Liban : De hypothèses et des questions après la double explosion du port de Beyrouth

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La double explosion survenue sur le port de Beyrouth n'a pas manqué de soulever de multiples questions et de remettre à nouveau en cause l'autorité de l'Etat. Le climat de suspicion, de rivalité et de contradictions internes est revenu, cette fois, à un rythme sans précédent. Les citoyens libanais n'ont simplement plus confiance dans leurs dirigeants. Cette désaffection du public envers la classe politique touche tous les politiciens. Car lorsqu'il y a de nombreux morts, les gens ne font plus de distinction religieuse ou politique en ce qui concerne les responsables.

Les divisions confessionnelles entretenues par la classe politique hors de propos
Parmi les leçons les plus importantes figurent également celles qui découlent de la large solidarité avec le peuple libanais, aux niveaux régional et international, de telle sorte qu'elles rendent hors de propos les divisions confessionnelles qu'entretient toujours la classe politique libanaise.

La question de l'attribution des emplois publics
L'incurie autour de la question du stockage des 2750 tonnes de nitrate d'ammonium a naturellement posé la question de la distribution des emplois publics sur des critères politiques ou confessionnels. Comment les autorités chargées du stockage de matières chimiques aussi dangereuses que le nitrate d'ammonium ont elles pu les conservers pendant plusieurs années dans le quartier n ° 12 du port. On sait que le directeur général des douanes libanaises s'était adressé à la justice pour demander le transfert ou le retour du stock de nitrate d'ammonium. Ré-exportez ces grandes quantités de nitrate d'ammonium ou éliminez-le de n'importe quelle manière, avait-il demandé. La question posée tout naturellement par le directeur des douanes s'est elle perdue dans les méandres procéduraux, toujours est il qu'aujourd'hui l'absence de réponse adéquate suscite les soupçons et les accusations, dans un climat politique particulièrement tourmenté dû à l'absence totale de confiance dans les dirigeants, les sectes et les élites politiques.

Un contexte particulièrement lourd des relations entre Israël et le Liban qui suscite les suspicions
A cela s'ajoute une situation particulièrement tendue entre le Hezbollah et Israël, qui a naturellement soulevé la question de l'éventuelle responsabilité de l'Etat hébreu. Ce à quoi, Israël n'a pas tardé à nier son implication dans la double explosion. Mais cela ne suffira pas à écarter les soupçons, notamment en raison des déclarations israéliennes précédentes, du regain de tension récent suite à la mort d'un responsable du Hezbollah près de Damas et les menaces de représailles de la milice chiite libanaise. A cela s'ajoute la multiplication des explosions mystérieuses qui secoue l'Iran et qui serait due, selon de nombreux observateurs, à une cyber-guerre menée par Israël contre l'Iran, grâce à l'utilisation de moyens de haute technologie, capables de détruire à distance les dépôts d'armement du Corps des Gardiens de la Révolution Islamique d'Iran, les sites nucléaires et autres installations stratégiques.
Le climat de tension entre le Liban et le Hezbollah d'un côté, Israël de l'autre entretient , l'état de polarisation politique au sein de l'État libanais et contribue à paralyser la capacité du gouvernement libanais, quel qu'il soit, d'appliquer la loi et de prendre toutes les mesures nécessaires pour protéger les citoyens et sauvegarder leurs intérêts, quand il faudrait rétablir l'autorité de l'Etat face au Hezbollah et à ses alliés.

Le Hezbollah
Laisser 2750 tonnes de nitrate d'ammonium dans un simple hangar sur le port de Beyrouth, était faire prendre un risque énorme pour tout le Liban. Mais c'était également un risque énorme pour le Hezbollah.
Ce parti a commis une erreur en s'insérant profondément dans les équations gouvernementales et en mélangeant sa légitimité constitutionnelle en tant que parti représentant la communauté chiite libanaise avec la recherche d'une légitimité révolutionnaire, se déclarant champion de la lutte contre Israël, entraînant du même coup le Liban dans une spirale d'affrontements avec l'Etat hébreu.
Et c'est précisément en justifiant la nécessité de se protéger contre ses ennemis, que le Hezbollah s'est mis à mettre progressivement en place une politique de favoritisme et de corruption à tous les niveaux, éliminant des postes clés tous ceux qui pouvaient éventuellement lui être hostiles.
Et aujourd'hui, certains se demandent si le Hezbollah n'a pas directement ou indirectement tout fait pour laisser sur place ce stock de nitrate d'ammonium, au risque de laisser des adversaires profiter de l'opportunité pour créer une catastrophe et jeter le discrédit sur le Hezbollah.

Soutien de la France au peuple libanais - pas à la classe politique
Pendant sa visite au Liban, Jeudi 6 août, le président français a pris bien soin de faire la différence entre la solidarité de la France avec le peuple libanais et les relations avec les représentants de l'Etat, la présidence et le gouvernement. Il a mis en garde: le Liban continuera de souffrir si les réformes ne sont pas mises en œuvre.
On sait que c'est la France qui a créé l'entité libanaise au lendemain de la Première Guerre mondiale, en la séparant des terres syriennes pour des raisons connues de tous. La France, un siècle après la création du Liban, se considère toujours comme la «mère gracieuse» du Liban, ou le «pays frère», comme l'a dit le ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian, après le désastre de la double explosion du port. Mais pourquoi la France s'implique-t-elle autant, sept décennies après avoir quitté le Liban en tant que puissance mandataire ?
Parce que les Français viennent de découvrir qu'il faut s'attendre à ce que l'Etat libanais va tout faire pour protéger les suspects si l'hypothèse d'un acte criminel derrière la double explosion se trouve confirmée. Paris ne peut accepter qu'on brouille les cartes, ne serait-ce que par amitié pour le peuple libanais. C'est pourquoi il demande un changement de comportement de la classe dirigeante.

