Tadjikistan : Les talibans tadjiks annoncent le transfert du djihad d'Afghanistan vers leur patrie

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Des tadjiks combattant au sein du mouvement des talibans afghans ont annoncé leur intention d’étendre les hostilités au Tadjikistan. Un message vidéo dans ce sens a été publié il y a quelques jours sur les réseaux sociaux. 
Les Talibans afghans de la province du Badakhshan, au nord de l'Afghanistan, ont démenti les affirmations des militants tadjiks, affirmant que les Taliban n'ont aucun projet d'expansion en dehors de l'Afghanistan.

Il reste qu’un groupe de talibans du Tadjikistan a bien diffusé sur les réseaux sociaux une vidéo de 10 minutes intitulée «Fatqi District e Moimay» («Conquête du district de Maymay »). Il s'agit simultanément d'un reportage vidéo sur la destruction, le 19 novembre, d'un poste de police afghan dans la région de Maimai (Upper Darwaz) de la province du Badakhshan, au nord de l'Afghanistan, ainsi que d'un message aux forces de sécurité et aux autorités du Tadjikistan voisin.

Comme il ressort du film de propagande, un groupe de militants, comptant au moins une douzaine de personnes, a attaqué un poste de police afghan situé près des rives de la rivière frontalière Pyanj. Après une fusillade avec la police, les talibans se sont précipités dans le poste avancé, tirant impitoyablement sur tous ceux qui se trouvaient à l’intérieur - non seulement sur les policiers qui avaient cessé toute résistance, mais aussi sur plusieurs civils qui se trouvaient dans la zone de l'affrontement. Selon les images vidéo, au moins 15 personnes ont été tuées par les taliban. Les insurgés ont alors pillé le poste du ministère de l'Intérieur afghan, s’emparant de plusieurs dizaines de fusils d'assaut Kalachnikov avec un important stock de munitions, des mitrailleuses, des grenades, plusieurs motos et une voiture de police. Les insurgés ont incendié le bâtiment du poste de police avant leur départ.

Les services de renseignement afghans ont identifié quelques uns des insurgés . Il s’agit des tadjiks Dustmukhammad Muhammadov (surnom Mahdi, marié à une afghane du district de Badakhshan Nusay) et Daler Elmurodova (surnom Abdulbadov). Vohidov (surnommé Yunus Arsalon, est l’auteur de la vidéo), Busanboy Gadoev (Zakaryo ou Zakaria, est impliqué dans le meurtre de civils au cours de cette action), Soukhrob Yusupov, Shakarbek Kholbekov, Rustamkhudja Nasruddinov (probablement des frères de souche ouzbek du Takhirikistan) et les frères ouzbeks du Takhirikistan Urunovs. Selon des responsables de la sécurité afghane, ces militants tadjiks ont participé à l'opération dans la région de Maimai sous le commandement d’un dénommé Juma Talbon, qui contrôle les groupes talibans dans la vallée de Darwaz.

L'attaque a été confirmée le 21 novembre par les talibans qui chiffrent les soldats afghans tués au nombre de 23. Parmi eux se trouvent le chef du service de sécurité du district et ses adjoints. Selon les  taliban, les militants tadjiks ont attaqué le même jour, le 19 novembre, six avant-postes de police dans le district de Badakhshan Jirm, tuant et blessant plus de 40 membres des forces de sécurité afghanes.

Immédiatement après l’attaque du 19 novembre dans la région de Maimai, le chef du groupe des taliban tadjiks, filmé debout sur les rives du Pyanj et s'adressant aux forces de sécurité et aux autorités tadjikes, a déclaré: «Nous l'avons fait ici, de ce côté du fleuve, mais nous viendrons et ferons de même avec vous. Le message des combattants talibans tadjiks a été entendu à Douchanbé. La vidéo a provoqué l’inquiétude au sein des services de sécurité tadjiks, car ce sont dix citoyens tadjiks qui ont pris part à l'action à Maimai, et ils n'ont même pas essayé de cacher leur visage. 

