Ambassade des Etats-Unis

  • Liban : Retour sur l'histoire : 20 septembre 1984 - Attentat contre la nouvelle ambassade américaine à Awkar

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    (Extrait de "Beyrouth, l'enfer des espions")

    Une voiture piégée explose, le 20 septembre 1984, devant  la nouvelle annexe de l’ambassade américaine située à Awkar, à 20 kilomètres de Beyrouth. Le nombre des victimes s’élève à 23 morts, dont deux Américains et 96 blessés, parmi lesquels les ambassadeurs américain et britannique. Les Américains déplaceront leur ambassade une nouvelle fois. Ils occuperont une villa de deux étages située à une centaine de mètres de l’annexe détruite. La villa a été choisie car elle peut être protégée plus facilement. Les 10 hectares de terrain qui l’entourent sont truffés de barbelés, bunkers, miradors et entourés de tranchées bordées de sacs de sable. Les murs de l’ambassade sont recouverts de plaques de blindage de 30 centimètres d’épaisseur, supposées protéger le bâtiment des tirs de roquettes. On a installé sur le toit des écrans anti-roquettes. L’ambassade a recruté plus de 600 gardes locaux, ce qui constitue la quatrième milice du Liban par ordre d’importance. « En règle générale, seul l’ambassadeur s’aventurait au-dehors et seulement escorté d’un convoi de 12 voitures toutes sirènes hurlantes, les gardes tirant en l’air pour dégager la route. Le véhicule le plus impressionnant était la Chevrolet blindée équipée d’une mitrailleuse calibre 50. Le soldat qui la manœuvrait gardait en permanence le doit sur la détente. »  
    Les autres gouvernements occidentaux préfèrent se tourner vers Damas pour assurer la protection de leur représentation diplomatique. François Mitterrand montrera le chemin en se rendant en visite officielle dans la capitale syrienne, les 25 et 26 novembre 1984. 
    Daniel Rondeau explique : « Mitterrand était allé à Damas serrer la main de l’homme qui avait fait assassiner Louis Delamare, son représentant personnel à Beyrouth. Je sais que c’est un raccourci d’oser dire : il est allé serrer la main de son assassin. Mais l’Orient compliqué, qui a le sens des signes et même parfois celui des raccourcis, l’avait dit avant moi. »
    Mitterrand devait être très mal à l’aise. Ceci explique sans doute pourquoi la presse était interdite à l’aéroport de Damas pour l’arrivée du président français. 
    Daniel Rondeau relate également un échange de propos entre Mitterrand et le patriarche grec orthodoxe de Syrie, Ignatios IV Hazim. Celui-ci lui explique : « Votre rôle, monsieur le président de la République française, c’est d’aider à sauver le Liban. Le sort des chrétiens de tout l’Orient est lié au sort des chrétiens du Liban. »
    Ce à quoi, Mitterrand répondra : « En ce qui concerne le Liban, vous avez la Syrie. » (sous-entendu, c’est au pouvoir syrien d’assurer la protection des chrétiens du Liban).

  • Liban : Il y a 38 ans, le 18 avril 1983, un attentat suicide visant l’ambassade des Etats-Unis faisait 63 morts, dont 17 américains

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    (Extrait de "Beyrouth, l'enfer des espions") :

    Le 18 avril 1983, à 13 heures 03, une camionnette Chevrolet bourrée d’explosifs vient se faire exploser dans l’enceinte de l’ambassade des Etats-Unis à Beyrouth Ouest. Le bâtiment de l’ambassade est complètement détruit et on retrouvera les restes de 63 personnes, dont 17 Américains. 

    Robert Aymes, le responsable de la CIA pour le Moyen-Orient au siège de Langley se trouve parmi les victimes. Il était à Beyrouth pour quelques jours. Robert avait été le premier Américain de la CIA à entrer en contact avec l’OLP. On l’identifia grâce à son alliance. Le chef de station de la CIA, dont c’était le premier jour d’entrée en fonction, sa femme et six officiers de la CIA se trouvaient parmi les victimes, ainsi que sept fonctionnaires du personnel de l’ambassade. Trois organisations, dont le « Jihad islamique », revendiqueront la responsabilité de l’attentat.

