Les craintes que les talibans puissent bientôt envahir l'intégralité de l'Afghanistan sont devenues bien réelles, ramenant éventuellement la situation sur le terrain à celle d'avant l'invasion américaine. Le retrait des troupes américaines et de leurs alliés de l'OTAN a été salué par certains et critiqué par d'autres. Mais une chose est sûre et tout le monde semble être d'accord : la mission de 20 ans dirigée par les États-Unis pour vaincre les talibans a été un échec total.

En l'absence de forces américaines et de l'OTAN, il reste à voir combien de temps le gouvernement afghan pourra tenir bon face à un ennemi qui continue de prendre le contrôle de toujours plus de régions du pays. Et l'absence de réponse de l’administration Biden ne peut que mettre les talibans en confiance. Sans le soutien aérien direct américain, les moyens de renseignement et un soutien logistique bientôt indisponibles pour l'armée afghane, celle-ci aura d'immenses difficultés à faire face à l’offensive des talibans. Le retrait éventuel des sous-traitants américains toujours présents aux côtés de l'armée afghane va encore aggraver la situation et pourrait immobiliser une grande partie de l'armée de l'air afghane dans les semaines suivant leur départ.

Semblable à leur retrait d'Irak en 2011, les États-Unis laissent derrière eux un appareil militaire brisé qui, malgré l'investissement de dizaines de milliards de dollars, est mal préparé pour faire face aux tâches qui lui sont assignées. L’armée américaine a pourtant laissé une immense quantité d'équipement aux forces de sécurité afghanes au cours des deux dernières décennies. On peut citer, entre autres, les quelque 25 000 HMMWV « Humvee. C’est un nombre impressionnant en soi, mais ces véhicules n’offrent pas de protection contre les engins explosifs improvisés (EEI), contrairement aux MRAP utilisés par les forces de l’OTAN. Étonnamment, alors que de tels MRAP ont été mis à la disposition des services de police partout aux États-Unis, les forces de sécurité afghanes devront s'en passer.

La situation à laquelle l'Afghanistan est confronté après le retrait américain n'est cependant pas un incident isolé dans l'histoire moderne des États-Unis. Après avoir effectivement abandonné son allié le Sud-Vietnam dans les années 1970, laissé derrière lui un Irak paralysé en 2011 et s'est maintenant retiré d'Afghanistan, les célébrations du retour au pays seront entachées par les sombres perspectives de ceux qui souffrent des conséquences de la guerre en Afghanistan pour les décennies à venir. Le zèle avec lequel ces interventions militaires sont commencées n'a d'égal que le degré d'indifférence au sort du pays lorsque les réalités du conflit deviennent trop inconfortables, ouvrant la voie à une tragédie sans fin répétée de catastrophes interventionnistes.

L’impréparation avec laquelle les États-Unis quittent l'Afghanistan est encore illustrée par l'absence de tout accord sur qui dirigera l'aéroport international de Kaboul (IAP), les forces de sécurité afghanes n'étant actuellement pas à la hauteur de la tâche pour assurer sa sécurité. L'un des pays désignés pour prendre le relai est la Turquie. Ce pays est engagé à l'IAP de Kaboul depuis 2015 et a proposé de gérer et de protéger l'aéroport à l'avenir si elle dispose d'une assistance logistique et financière suffisante. La sécurisation de l'IAP de Kaboul et de ses environs immédiats est vitale pour maintenir les opérations aériennes à l'intérieur et à l'extérieur du pays, les missions diplomatiques et les organisations de développement évitant autrement le pays assiégé.

Pour la Turquie, l'augmentation de son implication en Afghanistan pourrait être liée à l'assouplissement ou à la suppression des sanctions américaines en place contre le pays suite à son achat du système de missiles S-400. Le soutien turc sera essentiel pour maintenir l'Afghanistan ouvert aux affaires et en même temps enverra un signal fort aux talibans que la région de Kaboul n'est pas à eux.

Focus sur la « Bayraktar diplomacy » turque
Au Nagorny Karabakh, comme en Libye,, la Turquie a façonné une toute nouvelle politique étrangère : celle de la diplomatie Bayraktar. Grâce à l’utilisation très efficace des drones Bayraktar, de fabrication turque, Ankara a pu intervenir militairement en soutien de ses alliés à un faible coût financier et humanitaire. La « diplomatie Bayraktar » s’apppuie essentiellement sur un nouveau type de guerre qui est particulièrement adapté aux caractéristiques des conflits modernes. Grâce à ces drones Bayraktar TB2 relativement bon marché, la Bayraktar Diplomacy a en fait propulsé la Turquie au rang d’une puissance régionale sur laquelle il faudra désormais compter, à un moment où la puissance américaine est en retrait.

 

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