Le Pacte de 1943 en question
Mais tout changement suppose la remise question du Pacte de 1943, qui a assuré, depuis l'indépendance du Liban de la France, une cohabitation des sectes grâce à une division constitutionnelle des pouvoirs. Mais le Pacte de 1943 a également empêché la classe politique d'évoluer, de se moderniser, les dirigeants au sein de chacune des communautés confessionnelles étant plus enclins à conserver leur prérogatives, leurs clientèles plutôt que de s'intéresser à l'avenir du Liban en tant que nation.

Commentaires

  • A ajouter à la fortune du pot ...

    http://www.xinhuanet.com/english/2020-08/07/c_139271048.htm

    Ahmed Tamer, director of the Tripoli port, told Xinhua that the port has completed all its preparations to receive the aid ships sent to Lebanon and the vessels that transport products and goods.

    "The port has witnessed during the past years the expansion work by Chinese companies, and it has received the largest ships from China, carrying a big number of containers," he said.

    China Harbor had worked on the rehabilitation of the Tripoli port to prepare it to receive all types of huge ships, while creating a berth to receive containers equipped with advanced Chinese cranes capable of lifting and transporting more than 700 containers per day or 480,000 containers per year.

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    China Harbor à Ashdod:

    https://www.haaretz.com/israel-news/business/.premium-chinese-firm-to-build-ashdod-port-1.5253006

    The first private port to be developed under the state's port reforms will be located in Ashdod and built by China Harbour Engineering Company, a Chinese government-owned firm, TheMarker has learned.

    Shanghai International Port Group à Haifa:

    https://www.haaretz.com/israel-news/business/.premium-chinese-group-to-run-haifa-port-1.5341712

  • Et accessoirement, les archives israéliennes ont été visitées et révisionnées.

    Voyez vous-même ...


    https://www.haaretz.com/israel-news/.premium-thousands-of-cases-missing-from-israel-s-state-archives-among-them-on-rabin-murder-1.9053077


    From Rabin's Assassination to Eichmann Trial: Thousands of Files Missing From Israel's State Archive

    Loss of the files, which include documents relating to major events in the country’s history was revealed in response to a freedom of information request

    Ofer Aderet
    Published on 06.08.2020

    Roughly 10,000 files, including some containing historic documentation of important events in the country’s history, have disappeared from the Israel State Archives, with their whereabouts unknown.

    Among the missing material are documents pertaining to the 1995 assassination of Prime Minister Yitzhak Rabin, the murder in 1933 of Zionist leader Chaim Arlosoroff, the trial in Israel of Nazi war criminal Adolf Eichmann and the Yom Kippur War.

    The loss of the files was reported Thursday by the Israeli journalism and media website The Seventh Eye, based on information obtained in a freedom of information request from the non-profit public interest group Hatzlacha.

    The new revelations come two years after a report in Haaretz that 40 files on the alleged abduction of immigrant children from Yemen had gone missing from the archives. A source at the archives told Haaretz at the time that it was not rare for files to disappear, but that rather than being a deliberate act, it was evidence of human error or shortcomings in the archives ongoing work.

    Now, through its freedom of information request, Hatzlacha has obtained an official list from the archives of the missing files. A review of the list reveals that among the items that have gone astray are five files used by the Shamgar Commission in its official commission of inquiry on the Rabin assassination. The files included the non-classified minutes of the investigation, as well as police documents.

    The missing files on the 1933 assassination of Arlosoroff included material from a 1982 commission of inquiry in the case, while among the missing material from the 1961 prosecution of Adolf Eichmann were documents from the Israel Police and the State Prosecutor’s Office.

    One file was described as containing information relating to Eichmann and the Muslim grand mufti of Jerusalem during the pre-state British Mandate, Haj Amin al-Husseini, on preventing Jewish immigration to Palestine.

    Files from the trial of Ukrainian-born auto worker John Demjanjuk, who was extradited to Israel from the United States in 1986 to face Nazi war crimes charges, are also missing. They included recordings and documents from the State Prosecutor’s Office.

    Also unaccounted for are files dealing with the time in office of elected officials, including Prime Ministers Golda Meir, Ariel Sharon and Prime Minister and President Shimon Peres. The list of missing files includes information on gifts and memorabilia that Rabin received and the meeting diary of President Reuven Rivlin from when he was speaker of the Knesset.

    There are also files missing from the so-called Holyland affair, which landed former Prime Minister Ehud Olmert in jail for corruption, and a large number of files from the Nativ intelligence agency that are unaccounted for. Also on the archive’s list was what was described as a file on “an umbrella agreement on cooperation on the nuclear issue.”

    The freedom of information request by Hatzlaha came at the initiative of the group’s legal adviser, Elad Man, after he discovered that a file that he sought to review had disappeared.

    As of press time, the State Archives had not provided a response for this article.

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