    Les experts auront toutes les peines du monde à identifier l’explosif. En fait, ils n’en retrouvèrent aucune trace dans les décombres, ni Semtex, ni RDX, ni C-4. Ils finiront par déceler quelques traces de tétranite de pantaérythrol (PETN). L’hypothèse la plus plausible est que l’explosif principal avait été plongé dans des réservoirs d’acétylène à moitié pleins, ce qui, non seulement augmentait la puissance de l’explosion, mais faisait également disparaître le dispositif et le corps du kamikaze. On a identifié la camionnette grâce à un morceau du châssis et son numéro d’identification. La CIA identifia le premier acheteur, un texan ! On découvrit ensuite que le véhicule avait été transporté dans le Golfe persique. 

    La CIA commence une enquête minutieuse, puis, après avoir longtemps pataugé, décide d’abandonner les recherches. Un membre de la CIA, ignorant les ordres de sa hiérarchie, parvient à identifier, après une longue recherche et beaucoup de chance, les acteurs du drame : le chauffeur est Mohammed Hassuna. La maison natale des Hassuna, un nom de famille peu courant au Liban, se trouvait à Ouzaï, un quartier voisin de l’aéroport international et contrôlé par les milices chiites. L’objectif de l’attentat était naturellement l’ambassadeur américain au Liban, John Habib. Pour s’assurer de sa présence dans les locaux de l’ambassade, les terroristes ont réussi à faire engager l’un des leurs comme garde à l’entrée et ce, quelques mois avant l’attentat. Il s’agit de Mohammed Na’if Jada, un Palestinien. Comment se fait-il que Jada ait été recruté par l’ambassade américaine ? Jada est membre du Fatah avec le grade de lieutenant. C’est Azmi Sughayr, son chef au sein du Fatah, qui lui a ordonné de trouver un emploi à l’ambassade. Pour y parvenir, il obtient la concession d’un étal sur la corniche de la mer, face au bâtiment américain et noue des relations amicales avec les Marines chargés de la garde et qui venaient se ravitailler à son commerce. Jada trouve d’abord un emploi chez les Marines avant de prendre celui de gardien de l’ambassade. La mission de Jada est de prévenir un véhicule Mercedes vert qui fait la navette régulièrement sur la corniche en passant devant l’ambassade. Les lieutenants de Sughayr, qui coordonnent l’opération, ont informé Jada qu’ils préparent quelque chose pour effrayer Habib. Au matin du 18 avril 1983, un garde apprend à Jada que l’ambassadeur se trouve à son bureau. C’était une erreur. Habib était absent. Jada sort devant l’ambassade et fait un signe à la Mercedes verte au moment où elle passe. 

    « Il est 12 heures 43 lorsque le chauffeur de la camionnette Chevrolet aperçut en face de la mosquée d’Aïn Mreissé la Mercedes verte », raconte Robert Baer, agent de la division des opérations clandestines de la CIA. Il reconnaît les deux hommes à l’intérieur pour les avoir quittés quelques heures plus tôt. La Mercedes fait trois appels de phare, comme convenu, pour indiquer que l’ambassadeur Habib est présent dans les locaux de l’ambassade. Le chauffeur de la camionnette démarre et se fraye un chemin au milieu des voitures nombreuses à cette heure. Il ralentit à proximité de l’ambassade pour trouver une brèche entre les voitures qui circulent en sens inverse. 

    Ayant repéré un intervalle, il met le pied au plancher et lance sa camionnette en direction de l’entrée de l’ambassade. Les gardes n’ont pas le temps de faire feu, mais ils comprennent immédiatement ce qui les attend et se jettent par terre. La camionnette, poursuivant sa lancée, escalade l’escalier menant au hall d’entrée. L’explosion a lieu à 13 heures 03 et elle est gigantesque. Les vitres des immeubles sont brisées à des kilomètres à la ronde. L’onde de choc atteint même le croiseur américain Guadalcanal qui mouille à huit kilomètres au large. Les sept étages de l’ambassade sont projetés à plus de cent mètres de hauteur. 

