Syrie : Assassinats ciblés des chefs des brigades rebelles "modérées"

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Des assassinats ciblés contre les chefs des  brigades « dignes de confiance »
Quelqu’un, les partisans de Bachar el-Assad ou les Jihadistes de l’Etat islamique, sans oublier ceux du Front al-Nosra (al-Qaïda en Syrie), semble mettre les bouchées doubles pour éliminer du théâtre syrien les brigades qui pourraient servir de « cheval de Troie » dans le cas d’une intervention internationale. Depuis quelques jours, on a assisté à un certain nombre d’assassinats ciblés qui révèle une parfaite maitrise technique et un service de renseignement très bien organisé.

Exemple de la puissante brigade Ahrar el-Cham
Lorsque, le 9 septembre dernier, on a appris la disparition au cours d’un attentat de 47 hauts responsables du groupe dont l'émir Hassan Abboud (alias Abou Abdallah al-Hamoui), et plusieurs commandants militaires de la brigade, ainsi que d’autres idéologues religieux réunis dans la province d'Edleb (nord-ouest de la Syrie), on s’est perdu en conjectures sur les auteurs de l’attentat. S’agissait-il des Jihadistes de l’Etat Islamique, parfaitement capables d’exécuter une telle action, ou des services secrets de Bachar el-Assad qui ont depuis longtemps pénétré les brigades rebelles ou encore le Front al-Nosra (al-Qaïda en Syrie) a-t-il tenté de mettre un terme à l’existence d’Ahrar el-cham et récupérer ses miliciens. Le responsable de l’attentat était, de toute façon, très bien organisé sur le plan du renseignement. Il faut savoir, en effet, que la rencontre avait été organisée dans le plus grand secret dans un village près d’Edleb, une région où Ahrar el-Cham règne en maître. Les auteurs de l’attentat étaient également des experts en matière d’explosifs. Il semblerait que l’engin contenait une substance chimique qui a brûlé et étouffé les victimes, prises au piège dans leur souterrain « ultra-sécurisé ».
Pour la rébellion syrienne dite « digne de confiance », il s’agit d’un coup très dur car Ahrar el-Cham était l’une des brigades les plus compétentes sur le plan militaire et les mieux équipées du Front Islamique, ce rassemblement de groupes rebelles soutenu et armé par l’Arabie saoudite. A noter qu’elle bénéficiait également du soutien de la Turquie et du Qatar.

Une brigade à part dans le conflit syrien
Ahrar el-Cham était une brigade à part au sein de la rébellion syrienne.
Elle avait été fondée par d’anciens prisonniers politiques islamistes libérés de la sinistre prison syrienne de Saidnaya en 2011, Ce sont précisément ces libérations qui ont engendré la suspicion sur la responsabilité du pouvoir syrien dans l’éruption du phénomène jihadiste dans le conflit syrien.  Pourquoi Damas a-t-il libéré Hassan Abboud, le  fondateur d’Ahrar el-Cham, ou le commandant Hachem al-Cheikh, ou encore Abou Mohammad al-Golani, fondateur du Front al-Nosra (al-Qaïda en Syrie), le commandant Ahmed Abou Issa, fondateur des brigades Suqur al-Islam et Zhran Allouche, commandant de Jeich al-Islam ? Sans doute dans l’espoir de transformer une révolte démocratique en un conflit confessionnel, entre les « bons », les Bassistes et les minorités alaouites et chrétiennes, et les « mauvais », les islamistes assoiffés de sang et imposant la Charia.
La brigade Ahrar el-Cham a donc une origine islamiste et c’est sans doute la raison pour laquelle elle a essayé de rester relativement neutre dans le conflit opposant le Front Islamique aux Jihadistes de l’Etat islamique. Ce comportement a amené d’autres brigades à accuser Ahrar el-Cham d'aider les Jihadistes de l’Etat Islamique à échapper à l’encerclement ou encore de protéger les Jihadistes étrangers à déserter l’EI pour rejoindre le Front al-Nosra (al-Qaïda en Syrie). Mais cette politique de relative neutralité n’a pas été récompensée. Les Jihadistes de l’Etat Islamique ont finalement assassiné l’un de ses leaders, Abou Khaled al-Souri – qui avait, lui-aussi, fait allégeance à Oussama ben Laden. L’assassinat était un message on ne peut plus clair : soit Ahrar el-Cham rejoint l’Etat Islamique et fait allégeance à Abou Baker al-Baghdadi, le leader de l’EI, soit ses chefs mourront assassinés.

