Iran : "Accident" dans l'installation nucléaire de Natanz, un jour après le lancement de nouvelles cascades de centrifugeuses (11/04/2021)

Un "accident" s'est produit dimanche matin dans l'usine souterraine d'enrichissement d'uranium de Natanz, dans le centre de l'Iran, mais n'a fait ni victimes ni pollution, selon l'agence Fars, qui cite le porte-parole de l'organisation iranienne de l'énergie atomique (OIEA).
etiVQU1X.jpegLe site souterrain de Natanz est la pièce maîtresse du programme d'enrichissement d'uranium de l'Iran et est surveillé par des inspecteurs de l'Agence internationale de l'énergie atomique.
Fmkl7NuW.jpegIl y a eu "un accident dans une partie du réseau électrique de l'installation d'enrichissement de Chahid-Ahmadi-Rochan", le complexe nucléaire de Natanz, où les autorités iraniennes avaient lancé la veille une quatrième cascade de centrifugeuses avancées de classe IR-2m interdites par l'accord sur le nucléaire iranien de 2015. Il n'y a "aucun blessé ni aucune pollution" à déplorer, a déclaré à Fars le porte-parole de l'OIEA, Behrouz Kamalvandi. "Les causes de l'accident font l'objet d'une enquête et de plus amples informations seront communiquées ultérieurement", a ajouté Fars en citant M. Kamalvandi.

Chef d'état major.jpegDe son côté, le journal koweïtien al-Qabas affirme qu'une explosion s'est produite dans l'installation nucléaire de Natanz le matin du 11 avril. La publication ajoute qu'il y aurait des indices qu'Israël pourrait être impliqué dans l'incident. Et comme pour faire écho à l'article du journal koweïtien, le chef d'état-major de Tsahal, en. référence à l'incident de Natanz et au torpillage du navire iranien Saviz, affrété par le Corps des Gardiens de la Révolution Islamique d'Iran (CGRI), le chef d'état-major de Tsahal a déclaré que "les actions de Tsahal à travers le Moyen-Orient ne sont pas cachées aux yeux de nos ennemis. Ils nous observent, voient nos capacités et réfléchissent attentivement à leurs prochaines étapes."

Téhéran reconnaît un acte "terroriste"
L'usine d'enrichissement d'uranium de Natanz, dans le centre de l'Iran, où les autorités ont annoncé dimanche une "panne de courant" d'origine suspecte, a été visée par un acte de "terrorisme antinucléaire", selon un communiqué officiel diffusé par la télévision d'Etat.

"La République islamique d'Iran, tout en condamnant cette action futile, souligne la nécessité pour la communauté internationale et l'Agence internationale de l'énergie atomique de faire face à ce terrorisme antinucléaire", affirme ce communiqué du chef de l'Organisation iranienne de l'énergie atomique (OIEA), Ali-Akbar Saléhi.

Le communiqué n'accuse nommément aucun groupe ou Etat pour cette attaque et ne donne aucune indication sur l'état des installations visées.

"Cette action reflète (...) l'échec des opposants aux négociations (...) pour lever les sanctions cruelles" des Etats-Unis à l'encontre de l'Iran, ajoute M. Saléhi en référence aux négociations en cours à Vienne pour tenter de faire revenir les Etats-Unis dans l'accord international de 2015 sur le nucléaire iranien et lever les sanctions imposées par Washington contre Téhéran depuis 2018. Elle montre aussi "la défaite des opposants au progrès industriel et politique du pays dans le but d'empêcher un développement éclatant de l'industrie nucléaire", juge le chef de l'OIEA.

M. Saléhi promet que son pays "continuera également de poursuivre sérieusement l'expansion de la technologie nucléaire d'une part et ses efforts pour lever les sanctions cruelles d'autre part, afin de contrecarrer les objectifs des commanditaires de cet acte terroriste". Plus tôt dimanche, le porte-parole de l'OIEA, Behrouz Kamalvandi avait annoncé qu'une "panne de courant" s'était produite dans la matinée dans l'usine d'enrichissement d'uranium de Natanz, l'un des principaux centres du programme nucléaire de la République islamique, où avaient été lancées la veille de nouvelles cascades de centrifugeuses interdites par l'accord sur le nucléaire iranien de 2015.

