10 décembre 2014 – Nouvelles des guerres du Moyen Orient (10/12/2014)

Les Iraniens de la force al-Qods, les forces spéciales iraniennes, les brigades chiites irakiennes et le Hezbollah libanais se retrouvent de plus en plus côte à côte sur les champs de bataille du Moyen Orient.

Front irakien

Bataille de Tikrit
Neuf miliciens chiites ont été tués mercredi 10 décembre dans une attaque suicide à la voiture piégée contre un groupe de combattants chiites à une vingtaine de kilomètres au sud de Tikrit, ville tenue par le groupe jihadiste Etat islamique (EI).
Neuf miliciens ont été tués et 13 autres personnes blessées, dont cinq civils selon un premier bilan.
Des opérations conjointes de l'armée irakienne, des combattants kurdes et de milices chiites ont, avec le soutien iranien, permis de déloger les jihadistes de certaines positions dans l'Est irakien.
Les jihadistes, qui contrôlent, outre Tikrit et plusieurs secteurs autour de Samarra, ont depuis lancé de nombreuses attaques autour de ces deux villes pour maintenir la pression sur les forces pro-gouvernementales.

Falloujah
Les avions américains ont bombardé une place de marché à Falloujahn, une place forte sunnite, tuant 10 civils :
La vidéo a été mise en ligne mais est trop terrible pour être montrée.

Front syrien

La diplomatie russe pourrait imposer un règlement politique en Syrie
Le président syrien, Bachar el-Assad, doit se rendre en visite à Moscou juste après le nouvel an. Le président russe, Vladimir Poutine, tient à lui présenter le plan irano-russe destiné à mettre un terme à la guerre civile syrienne.
Le plan voudrait que Bachar el-Assad renonce à certaines de ses prérogatives. Il lui sera demander d’ouvrir un dialogue avec ses opposants d'abord à Moscou ensuite à Damas.
Le journal libanais ss-Safir croit savoir que les opposants qui pourraient dialoguer avec Assad seraient l'ex chef de la coalition de l'opposition syrienne, Moaz al Khatib, Hassan Abdel Azim, membre de la délégation pour la coordination des opposants et son compagnon, Ghadri Jamil, ainsi que 12 partis kurdes syriens et des partis islamistes qui n'ont pas de rapport ni avec Daech ni avec le Front al-Nosra (al-Qaïda en Syrie).
Les pourparlers entre Assad et ses opposants devraient déboucher sur la formation d'un gouvernement dirigé par Moaz al Khatib, dont la plupart des membres appartiendrait à l'opposition anti-Assad. Ceci exige au préalable un amendement de la constitution et l’organisation de nouvelles élections législatives.
On croit savoir qu’Assad exigerait le contrôle du ministère de la Défense.
Le plan irano-russe prévoit également la réintégration de certains des officiers rebelles de l'ASL dans les rangs de l'armée arabe syrienne.

Une coalition régionale contre Daech sous l’égide de la Russie
Une fois réglé le problème politique en Syrie par la mise en place d’un gouvernement d’union entre certaines forces de l’opposition et le pouvoir syrien, la Russie s’imagine passer à une seconde phase. Celle de la création d’une coalition entre l’Iran, l’Irak et la Syrie pour intensifier la lutte contre Daech tout en mettant un terme à un renouveau de la présence américaine dans la région.
Les trois pays sont prêts à accepter toute nouvelle initiative destinée à renforcer leur coopération pour faire face aux défis régionaux et internationaux. Les ministres des AE de ces trois pays se trouvent actuellement à Téhéran où ils participent à la conférence internationale consacrée à l'extrémisme et à la violence.
Ils pourraient en profiter pour jeter les bases d'une coalition destinée à répondre à la situation politique et militaire qui ne cesse de se compliquer dans la région. Les bases d'un partenariat militaire entre ces trois pays ont été déjà jetées.
Le ministre syrien des AE, Moallem, s'est entretenu mardi 9 décembre, dès sa descente d'avion, avec son homologue iranien pour évoquer les formes d’une coopération future sur le plan sécuritaire. Il a déclaré : " l'Iran soutient à la fois la Syrie et l'Irak et nous savons qu'une synergie totale avec l'Irak est nécessaire si la Syrie souhaite venir à bout du terrorisme". 
La Russie a signifié son intention de soutenir une telle coalition régionale, tout en précisant qu’elle sera destinée à lutter contre les Jihadistes de Daech.