Ahrar el-Cham a choisi de rejoindre le Front Islamique en raison de la menace de l’Etat Islamique
C’est pour résister à la montée en puissance des Jihadistes de l’Etat Islamique que la brigade Ahrar el-Cham a finalement rejoint le Front islamique soutenu par l’Arabie saoudite. 
Les combattants de ce groupe, qui ont compté jusqu’à 20 000 hommes, sont presque tous syriens. La brigade est particulièrement bien implantée à Edleb, Hama et Alep. 

La brigade Ahrar el-Cham va-t-elle disparaître ?
La question est maintenant de savoir si la brigade Ahrar el-Cham va survivre à l’élimination de pratiquement l’ensemble de sa direction. Même si de nouveaux commandants ont aussitôt été nommés. On se souvient de la disparition sur le terrain de la célèbre brigade Tawhid après l’assassinat de son chef Hajji Mareh. Le commandant de la brigade Tawhid avait été tué au cours d’un bombardement aérien et il semble bien que la cible avait été « marquée » par des espions à l'intérieur de la brigade Tawhid même, tout comme cela a forcément été le cas pour l’attaque contre l’ensemble de la direction d’Ahrar el-Cham.
La situation d’Ahrar al-Cham n'est pas catastrophique aujourd’hui. La brigade possède suffisamment de combattants ainsi que des ressources financières et militaires importantes. Elle peut donc continuer d’occuper et défendre ses positions. Mais tout dépendra de la capacité de sa nouvelle direction à conserver la loyauté des miliciens. Dans le cas où elle n’y parviendrait pas, le groupe se dispersera, les combattants rejoignant d’autres brigades du Front Islamique, ou encore les Jihadistes du Front al-Nosra ou du califat islamique.
 
Le régime syrien pourrait avoir été l’auteur de la tuerie
En effet, quelques jours plus tard, deux chefs de brigade ont échappé les 16 et 17 septembre à deux opérations séparées perpétrées contre eux. Il s’agit d’Ahmad Issa, leader de la brigade rebelle Sokour al-Cham (les aigles du Levant) et  Jamal Maarouf, chef du « Front des révolutionnaire de la Syrie ». Maarouf est un chef rebelle « modéré » et reçoit à ce titre l’aide des occidentaux au point d’avoir fait du « Front des Révolutionnaires de Syrie », l’une des brigades les mieux équipées en armement. Jamal Maarouf a échappé de justesse au triple raid aérien qui a visé son siège et la maison dans laquelle il vivait ainsi que sa famille et son assistant et un certain nombre de ses gardiens dans la localité de Sonbol. Les attaques aériennes ont complètement détruit sa maison, tuant un certain nombre des membres de sa famille et de ses assistants. Bien sûr, on rétorquera que ce n’est pas la première fois que Jamal Maarouf a échappé à une tentative d’assassinat ciblé. En 2013, il avait déjà échappé à un attentat et cette fois, le commanditaire était l’Etat Islamique (Daesh). Donc, ce n’est pas forcément la preuve que l’attentat contre Ahrar el-Cham soit l’œuvre du pouvoir syrien.

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 Jamal Maarouf

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Bon ! Mais un autre chef d’une des brigades les plus importantes de l’Armée Syrienne Libre a également péri au cours d’un raid aérien ciblé. Il s’agit d’Abou Hatem al-Dahik, le leader d’une nouvelle brigade nommée « Foi en Dieu ». Il a été tué, ce mercredi 17 septembre 2014, lors d’un bombardement de son Q.G. dans la ville de Talbissé, au nord de Homs. Il semble que dans ce nouveau cas, l’armée assadiste ait été informée par un « espion » car Dahik a été tué avec son frère et un grand nombre de ses commandants de terrain.
On a enfin appris qu’un autre chef rebelle avait été assassiné, le 17 septembre dans la soirée, de l'un des chefs militaires de la brigade "Chouhada Sinjar" ( martyrs de Sinjar). Mouhannad Mohammad al-Ariane a été tué par des inconnus, dans la localité de Maaret al-Nouman, dans la province d’Edelb. 
Curieux non ? Toutes ces attaques ciblées dont certaines sont à l’évidence l’œuvre du pouvoir de Damas !

Jean René Belliard (Auteur de Beyrouth, l'enfer de espions)

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