Début juillet 2020, une usine d'assemblage de centrifugeuses perfectionnées avait été gravement endommagée par une mystérieuse explosion. Les autorités avaient conclu à un "sabotage" d'origine "terroriste" mais n'ont pas encore fait connaître les résultats de leur enquête. Le chef de l'Organisation iranienne de l'énergie atomique, Ali Akhbar Salahi, avait annoncé la construction d'une installation souterraine à Natanz en août 2020 pour remplacer l'atelier de centrifugeuses endommagé lors de l'explosion, nécessaire à l'enrichissement de l'uranium. En octobre, l'AIEA a confirmé que la construction avait commencé, mais il a ensuite été dit que, selon les experts, cela prendrait beaucoup de temps.

Plus d'informations à propos de l'explosion du 2 juillet 2020
Le 2 juillet 2020, une explosion avait retenti sur l'installation nucléaire de Natanz. A l'époque, les autorités iraniennes avaient affirmé qu'il n'y avait pas eu de victimes. Quelques jours plus tard, l'édition américaine du New York Times publiait un article intitulé "L'Iran admet de graves dommages à l'installation nucléaire de Natanz". Le sous-titre de l'article ajoutait: "Un officier du renseignement du Moyen-Orient a déclaré qu'Israël avait posé une bombe dans un bâtiment où des centrifugeuses avancées étaient en cours de développement." Les auteurs de la publication étaient le journaliste américain d'origine iranienne Farnaz Fassihi, considéré comme l'un des plus grands experts du Moyen-Orient, le journaliste américain d'origine cubaine Richard Perez-Peña, et l'Israélien Ronen Bergman, un grand expert du renseignement israélien, auteur de plusieurs livres et de nombreux articles sur ce sujet. Selon l'article, l'explosion et l'incendie de la principale installation d'enrichissement du combustible nucléaire iranien avaient non seulement causé des dommages importants, mais aussi ralenti le programme nucléaire iranien pendant plusieurs mois. Un porte-parole bien informé des structures de renseignement de l'un des pays du Moyen-Orient avait déclaré au New York Times que la responsabilité de ce sabotage incombait à Israël. Il avait également affirmé qu'une puissante bombe avait été posée sur l'enceinte de Natanz. Comme l'a écrit le NYT, la version de l'explosion d'une bombe a également été confirmée par l'un des représentants du Corps des gardiens de la révolution islamique, qui s'est exprimé sous couvert d'anonymat. À son tour, l'édition koweïtienne de "Al-Jarida" a affirmé que l'explosion à Natanz était le résultat du travail de pirates israéliens, et le service persan de la chaîne de télévision BBC a parlé de la responsabilité de cette attaque par un certain groupe clandestin "Cheetahs de la patrie ". Cependant, le CGRI a rejeté la version de la cyberattaque. Plus tard, la principale version officielle était le sabotage, pour lequel des employés de l'usine auraient été impliqués.

Le président Rohani avait inauguré, le 10 avril 2021 le nouvel atelier de centrifugeuses avancées au mépris des négociations pour relancer l'accord international sur le nucléaire iranien
Le président Hassan Rohani avait inauguré à distance samedi 10 avril 2021 la nouvelle usine d'assemblage de centrifugeuses de Natanz en même temps qu'il donnait l'ordre de mettre en service ou de tester trois nouvelles cascades de centrifugeuses. Ces nouvelles centrifugeuses offrent à l'Iran la possibilité d'enrichir plus vite et en plus grande quantité de l'uranium, dans des volumes et à un degré de raffinement interdits par l'accord conclu en 2015 à Vienne entre la République islamique et la communauté internationale.

Les Etats-Unis avaient dénoncé cet accord unilatéralement en 2018, rétablissant dans la foulée les sanctions américaines qui avaient été levées en vertu de ce pacte. En riposte, l'Iran s'est affranchi, depuis 2019, de la plupart des engagements clés qu'il avait pris à Vienne pour restreindre ses activités nucléaires. Mais des discussions sont en cours à Vienne entre la République islamique et les autres Etats parties à l'accord de 2015 (Allemagne, Chine, France, Grande-Bretagne et Russie) sur la façon de réintégrer les Etats-Unis au sein de ce pacte conclu dans la capitale autrichienne.

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