La bataille d’Alep
L’une des batailles les plus décisives de la guerre civile qui ravage la Syrie, est en train de se dérouler à Alep dans l’indifférence générale, tant les yeux de l’Occident sont braqués sur la lutte contre l’Etat Islamique.
Et pourtant, le résultat de la bataille aura des conséquences majeures pour l’évolution des conflits qui ensanglantent le Moyen orient tout entier.
L’Iran et la Turquie ne s’y sont pas trompés. Chacune des deux puissances régionales ont mis tout leur poids dans la balance. La force al-Qods, les forces spéciales des Gardiens de la révolution iranienne, participent physiquement aux combats du côté de l’Armée Arabe Syrienne tandis que des officiers turcs participent à la planification de la bataille dans l’autre camp. On rapporte que le général Qassem Soleimani, le commandant de la Force al-Qods, était à Alep au début de Juin 2014. Et c’est lui qui aurait supervisé le plan pour reprendre la ville. La mise en œuvre du plan a été légèrement retardée en raison de la brutale et soudaine offensive de l’Etat Islamique contre Mossoul et la saisie d'une grande partie du territoire irakien. Mais l’offensive a repris deux mois plus tard, en août 2014 pour être précis.
Le gouvernement syrien a dépêché des renforts considérables de Homs et de la banlieue de Damas, ainsi que de Sayyeda Zeinab, le sanctuaire chiite défendu par des Iraniens, des Irakiens des Brigades Abou Fadl al-Abbas et le Hezbollah libanais.
1 500 combattants supplémentaires ont été acheminés pour la défense des localités Nubl et Zahra.
Pendant ce temps, le Front al-Nosra et le Front islamique, ainsi que les Brigades Ahrar al-Sham et al-Tawhid ont envoyé des renforts d’Edlib, Tal Rifaat, Andan et Hraytan. Le nombre total de combattants de chaque côté est estimé entre 4 et 5000.
Les deux parties essayent d’obtenir des gains décisifs sur le terrain. L’AAS, le Hezbollah, les Irakiens des Brigades Abou Fadl al-Abbas et les Iraniens de la Force al-Qods veulent s’emparer de la localité de Bashkawi et ouvrir la route jusqu’aux localités chiites de Nubl et Zahra, encerclées depuis des mois par les rebelles. Cela permettrait d’encercler complètement Alep.
De leur côté, les brigades rebelles cherchent à s’emparer de Nubl et Zahra afin de contrôler la route internationale qui relie les zones rebelles d’Alep à la Turquie. Les civils chiites de Nubl et Zahra seraient alors utilisés comme monnaie d'échange pour forcer une retraite ou une sorte de compromis avec le pouvoir de Damas.
C’est pour cette raison que les rebelles ont lancé une série d'attaques pour reprendre Handarat, renforcé leur présence dans Bashkawi, une localité perchée en hauteur et qui domine le champ de bataille. Les rebelles ont également ouvert un nouveau front au sud de Zahra, plus précisément contre la localité de Jamaiyyet Zahra. Elle est solidement contrôlée par l’AAS. On y trouve les féroces services de renseignement de l’armée de l’air, et plus de 10 postes des renseignements militaires et de sécurité de l'Etat. Le but de l’offensive rebelle est de retarder l’avance de l’AAS vers Nubl et Zahra et de soulager la pression sur Bashkawi.
Le Front al-Nosra et le Front Islamique ont également lancé une puissante attaque contre le village de Bayanoun, le plus proche des localités chiites de Nubl et Zahra. Ils ont réussi à prendre le contrôle de la zone Maamil. De féroces batailles se déroulent également autour de la position stratégique de Jamaiyyet al-Joud. Le contrôle de cette position située à l’ouest de la route internationale permettrait de sécuriser l'approvisionnement des zones rebelles d'Alep.
Le Front Nusra a lancé, la semaine dernière, une voiture suicide bourrée d'explosifs pour attaquer Jamaiyyet al-Joud mais elle a été repérée alors qu’elle s’approchait et détruite par l’artillerie des miliciens chiites de Nubl et Zahra alors qu’elle ne se trouvait plus qu’à environ 300 mètres. Son explosion a quand même tué près de 15 personnes et complètement détruit six bâtiments à Jamaiyyet al-Joud, la première ligne de défense qui est constituée par 30 bâtiments au total.
Les soldats de l’AAS et les Iraniens ne sont pas en reste. Ils ont lancé une grande offensive au nord d’Alep, cherchant à  prendre le contrôle des villes de Saifat et Doueir, à seulement six kilomètres de Nubl et Zahra. Dimanche 7 décembre, des milliers de combattants chiites de Nubl et Zahra, des combattants des Brigades irakiennes Abou Fadl al-Abbas et des membres du Hezbollah se sont rassemblés à al-Mafariq al-Thalatha (les trois jonctions) pour lancer une attaque sur la ville stratégique de Bashkawi. La prise de Bashkawi ouvrirait la route d’Alep à Nubl et Zahra et permettrait de lever le siège de ces deux villes chiites. Il ne resterait plus que la ville de Bayanoun pour réaliser cet objectif. Mais si Bashkawi tombe, Bayanoun sera militairement indéfendable. Les forces rebelles retranchées à Alep seraient alors coupées du monde extérieur et contraintes à la reddition.
Comme on le voit, les deux adversaires vont mettre tout leur poids dans la bataille, car Il s’agit pour chacun d’eux d’une lutte à la vie à la mort. Le sort des armes aura des conséquences considérables sur le rôle de l’Iran ou de la Turquie dans la région.

