Irak : Démonstration de force des pro-Iraniens en armes à Bagdad (25/03/2021)

Des dizaines de pick-ups remplis d'hommes cagoulés et armés ont défilé jeudi 25 mars 2021 dans les rues de Bagdad. Il s'agit d'une nouvelle démonstration de force des pro-Iraniens face au Premier ministre Moustafa al-Kazimi qui vient de proposer de reprendre le "dialogue" avec Washington.

Juchés sur les véhicules kakis, cagoule siglée "Rabaa Allah", la "clique de Dieu" en dialecte irakien, ces hommes brandissaient des portraits de M. Kazimi - qui passe pour plus pro-Américain que son prédécesseur - ou d'autres officiels ornés de marques de semelles les ayant piétinés, en signe d'insulte. Rabaa Allah est le dernier né - et le plus puissant - des groupes pro-Iraniens d'Irak. Il est, selon les experts, le faux-nez des brigades du Hezbollah, une faction préexistante et intégrée à l'Etat, qui lui permet de s'en prendre aux autorités sans toutefois risquer d'être sanctionnée.

Cette démonstration de force -qui n'est pas rare en Irak, le leader chiite Moqtada Sadr en ayant mené une similaire début février- intervient dans un contexte politique et économique tendu. Mardi, un responsable gouvernemental irakien a annoncé que Bagdad avait officiellement réclamé un nouveau "dialogue stratégique" à l'administration de Joe Biden, comme cela avait été le cas sous celle de Donald Trump. Bagdad et Washington doivent notamment revenir sur la question des 2.500 soldats américains postés en Irak et dont les parlementaires ont voté l'expulsion il y a plus d'un an. Aucune date n'a jusqu'ici été fixée et les négociations seront probablement virtuelles en raison du Covid-19.

Jeudi, le communiqué lu par un combattant de Rabaa Allah cagoulé expliquait: "nous avons sorti nos hommes et nos fusils pour envoyer un message de menace (...) à l'occupant américain et au gouvernement (irakien) collaborateur". 

Le groupe armé appelle en outre le Parlement à regonfler la valeur du dinar et à voter le budget au plus vite, alors que les négociations achoppent toujours sur la question des conditions d'attribution au Kurdistan de sa part du budget fédéral. Le Parlement doit voter samedi le budget 2021 et la question du taux de change par rapport au dollar est cruciale pour le pays qui traverse sa pire crise économique et dont le dinar a récemment perdu 25% de sa valeur. Elle l'est plus encore pour les groupes pro-Iraniens car Téhéran, étouffé par les sanctions américaines, voit de longue date son voisin comme un pourvoyeur de devises. Rabaa Allah s'est déjà illustré par d'autres coups de force à Bagdad, comme l'incendie d'une télévision, du siège d'un parti kurde ou par des explosions et raids punitifs contre des vendeurs d'alcool.

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