     

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  • Liban : Date anniversaire - 23 octobre 1983 - Attentats contre les troupes américaines et françaises à Beyrouth

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    (Extrait de "Beyrouth, l'enfer des espions")

    Le quartier général du contingent américain, situé près de l’aéroport international, est attaqué par un camion suicide le 23 octobre 1983, peu après le lever du jour, à 6 heures 10. Une sentinelle, le Lance corporal Eddie DiFranco, voit un camion Mercedes jaune passer devant lui à grande vitesse et se précipiter vers l’immeuble de quatre étages abritant le quartier général du Beirut Battalion Landing Team (B.B.L.T.). Ce que le caporal ne sait pas c’est que le camion transporte six tonnes d’explosifs. DiFranco dira plus tard que le Kamikaze l’a regardé avec un sourire. L’explosion est gigantesque. Elle fera 241 morts et 60 blessés parmi les Marines. Le colonel Geraghty qui était dans son bureau en sort indemne mais ne peut que constater la disparition de son Quartier Général. Les secours s’organisent aussitôt, mais le travail doit être interrompu plusieurs fois car des francs-tireurs ouvrent le feu à partir du quartier chiite de Hay es-Salaam.
    Le Mossad avait eu vent qu’un attentat était en préparation contre les troupes américaines à Beyrouth. Il aurait normalement dû transmettre l’information à la CIA. Gordon Thomas révèlera qu’une réunion avait bien eu lieu au QG du boulevard du Roi-Saül, mais l’Etat-major du Mossad reçut l’ordre suivant : « Faisons le nécessaire pour que nos hommes surveillent le camion. Quant aux Yankees, on n’est pas là-bas pour les protéger. Ils peuvent bien s’en charger eux-mêmes. »
    Viktor Ostrovski, un ancien agent israélien rapportera la réaction laconique des dirigeants du Mossad après l’attentat : « Ils ont voulu fourrer leur nez dans le merdier libanais. Ils en paient le prix. »

    Les parachutistes français ont entendu le bruit de l’explosion qui a détruit le QG américain. Ils occupent un immeuble de 8 étages près de Jnah qu’ils ont baptisé « le Drakkar ». Le bâtiment avait hébergé auparavant les hommes de Rifaat el-Assad, le frère du président syrien. L’immeuble est protégé de sacs de sable. Des barrages ont été dressés pour en protéger les accès et renforcés par des armes antichars et des mitrailleuses. Le détachement français ne comprend plus, ce jour-là, que 70 hommes. Deux sections ont été détachées à la Résidence des Pins, l’ambassade de France, deux jours plus tôt, soit le 21 octobre. Les soldats appartiennent principalement au premier RCP (régiment de chasseurs parachutistes). Quelques éléments font partie d’un autre régiment, le neuvième RCP. Ils ont pour mission de patrouiller dans les quartiers situés sur l’axe Beyrouth-Damas et de protéger la population civile. Les parachutistes se sont levés à 5 heures 30. La section s’apprête à prendre le petit déjeuner. Les patrouilles se préparent. L’adjudant-chef Omer Marie Magdeleine (36 ans)  passe à 6 heures l’inspection des patrouilles et des sentinelles. Il donne, à 6 heures 05, l’ordre de départ à des soldats pour aller chercher des croissants. Les dimanches, les soldats ont droit à un petit déjeuner amélioré. A 6 heures 10, une forte explosion retentit du côté de l’aéroport international. La compagnie possède un télescope placé sur le toit de l’immeuble. L’adjudant-chef Omer s’est aussitôt engagé dans les escaliers pour voir ce qui se passait.  Omer avait atteint le troisième étage lorsqu’une terrible explosion pulvérise le bâtiment. Le poste Drakkar pourrait avoir été frappé par un camion Kamikaze. On n’en est pas sûr. Aucun témoin n’a vu de camion se précipiter vers l’immeuble Drakkar. L’autre hypothèse serait que les explosifs aient été placés dans l’immeuble avant que les parachutistes français s’y soient installés. L’immeuble n’est plus qu’un tas de gravats de cinq mètres de haut, sous lequel gisent 58 parachutistes. 15 autres sont blessés, l’adjudant-chef Omer étant le plus gravement atteint.

    Les deux attentats contre les contingents américains et français sont revendiqués, tout comme l’attaque terroriste contre l’ambassade U.S., par une organisation qui se fait appeler « Jihad islamique ». Personne ne sait encore qui est derrière cette organisation. Il s"agissait en fait du hezbollah.

