Liban : Le Tribunal pour le Liban n'a pas vu de preuves de l'implication de la Syrie et du Hezbollah dans l'assassinat d'Al-Hariri" (19/08/2020)

Le TSL a rendu son jugement hier à 16h30, au terme d’une longue audience qui s’explique par la volonté des magistrats d’argumenter le verdict qui expose en détail le contexte dans lequel l’assassinat avait été commis et les motifs de cet acte. Le tribunal évoque l’appartenance des accusés au Hezbollah mais n'a vu aucune preuve permettant d’établir un « lien direct » entre l’attentat et la Syrie ou le Hezbollah.
Le Hezbollah avait précédemment déclaré ne pas s'inquiéter des éventuelles conclusions de l'enquête.

Seul Salim Ayache, membre du Hezbollah, est formellement reconnu coupable
Les accusés dans cette affaire étaient quatre militants du Hezbollah: Hussein Hassan Oneisi, Salim Jamil Ayyash, Hassan Habib Merhi et Assad Hassan Sabra. Tous sont jugés par contumace. Le verdict devait être prononcé début août, mais l'audience avait été reportée en raison de la tragique explosion dans le port de Beyrouth.

Au bout de six ans de procès, le seul à avoir été reconnu coupable était le principal suspect dans l’affaire, Salim Ayache, 56 ans, condamné par contumace pour son rôle dans l’attentat-suicide du 14 février 2005 au cours duquel Rafic Hariri et 21 autres personnes, dont l’ancien ministre Bassel Fleyhane, avaient été tués.

« La chambre de première instance du Tribunal spécial pour le Liban déclare M. Ayache coupable au-delà de tout doute raisonnable en tant que coauteur de l’homicide intentionnel de Rafic Hariri avec préméditation. » « Il est coupable de perpétration d’un acte de terrorisme au moyen d’explosifs, d’homicide intentionnel de 21 personnes avec préméditation et de tentative d’homicide intentionnel de 226 personnes avec préméditation », a ajouté le juge David Re.

Il n’y avait pas suffisamment de preuves pour condamner les trois autres suspects, Hassan Merhi, Hussein Oneïssi et Assaad Sabra. Les deux derniers étaient notamment poursuivis pour avoir enregistré une fausse cassette vidéo qui revendiquait le crime au nom d’un groupe fictif.

Quant à Hassan Merhi, il faisait également face à plusieurs chefs d’accusation, tels que complicité de perpétration d’un acte de terrorisme et complot en vue de commettre cet acte. « La chambre de première instance n’a pas été en mesure de conclure que toutes les personnes impliquées dans la surveillance de M. Hariri avaient participé sciemment au complot allégué », a annoncé le TSL. « Toute personne impliquée dans la surveillance de M. Hariri avant le 14 février 2005 à l’aide de téléphones mobiles qu’elle avait l’ordre de jeter ou de remettre à quelqu’un chargé de le récupérer se serait rendu compte, à tout le moins après l’explosion, que l’activité de surveillance était liée à l’attentat. Donc seules des personnes de confiance pouvaient être assignées à une telle tâche », a souligné la juge Micheline Braidy. « L’on peut donc déduire que les personnes impliquées dans le complot avaient un point commun, à savoir l’appartenance à une organisation très soudée, dans laquelle des participants de confiance » se voyaient déléguer des tâches, a-t-elle ajouté.

Un assassinat politique
L’assassinat de Rafic Hariri était « un acte politique perpétré par des personnes dont les activités étaient menacées par celles de Hariri », ont déclaré les juges lors de la lecture du verdict, à Leidschendam, près de La Haye (Pays-Bas), où est basé le TSL. L’acquittement des trois accusés Hassan Habib Merhi, 54 ans, Hussein Oneïssi, 46 ans, et Assaad Sabra, 43 ans, ôte au Hezbollah un argument de taille qu’il mettait en avant pour dénigrer l’action du TSL : il l’accusait d’être politisé et instrumentalisé et affirme toujours ne pas le reconnaître. La condamnation de Ayache pèse toutefois sur la formation chiite.

A noter que de nombreux experts ne doutent pas de l'implication Hezbollah et des services spéciaux syriens dans l'élimination du politicien anti-syrien le plus populaire au Liban. A leur avis, ils craignaient pour leur influence dans le pays. La réponse à la tentative d'assassinat a été la soi-disant «révolution du cèdre», à la suite de laquelle le Liban a cessé d'être un protectorat officieux de la Syrie. Le fils d'Al-Hariri, Saad, a dirigé le camp pro-occidental et est devenu Premier ministre à trois reprises.

 

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