Pakistan : Des mineurs refusent de travailler après l'assassinat d'Hazaras

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Des milliers de mineurs ont cessé de travailler au Baloutchistan et nombre d'entre eux ont fui cette province de l'ouest du Pakistan, depuis l'assassinat au début janvier de dix de leurs collègues d'ethnie hazara, a-t-on appris jeudi de sources administratives et syndicales.

Près de 15.000 mineurs ont refusé de reprendre le travail depuis cette attaque, contraignant environ 200 mines à fermer leurs portes, ont déclaré ces sources. Certaines ont depuis rouvert, mais plus de cent "ne fonctionnent toujours pas", a dit Abdullah Shehwani, le responsable administratif chargé de superviser les mines de charbon au Baloutchistan.

Plus de 40.000 mineurs travaillent dans les centaines de petites mines de cette province, la plus pauvre du Pakistan, sujette à des violences ethniques, intercommunautaires et séparatistes.

Les Afghans forment une large part de cette main-d'oeuvre, notamment des Hazaras, une ethnie marginalisée de confession majoritairement chiite. Dix mineurs hazaras ont été enlevés dans une zone montagneuse reculée du Baloutchistan le 3 janvier, puis tués et pour certains décapités.

L'attaque, revendiquée par l'organisation État islamique (Daech), a déclenché des manifestations à Quetta, la capitale du Baloutchistan, située à moins de 100 km de la frontière afghane.

Une très large partie des chiites au Baloutchistan sont hazaras. Le Pakistan, principalement sunnite, compte la deuxième plus grande communauté chiite du monde derrière l'Iran, mais elle ne représente que 10 à 15% de ses 220 millions d'habitants.

Aisément repérables à leurs traits asiatiques marqués, qui font d'eux des cibles faciles pour des extrémistes sunnites les considérant comme des hérétiques, les Hazaras ont subi des dizaines d'attaques depuis 2001 au Pakistan comme en Afghanistan voisin.

La fermeture des mines de charbon a aussi des conséquences pour les communautés locales, a remarqué Behroz Reiki, le président de l'association des propriétaires de mines. Cela signifie qu'il n'y a "pas de travail pour les gardes de sécurité et les autres employés", a-t-il souligné. Atif Hussain, un responsable du département des mines au sein du gouvernement provincial, a assuré que la sécurité autour des mines avait été renforcée depuis l'incident.

"Nous avons octroyé une protection spéciale aux travailleurs hazaras. Maintenant, ils se déplacent sous escorte policière", a-t-il expliqué. Mais les mineurs continuent à avoir peur, quand bien même la perte de leur emploi signifie qu'ils n'ont pas "l'argent nécessaire pour payer leurs dépenses quotidiennes", a souligné Mirdad Khel, un responsable d'une organisation locale de mineurs.

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