    Les soupçons se portent dès le début sur les Pasdarans installés à proximité de Baalbek. Gilles Ménage, le responsable de la sécurité à l’Elysée confirme les soupçons de la France sur la responsabilité des Iraniens, avec le concours syrien : « A la fin d’octobre, on a acquis des « certitudes » sur l’implication de l’organisation chiite libanaise Amal Islamique dans la réalisation des attentats. Elle a fourni la logistique et les exécutants, aidée par des éléments pro-syriens appartenant à la dissidence du Fatah dirigée par Abou-Moussa, ainsi que par des membres de la Saïka, autre organisation palestinienne pro-syrienne opposée à Yasser Arafat. Un officier d’un service de renseignement syrien – un lieutenant-colonel dont le nom de code est Abou Nidal apparaît dans la préparation de l’attentat. Pour la préparation et l’organisation des attentats, les contacts établis entre les trois parties prenantes déjà citées ont été complétés par une étroite concertation avec les responsables de la sécurité des quartiers de Beyrouth-Ouest et Sud, là où sont installés les contingents américains et français de la force multinationale ; or ces forces de « sécurité » dont le concours a été indispensable pour laisser transiter librement les explosifs et les camionnettes sont constituées de chiites appartenant à Amal islamique, ainsi que des membres de factions palestiniennes pro-syriennes. L’explosif proviendrait de l’organisation d’Abou Moussa, laquelle l’aurait prélevé sur les dépôts secrets dont elle disposait à Beyrouth-Ouest et Sud. » Et Gilles Ménage explique qu’une réunion a eu lieu à Chyah, dans un local appartenant au clan Musawi, à laquelle assistait un membre de l’ambassade d’Iran à Beyrouth. Il citera le numéro d’immatriculation de la voiture de ce fonctionnaire iranien. Il dénonce également la participation à la réunion préparatoire aux attentats de Mohammad Hussein Fadlallah, le chef spirituel de la communauté chiite libanaise. Il cite enfin les noms des chauffeurs des deux camionnettes, ainsi que le nom du chauffeur d’un véhicule de réserve. Un autre nom circulera à cette occasion : celui de Hassan Nasrallah. On sait encore peu de choses sur cet homme. On sait seulement qu’il a été nommé « représentant de l’Iran » au sein de ce que certains appellent encore « Amal islamique ».
    Mais les services secrets occidentaux n’ont pas encore identifié les responsables de l’organisation « Jihad islamique ». Pourtant, les nouveaux « barbouzes » de François Mitterrand vont recevoir l’ordre de venger la France et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’ils vont manquer de professionnalisme. Une jeep bourrée de cent kilos d’explosifs est amenée devant l’ambassade d’Iran à Beyrouth dans la nuit du 6 au 7 novembre 1983. La suite est racontée par Gilles Ménage : « Le dispositif de mise à feu ne fonctionne pas. Les spécialistes essaient ensuite de faire sauter le véhicule par des tirs de bazooka. Nouvel échec. Mais là n’est pas encore le pire : rien n’a été fait pour masquer l’origine française du véhicule que les responsables de l’ambassade iranienne n’ont naturellement aucun mal à établir. »
    Le 17 novembre 1983, le gouvernement français qui est toujours persuadé de la responsabilité des Iraniens dans l’attentat contre ses paras, ordonne à l’aviation française de bombarder la caserne « Cheikh Abdallah », à Baalbek. Le bombardement fera 14 tués parmi les Pasdarans. L’opération a été planifiée avec une rigueur toute militaire : elle a eu lieu au beau milieu d’une intervention télévisée du président Mitterrand.
    Un nouvel attentat contre le contingent français a lieu le 21 décembre 1983. Un camion piégé explose à Berjaoui contre le poste « La Frégate » du contingent français, faisant 1 mort et 16 blessés parmi les parachutistes et 16 morts et 84 blessés parmi les civils libanais. Le 31 décembre, une explosion a lieu dans le TGV Paris-Marseille, faisant deux morts et des dizaines de blessés. Le même jour, un attentat est perpétré contre le centre culturel français de Tripoli. L’attentat est signé Organisation de la Lutte Armée Arabe (OLAA), une appellation qui désignait le groupe terroriste de Carlos. Un autre attentat est perpétré, le 9 janvier 1984, contre la Résidence des Pins de l’ambassade de France, tuant un légionnaire français du 2ème REI (Régiment étranger d’Infanterie).

  • Liban : L’ambassade américaine à Beyrouth pourrait être attaquée en représailles à la mort de Suleimani

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