Bataille de Deir ez-Zhor : Une autre mauvaise journée pour les jihadistes de l’EI
Le mercredi 10 décembre a été une autre mauvaise journée pour les Jihadistes de l’Etat Islamique . La 104ème brigade aéroportée de la Garde Républicaine a encore repoussé une nouvelle offensive jihadiste contre l’aéroport militaire de Deir ez-Zhor.
La 104ème brigade aéroportée, dirigée par le général Issam Zahreddine, a également poursuivi ses opérations de ratissage sur l’île de Sakr (Hajiwa Sakr). La brigade a détruit deux Humvees armés pris à l’armée irakienne par les Jihadistes en Irak et un bulldozer qu’elle a ramené dans ses positions. Plus de 70 Jihadistes auraient été tués sur l'île Sakr au cours des 3 derniers jours.
Le commandement de l’Etat Islamique aurait ordonné à ses forces de se retirer du quartier Al-Jafra face aux attaques répétées de l’AAS et des Forces de défense nationale (FDN). L'AAS et les FDN ont également poursuivi leur contre-offensive dans le quartier Al-Mari'yyah, tuant des dizaines de Jihadistes et reprenant plusieurs positions.

Israël

Grave incident en Cisjordanie – Un ministre palestinien succombe
Un ministre palestinien a été tué mercredi 10 décembre après avoir été violemment frappé par des soldats israéliens lors d'une manifestation en Cisjordanie.
Ziad Abou Eïn, en charge du dossier de la colonisation au sein de l'Autorité palestinienne, est décédé après avoir été frappé au torse à coups de poing et de crosse de fusils par des soldats israéliens lors d'une marche de protestation contre la colonisation dans le village de Turmus Ayya, près de Ramallah.
Le responsable palestinien faisait partie de quelque 300 manifestants qui voulaient planter des oliviers, ce qui est interdit par les autorités israéliennes. C’est alors qu’ils étaient interceptés par les soldats israéliens que des échauffourées ont éclaté.
Selon une correspondante de la télévision RT, Abou Eïn se serait effondré, sans doute asphyxié par l'inhalation de gaz lacrymogènes, après avoir été frappé. 

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M. Abbas a condamné "l'attaque brutale qui a provoqué la mort" de Ziad Abou Eïn, "tombé en martyr". C'est un "acte barbare qui ne peut être ni accepté ni toléré", a-t-il affirmé, selon l'agence officielle WAFA. Le chef de l'Autorité palestinienne a interrompu la coopération sécuritaire avec "Israël" et décrété trois jours de deuil.
"Israël va payer le meurtre de Ziad", a pour sa part déclaré le ministre palestinien des Affaires étrangères, Ryad al-Maliki.
La Jordanie a dénoncé "un crime de plus sur la liste des crimes israéliens répétés contre le peuple palestinien sans défense". L’'Union européenne s’est contentée de réclamer une enquête "immédiate" et "indépendante" sur les circonstances de la mort.