Les autorités tadjikes ont aussitôt réagi au «message venant de l'autre côté du fleuve». Ils ont publié une vidéo en réponse, montrant les parents et les proches des terroristes qui ont mené l’attaque du 19 novembre: Des femmes âgées en pleurs et des hommes au visage sombre appelant leurs fils à déposer les armes et à rentrer à la maison. On promet le pardon aux militants repentis.
«Nos chefs ont pris très au sérieux la menace du chef du groupe taliban tadjik de mener le 'jihad' sur leur terre natale», a déclaré un membre de l'une des forces de l'ordre tadjik.  Selon lui, "le niveau de préparation au combat de nos policiers est encore plus faible que celui de la police afghane locale": "Si l'invasion du Tadjikistan promise par les talibans a lieu, sans le soutien de l'armée russe de la 201e base, nos forces de sécurité ne tiendront pas longtemps".

La menace du chef des combattants talibans tadjiks du Badakhshan afghan est la première déclaration publique d'un représentant taliban de la possibilité d'envahir la région post-soviétique d'Asie centrale. Jusqu'à présent, on pensait que de tels plans expansionnistes n’étaient élaborés que par les partisans de l 'État islamique. Jusqu’ici, les talibans limitaient leurs ambitions exclusivement au territoire afghan. Hier encore, le 10 décembre, le chef adjoint du mouvement taliban, le mollah Abdul Ghani Baradar, lors d'une video-conférence organisée par le Center for Conflict Studies and Humanitarian Studies du Qatar, a de déclaré que les talibans étaient intéressés par "de bonnes relations avec les voisins". Selon lui, "Les talibans n'ont pas l'intention de s'ingérer dans les affaires d'autres pays". Cependant, à en juger par les déclarations du Mahdi, le chef de guerre des talibans tadjiks, les dirigeants politiques du mouvement ne contrôlent pas leurs militants sur le terrain ou mentent simplement aux voisins de l'Afghanistan.

«Dans les années 90, les talibans n'ont pas caché leurs plans d'envahir l'Asie centrale», ont rappelé des experts de Kaboul. « Certains de leurs dirigeants ont promis, après avoir pris le contrôle total de l'Afghanistan, de rejoindre ensuite Boukhara et Samarkand les armes à la main. Au milieu des années 90, les combattants talibans ont combattu en Tchétchénie aux côtés des séparatistes contre les troupes russes, faisant preuve d'une incroyable cruauté envers les prisonniers. En d'autres termes, les talibans se sont toujours intéressés à l'espace post-soviétique. Ce n'est qu'après l'effondrement de leur régime en Afghanistan que les dirigeants militants ont changé leur rhétorique et ont commencé à souligner publiquement de toutes les manières possibles leur refus de l'expansion djihadiste au-delà des frontières afghanes. Cependant, personne aujourd'hui ne peut confirmer la sincérité des promesses des talibans.

Il est évident que les combattants talibans étrangers ont leurs propres plans pour l’avenir. Aujourd’hui, ils utilisent l’infrastructure des Taliban pour créer leur propre point de lancement de leurs actions dans le nord de l’Afghanistan, qui deviendra probablement bientôt le point de départ d’opérations terroristes au Tadjikistan et dans d’autres républiques d’Asie centrale. Le centre de rassemblement des talibans originaires des anciennes républiques soviétiques est aujourd'hui situé dans les comtés de Jirm et Warduj, dans la province du Badakhshan, au nord de l’Afghanistan. C’est là que les jihadistes du Tadjikistan, de l’Ouzbékistan et du Caucase du Nord russe se sont récemment rassembés. Selon les médias afghans, environ 500 militants des anciennes républiques soviétiques combattent actuellement dans les rangs des talibans dans ce secteur.  

En contrepartie, les annonces selon lesquelles 10 000 terroristes de l’Etat islamique se seraient implantés dans cette région ne s’est pas avérée exacte. Aujourd’hui, la principale menace qui pèse sur le Tadjikistan et d'autres pays de la région vient  du principal rival de l'Etat islamique - les talibans et les militants originaires des anciennes républiques. On constate aujourd’hui une augmentation de l’attrait pour les talibans dans les cercles islamiques de la jeunesse radicale d’Asie centrale .que les talibans commenceront à imiter les radicaux d'Asie centrale. Les islamistes radicaux de Russie et d’autres républiques d’Asie centrale rejoignent de plus en plus depuis quelque temps les talibans, les prenant comme modèles pour un «jihad victorieux» dans leur propre pays d’origine. 

 

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