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Jihadisme international

Plusieurs voix aux Etats-Unis tirent la sonnette d’alarme sur la dangerosité de l’Etat Islamique
"L'EI est la réincarnation du pire cauchemar de l'Amérique" a estimé Bruce Riedel, ancien haut responsable de la CIA, membre du centre de réflexion Brookings, au cours d'une conférence intitulée : "Al Qaïda et ses héritiers", qui s’est tenue à Washington le mardi 9 décembre 2014.
"Cette guerre en Irak dont le peuple des Etats-Unis, le gouvernement des Etats-Unis voulaient tellement sortir, eh bien nous y sommes à nouveau mêlés".
"Pire", a-t-il ajouté, "nous reprenons part à un conflit sans savoir comment il va finir. Cette administration (américaine) a sagement omis de préciser un scénario de fin de conflit, parce qu'elle n'en a pas (...). Cette guerre est la réincarnation de l'un des hommes les plus malfaisants de la précédente décennie: le Jordanien Abou Moussab al-Zarkaoui. Il avait fondé Al Qaïda en Irak en 2003, il représente l'essence de l'EI. C'est comme si nous avions à faire à son zombie, revenu d'entre les morts".
John McLaughlin, ancien numéro deux de la CIA, aujourd'hui enseignant à l'université Johns Hopkins, affirme, lui, que "la bête EI grossit sans cesse. D'après ce que nous savons, les volontaires continuent à la rejoindre. Si, comme certains rapports en font foi, ils arrivent au rythme de mille par mois, cela fait 12.000 sur un an. Donc une force de 30 à 50.000 hommes. De notre côté, nous allons entraîner quelque 5.000 hommes pour les combattre en Syrie... Faites le calcul. Nous n'allons pas vers une bonne situation".
McLaughlin ne croit pas que l’entrée en guerre de l’armée de l’air américaine suffira à vaincre les Jihadistes de l’EI.
"Ce n'est pas le genre de problème que vous pouvez régler depuis les airs", affirme John McLaughlin. "Cela a permis de les affaiblir, tant qu'il y avait des cibles à bombarder. Mais il y en a de moins en moins. Nous ne parviendrons pas à régler ce problème sans des hommes au sol. Nous allons avoir besoin d'une armée irakienne forte et d'une composante terrestre, d'une forme ou une autre".
Pour Bruce Hoffman, de l'université Georgetown, "nous sommes déjà dans le pire des scénarios". "Il y a deux ou trois ans, la victoire stratégique sur Al Qaïda semblait proche. Mais, au cours de l'année écoulée, ils se sont développés. L'Etat islamique se présente comme le vrai héritier des fondateurs d'Al Qaïda. La prochaine étape, c'est leur expansion dans la région, dans des zones comme le nord du Liban".
Et Bruce Hoffman avertit les pays occidentaux :
   "Ces menaces ne sont pas dirigées contre l'Occident, mais elles le seront". "Déjà des cellules, des groupes terroristes les rejoignent. C'est le même phénomène de franchises qui a facilité l'expansion d'Al Qaïda. Cela va internationaliser ce mouvement. Leur message aux Occidentaux est: Combattez-nous, et nous nous aguerrissons et nous renforçons. Ignorez-nous, nous allons croître et nous développer".
"A ce stade", prévient Bruce Riedel, "les services de renseignement n'ont pas la preuve qu'ils préparent une grande attaque terroriste. Mais à un certain moment, ils le feront probablement. Et ils inspirent déjà des loups solitaires en Occident, comme on l'a vu au Canada il y a deux mois".

Un Franco-algérien commet un attentat suicide en Irak
Un Franco-algérien, portant le nom de guerre d’Abou Anas al-Fransi, a perpétré un attentat-suicide à Samarra, en Irak :

Abou Anas al-Fransi.jpgAbou Anas al-Fransi

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Jean René Belliard
 

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